CHAPITRE X
La fortune privée.
Les diverses classes de la. société. - La répartition
de la propriété foncière.
La ville d'Alais compte vers 1460 environ six cents foyers.
Les familles nobles y sont clairsemées. En 1481, Louis de Sauzet peut à peine en citer une demi-douzaine et encore! Noble Antoine Boni n'est qu'un bourgeois; on a eu beau essayer de surcharger dans certains documents le mot burgensis pour écrire scutifer, gratter dans les mêmes pièces la première syllabe du mot codominus de Larnaco ; on a pu altérer les registres municipaux ; mais les autres dépôts d'archives, les études des notaires ont été fermés au faussaire (1). Sa mère, Delphine de Salavas est noble, ainsi que sa femme Marguerite de Rochemore; son fils s'alliera avec noble Gillette Pierre.
(1) Voir délibération de 1441, passim et notamment f° 160.
Dans son testament du 20 septembre 1459, Delphine de Salavas, veuve de Pierre Boni, exprime le désir d'être enterrée, à côté de son mari, dans un tombeau qui est dans l'église des Dominicains, chapelle de Saint-Jean l'Evangéliste. Elle institue son fils, Antoine Boni, légataire universel ; elle lègue au prieur pour sa portion canonique, 10 sous ; au curé, 30 deniers ; aux deux secondaires, et au diacre-majeur, 15 deniers à chacun ; à tout prêtre qui le jour de ses obsèques dira la messe pour elle, 10 deniers ; à vingt-huit prêtres que choisira son fils et diront chacun 30 messes, 20 sous chacun ; à Gam-elm Dervioux, professeur en théologie, du couvent des Dominicains d'Alais, un écu d'or pour trente messes ; à la veuve de Simonet Florimont, mercière à Alais...; à Jean Boni, son fils, cent moutons d'or ou 75 1.; à son fils Guillaume Boni, chanoine de la cathédrale de Nimes, deux tasses d'argent pesant deux marcs ; à sa tille noble Catherine... une houppelande, une ceinture en soie noire garnie d'argent surdoré, une bague en or...; à sa belle-fille, Marguerite de Kochemore, ses autres dorures.
Gillette, fille de Jacques Pierre, dit Fossat et de Léo narde Jacques, a pour grand-père et grand'mère maternels noble Jean Jacques, coseigneur de Saint-Just, près Lunel, et noble Antonie de Maubuisson. Les Pierre sont les héritiers du riche Grégoire Fossat ; le patrimoine des Boni est considérable ; quant aux quartiers de noblesse des Pierre et des Boni ils se valent (1).
Rostaing de Laudun est venu habiter ici à la suite de son mariage avec la veuve de Simon Salairon, Jeanne Capdur, fille d'un gros négociant en drap, Etienne Capdur, imposé en 1449 pour 9 maisons, 15 terres, et 1*20 1. de cabal (2). Le premier mari de Jeanne était marchand et viguier comtal; en secondes noces elle a voulu un noble, c'est une ambitieuse.
Thibaud de Béziers est noble ; nous l'avons rencontré au couvent de Sainte Claire sollicitant un rabais sur la dot de sa fille Catherine qui veut être religieuse. Il a marié son autre fille Jeanne avec Guillaume de Johannas ; le dot de Jeanne de Béziers a été modeste (3); mais les parchemins sont authentiques. En 1327, Rostaing de Béziers, docteur es lois, était seigneur de Vénéjean.
Pierre de Caussargues, fils de Raimondde Caussargues, appartient à cette famille que nous avons vue de génération en génération à l'hôtel de ville ; il a épousé noble Elips Valette, fille d'un gentilhomme verrier, Armand Valette.
En classant parmi les nobles Giron de Rocheblave , Louis de Sauzet a soin de nous avertir que ce noble tient une auberge; il eut dû ajouter que sa femme était Mar-
(1) En juillet 1490, Jacques Pierre, qualifié bourgeois, acquiert le mas de Périès à Soustelle.
(2) C'est le plus fort cabal du compoix.
