CHAPITRE VIII
aie monde religieux d'Alais.
L'abbaye de Cendras. - Le clergé séculier. - Dominicains ET CORDELIERS. - LES COUVENTS DE FEMMES. -
Le trésor de l'église.
Au point de vue religieux la principale autorité réside dans le prieur de l'église Saint-Jean-Baptiste d'Alais, lequel relève directement de l'abbé de Cendras.
La décadence de l'abbaye bénédictine de Cendras s'accentue. On se demande constamment où est l'abbé, et le prieur d'Alais naturellement ne se croit pas plus obligé à la résidence que son supérieur hiérarchique.
On éprouve beaucoup de peine à retrouver leurs noms. Voyons d'abord les Abbés.
Jean de Castanet habite Saint-Hilaire-de-Brethmas (1).
Vers 1350, il y a un abbé prénommé Guillaume (2).
(1) Il est à Saint-Hitaire-de-Brethmas les 9 janvier et 5 octobre 1345. Le 7 novembre 1347, il ratifie une vente d'une mine de charbon consentie par Raymond Barrai à Grégoire Pelhier moyennant cent sous et encaisse le droit de lods : 16 s. 8 d. 1/6.
(2) Acte du 5 mars 1349 (1350), conservé aux minutes d'Aubais (Gard), volume des actes de Jean Ebrard, folio 95.
Après celui-ci, je note vers 1356, Pierre de Pujol dont le successeur est un Alaisien, Pierre Folcaud (t).
Pierre de Murât, qui était prieur d' Alais de 1351 à 1356, devient abbé vers 1388, mais la même année on le rencontre chez un notaire auquel il dicte une procuration à l'effet de permuter avec l'abbé de Beaulieu (Pulcliro loco, diocèse de Limoges) (2). Ce projet ne dut pas aboutir, car Pierre de Murât est encore abbé de Gendras le 28 novembre 1390.
Jean de Lagarde est abbé au commencement du XV* siècle. (3)
Pierre Olmière ou Olivier de 1410 à 1426. (4)
Pierre de Gaujac, qui est abbé en 1429, est très connu ; son père et son frère ont été notaires à Alais, Il a fait pourtant son noviciat à Sauve, et non à Gendras. En 1389 l'abbé de Sauve lui prêta un manuscrit de l'abbaye, Les Décrétâtes, et l'autorisa à suivre les cours de la Sorbonne à Paris. Ginq ans après, il était reçu bachelier es décrets et demandait le prieuré de Lézan vacant par la mort de R.Guillaume; en 1403, licencié es décrets, jouissant des revenus du prieuré de Saint-André-de-Lancize près Villefort ; et enfin docteur es décrets, nommé abbé de Cendras, il envoie un prêtre, Hugon Blave, requérir des moines de
(1) Pierre Folcaud ou Foucaud est à Alais, dans sa maison d'habitation, en 1356, 1364, 1368, 1370. Un acte conservé aux archives de la mairie, en date du 13 décembre 1358, rappelle que l'évèque de Nimes ayant taxé à 18 florins la part incombant à l'abbaye dans les dépenses faites pour la défense de la ville, Folcaud a réclamé de son côté la valeur des pierres d'un moulin en ruine, dépendant de la mense abbatiale, dont la ville s'est emparée lors de la construction du mur d'enceinte, et c'est la transaction intervenue alors entre l'abbé et la ville qui est aux archives.
(2) Arch. départ. E, 374. — Le mandataire de l'abbé est noble Adhémar Torena, de Beaulieu ; l'acte est fait dans la maison appartenant à dame Thibaud Noyron que ledit mandant habite.
(3) Acte du 2 juin 1402 contenant transaction sur les langues de bœufs tués le samedi à Alais.
(4) Pierre Olmiêre est, je crois, ancien prieur de Laval en 1402; en 1425 il donne pouvoir à Jean Guerre, prieur claustral, de gérer les revenus de l'abbaye.
son abbaye le serment d'obéissance. Blave est éconduit. L'abbé s'attendait, parait-il, à cette manifestation ; mais il avait autorisé son agent à excommunier tous les religieux, et surtout le meneur de cette révolte, le camérier Jean de Ulmo. Les moines, après cinq jours de réflexion, quittent en corps le monastère, viennent trouver Blave qui loge dans la maison paternelle de l'abbé, le priant d'oublier ce qui s'est passé. (23 mars 1429.) (1)
Pierre de Gaujac permuta avec Jean de Goses ? Gasc ? abbé de Caunes, avec le consentement du pape Martin V, le 20 novembre 1429 (2).
(1) Raymond de Gaujac, son père, est très connu ; il a été l'exécuteur testamentaire de Guillaume Fabre, prieur de Dourbies. Son frère Raymond de Gaujac, notaire, épousa le 26 avril 1396 Hélips de Bousquet, fille de Bernard de Bousquet, notaire à Saint-Ambroix, et d'Aygline Vilar; les de Bousquet sont parents avec les de Peiremale, les de Chateauvieux.
Le 25 septembre 1389, Hugon étant abbé de Sauve, le camérier 8abatler a restitué un manuscrit de 327 feuillets ; le i**- feuillet commence ainsi : Agete penitentiam ; le 3* feuillet où commence le texte proprement dit : Super majestate... de Justicia; ie premier mot du dernier feuillet est sexta; ce livre est remis à P. de Gaujac pour un an à dater de la Saint-Luc ; sa restitution eàt garantie par R. de Gaujac comme caution et par Raymond Beraud, clerc libre, marchand Âlaisien, comme certifîcateur de caution.
(2) Ces trocs d'abbayes donnent une piètre idée de tous ces abbés. Aussi est-il très difficile d'établir une liste exacte et complète des abbés. M. Charvet dans sa brochure : « V Abbaye de Cendras, Nimes 1880 », intercale entre Jean de Lagarde et Pierre de Gaujac un nommé Philibert de Coco, mais je n'ai trouvé aucun acte de lui.
Donnons ici les noms de quelques religieux que j'ai relevés dans des actes notariés :
Prieur claustral : 1388, Bernard Nicolaï ; 1422, Jean Guerre ; 1458, Guillaume Solanon ; 1479, Pierre de Cassagnas.
Camérier: 1368, Bertrand de Latour ; 1393, Raymond Bonétienne; 1402, Jacques de Ulmo ; 1412, Raymond Rinhac ; 1429, Jean de Ulmo ; 1458, Pierre Lauriol.
Ouvrier : 1402, Pierre Gille; 1417, Pierre Favède; 1429, Guillaume Flavard; 1458, Etienne Guion ; 1477, Jacques Vital.
Infirmier : 1412, Pierre de Arca ; 1458, Guillaume Dorne.
Sacriste: 1346, Bertrand de Peiremale; 1368, Bernard de Succo ;
Jean de Ooses était encore à Caunes le 12 août 1430, jour où il nomma le prieur claustral de Gendras. Quant à de Gaujac, il se fit nommer plus tard abbé de Sauve (1436).
Jean de L'Orme (de Ulmo) a occupé les fonctions abbatiales de 1434 à 1448.
C'est lui qui assiste, le 10 mars 1434, au contrat de mariage d'André de Budos, baron de Portes, avec Cécile de Lafare, fille de Guillaume de Lafare, et de feue Almueys de Montclar (1). Il est à Gajan le 16 octobre 1447, lorsque Jean Michel, notaire à Anduze, dresse l'acte de décharge par Adrienne et Marguerite de Guerra, filles de Malvin de Guerra et de Marguerite de Soustelle, de Saint-Jean-du- Gard, des dots à elles constituées dans leurs contrats de mariage avec deux frères Garin et Guillaume Frays, fils de Jean Frays, coseigneur de Gajan (2).
Arnaud d'Uzès a été probablement le successeur immédiat de Jean de Ulmo ; il résigna son abbaye et se contenta du prieuré de Prévenchères dans les dépendances duquel se trouvait Villefort.
Jean de Sorbières était abbé dès 1459. C'était un neveu de Pierre de Sorbières qui fit dresser, comme prieur d'Alais en 1418, l'inventaire du trésor de l'église de Saint- Jean (3). Mais quel est le lien de parenté qui unit Jean de Sorbières à son prédécesseur? Le 20 mai 1462 Arnaud
1412, Raymond de Lagarde ; 1464, Pons de Clusel ; 1477, Antoine d'Autun.
Moines : 1380, Pierre de Méjanes, Adhémard de Bosco ; 1393, Pierre Olmière, Pierre de Breuil (Brolio) ; 1402, Louis Chanet ; 1429, Etienne Malafosse ; 1411, Jean de Ulmo.
(1) Contrat de mariage reçu par Antoine Bruguiere, à Saint- Pierre-de-La-Tour, habitation de la future. Témoins : Pons d'Alayrac, seigneur d'Aigreniont ; Louis de Chaldayrac, seigneur de Larnac ; Pierre d'Autvilar, coseigneur d'Allègre et Raimond de Barjac, coseigneur de Rochegude. Dot mille moutons d'or valant chacun 12 gros. (10 mars 1433 (1434).
(2) Témoins : ledit abbé, avec Claude Hélisée, seigneur de La Calmette, et Armand de Podio, coseigneur de Saint-Martin-dc- Valgalgues.