(3) Jeanne de Béziers et Guillaume de Johannas n'eurent pas d'enfant ; la dot de Jeanne alla à Thomas de Béziers sr de Véné-
ean, son consanguin. Thibaud de Béziers avait aliéné des terres pour servir dans les guerres du Roi, pro serviendo Régi in suis guerris. Lorsque le Roi autorisa les nobles à revenir sur ces aliénations, Thibaud de Béziers profita de la permission (1485).
guérite Lozeran, fille d'Alexis Lozeran; qu'il avait un frère utérin Grégoire, dit Miralhet, honorabilis vir, dont la succession lui paraissait assurée.
Un des témoins entendus à la requête de l'archevêque de Toulouse, Pierre Bilhot, a beau se parer du titre de noble; ses ancêtres étaient barbiers, son père discret us vir; au compoix de 14 49 il y a devant son nom sert comme devant ceux de Jean Bonaure, de Julian Trugin..., tandis que dans la même pièce on lit lo noble Armand del Puech, lo noble Anthoni Tortolon. Bilhot a épousé en 1437 Jacquette Capdur, sœur de Jeanne Capdur, dont nous venons de parler. A la mort de son beau-père, en 1463, il eut, je ne sais pourquoi, la fantaisie de faire dresser par un officier de la sénéchaussée l'inventaire de la succession ; les officiers seigneuriaux d'Alais protestèrent et le conseil municipal prit parti pour ces derniers (17 novembre 1463). Bilhot blâme le Pape d'avoir érigé une collégiale dans sa ville natale ! L'attitude d'Antoine Boni nous semble plus digne. Bilhot a 60 ans ; il est fonctionnaire royal, garde du petit sccl (1); Boni en a 50 et est viguier comtal. Le con-
(t) Le barbier Guichard Bilhot eut l'occasion vers 1372 de rendre quelques services à Eléonore de Vilaret, abbesse des Fons, à Jacques Sorbières et Guillaume Dumas, prieurs dominicains, au prieur de la paroisse, Pierre Chabaud. Son fils Pierre noua d'excellentes relations avec les religieux cordeliers parmi lesquels était un de ses proches parents. Bilhot Pierre engendra Bilhot Pierre époux Jacquette Capdur, lequel à son tour engendra noble Jacques Bilhot époux Gabrielle Herail de Brezis, fille de Gabrielle de Budos, femme Jean Herail de Brézis.
Le premier Pierre Bilhot adopta une fille Jacquette qu'il maria avec Pierre Damier, maréchal, né à Bussy (diocèse de Bourges). Il donna en «lot à cette fille une vigne et vingt moutons d'or. Dans sa corbeille de noce la future trouva en outre une houppelande couleur «le sanguine, drap de France, coûtant quatre francs la canne, une autre houppelande de drap couleur vert de roche, une capuche de drap «le ijnninria. Le vénérable Jean Seaunier ajouta à la dot de la mariée vingt quintaux de sel (20 juillet 1431).
Sur le compoix de 14 i9, après Pierre Bilhot, vient le compte de Pierre Damier (n°31).
Jean Herail de Brésis eut neuf enfants ; sa mère, Alix de Cubières
seiller-enquêteur ne peut cependant hésiter ; car en dehors des témoins qu'il a entendus, il a dû se livrer à quelques recherches personnelles. Quiconque veut se procurer, alors comme aujourd'hui, sur la population d'une localité, des données relativement précises, n'a qu'à consulter les registres des baptêmes et des sépultures ; et si les registres sont mal tenus, il n'a qu'à s'adresser au clergé paroissial ; le clergé connaît tout le monde dans un pays de 600 feux. (1)
Remarquons que Louis de Sauzet ne fait aucune allusion aux gentilshommes verriers ; et cela se comprend ; les fours de la rue de la Verrerie sont éteints ; le défrichement des forêts voisines de la ville a obligé les verriers à s'expatrier et à transporter leur industrie à côté des pays boisés. Le 17 août 1341 Guillaume d'Annonay ou de Nonay vendait à Pierre Augier, verrier comme lui, sa maison de
veuve Jean Hôraclée (Hérail), testa le 30 avril 1463 ; Alix de Cubières avait eu deux filles, une mariée à Guillaume du Pont de Vézénobres, et l'autre à Pons Sarrazin de Chambonnet.
(1) J'ai beaucoup de renseignements sur les nobles de la région que je ne puis utiliser ici.
Ainsi je note un acte du 19 mars 1443 n. s., contenant pouvoir par noble Pierre de Mandajors, habitant le mas des Plantiers, paroisse de Saint-Marcel-de-Fontfouillouse, retenu auprès du lit de sa mère très malade, et qui ne peut ainsi aller à la réunion des nobles des diocèses de Maguelonne, Nimes et Uzès qui doit avoir lieu à Nimes, en présence du sénéchal, le mercredi 20 mars, à Guillaume de Rivière, dit de Bourbon, seigneur de Salendrenque, Gaucelin de Saint-Bonnet, seigneur de Thoiras, et Jean de Ussanacio de Sumène, à l'effet de faire tout ce qu'ils croiront utile.
Ainsi un acte du 3 octobre 1452 mentionne comme saisie sub manu regia la terre de Lasalle et la Salendrenque.
Je ne publie pas ces testaments où s'affirme le sentiment national: octobre 1449, noble Jean David, seigneur de Veyrac, habitant Anduze, va rejoindre l'armée du Dauphin comme tous les autres nobles de la région, il faut bien en finir avec ces inimicos antiquos domini re<ji$, muliynos Anylicos qui ne désirent que la destruction de la France; David, deux fois veuf, est remarié avec Rocella de Pontpeyran, parente du prieur de Tornac ; n'importe, la France avant tout ; s'il meurt, il espère que la ville d'Anduze aura soin de sa femme et de ses enfants ; il a confiance en ses concitoyens.
la rue Verrerie 295 livres ; cent ans après il aurait eu cet immeuble pour presque rien (1). Les verriers en vogue sont ceux de Rousson, de Saint-Saturnin-de-Coyran, etc.. C'est en 1394 que Pierre d'Alayrac a eu l'idée de transformer le mas de la Pénitence à Rousson en verrerie; Guillaume Pons a promis de lui donner tant pour cent des bouteilles et des verres qu'il fabriquera, et douze francs d'or par an ; moyennant ce Guillaume Pons peut couper dans la forêt du seigneur les chênes verts dont il a besoin. Les débuts du verrier ont été durs ; l'abbé de Cendras a envoyé des agents pour s'opposer à cette entreprise ; mais une transaction est vite intervenue (2) ; et le verrier a agrandi son industrie en s'associant avec un auvergnat, son compatriote. La verrerie de Saint-Saturnin-de-Coyran est trop éloignée pour que nous nous en occupions ici. (3)
(1) Les autres verriers vus à Alais s'appellent en 1444 Bernard Bonnier, et avant 1400 Pierre d'Arles, époux Hélis.
(2) Dans le traité de novembre 1394, on explique que le mas de la Pénitence a appartenu à Jean et à Bernard de la Pénitence. Pierre d'Alayrac, fils de Pons, est depuis le 2 janvier 1372, marié à Aygline de Cadoéne, fille de Bernard de Cadoëne, seigneur de Pierrefort et de Saint-Jean-de-Gabriac. Les ouvriers de Guillaume Pons s'appellent Barthélémy de Lunassayra et Aymeric de Confolens. L'associé était de la Trinitat près Saint-Flour. L'acte où l'abbé de Cendras intervient est du 30 mai 1396 : videns... et infia casaturas ipsius mansi ubi furnum artifîcii veyrerie fecit et construit, et jam ignem in ipso seu ipsis furnis posuerat. (Acte Jean Chalvet, notaire à Alais.)