(3) Voir docum. justif. n« LUI.
d'Uzès demande aux consuls la permission d'enterrer son frère Elzias d'Uzès, seigneur de Saze, décédé subitement à Alais, dans l'église paroissiale, dans un caveau que Jean de Sorbières, abbé de Gendras et administrateur du prieuré d' Alais, a fait construire dans la chapelle de la Vierge ; dans sa supplique, il fait observer qu'il a le consentement non pas de l'abbé qui est absent, mais de son représentant officiel, Bernard du Pont, prieur de Saint-Christol. Les consuls accueillent favorablement la requête, et copie de la délibération remise au curé, Bernard Agulhan, les canons de l'église interdisant, sauf autorisation spéciale, les sépultures dans les édifices où Ton célèbre le culte. Cet acte nous indique déjà une grande amitié entre Arnaud d'Uzès et Jean de Sorbières ; mais voici un acte plus précis. Au contrat de mariage de Simone d'Uzès avec Jean Oarin, baron de Tornel, fils de Louise de Crussol et de feu le baron de Tornel, Jean de Sorbières, abbé de Gendras et son prédécesseur figurent comme oncles de la fiancée (5 août 1475). Notre abbé est frère de Godomard de Sorbières, qui fut lieutenant du sénéchal de Beaucaire en 1461, et c'est lui qui dota ses enfants (1).
Jean de Sorbières , soit comme prieur , soit ensuite comme abbé, s'occupe de son église ; il se joint aux consuls de 1435 pour l'établissement dans la chapelle de la
(1) L'acte du 5 août 1475 n'est peut-être pas conforme aux généalogies de la famille d'Uzès qui ont paru, mais nous déclarons l'avoir eu en main. L'acte est passé à Uzès ; voici quelques témoins : Tristan de Montlaur, seigneur de Cournonteral et de Saint-Maximin, noble Àrtus de Sade, André de Podio, seigneur de Saint-Martin-de- Valgalgues, Etienne Valette, docteur ès-lois, avocat royal de Nimes.
L'acte auquel nous nous référons à la fin de ce paragraphe est du 17 novembre 1476. Le mari d'Isabelle de Sorbières s'appelle Pierre de Tuberie ou Cuberie ?, écuyer, coseigneur du Chaylard, près d'Aujac ; l'acte est fait à l'hôtellerie d'Antoine Rossel, en présence de Jean Pelabarbe et autres. Isabelle reçoit d'Antoine d'Autun, sacriste de Cendras, mandataire de l'abbé de Cendras, 150 florins pour le premier terme de sa dot. Godomard de Sorbières eut un fils, Raynier. Le fils d'Isabelle, Simon, eut pour tuteur noble Jean d'Altier, seigneur de Campo (du Champ), habitant la Garde-Guérin.
Sainte-Croix d'un cierge qui brûlera à perpétuité les dimanches, les jours de fête et les jours d'orage ; nous l'avons vu en 1441 confier à un sculpteur des travaux d'art dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste ; il est peut-être blâmable pour avoir fait pratiquer une ouverture dans le mur de la chapelle de Saint Sébastien, qui sépare l'église de la cave de la maison claustrale, afin d'entendre plus commodément les offices de la paroisse ; on lui reproche à tort d'être inexorable envers les pêcheurs qui usent d'engins prohibés de nature à amener la destruction complète du poisson de la rivière (1).
Mais malheureusement il a plus que des peccadilles sur la conscience.
Jean Campreynaud, juge spirituel de l'évêque, avait frappé, en pleine cérémonie religieuse, un clerc avec taot de violence que le sang avait coulé. D'après le droit canon l'église ayant été polluée, il était interdit d'y célébrer la messe tant qu'elle n'aurait pas été réconciliée par l'évêque. Robert de Villequier, évêque de Nimes, voulut savoir, avant de venir à Alais, l'accueil qui lui serait fait. Bernard du Pont, prieur de Saint-Christol, le vicaire Etienne Barthélémy, le prieur claustral de Cendras communiquèrent la lettre à la municipalité, aux autorités judiciaires. Jean Fabre, juge de la cour commune, Guillaume Chabanon, agent du comte. Alexis Lozeran. viguier baronnial, tous répondirent qu'ils ne pensaient pas qu'il y eut le moindre obstacle ; quelques moines et serviteurs de l'abbé pouvaient bien avoir mal parlé de l'évêque, mais il ne fallait attacher qu'une médiocre importance à ces bavardages de moinillons. L'évêque se rendit à Alais ; impossible de sonner les cloches, impossible d'organiser une procession ; les domestiques et les moines qui demeuraient avec l'abbé avaient fermé les portes de l'église et par conséquent du trésor où il y avait la croix de la paroisse, la
(t) L'abbê oommo soigneur do Saint-lIilaire-de-Rrethmas, défend de se servir des «rot>i« ; il interdit les agouîndas traversas vel claxisas.
nitre épiscopale, etc., etc. Campraynaud était le plus enîuyé ; les frais de voyage du prélat étaient à sa charge ; 1 envoya son neveu Guillaume de Peyrabelle sommer 'autorité municipale d'enfoncer les portes, de tenter l'escalade du clocher, ne voulant pas, disait-il, avoir à payer, à sause de leur manque d'énergie, un second transport épisïopal ! L'évoque, plus circonspect, préféra se retirer plu- ;ôt que de voir la guerre autour du sanctuaire, devant le parvis de l'église (17 décembre 1462).
On nous dira que peut-être cette rébellion était légitime, jue Robert de Villequier était encore un intrus, que Jean le Sorbières était partisan du cardinal Alain de Coëtivi, reconnu par le Parlement de Toulouse comme ayant seul Iroit aux revenus de l'évôché de Ni mes. Nous répondrons ju'en cumulant les fonctions d'abbé de Cendras et de prieur d'Alais, Jean de Sorbières était déjà coupable. A ;eux qui, se plaçant à un autre point de vue, nous objecteraient que les textes n'indiquent nullement l'abbé de Rendras comme étant à la tête de cette rébellion, nous iemanderons simplement de prendre connaissance de ce jui se passait, à la même époque, dans la plupart des ibbayes bénédictines de la région (1).
(1) Voyons l'abbaye de Sauve ; à la mort de Raymond Robert, les noiues de Sauve se réunirent et élurent pour abbé, Antoine Rinet, ilors prieur de 8aint-Germain-de-Calberte (6 octobre 1440) ; quinze ours après tous furent excommuniés pour refus de reconnaître Dour abbé un nommé Guillaume Costan, venu de je ne sais où ; 1 fallait manger ; les moines se soumirent (2 novembre 1 440), mais Dostan mourut le 13 juillet 1441. Le 14 août, les moines élurent pour abbé un jeune homme, très recommandé par l'abbé de Psalmody qui lui avait déjà donné le prieuré de la localité appelée de Porlubw. L'abbé de Saint- Victor de Marseille ratifia cette nomination.
Jean de Rochemore était originaire de Lunel ; son vrai nom de famille était de Bordes ; son frère noble Brémond de Bordes, dit Rochemore, était viguier de Lunel.
Un moine de la Chaise-Dieu, Jean de Brison, bachelier es décrets, diacre, obtint du Pape Eugène IV une bulle le nommant abbé de Sauve. Le Pape disait que la nomination de J. de R. était nulle, les canons interdisant de nommer abbé quelqu'un qui n'était
Les prieurs d'Alais ont supporté pendant plus d'un demisiècle les conséquences de la faute de l'un d'eux. (1)
(1) Après Bertrand de Gensiac, accusé de vol sacrilège de partie du trésor de l'église, nous voyons Pierre de Murât en 1351, Archambaut de Murât en 1358, Bernard de Clinon en 1388, Pierre de 8orbtères en 1412, et Jean de Sorbières dont nous avons parlé ci-dessus.
pas profès; de plus l'abbé de 8aint- Victor qui avait approuvé l'élection était sous la honte d'une excommunication majeure, de telle sorte que l'on pouvait soutenir que c'était un laïc qui avait nommé un abbé !
Un procès s'engagea ; le 30 août 1452, le Parlement de Toulouse chargeait l'archidiacre de la cathédrale d'Agde de faire une enquête. Vers 1459, Gaillard, abbé de Nant, fit accepter aux deux abbés une transaction.
L'abbé Jean de Rochemore, pour sans doute récupérer lea avances faites par lui pendant vingt ans de procès, essaya de rogner la pitance du curé de Sauve. Le 24 janvier 1480, Mathelin Forget prie l'abbé de lui donner de quoi manger, cum ipse habeat onus totius parrochiœ et non habet victum debitum oleo, ligno, leguminibus; l'abbé l'ayant éconduit, Forget s'adresse à la justice ; une ordonnance enjoint à l'abbé de fournir au curé ce dont il a besoin, et autorise Forget à cesser provisoirement le service paroissial dans l'église abbatiale, dédiée à Saint-Pierre, service qui a lieu dans une chapelle de cette église, la chapelle de Saint- Sauveur. L'évêque de Nimes fait mieux; le 3 avril 1480, il engage les habitants de Sauve à restaurer une vieille chapelle en ruine, dédiée jadis à la Vierge, qui est aux portes de la ville ; attendu, dit-il, l'impossibilité dans l'église abbatiale de satisfaire à tous les besoins spirituels de la population. L'abbé se récrie, dénonce ce mandement au pape Innocent VIII qui donne raison à l'autorité épiscopale. L'abbé, furieux, se venge contre le curé et son vicaire. Le 23 juillet 1480, le curé et le secondaire vont trouver l'abbé et se plaignent de n'avoir ni pain, ni vin, ni pitance. L'abbé leur répondit qu'il n'avait pas à nourrir des gens qui ne faisaient plus aucun service dans la chapelle Saint-Sauveur. Forget voulut répliquer et soutenir que c'était l'abbé et son entourage qui l'avaient obligé a transférer ailleurs le service; l'abbé tomba à bras raccourcis sur Forget ; le vicaire s'était enfui, l'abbé lui criait : c Voleur, tu prends des bougies pour ton usage privé... »
Si l'on veut bien attendre notre prochain volume sur la Réforme» on verra combien une réforme était indispensable.
Remarquons aussi l'affaiblissement des institutions telles que
Le 14 août 1399, un laboureur, Jean de Cubellis, fit cadeau à l'église d'une fort belle croix, pesant 29 marcs et demi dont 12 d'argent ; mais |il eut soin d'avertir que les prieurs n'auraient jamais aucun droit sur cette croix : que prior nullum jus habeat seu habere possit nec quovis modo petere in dicta cruce.
Examinons maintenant le clergé paroissial proprement dit. Le personnel comprend un curé, deux vicaires et un diacre-majeur (1). Nous voyons autour d'eux un certain nombre de prêtres unis par les liens d'une association qu'on appelle la confrérie du Saint-Sacrement des prêtres Alaisiens(2). Ces prébendes, au nombre d'une quinzaine, reçoivent du prieur un peu de blé et un peu de vin ; Jean de Sorbières leur a abandonné un quart du produit
l'archiprêtré, 1 archidiaconat .
Donnons encore quelques indications sur les juges spirituels d'Alais.
Guillaume Fabre a eu pour successeur Jean d'Arbousse en 1388 : puis Guillaume Bedos fut à la fois juge spirituel d'Alais et archidiacre d'Anduze(U20); puis Gaspard du Pont (1435), Jean Campreynaud(1460), Bernard du Pont.
Le greffe de la cour spirituelle rapporte environ 15 moutons d'or par an.
(1) Curés : Jean Valcroze, 1358-1368 ; Antoine Durant, originaire des Eaux- Chaudes (diocèse de 8aint-Flour), 1382-1402; Gilles Puechaut, 1429; Bernard de Maguilles, 1437 ; Jean Arnaud, 1439 ; Bernard A gui h an, 1459-1468.
(2) Le 3 juillet 1387 Jean de Mazel et Jacques Bertagnac, syndics de cette confrérie, prient le baron B. Pelet de lozer l'achat presque forcé qu'ils viennent de faire d'une maison rue Frucherie, an prix de 55 francs, les biens de leur débiteur ayant été mis aux enchères à la requête d'un autre créancier hypothécaire. Pelet déclare qu'il sait en effet qu'ils ont acquis cette maison sur laquelle est assise une pension à eux due, mais il exige qu'ils la revendent d'ici à un an. Témoin : Jean Martin, écuyer du baron.
Outre ces prébendes, quelques prieurs des villages voisins qui habitent Al ai s suivent les offices; le conseil municipal en décembre 1433 accorde à Bernard de Ferussac, prieur d'Arènes, qui sert chaque dimanche à l'église paroissiale d'Alais, la faveur qu'ont les prêtres cfu! desservent honorifice et honeste l'église, de ne payer aucune contribution pro suo titulo, c'est-à-dire jusqu'à concurrence de dix livres d'estime.
des anniversaires. Au milieu du XVa siècle on chante à l'église paroissiale deux grand'messes par jour. Tune à l'aube et l'autre un peu plus tard. On célèbre toutes les heures canoniques : matines, prime, tierce, sexte, none, vêpres, complics ; les prébendes sont dispensés d'assister à l'office de midi et à celui de none. Ces prêtres ont chacun un bréviaire ou vademecum. (1)
La foi, quoique solide encore, est moins grande que jadis. La mésintelligence entre le peuple et le clergé s'est accrue pour ainsi dire d'année en année, pendant la première moitié de la guerre de Cent ans, par le refus des ecclésiastiques de vouloir participer aux charges de la défense. L'autorité religieuse a abusé de l'excommunication contre la bourgeoisie qui voulait l'égalité devant l'impôt (2). Un modiis Vivendi a été adopté tardivement ;
(1) Jean Fabre a un bréviaire, un petit missel, un bréviaire du diocèse d'Uzès, un bréviaire de bénédictin, un livre de matines appelé chalames, un synodal ; il les lègue en 1435 à Hugon Fabre, infirmier de la cathédrale de Nimes.
Le G mai 1439 Antoine Janvier, originaire d'Alais, prêtre, de Bernis, teste; il fait partie de la confrérie des prêtres d'Alais, cujus sum confrater, confratria quai fit quolibet anno in die corporis Christi; il lègue aux prêtres conventuels, 15 sous pour un cantar ; à l'église de Bernis unum mixtum ? novum, unum verbiarium de caméra totum completum, unum librum vocatum Flos sanctorum> bonum et sufficiens, unum aliud librum ordinariujn et unum synodale ;volo que unus liber meus illumina tus de auro et azuré vendatur et pecunia ejusdem convertatur in uno calice et quibusdam veslibus usque ad summam viginti mutonum auri pro qualibet re.
Le curé de Bernis qui aura à sa disposition ce calice et ces ornements dira à perpétuité sur sa tombe, à haute voix, le répons suivant : Creator omnium rerum Deus, qui me de limo terrx formasti et mirabilitcr proprio sanguine redemisti , corpus que meum licet modo putrescat de sepulchro faciès in diejudicii ressuscitari, exaudi, exaudi me ut unimum meam in sinu Abrahae patriarche tuijuboas collocari. (Acte de Sabatier à Sauve.)
(2) Appel le 3 juillet 1354 de l'excommunication prononcée contre ceux qui non contents d'avoir imposé aux tailles les prêtres ont osé saisir leurs mobiliers jusqu'à concurrence des tailles dues.
Voir lettre de Pierre de Croso, chambellan de Grégoire XI et
tout prêtre ne paye rien jusqu'à concurrence de 10 livres de son capital ; on appelle cela Yexemptio pro titulo suo (1). Mais les rapports entre clercs et laïques s'améliorent dès que le prieur d'Àlais ne se. montre pas trop intéressé. Ainsi Pierre et Jean de Sorbières surent conquérir l'estime publique.
Les conflits entre la municipalité et le clergé paroissial ont parfois d'autres causes. Guillaume de Champeaux, évoque de Laon, avait été nommé administrateur perpétuel de l'évôché de Nimes à la mort de Léonard Delphin. Il crut devoir publier une lettre pastorale sur les mariages clandestins, sur la violation du repos dominical. Le curé d'Alais, Jean Arnaud, en donna lecture du haut de la chaire le 23 août 1439. Les consuls se rendirent à sa maison et lui demandèrent quelques explications de son commentaire du mandement cpiscopal. Considérait-il comme violateurs des commandements de l'Eglise ceux qui. le dimanche, allaient chasser les cerfs, les sangliers et tous ces animaux féroces qui détruisaient les récoltes ? Le curé dit qu'à ses yeux l'intérêt de l'agriculture empêchait de considérer comme un péché pareille chasse, même les
archevêque d'Arles du 7 février 1376.
Voir lettre du duc d'Anjou de 1377, du sénéchal de Beaucaire du 18 août 1378.
Nous ne parlons pas des clerici soluti ; car la ville paraît ne pas s'être gênée à leur égard.
En 1375, Raymond Lordat, vicaire général de l'évêque de Nimes, menace la ville de l'excommunication si Ton ne répare pas les ornements de l'église, si l'on ne fait pas refondre la cloche, si l'on ne fait pas faire certains livres liturgiques...
(1) Délibération du 31 décembre 1429. Les prêtres d'Alais avaient demandé l'exemption des tailles pro tilulo eis et cuicumque eorum assignato. Le conseil refusa : Que bona titulorum ipsorum pretbyterorum remaneant in estima in quâ sunt et casu que sint aliqui conquerentes de extima predicta, que videatur si sint </rarafi, et si reperiantur yravati, que reparentur.
Mais en 1449, le conseil dit que les prêtres sont exempts de la taille jusqu'à concurrence de 10 livres, à la condition que in ecclesia nocte et die in divinis deserviant.
jours fériés. Quant à la première partie du mandement, il leur promit d'exposer prochainement la doctrine de l'Eglise; il eut eu beaucoup plus de peine à expliquer pourquoi l'évêque de Laon ne bornait pas son zèle à ses propres ouailles et pratiquait le cumul sans vergogne. Après Guillaume de Champeaux, le Pape nomma administrateur de l'église de Nimes Guillaume d'Estouteville, cardinal au titre de Saint-Martin-ès-Monts(1441). Celui-ci eut pour successeur GeofTroi Sorel, un frère d'Agnès Sorel, la maîtresse du Roi. GeofTroi Sorel fut transféré en 1453 à l'évêché de Châlons-sur-Marne. Le chapitre de Nimes voulut alors élire évoque Emmanuel Buade. Alain de Coëtivi, évoque de Sabine, cardinal, s'empara des revenus épiscopaux. Les chanoines opposèrent la force à la force (1).
A qui incombe la principale responsabilité de ces scandales? Nous n'avons pas à faire ici l'histoire du grand schisme d'Occident (1378-1418); il y avait deux papes dans la chrétienté, et aucun d'eux ne reculait devant le trafic des bénéfices pour se procurer de quoi lutter contre son con current. Lorsqu'un dignitaire de l'église avait à combattre la corruption ou les désordres de ses subordonnés, se sentant lui-môme coupable, il biaisait, fermait les yeux ! On réunit un concile a Pise (1409) ; le résultat fut qu'on eut trois papes à la fois ! Le remède avait été pire que le mal. Les conciles de Constance et de Baie essayèrent de rétablir l'unité. Le rtfi de France profita de Yimbroglio pour faire accepter par une assemblée mi-laïque, mi-ecclésiastique ce qu'on appelle la Pragmatique-Sanction de Bourges. En 1463, Louis XI abolit la Pragmatique, mais il se réserva la nomination aux bonnes places ecclésiastiques. Ainsi l'entente entre la Papauté et la Royauté se fit au détriment du grand principe de la vraie Eglise, Télec-
(1) Emmanuel Buade était fils de Jean Buade, damoiseau, et de Cécile Raymond; Cécile Raymond était fille de Hugon Raymond, viguier de Sauve, et de Dragonette des Gardies. En 1439 il était prieur de Calvisson et vestiaire du chapitre de Nimes.
tion à tous les degrés, les moines élisant leur abbé, les chanoines et les prieurs élisant l'évoque (1).