Cent ans plus tard Claude d'Alairac, baron d'Aigremont, loue tous ses droits dans Rousson à Aberlenc Raymond, du mas de la Verrerie, moyennant 35 1. 1. par an, 3 mai 1493. La verrerie n'exis" tait plus, je crois.
(3) Vu aussi en 1400 Henri de Mornan, verrier à Anduze, et Jacques Tacharelle du Pin près Bagnols.
1345, Guillaume Azemar, damoiseau, verrier de Claret. — 1449, Pierre Azemar, verrier à Assas dont le fils, Arnaud, épousa le 10 février 1467 Françoise de Maubuisson, fille du seigneur de Ribaute et de Ners.
1448, Arnaud, Durand et Bertrand Valette, verriers à Saint-Saturnin-de-Coyran. — 1489, Jacques Valette, fils d'Arnaud Valette, verrier, époux de Guisette de Blauzac, fille de Jacques de Blauzac du mas de Valfons.
Autre chose est la noblesse, autre chose posséder des terres à raison desquelles on est tenu envers le roi au service militaire. L'ordonnance royale de 1454 contient sur ce point les détails les plus précis.
Après les nobles, les bourgeois. Le3 marchands quittent les affaires après fortune faite, se font dégrever de l'impôt cabaliste et deviennent bourgeois. Ainsi la bourgeoisie est en droit d'un accès facile ; en fait l'Alaisien renonce le plus tard qu'il peut à l'industrie où il réalise des bénéfices, au commerce qui rapporte tant.
La bourgeoisie est le groupe de ceux qui vivent dans une certaine aisance de leurs revenus fonciers ; elle comprend aussi ceux qui exercent une profession libérale : médecins diplômés, jurisconsultes, notaires. Pour quiconque connaît le sens primitif du mot bourgeois, burgensis, rien de plus naturel que la revendication de ce titre par ceux qui plus instruits que leurs concitoyens, sont les gardiensnés des franchises municipales. On ne classe pourtant parmi les bourgeois que ceux qui ont, outre leur clientèle, un certain avoir immobilier. (1)
(1) Je citerai, par exemple, Jacques Blanchet, notaire, mestre Jaume Blanchet comme porte le compois de 1449 (n° 56). Il a épousé en premières noces Clémence Plantier, fille de Jean Plantier, aussi notaire en son vivant ; puis il a épousé noble Antonie de Lascours, fille de noble Gille de Lascours, et enfin en troisièmes noces noble Antonie de Martinasse, fille de noble Grimoard de Martinasse, petite-fille de Béatrix de 8aint-Andéol de Troulhas, sœur d'Antoine de Martinasse. Il a dans Alais trois ou quatre maisons, une vingtaine de terres.
Outre les revenus de ses propriétés alaisiennes, il possède le mas de Sauvages (paroisse de Saint-Jean-du-Pin) et le mas de Lascours (paroisse de Notre-Dame-de-Cendras).
Ces deux propriétés sont affermées pour huit ans à dater du 1~ janvier 1442. Le propriétaire aura la moitié du vin, plus tout le miel du mas de Sauvages. Blanchet tient beaucoup à ses ruches ; il appelle l'attention du fermier sur le soin qu'il faut donner à ces mouches laborieuses ; vider les ruches temporibus congruis, et examina ex eis provenientia retinere et recipere jlc collocare in alveis sive b russes sibi per dictum Jacobum tradendis. Le fer-
Les bourgeois ne peuvent, sans déroger, exercer un métier, mettre la main à la charrue, au pressoir ; ce ne sont pas toutefois des oisifs ; ils veillent au rendement de leurs propriétés foncières ; ils vendent leurs récoltes. Le mas de Sauvages est loué, mais le propriétaire du mas de
mier doit quolibet anno podare, fodere, fustare et vedilhare vites ; après les ruches et les vignes, on passe aux châtaigniers que le fermier doit curare atque yssartare. Le propriétaire autorise son fermier à prendre dans les bois de son domaine, nemoribus, ce qu'il lui faudra pour se chauffer et etiam pro vendendo, minori dampjxo quod fieri poterit, et absque depopulatione et diruitione dictorum nemorum. Le fermier devra lui payer chaque année 16 1. 10 s. t. et un beau porc gras quintalcnc. Jacques Blanchet se charge des contributions, tallia et census.