Les anciennes confréries ont subi le contre-coup de la crise politique. Ils sont rares ceux qui osent aller en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Composteile ! La confrérie de Saint-Jacques d'Alais a disparu (2).
En octobre 1417, la confrérie de la Vierge, de Saint- Antoine et de Saint- Vincent apporte à l'hôtel de ville son pallium et intorticia, son drap et ses falots, déclarant ne plus pouvoir se soutenir.
La confrérie de Saint-Laurent ne sait comment modifier ses statuts pour prolonger son agonie ; elle a pourtant quatre recteurs, deux ecclésiastiques et deux laïcs. La ville, en 1434, consent à lui donner un peu de blé pour faire son banquet traditionnel, solvatur helemosina bladi (3 février).
On ne va presque plus à l'ermitage de Sainte-Cécile-de-
(t) « Depuis la mise en oubli de l'ancienne discipline, les Eglises du royaume ont eu à souffrir de toutes sortes de cupidités insatiables ; les réserves, les grâces expectatives ont donné lieu à de graves abus et les bénéfices les plus notables et les mieux dotés sont tombés aux mains d'inconnus ne s'astreignant point à la résidence, mercenaires qui ne songent qu'au gain temporel ; aussi la piété s'affaiblit, les édifices religieux tombent en ruine. Les clercs abandonnent les études théologiques parce qu'ils n'ont aucun espoir d'avancement ; des contlits sans nombre surgissent à l'occasion des bénéfices ; enfin la simonie s'est glissée partout. »
Ce tableau de la situation par un contemporain est exact.
(2) En 1426, Gillette Melzieu, veuve Jacques de Podio, co-seigneur de Durfort, ayant perdu son mari et sa fille Delphine, veut être enterrée au tombeau de sa mère à Durfort et veut que dans les deux ans de sa mort, un bomme aille en pèlerinage, au nom de son père, à Saint-Jacques-de-Galice, et à son retour, il ira déposer son bâton et sa besace {sportellam) à l'église des Dominicains d'Alais où repose son père (30 août 142G).
N'oublions pas que le père de Gillette est très probablement le père de l'abbé de Saint-Gilles, Jean de Melzieu (années 1414 et 1426).
Brouzenc. Frère Jacques, sur le point de mourir, confie à quelqu'un les ornements sacerdotaux, les livres liturgiques avec ordre de les remettre aux consuls. L'official de Nimes blâme les consuls et parle d'excommunication ; le conseil décide d'attendre une condamnation en règle avant de restituer ce dépôt sacré ; pareille résolution est peutôtre blâmable, mais d'un autre côté que penser d'une autre ordonnance de l'official d'entretenir l'église Saint- Vincent, qui ne sert plus aux fidèles (1444) !
Les confréries de métiers se maintiennent ; quelquesunes se modifient dans un bon but. Ainsi les cordonniers étaient divisés en deux partis , l'un qui n'avait jamais abandonné l'église paroissiale, la vieille chapelle de Saint- Crépin et de Saint-Crépinien ; l'autre qui se réunissait dans une chapelle de l'église des Dominicains. En 1460, ils fusionnèrent. A la tête de la confrérie, il y aura trois recteurs, deux choisis parmi les patrons et un parmi les ouvriers ; la bourse commune se remplira sans cesse grâce à une cotisation hebdomadaire de deux deniers pour les maîtres et d'un denier pour les ouvriers ; en entrant dans la confrérie l'apprenti payera une livre de cire; le maître qui ouvrira une nouvelle boutique donnera deux livres de cire. Chaque lundi on dira une messe de requiem pour les confrères décédés ; le jour de Saint-Crépin, on entendra une grand'messe au couvent des Dominicains.
Nous ne parlons pas de ces sociétés mi-burlesques, mireligieuses, société du Marché, société de la Menudière, société du Volant qui n'ont presque rien à voir avec la religion proprement dite.
Le prieuré de Saint-Germain-de-Montaigu est presque désert (1). Le prieur n'habite môme pas toujours
(1) Les reliques ont été enfermées dans des caisses en bois. Reliques de Saint-Côme et de Saint-Damien, de Saint-Àgapit, de Sainte-Marguerite, de Saint- Léonard, de Saint -Jean- Baptiste, une côte de l'apôtre Saint-Pierre, des os de Saint-Pierre et de Saint-Philippe, apôtres, de Sainte Marie-Madeleine, de Saint- Jean, l'évangélistc , de 6aint-Antoine, prophète ; du sang et des
Alais (1). Il faut quelque chose d'extraordinaire pour que les chanoines aillent à Saint-Germain et se réunissent dans leur chapelle sous le vocable de Sainte-Marguerite. Ainsi c'est là que le 6 novembre 1429, ayant achevé son noviciat, Jacques Périer, fils de Philippe, âgé d'une quinzaine d'années, prononce ses vœux entre les mains de Jean Freton ; lorsque le chanoine Pierre Boissier a eu terminé sa messe, on a lu l'engagement du nouveau chanoine : Ego. . . trado me Deo et Beatœ Marias ecclesite Sancti Germani de Mort" teacuto et promitto obedientiam regulse canonicss Sancti Augustini, et Episcopo Nemausensi, cum sedes cessaverit esse vacans. Les religieux se mettent à chanter le verset : Suscipe me, Deus, secundum eloquium tuum ; le prieur donne au jeune Périer le baiser de paix, et la cérémonie est finie. Tout le monde revient déjeuner à Alais.
Il n'y a plus que des relations d'affaires entre le prieur et ses religieux. Barthélémy de Bourgjuif afferme les revenus du prieuré 75 livres tournois net. Les fermiers sont en outre tenus de nourrir les chanoines. De plus ils sont
os de Saint-Laurent, de Saint-Martin, une pierre rapportée du Mont des Oliviers, de... et multum alie reliquie.
(1) Voici le nom des prieurs et des chanoines :
1368, Laurent Martin, prieur; 1378-1382, Bertrand Pelhier, prieur; 1398, Guillaume Rey, prieur, après avoir été sacristain ; c'est le fils de Bernard Rey, notaire ; 1428-1441, Jean Freton, prieur: 1457, Guillaume Michel, qui résigna pour être vestiaire de Calvisson; 1458, Barthélémy de Bourgjuif, prieur, qui loua son prieuré 75 1. par an.
Infirmiers: 1382, Jean de Gardies ; 1444-1458, Jean Bar.
Vestiaire* : 1382-1402, Guillaume Desplans ; 1444, Jean de Montrond.
Sacristain: 1382-1395, Guillaume Rey; 1457-1458, Raymond de Lagrave.
Ouvrier : 1457, Etienne Dupont.
Simples chanoines : 1382, Jean Figuière, Etienne Moret, Laurent Rey; 1425, Pierre Boissier; 1429, Jean Prévôt et Jacques Périer; 1403, Gille de Vignal, chanoine de Saint-Germain et prieur de Saint-Julien-d'Escossc ; 1429, Gausid de Marvéjols, prieur de Saint- Julien-d'Escosse.
obligés, s'il plaît au prieur de venir habiter pendant trois mois, de lui fournir du pain et du vin, de donner à sa monture du foin et de la paille ; mais si le prieur ne vient pas d'un an, il n'a pas le droit, Tannée d'après, d'être logé et nourri pendant six mois. Et les fermiers sont ses chanoines !
Les Dominicains, pour échapper aux razzias des routiers, avaient abandonné leur ancien cloître et étaient venus se loger à l'extrémité du Pont-Neuf, sur la rive droite du Gardon. Désormais ils font partie du monde religieux d'Alais et l'on peut dire qu'ils ont dans la ville la confiance de beaucoup de familles.
A leurs processions il y a foule, surtout pour la fête de Saint Dominique, celle de Saint Pierre Martyr, celle de Saint Thomas d'Aquin et le jour du Rosaire. Dans tous les testaments on leur demande des prières fl).
La ville subventionne les religieux qui vont aux Universités achever leurs études et conquérir le grade de professeur en théologie, Jacques Pouget chargé le ltr janvier 1466 de proclamer les noms des nouveaux consuls, énu-
(1) Nous ne pouvons citer tous les testaments ; mais voici les legs faits par des gens des environs.
En 1402, Catherine Bedos, femme d'André de Boyrargues, de Sauve, lègue à frère Pierre Jonquière, dominicain d'Alais, un franc d'or pour l'aider à continuer ses études.
Dans son testament du 20 octobre 1410, Philippe Vilate, procureur au Parlement de Paris, originaire de Sauve, lègue aux Dominicains d'Alais 4 francs. P. Vilate laissa deux enfants, Pierre et Louise qui épousa en premières noces Pierre Guiraud, procureur au Parlement de Paris et en deuxièmes noces Michel Saturnin, marchand à Frontignan.
Le 10 juin 1420, Catherine Raymond, femme de Pierre Auriol, de Sauve, lègue à Gaucelm Vilatelle, 40 sous pour trente messes, dites de Saint-Grégoire, et 50 gros pour cent messes que diront les autres religieux dominicains d'Alais.
Voici la liste des prieurs et des principaux religieux de cet ordre :
1388, prieur, frère Cille Dumas; 1103, frère Antoine Puechaut ; 14U-1420, Gaucelm Vilatelle et Claude Salvat ; 1437-1465, Gaucelm Dervieux ; 1475, Jean Aventurier.
mère dans son allocution les bienfaits de ses concitoyens : « Fin mai 1463, je vous demandai votre concours pécuniaire, je n'étais alors que licencié; vous votâtes 10 livres tournois ; en les acceptant, je vous promis de revenir au milieu de vous lorsque je serais magister in sacra pagina, j'ai tenu parole. » La même année, Thomas Bonaure obtient une gratification de 10 livres tournois pour aller subir ses examens. Il y a cent ans le conseil municipat était encore plus généreux ; nous l'avons vu le 27 décembre 1362 allouer à Guillaume Malras, licencié, pour terminer ses études et devenir professor in sacra pagina, dix marcs d'argent valant soixante florins d'or.