Il teste le 1" décembre 1441 ; il veut être enterré chez les Dominicains, dans la chapelle de Saint-Eustache, à côté de sa première femme; Jean de Maguielle, prêtre attaché à la paroisse d'Alais, voudra bien se charger de lui faire faire une robe de Saint-Dominique, et il lui lègue pour ce service 7 1. 10 s. t., outre 20 sous pour trente messes. Révérend maître Gaucelin Dervieux, frère Pierre Arnaud diront aussi chacun 30 messes et recevront 20 sous chacun; il lègue à leur couvent pour un obit perpétuel 25 sous de rente ; qu'on veuille bien l'inscrire au livre des anniversaires afin de ne pas l'oublier.
Je note les autres legs pieux : cinq sous au prieur, deux sous et demi au curé, 15 d. t. aux deux secondaires et au diacre-mage ; 10 deniers à chaque bassin de l'église Saint-Jean ; 10 deniers à tout prêtre régulier ou séculier qui assistera à ses obsèques ; 10 sous pour un cantar dans la ncuvaine, et 10 sous pour le cantar du bout de l'an ; pour deux cantars chez les Cordelicrs, 20 sous ; aux Dominicains, pour deux cantars, 30 sous ; à l'église Saint-Antoine, pour deux cantars, 10 sous ; au couvent des Dames des Fons demeurant à Alais, pour deux cantars, 20 sous ; aux chanoines de 8aint-Germain, 5 sous; à l'hôpital des pauvres, 10 sous ; à deux prêtres habitués de la paroisse qui diront chacun 30 messes, 20 sous à chacun ; même somme aux religieux de Cendras, et comme il fait partie de la confrérie de Cendras. qui sera tenue de dire 90 messes pour lui, suivant les statuts. -45 sous, etc., etc. On fera toute l'année une offrande de pain, de vin et d'huile au couvent des Dominicains d'Alais.
Venant à la disposition de ses biens, il lègue à sa femme, outre son trousseau et ses durures qu'elle reprendra en nature, l'usufruit de sa succession ; il lui fait encore quittance des 40 moutons d'or
Cogoletaun bayle, un gérant auquel il donne par an, trois salmées de blé, un demi-quintal de chair salée, un cartal d'huile, une quarte de sel, et 71. 10 s. t. en numéraire : le bayle a droit d'engraisser sur la propriété deux porcs
qu'il paya pour elle à noble Bertrand Pierre, de Sauzet, à cause de l'héritage seu facti de Sauzeto.
Il a eu du premier lit, Bérenger Blanchet et Claudine Blanchet, dotée lors de son mariage avec Barthélémy Delmas, savetier ; il ne lui lègue donc que 4 1. t.; du deuxième lit, Marguerite Blanchet à laquelle il lègue, soit à raison de la dot de sa mère, Antonie de Lascours, soit pour ses droits dans sa succession, 200 moutons qui valent 150 1. t.; Antonie de Lascours avait aussi une créance sur feu Bernard Pelet et due actuellement par Grégoire Fossat ; qu'on la recouvre, et si Marguerite venait à mourir, son grand-père maternel, noble Gille de Lascours aura droit pour son quart réservataire à 37 1. 1/2, plus à la moitié de ladite créance ; enfin si noble Gille de Lascours était lui-même décédé à ce moment, c'est sa fille, Léonarde de Lascours qui retirerait soit les 37 1. 1/2, soit moitié de la créance Fossat.
Marguerite Blanchet épousa Gaucelin Dervieux, savetier ; elle mourut laissant un petit enfant qui survécut peu à sa mère.