Les Dominicains ont rarement des difficultés avec la municipalité (1).
Lorsque le général de l'ordre, Martial Auribel, vint à Alais, le 14 juin 1456, on déploya pour le recevoir un luxe extraordinaire ; il accorda à Guillaume Manent, barbier, la permission d'être enseveli dans leur église, à la chapelle Saint-Eustache, à côté de Me Jean Plantier,son beaupère, et de Jacques Blanchet, notaire. D'autres personnes furent autorisées à se faire enterrer, soit à la chapelle de Saint-Jean-L'Evangéliste, soit à celle de Notre-Dame-de- Grâce.
Nous avons eu l'occasion dans plusieurs chapitres précédents de raconter les terribles épreuves endurées par les Cordeliers pendant la guerre de Cent ans. Obligés de se réfugier à chaque alerte dans l'enceinte fortifiée de la ville, ils s'empressaient, dès que l'horizon s'éclaircissait, de retourner à leur ancien monastère. Delphine de la Roche, veuve de Raimond Pelet, leur donna une maison, adossée au rempart, vis à vis leur couvent. En 1433, ils quittèrent définitivement leur premier monastère.
(t) Nous n'avons trouvé qu'un incident un peu vif le 29 novembre 1437. Les Dominicains avaient coupé quelques saules dans une terre communale, près du pont. Les consuls leur firent rendre le bois; mais le 25 décembre J 437, les Dominicains pour se venger dirent qu'ils défendaient qu'on ferma les portes du pont. La ville leur signifia de s'occuper de ce qui les regardait et non de la police urbaine.
Les barons d'Alais avaient pour eux une très grande affection (1). L'un voulut qu'il y eut perpétuellement un cierge allumé devant l'autel de Saint François ; un autre désira que chaque jour, après la messe conventuelle, tous
(1) A. M., liasse XIX, n» 3. — Acte du 2 octobre 1383 ci-dessous analysé :
Testament de Pierre Pelet reçu M0 Bertrand Guidon le 17 des calendes de juillet 1300:
« Legamus F. M. de Alesto quindecim l. t. semel tantum de quibus volumu8 que emantur 15 s. t. de quibus fiât unum anniversarium quolibet anno in domo dictorum F. M.; item legamus mense F. M. 26 1. 1. de quibus fiât quatibet septimana primi anni obitus nostri unum anniversariwn decem solidorum in domo dictorum F. M. ».
Testament de noble et puissant baron Raymond Pelet, fils de Pierre Pelet, reçu le 6 des calendes d'août 1315 par M. Bertrand Veyrier :
Outre 45 livpes t. léguées spécialement à frère Raymond Fayet, à frère Jean Chabaud et à frère Bernard Pelet, à employer en achat de livres, de vêtements et autres choses à eux nécessaires, il lègue une rente perpétuelle de 6d. t. par semaine pour l'huile et les mèches d'une lampe tenenda in ecclcsia dictorum fratrum minorum aute altare Deali Francisci illuminata, et enfin il lègue 150 1. 1. au couvent où il va être enterré.
Volumus et ordinamus corpus nostrum, cum anima de ipso migravcrit, tradi ecclesiastice sépulture in cimilcrio domus fratrum minorum de Alesto, ubicumque nos mori conlingat. Itaque si nos mori contingat extra villam A. volumus corpus nostrum 9 seu ossa nostra, prout com modius fien poterit, apportari apud A., ad expensas heredis nostri infrascripli et in dicto cimiterio tumulari, et legamus 150 l. semel tantum amore Dei...
Testament de R. Pelet, époux Marquise de la Veyrune, du 17 octobre 1343, de Grégoire Pelhier notaire, par lequel il lègue 300 1. t. pour une messe à perpétuité, et pour mille messes pour son âme et celles de ses parents.
Testament de Marquise de la Veyrune, femme dudit R. Pelet, et brn de Bernard Pelet, en date du 19 juin 1348 aux minutes de Bernard de Anelaco, par lequel elle lègue 100 1. convertendis in opère ecclesie dicti conventus; 200 1. pour 200 cantarsdans leur église.
Et noble et puissante Delphine de la Roche (de Huppe) femme de R. Pelet, qu'on appelait Madame d'Alais, que les religieux aimaient tant, qui avait fait pratiquer une ouverture dans le mur d'enceinte pour être plus vite rendue à leur église. Non seulement elle leur a
les religieux chantassent des prières pour le repos de son âme ; au moment où la révolte des Tuchins bat son plein, Bernard Pelet énumère ce qui a été légué aux Frères mineurs d'Alais par ses ancêtres, par son père, par sa mère ; mais il craint que ces legs n'aient pas été intégralement payés ; il estime à 40 1. t. (sur 2000 livres au moins) ce qui reste dû, et pour que ces bons religieux continuent à prier pour leurs illustres et généreux bienfaiteurs, pour sa femme et pour son fils prédécédés, il ajoute à ce reliquat environ 520 1. t. et promet de s'acquitter de cette dette sacrée en versant chaque année, à la Saint-Michel, 24 1. t.. Dans un quart de siècle tout sera réglé, s'il plaît à Dieu. En sus dès aujourd'hui il leur abandonne divers locaux qu'il a à côté du portail des Frères mineurs (1). Les
donné une maison le 30 septembre 1352 par acte reçu Guill. Michaôlis, notaire à Anduze, mais encore par testament reçu Pierre Reynaud, notaire à Marsillargues, le 28 octobre 1354, elle leur a légué 545 livres, et dans un codicille reçu Jean Fabre, le 23 décembre 1360, elle a ajouté 200 1. t.. Nous ne parlons pas de ses legs particuliers aux frères Auriol, Pierre Fanguin, Hugon Navare.
Et Alixende, femme d'un autre R. Pelet, qui testa cbez Guill. Àudibert, notaire à Alais, le jour des calendes de septembre 1290, a je donne 4000 sous au couvent des frères-mineurs d'Alais : 1501. ».
(1) Omnia jura quœ potest habere in hospicio et hospiciis, viridarii8, curtibus et casalibus contiguis situatis infra villam predictam Alesti, prope portale vocatum fratrum minorum, confront. cum carreria superiori (rue Soubeyranne) à parie ante, à latere cum carreria piscarie, à parte superiori cum domo Jo/iannis Bonaure, draperii, et ab alia latere cum mûris ville, immeuble, ajoute l'acte, qu'ils habitent actuellement.
L'acte contient quelques clauses très curieuses.
Pelet n'entend pas que ces immeubles qu'il leur donne jouissent du droit d'asile. Si pourtant le monastère qu'ils ont hors ville venait à être détruit, comme cela est arrivé, ul aliter destructum fuit, et si les Frères mineurs obtenaient de Guillaume de Beaufort, vicomte de Turenne ou de ses hoirs, la permission de bâtir leur monastère dans l'immeuble ci-dessus, dans ce cas dès aujourd'hui le baron leur donne aussi la même permission.
Si les religieux veulent aliéner cet immeuble, le baron reprendra son dominium, droits de lods, droit de préférence ou prélation ; cependant en cas de vente à un tiers, les barons lozeront bien la
religieux de leur côté s'engagent à faire chaque jour, après la messe conventuelle, au même autel où cette messe aura été dite, une absoute pour le repos des âmes des Pelet ; éprouvant les mômes scrupules de conscience, craignant eux aussi de ne pas avoir dit toutes les messes dont ils étaient tenus en vertu des testaments des Pelet, ils en diront une au moins chaque semaine ; ils se chargent à l'avenir de l'entretien de la lampe qui est éclairée nuit et jour dans la chapelle de Saint François, etc., etc.
Tout le personnel du couvent assiste à cet acte qui lie à jamais les Pelet et les Cordeliers (1).
Une branche cadette des Pelet (les seigneurs de Rousson), se montre aussi, de génération en génération, la bienfaitrice des Cordeliers. La mère du dernier seigneur de Rousson, Hélips, habite Teyrargues, mais elle veut être enterrée chez les Cordeliers d'Alais ; ils diront pour elle mille messes que leur payera son fils Bertrand de Rousson, époux Alazaîs de Barjac (1389). Bertrand de Rousson, se voyant sans postérité, tiendra à leur donner, en mourant, de quoi célébrer à perpétuité une messe quotidienne pour le repos de son âme (2) .
vente, mais le droit de lods sera pour les frères mineurs. De même si Pelet ne voulait pas autoriser la vente, et voulait exercer le droit de prélation, il devrait verser aux religieux le prix comme si c'était un franc alleu.
Les religieux se sont, on le voit, très bien rendus compte que c'est le vendeur qui supporte en réalité les droits de mutation.
Pelet n'encourt pas de» dommages-intérêts, en cas de retard dans le payement d'une ou deux annuités ; car c'est un contrat de bonne foi ; de même Pelet ne peut rien dire si le couvent restait fermé.
Les religieux promettent de faire ratifier le tout par le provincial ou autre supérieur ayant pouvoir suffisant.
(1) Jean de Monteils, gardieri ; Rostaing Pairier, Guillaume de Valmalette, custos; Germain Auriol, lecteur ; Guillaume Arbousset, Pierre Cambefort. Etienne Vianès, Pierre Pages, Guillaume Arnaud, Pierre des Angles, Etienne Bonnier, Jacques Descombes.
(2) Noms des religieux Cordeliers les plus marquants au XV*
siècle :
1426, Pierre de Cluso, custos.
1429-1430, Jean Favand, gardien; Nicolas Guigou, lecteur; Etienne
Tout le monde aime les pères Cordeliers ; le prieur de l'église paroissiale d'Alais, Bernard de Clugon fait remise à Guillaume Martin, gardien du couvent d'Alais, en présence de Guillaume de Valmalette, professeur en théologie, ancien gardien lui aussi d'Alais et maintenant Provincial, de tout ce que les frères mineurs peuvent devoir à l'église Saint-Jean à raison des oblations, des parts canoniques... (1)
Le Conseil municipal, apprenant qu'ils vont tenir un cha. pitre général à Alais, leur accorde deux moutons d'or (1431). La messe des cinq plaies, pour laquelle on fait la quête à l'église paroissiale, se dit quatre mois chez eux, quatre mois chez les Dominicains et quatre mois à l'église. Leur Trésor est riche ; ils ont notamment, dans un reliquaire en vermeil, dont les quatre pieds représentent des lions, une épine de la couronne du Christ. On leur
d'Agulières, Pierre Sabatier, Antoine Hugonet, père des sœurs, Jean Rodigo, Pierre des Angles ou Angles, Guillaume Pascal, Jean Avignon, Pierre Delafont, Etienne de Aquileriis ?
1431, frère des Vignes.
1432, Pierre de Cluso et Augustin Jourdan, tous deux mag. in sacra pagina. Raymond Bergognon, custos en 1432.
1442, Pierre Corneille, custos custodie Alesti; Vital Capcoronat, gardien ; Mathieu Vernon, lecteur ; Pierre Delafont, vicaire ; Jean Paulet, diacre.
1459, Jean Paulet, gardien ; Guillaume Pascal, lecteur; Vital Capcoronat, Pierre Delafont, Pierre Bellivier, Guillaume Rodier, Durand Paulet, Barthélémy Moret, Alzias Montméjean, Pierre Blanchon, Jacques Fangous, Maurice Dumas.
1472, Pierre Martin, lecteur.
(1) 17 février 1395 (1390) et hoejuxta decretale super hoc quod incipit: super cathedra ..
Bernard de Clugon déclare qu'il agit tant en son nom qu'au nom du cardinal de Tours ? administrateur de cette église paroissiale d'Alais. Je n'ai pas essayé de tirer cela au clair. Du reste, il y a tant de notes qu'on ne peut utiliser ; ainsi je vois à Saint- Hilairede-Brethmas Guillaume Castel qui se dit socius et familiaris du cardinal italien Léonard de GifTon (juillet 1388). Ce cardinal ne figure pas dans le tableau pourtant si consciencieux du Trésor de chronologie de M. le comte de Mas-Latrie.
reproche d'être trop bons ; les mauvais sujets abusent chez eux du droit de refuge.
Jean Valcroze et Guill. Peyronenche, de Ste-Cécile-dela-Melouse, avaient volé chez Jean Rascalon, hôte à Florac, des chaudrons, une bassine et un chapeau de feutre (pileum vel capel lane). Peyronenche avait été arrêté ; mais il s'évada et se réfugia promptement chez les Cordeliers (acte d'octobre 1472, Et. Marcillet) ; la justice seigneuriale blâma en cette circonstance la conduite des chers frères mineurs.
Presque tous les testaments contiennent, après les dispositions faites en faveur des Dominicains et des Cordeliers, un legs en faveur du précepteur de Saint-Antoine, du commandeur, comme l'appelent certaines personnes. L'église de Saint-Antoine est assez fréquentée ; ceux qui sont atteints du mal de Saint- Antoine y font des neuvaines. (1) Les noms des commandeurs n'offrent aucun intérêt ; l'un d'eux, Jean de la Godarie était d'Alais; son père laboureur à Alais, se remaria ; Jean continua à vivre avec son père et sa marâtre et dota même un enfant qu'elle avait eu d'un précédent hymen. Jean de la Godarie fut, pendant plus de trente ans, à la tête de la commanderie ; en 1426, un acte nous le montre recrutant des novices pour la maison-mère dans le Dauphiné ; en 1446, il est question de lui au conseil municipal, il ne veut pas payer la taille, même sur les biens qu'il possède à titre privé ; le conseil ordonne de le poursuivre en justice et de lui supprimer à partir de ce jour l'indemnité de 23 sous qu'on lui allouait chaque année sur le produit de la quête des âmes du purgatoire. C'est à la môme époque que fut soulevée une grosse question ; quelques individus prétendirent que le Commandeur était tenu, d'après les vieux dic-
(1) En 1442, une veuve atteinte du mal de Saint-Antoine a été guérie après une neuvaine qu'elle a faite dans l'église Saint- Antoine ; en remerciement, et conformément au vœu qu'elle avait fait, elle donnera une canne d'huile, chaque année, à la lampe de de Saint- Antoine. Frère François Fornier, comme procurator de la maison, accepte cette fondation.
tons, de nourrir les enfants trouvés. Il serait intéressant de découvrir la correspondance qui dut être échangée entre Jean de la Godarie et ses supérieurs de Saint-Antoine de Vienne ; il n'y a rien à Alais.
Les successeurs de Jean de la Godarie furent Jacques de Montsauzon (1459) et Guillaume Salanon (1466-1487).
L'église Saint-Vincent ne sert plus au culte ; quelques personnes sollicitent de temps en temps la permission d'y enterrer un de leurs parents (sic en 1444).
L'église Sainte-Agathe de la Milice du Temple, cette église où les coutumes d'Alais avaient été jurées en 1217, a été complètement détruite.
Les couvents de femmes ont encore été plus éprouvés que les couvents d'hommes.
Le 23 juin 1429, au lendemain de la victoire de Patay, au moment où Jeanne d'Arc faisait savoir qu'elle avait chassé les Anglais de toutes les places qu'ils tenaient sur les rives de la Loire « Supérieure Gaufifredie Pierre Pons, sœurs Armande Alaman, Marquise Raymond, Marguerite Combret, Béatrix Cotelier, Isabelle Angles, considérant que leur monastère dépérit de jour en jour, que les vocations religieuses se font rares, ne voulant pas cependant lorsqu'elles auront cessé de vivre, que leur couvent passe en des mains étrangères, font donation de leur monastère situé à Alais, rue Sainte-Claire, confrontant la rue Neuve, une rue Orbe, et le verger de Pierre Hacanel, à l'ordre des Frères mineurs d'Alais dont Jean Favand est actuellement le gardien. Cette donation a été acceptée par celui-ci, avec l'autorisation de Jean Auberger, Provincial de la province de Provence ici présent; bien entendu lentrée en jouissance n'aura lieu que lorsque toutes les religieuses actuelles auront disparu. »
Elles feront, malgré cet acte public, quelques tentatives pour prolonger leur agonie.
Le 3 février 1430, Raymond de Béziers et Eléonore du Pont ont une fillette de 12 ans, qui a mauvaise vue ; ses parents décident les religieuses à la recevoir comme no-
vice ; on servira au couvent une pension annuelle viagère de six setiers de blé (1). Bernard Bonier, licencié es lois, engage les religieuses à faire celte concession à son beaupère. Eléonore de Béziers dans quelques mois ne sera plus Clarisse, elle sera bénédictine.
Quelles sont ces étrangères, ces rivales? D'où sont-elles venues ? La guerre de Cent ans les a chassées de leur vieux moustier, appelé {es Fonts à cause de ses belles eaux, sis dans la paroisse de Saint-Julien-de-Valgalgues ; elles ont perdu la majeure partie des revenus de leurs immenses domaines qui allaient de l'Aigoual jusqu'aux montagnes du Vivarais ; mais elles n'ont pas cessé d'avoir confiance dans l'avenir.
Retirées dans une modeste maison, rue Droite, près la porte de la Roque, elles ont juste de quoi ne pas mourir de faim. Bernard de Cadoëne et Agnès de Châteauneuf avaient promis une pension à Isabelle de Cadoëne, vestiaire. L'abbesse, Ermessinde de Cadoëne demanda aux religieuses, prieuresse, sous-prieuresse, sacristaine, précentrice, sous-maitresse de chant, infirmière, l'autorisation de poursuivre en justice les débiteurs des arrérages échus. Ermessinde regrette d'être obligée d'en arriver là, mais les besoins de la communauté sont urgents ; les provisions sont épuisées. Son frère, Guillaume de Cadoëne, prieur de Cassan, près de Roujan. a pitié d'elle ; il s'engage à lui servir une rente de 5 francs par an :
« Audiens dominam Ermessindam de Cadoëne, abbatissarn monasterii Béate Marie de Fontibus prope Alestum} propter tribulationes modernas non culpa sua, in grave penuria incidisse, inductus tam debito caritatis quam dilectione fraternat annis singulis quamdiu ambo vixerimus in humanis , de quinque francis auri seu
(1)... Deo et Sancte Clare ejusque religioni, cujusque dicta rêligio sit in paupertate fundutti, et non habeat redditum unde possint vivere sorores ejusdem, sed solum ex helemosinU, dicta que Alienor de Bitteris sit impotens visu, et ita non possit operari manibus n$c aliter commode questum facere.
eorum valore.... Scriptumin Castro Gabriac, diocesis Mimatensis. » (1).
Le môme jour, Bernard de Cadoëne, chevalier , seigneur de Pierrefort et de Barre, contracte pareil engagement; il assigne cette rente sur ce qu'il a à Vern (paroisse de Sénéchas), 18 février 1406 (1407).
Après Ermessinde, Isabelle est nommée abbesse ; nous avons d'elle peu d'actes ; un seul pourtant suffit pour nous montrer sa foi dans la Providence. Huguette de Couderc, prieuresse des Angustrines de Valsauve, n'ayant plus que deux religieuses auprès d'elle, envoie noble Bertrand de Lagarde traiter des conditions d'une union avec l'abbaye des Fonts. Isabelle accepte et réunit de suite ses religieuses, afin d'avoir l'autorisation de poursuivre, soit devant le Pape, soit devant le Roi, l'union de sa pauvre communauté avec une communauté encore plus misérable. Son projet ne réussira peut-être pas, mais elle n'aura rien à se reprocher (30 septembre 1419).