Du troisième lit, il a déjà trois enfants : un fils, Louis Blanchet et deux filles, Catherine et Salvatrix ; elles auront chacune 150 livres à prendre sur ce que lui doit son beau-frère, noble Antoine de Martinasse. Ces chères enfants, elles sont jeunes, mais Marguerite Raynaud, honombilis mulier, voudra bien en avoir un soin affectueux. [Salvatrix épousa un médecin, Jean Viscar, qui mourut avant elle.] Tous ces prélèvements accomplis, le surplus de la fortune sera partagé entre les dits Bércnger »»t Louis Blanchet. Au cas où Bérenger voudrait soulever quelque réclamation à cause de ses droits maternels, il n'aura que ce qui appartient à son grand-père maternel , Jean Plantier. Ces biens consistent en maison, rue Droite, à côté de celle de Jean Delmas, barbier (n° 53 du c.) ; une vigne et pré, à côté du Pont-Neuf, confrontant le pré de Pierre Castanet, aubergiste, et la vigne de Jean Grosgain, maréchal (voir n#*22 et 24 du c.) ; un jardin en ville, une terre à côté de celle de Guiraud Nazon, marchand, et enfin deux lits garnis de coussins en plume et couvertures, dix draps de lit, deux nappes, deux serviettes, un chaudron et une bassine en cuivre... et enfin jusqu'à concurrence de 75 livres de ses instruments publics grossoyés.
Témoins : Grégoire Calvet, notaire ; Philippe Massayre, épicier ; Guillaume Manent et Jean Delmas, barbiers ; noble Gille Las*
S'il n'a ni fermier, ni bayle, le bourgeois aura le souci d'embaucher des travailleurs de terre. Le salaire des ouvriers des champs varie suivant les saisons ; les uns sont nourris par le propriétaire, les autres se nourrissent à leurs dépens. Au moment des fenaisons, des moissons, des vendanges, il y a des prix spéciaux. La journée commence toujours avant le lever du soleil et finit après son coucher. La longueur des repas est de demi-heure ; le diner dure une heure ; les buvettes un quart d'heure ; du 29 septembre au 15 février, il y a trois repas; du 15 février au 15 mars et du 24 août au 29 septembre, trois repas et une buvette ; du 15 mars au 15 avril, trois repas et deux buvettes; du 15 avril au 15 mai, trois repas et trois buvettes ; du 15 mai au 24 août, trois repas et quatre buvettes.
Propriétaires et travailleurs de terre savent qu'il est défendu de prendre les travaux des champs à prix fait ! Tout le monde parle de cet article des coutumes, mais les bons ouvriers et les propriétaires avisés tournent la loi. Un vigneron capable est sûr de recevoir des gratifications, en dehors du prix officiel de sa journée.
Un bourgeois doit connaître les usages locaux, le prix
cours et Guillaume Trugin, marchands.
Le testateur vécut jusqu'en 1458 ; il avait eu probablement la douleur de perdre son fils Bérenger, car le 23 octobre 1459, Louis et Thomas Blanchet, âgés de 21 à 25 ans, fils du troisième lit, se déclarent héritiers de leur père et payent le complément de la dot constituée à leur sœur Marguerite entre les mains de Gaucelin Dervieux, légataire universel de sa femme et héritier de son fils 11 était dû 130 1. t.; on lui donna une maison rue des Bains et 28 1. 10 sous en argent.
Son étude passa à sa mort à son fils Louis.
Nous n'avons pas hésité a publier ce testament, à cause des détails qu'il contient, si intéressants pour les Alaisiens qui connaissent tous le mas de Sauvages. Ce mas resta dans la famille Blanchet jusqu'à la fin du XVI* siècle : Christophe Blanchet l'avait en 1575; acquis alors par Charles TuiTan, époux de Madeleine de Privât, il forma la dot de sa fille Tuffan Delphine, lorsqu'elle épousa François Boissier, docteur en droit, sieur de Sauvages. Les Boissier de Sauvages en étaient encore propriétaires pendant la Révolution.