En tout cas, Mabile de Châteauneuf de Randon réalisera le vœu secret des précédentes abbesses ; le couvent des Clarisses devient la maison d'habitation de ses religieuses ; les quelques Clarisses qui restaient ont été invitées
(1) Composition du couvent en 1404 : Ermessinde de Gadoëne, abbesse ; Aygline Bonaure, prieuresse ; Yssalena Foleard. sousprieuresse ; Marie Privât, sacristaine ; Isabelle de Cadoone, vestiaire ; Aygline Raymond, maîtresse de chant ; FI os Fabre, dite Lunés, infirmière.
1418, Isabelle de Cadoëne, abbesse ; Aygline Raymond , prieuresse ; Isabelle d'Auriac, Sibile et Clermonde Virgile, Isabelle de Melinis, Aygline et Esmenarde de Betoa ; les religieuses se réunissent ad sonum tabulœ.
Nous avons vu qu' Aygline Raymond est fille de Huguet Raymond, viguier de Sauve et de Dragonelte des Gardies ; sa sœur Catherine Raymond a apporté en dot à son mari, Auriol Pierre, la place de visruier de Sauve. Catherine donna à sa sœur 100 florins (test, du 10 juin 1420).
Aygline Raymond est encore nommée en avril 1427 dans le testament de Bèrengère de Castillon, veuve de Guillaume de Claret.
Isabelle de Cadoëne est encore abbesse en 1431.
à accepter une charge dans le nouveau couvent ; ainsi Eléonore deBéziers est nommée cellière.
Mabile meurt le 23 janvier 1460 ; on informe de son décès l'abbé du monastère de la Mansiade qui a la haute direction de l'abbaye de N.-D. des Fonts. Le dimanche suivant, 27, les religieuses demandent à l'abbé la permission d'élire une abbesse suivant la règle de Saint-Benoit ; l'abbé y consent et fixe l'élection au lendemain. Le lundi, après la messe, l'abbé et les religieuses se réunissent dans la salle capitulaire. L'abbé leur dit qu'il y a trois modes d'élection ; celui du suffrage secret, celui de l'Esprit-Saint, et celui qui consiste à confiera un tiers la mission de nommer l'abbesse. Elles préfèrent le mode d'élection par l'Esprit-Saint. L'abbé recueillera les suffrages. La prieuresse, la sacristaine , la succentrice, tant en son nom que comme mandataire de la cellière, nomment la vestiaire Clermonde Virgile. L'abbé déclare que ces quatre voix suffisent. Clermonde accepte ; on s'empresse de lui jurer obéissance ; la nouvelle abbesse, à son tour, la main posée sur les Saints Evangiles, promet d'être toujours fidèle à l'abbé, de conserver intact le patrimoine de la communauté.
L'abbé lui remet les clefs de la maison, le livre qui contient la règle de Saint-Benoît ; il offre à l'abbesse sa main droite, et toute l'assistance retourne à l'église en chantant le Te Deum. L'abbé ordonne à Clermonde d'ouvrir, puis de fermer, puis de rouvrir la grande porte de la chapelle ; il la conduit au maître-autel, lui confie les nappes et les ornements qui le parent ; une courte allocution rappelle aux religieuses leurs devoirs ; mais une certaine tristesse se lit dans leurs yeux ; Eléonore de Béziers, la dernière survivante des Clarisses , est à l'agonie. L'abbesse de Notre Dame-des-Fonts et l'abbé de Mazan vont réciter les sept psaumes de la pénitence auprès de la mourante ; dès quelle a fermé les yeux, ils se mettent en route, car le siège légal de 1 abbaye est encore à Saint-Julien-de-Valgalgues, et c'est là seulement que peut avoir lieu l'investiture officielle, c'est là qu'on doit sceller les lettres de nomination de Clermonde. La nouvelle abbesse est de
noble race comme ses devancières ; c'est la fille de noble Jean Virgile, qu'on appelle le Mendois, quoiqu'il habite Saint-Sauveur-des-Salelles près des Vans ; sa mère est noble Antonie de Lagarde, fille de Pierre de Lagarde ; Clermonde a auprès d'elle sa jeune sœur ; sa sœur aînée est déjà veuve de noble Jean d'Alayrac d'Anduze ; ainsi elle connaît toute la noblesse du pays et aura vite fait des recrues pour que l'abbaye devienne plus prospère (1). Mais il faut qu'elle se méfie de son bon cœur, qu'elle ne fasse pas à l'avenir comme au moment de sa nomination. Dès qu'Eléonore de Béziers a été morte, son frère a prié Clermonde de recevoir professe sa fille Catherine de Béziers ; or Eléonore avait eu de ses père et mère, quand elle était entrée aux Minorettesde Sainte-Claire, une dot consistant en une rente annuelle de 3 l. t. et d'une salmée de coségal ; aujourd'hui Thibaud de Béziers ne promet qu'une rente annuelle de 2 L t. et d'un setier de touzelle, et le setier n'est que le 1/4 d une salmée. (2)
Une économie que pourrait réaliser la nouvelle abbesse, c'est la suppression de ce moine de Mazan qui habite le couvent et ne sert pas à grand'chosc, car outre ce moine, il y a un prêtre ; mais Clermonde n'ose pas rompre avec
{{) Voir doc. Just. n9 LU.
Composition du couvent en 1475 : Clermonde Virgile, abbesse; Clauda de Chapalu dit de la Vinba, prieuresse ; Esmengarde de Befhoa, Catherine de Béziers, Delphine de Chapalu, vestiaire, Jacquette Grégoire qui deviendra abbesse ; Clauda Vergily ou Virgile ; Marguerite Sarrasin.
(2) Le 11 décembre 1344, Agnès de Montusargues, abbesse des Clarisses à Alais, exigeait d'une novice Fais de Montarnaud, sœur de Rostaing de Montarnaud, et nièce de Pons Raymond, chevalier, seigneur de Brignon et coseigneur de Gignac, qui se porte caution de ses neveu et nièce : 1* soixante livres comptant, dix cannes de drap appelé cadis, un livre appelé diurnal valant soixante sous ; 2* une rente annuelle et viagère de trente sous tournois et de dix se tiers de froment mesure d'Alais. L'acte est fait en présence de Bertrand D al masse, jurisconsulte, de Raymond de Vézénobres, du château de Vézenobres, et de Guillaume de Vézénobres, chanoine de Maguelonne.
les traditions. Ce moine et ce prêtre vont à droite, à gauche ; ils s'occupent du domaine de l'abbaye.
Nous avons cru utile de transcrire in extenso trois inventaires des reliquaires et autres objets d'art que l'église paroissiale d'Alais possédait, l'un datant de 1354, l'autre de 1418 et le dernier de 1448 ; chacun pourra ainsi se rendre compte des dons qui augmentèrent continuellement le trésor primitif. (1)
Il faut citer en première ligne la grande croix en argent offerte par Jean de Cubellis, laboureur, et dont nous avons déjà parlé ; écoutons le donateur :
Attento que venerande cruci per cunctos Christicolas honor summus debetur, cum in eaperJhesum Christum dominum nostrum redempti fuimus, fieri et fa.brica.ri fecit de argento bono Montispessulani crucem inqua esse dicuntur duodecim marche argenti, et in universo, lam in ligno que in cupro et in argento dicuntur esse viginti et novem marche cum dimidia. Il interdit absolument de la mettre en gage ; il n'était pas rare à cette époque de voir les villes se procurer des fonds en remettant au préteur, à titre de garantie, les joyaux du sanctuaire ; la tête de Saint-Jean-Baptiste, en argent massif, était très appréciée parles créanciers de la commune (2).
Gille de Lascours, originaine de Saint-Jean-du-Pin, nommé par le chapitre de Nimes évoque en 1391, et qui ne prêta serment au Roi qu'en juillet 1395, fit don à l'église d'Alais de quelques ornements pontificaux (3).
Le vestiaire considérable d'Antoinette de Turenne , femme du Maréchal Boucicaut, fut mis, à sa mort, à la
(1) Doc. justif. n- XLII et LUI.
(2) Antoine Boni, dit à la séance du conseil du 31 décembre 1465, qu'il a fourni en 1460 les fonds pour dégager la tête de Saint-Jean- Baptiste que détenait le préteur de la commune, Guillaume Laclause, aubergiste.
(3) Remarquons pourtant que les inventaires mettent simplement « decretorum doctor • et non episcopus Xemausensis. Son frère ou son neveu était orgier à Alais. Mais révoque avait, je crois, un frère appelé lui aussi Gille de Lascours.
disposition de l'église : il servit à confectionner une quantité d'objets pour les autels et pour les célébrants.
Parmi las autres bienfaiteurs de l'église, citons Jean Barrière, qui donna des chasubles et des dalmatiques dont les broderies représentaient une aile comme celle de la bannière communale ; Etienne Trouche , professeur à l'école de droit de Montpellier ; Jean, dit Bertrand d'Hermenteyrargues, cet apothicaire-poivrier si riche ; Bernard Borcier, cet hôtelier et drapier qui prêtait mille moutons d'or, comme d'autres auraient prêté un franc ; Guillaume Dervieux, Etienne Delbosc, Raymond Béraud, dit Bonaure, clerc libre, Jean de Monteils, Catherine Malbosc, femme d'Etienne Capdur, Jacqueline Calvet, femme de Guillaume Ghabanon, etc.
Jean de Suéjols donna de quoi réparer et augmenter /a tête de Saint André en argent, de quoi restaurer la chapelle de Saint Orépin et de Saint Crépinien. Raymond d'Aspe, viguier de Thibaud de Budos, légua 300 livres pour la chapelle de Saint Georges, et 100 livres pour un calice (28 novembre 1415). Marguerite Reynaud, veuve de Thibaud Noyron, dont la bourse était toujours ouverte lorsqu'on voulait acheter quelque vase sacré, faire quelque réparation à l'église, donna 100 moutons d'or pour la réfection du pavage, à la condition qu'on l'enterrerait dans la chapelle de la sainte Croix (15 février 1437).
Un trésor aussi considérable nécessitait une surveillance constante. Les ecclésiastiques qui acceptaient la charge d'empêcher les vols ou les détournements, recevaient un traitement de la commune ; mais ils avaient une grande responsabilité. En mars 1445, le diacre-majeur de l'église, ayant égaré l'évangéliaire, fut condamné par le conseil à en payer la valeur que des arbitres fixèrent à quatre livres tournois et 1/2, sauf à rentrer dans ses débours lorsqu'il retrouverait le manuscrit que lui avait confié le gardien du trésor. Le gardien de la sacristie peut bien prêter, il le faut, les objets dont il est dépositaire ; mais toute aliénation lui est interdite ; personne, du reste, n'a le droit de vendre une parcelle des joyaux du sanctuaire ; noble Astorge Pierre Pons, pria en 1445 les con-
suis de lui céder une vieille chasuble en soie en échange de deux dalmatiques neuves; le conseil municipal fut convoqué pour prendre connaissance de cette proposition pourtant avantageuse (1). Dans quel but Pons agissait-il? Etait-ce un amateur d'antiquités ? Ce ne serait peut-être pas très dificile sinon à prouver, du moins à plaider ; il y a, au milieu du XV° siècle, même à Alais, des gens qui aiment les chambres de tapisserie. Déjà les préoccupations artistiques s'affirment partout ; le curé craint que quelque enfant en lançant une pierre brise les beaux vitraux du sanctuaire ; de suite le conseil commande des grilles en fer pour assurer leur conservation (1445).
Nous n'avons trouvé aucune épave de la prédication, des sermons de cette époque. Il arrive quelquefois que le secrétaire de l'hôtel de ville, en couchant sur le registre le procès-verbal de l'installation des consuls, le ^'janvier, mentionne le thème du sermon de ce jour-là, mais
(1) Délibération de décembre 1445, f223.
Astorge Pierre Pons, fils de Jean Pierre Pons (de Ponte) et de Catherine Bedos, fut seigneur de Cassagnoles, du Fesc, et de Larnac. et du chef de sa mère il eut le château de la Bedosse ; il fut viguier d'Anduze (1434), lieutenant du gouverneur d'Alais (1437).
11 se maria en premières noces avec Françoise de Racho, fille de Pierre de Racho de Chateauneuf-du-Rhône (diocèse de 8aint-Paul- Trois-Châteaux) ; il en eut une fille Gillette Pons qui épousa Thibaud de Bèziers.
Il se remaria en 1432 avec Catherine Pouget qui se fit reconnaître en dot 5000 moutons d'or. A la mort de Catherine Pouget, Léonarde Pouget, femme François de Gras, bourgeois de Montpellier, héritière de Catherine, accepta en paiement de la dot le château de la Bedosse.
On constate la présence d'Astorge Pierre Pons à tous les actes relatifs aux embellissements de l'église. Il vivait encore en 1467 ; le martinet de Villeneuve, qui lui appartenait, ne lui rapportait que onze quintaux de fer par an.
Louis XI lui recommanda par écrit de faire aboutir le projet de mariage d'Agnès du Vergier, fille de Jean du Vergier, avec le fils de la baronne Antoinette Pelet, veuve Jean de Chàteauneuf-de- Randon. 11 février 14G8 (Voir inventaire des archiv. d'Alais, f# 193;,
c'est tout. Nous en avons déjà cité un ; en voici un autre, celui de 1392:
» In illo tempore, Jésus ad turbas extollens vocem, > quœdam mulier de turba dixit : Beatus venter qui te
» portavit et ubera Et ille dixit :imô beati qui au-
» diunt verbum Dei et custodiunt verbum illud. Per » evangelium que deleantur nostra delicta. »
Inutile de dire que l'homélie était ensuite prononcée en français. C'est en français que Saint Vincent Ferrier parle à la foule, sur la place publique. Ce grand orateur soigne la mise en scène; un chœur d'environ 80 hommes l'accompagne de mission en mission. Sa troupe, qu'on nous pardonne cette expression, a son caissier, son médecin, son maître tailleur, son maître cordonnier, elle ne se rend que dans les localités ayant manifesté le désir de la recevoir et de l'héberger. Vincent Ferrier est-il venu à Alais ? Nous le croyons ; diins la première quinzaine de novembre 1408, il est à Nimes; le 2 décembre, le premier dimanche de l'Avent, il prêche à Montpellier. Mais d'où venaitil quand il est arrivé à Nimes, le 8 novembre? Du 16 au 28 où est-il allé? Comment admettre que cet illustre dominicain n'ait pas rendu visite au couvent de son ordre à Alais, un des premiers fondés par Saint Dominique, qu'il n'ait pas essayé de prêcher dans une ville dont une église était sous le vocable de son saint patron Saint Vincent ?(1).
(1) Personne n'avait encore relevé ce passage si curieux du compte des recettes et des dépenses de la ville de Nimes de 1408 conservé aux Archives municipales, RR, 4 :
Octo novembris venit magister Vinccntius predicator et sermocinavit.
Xovem octobris (sic) presentavimus cidem de piscibus 6 s. t.. et très duodenos panis 2 s. 6 d., et octo cartones vini, 16 d., et pro illo quod pro missa potavit 2 d. ; in totum 10 s. t..
Decem ejusdem menais, pro piscibus ad opus dicli magistri Vincentii, 5. s 10 d..
ik ejusdem mensis, pro piscibus pro dicto magistro Vincenlio, 3s. 9d..
16 ejusdem mensis, pro piscibus pro d. m. 7., 3 s.9d.. — Item
Les pèlerinages reprennent à la fin de la guerre de Cent Ans ; depuis que Constantinople est tombé entre les mains des Turcs, on fait grand accueil aux courageux pèlerins qui retournent, disent-ils, du Saint-Sépulcre ; les Alaisiens déposent dans le reliquaire de Saint Luc, l'évangéliste, un morceau de pierre du Mont Sinaï apporté par l'un d'eux. Il n'y a plus d'Anglais en Guyenne et le long de la Garonne. Les personnes pieuses peuvent accomplir leur vœu de se rendre à Saint-Jacques de Oompostelle (1). Au Puy, les pèlerins affluent. Ceux qui n'osent s'a\enturer si loin ont des chapelets, des patenôtres d'ambre et de corail avec une petite croix d'argent, auxquels les Papes
pro potu in domo communi cum fuit impensa ? reverentia pro dicto magistro Vincentio, Î7d..
Le mot octobre est certainement un lapsus plumas ; le 8 novembre 1408 est un jeudi ; le vendredi et le samedi la compagnie de Vincent Ferrier fait maigre ; les il, 12 et 13 étant des jours gras, la ville n'offre pas du poisson; les couvents ont des traités particuliers avec les bouchers pour la fourniture de la viande ; Vincent Ferrier en profite ; les mercredi et vendredi suivants, 14 et 16, les poissonniers sachant qu'à Nimes il y a foule autour d'un prédicateur arrivent en nombre, et le prix du poisson baisse.
(i) Un individu du Collet-de-Dèze qui va partir pour Saint-Jacques commence son testament en ces termes :
Considerans se, Saïirti Spiritus instinctu ac sincera cordis devotione, proposuisse, disponente tamen Altissimo omnium conditore, iter de proximo accipere ad Yspanias Gallias, patriamque (ialliciœ et civitatem de Compostello causa visitandi devota luminaria apostoli J acobi Zebedei, ut ante thronum divinœ majeslatis ipsius divini Jacobi adductus suffragiis... et considerans dictam civitatem Compostelle dis tare à presenti patria longo itineris spatio, pluraqueet varia inter terminas aqua et igné posse supernenire pericula, incursu latronum, fluminum impetu
Mais quelques années avant on n'osait plus aller à ce pèlerinage. Jacques de Podio, coseigneur de Durfort, est mort laissant sa femme Gillette Melzieu; or le père de Gillette avait fait vœu d'aller à Saint-Jacques. Gillette teste en 1420; et ce qui la préoccupe, c'est le vœu non accompli de son père. Aussi elle recommande d'envoyer un homme à Saint-Jacques en Galice pour le repos de son âme, et quand ce pèlerin retournera, il ira déposer son bourdon et suam sportellam sur le tombeau de son père à l'église des dominicains d'Alais. (30 août 1420, hevilas, notaire à Sauve).
ont accordé de nombreuses faveurs spirituelles. Mais ce qui est beaucoup plus important, on constate enfin entre l'abbé de Cendras et ses religieux une entente qui leur a fait si longtemps défaut; Jean de Sorbières, en reconnaissance des bienfaits qu'il a reçus d'eux, fonde deux messes perpétuelles hebdomadaires, l'une le mardi et l'autre le samedi ; après chaque messe, les moines chanteront une absoute pour le repos de son âme et de celles de ses parents ; il leur remet de suite 75 livres tournois comptant, un manteau en drap d'or pour la statue de la Vierge ; il leur cède une maison qu'il a à Alais, rue Tisserie(l). L'abbé sent le besoin de s'appuyer sur ses moines; Sixte IV est à la veille de signer la bulle qui détache du domaine de l'abbaye son plus beau fleuron, le prieuré d'Alais. Le solliciteur de la transformation de ce prieuré en collégiale séculière connaît les faiblesses du cœur humain ; il reviendra de Rome en apportant à l'abbé le droit de porter la mitre (2).
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