d'achat ou de location ou de réparation des instruments agricoles. S'il y a une terre qui soit à sa convenance, qu'il Tacheté, mais dès la conclusion de l'affaire, palmada donada, il appellera les prud'hommes jurés des terres, fera dresser un état des lieux afin d'éviter plus tard une réclamation en vilité du prix, une action en résolution pour lésion, lorsqu'il aura amélioré le terrain de ses beaux deniers comptants ; il n'oubliera pas surtout d'acquitter les droits de lods. Une de ses prairies située au bord du Gardon est-elle couverte de gravier par une forte crue des eaux, il tâchera de faire réduire la censive due au seigneur, avant de renoncer à ses droits de propriété ; il demandera le dégrèvement de l'impôt foncier. Grégoire Fossat a un champ-olivette à la Calade, qui doit par an 3 cartayrons de poivre ; ce champ ne figurera pas dans son capital imposable ; il a un tros de sauzeda, à Brozencs, une petite oseraie, qui ne produit rien; c'est à lui à surveiller sa feuille de contribution. Pour les immeubles bâtis, le cens qui les frappe est si insignifiant qu'on n'en tient pas compte. Pour les immeubles ruraux il faut s'en préoccuper quelquefois.
S'il a des velléités nobiliaires, qu'il se fasse fournisseur de l'armée, qu'il achète des rentes perpétuelles (1). Il y a toujours des gens nobles en train de se ruiner. (2)
Il est plus facile d'acquérir de la fortune que de la conserver. Jean Gobi, fils de Simon Gobi, n'a-t il pas dévoré
(1) C'est ce que fait noble Jacques Hilhot, fils de Pierre ; il achète deux livres de rente perpétuelle à noble Bérenger de Mamlajors dit d'Alayrac, seigneur des Plantiers. paroisse de Saint-Marcel-de- Fontfouillouse(t478).
En 1469, Etienne d'Andréa, marchand, de Montpellier, se charge de fournir à l'armée du duc de Calabre, en Catalogne, mille salmées d'avoine. Deux bouchers d'Alais envoient en Catalogne pour l'armée six cents moutons et quarante quintaux de porc salé. Ces marchands et ces bouchers deviendront nobles.
l2) C'est ce que fait Claude de Martinasse, seigneur de Troulhas, paroisse Saint-Andéol-de-Troulhas, habitant en 1479 Sauzet près 8aint-Geniès-de-MalgoirèH ; criblé de dettes, il vend parcelle par parcelle son avoir I
l'héritage paternel? Louis Dalmas. fils du jurisconsulte Bertrand Dalmas, n'at il pas dissipé son avoir?
A la mort de Gui Pelet, Armand Delpuech a acquis de ses héritiers la juridiction de Saint-Martin -de- Valgalgues.
« Et aussi y a des marchands en bon nombre qui vont i aux foires à Lyon, à Pézénas, à Montagnac, et ils ont » bon crédit. »
On ne parle pas de la foire de Beaucaire, de celle de Saint-Firmin, parce que les villes de Beaucaire et d?Uzès sont trop rapprochées d'Alais.
La foire de Pézénas, à la Toussaint, est très suivie par les Alaisiens; en 1441 un coutelier y vend à un mercier d'Evreux je ne sais combien de douzaines de couteaux, gladiorum vaginatorurn. Etienne Capdur s'y approvisionne d'une qualité de drap, dit drap de Perpignan, que lui a demandé Guillaume de Lafare, chevalier. (1)
Les aubergistes servent d'entrepositaires et de commissionnaires.
Le logis le plus en renom est celui de G. Delaclause, époux Sabatier Gillette, rue Droite; le plus spacieux est peut-être celui de la Croix, tenu par Etienne Rieu.
Lorsque la bande de Geoffroy de Chabannes, sire de Charlus, alla guerroyer en Espagne avec le duc de Calabre contre le roi d'Aragon, elle fit étape à Alais. (21 mai 1467) (2\ On répartit les billets de logement comme il suit : logis de l'Ange, rue des Fabreries hautes, chez Rossel, 5 hommes et 5 chevaux ; logis de l'Ecu de France, 23 hommes et 20 chevaux ; logis du Bourdon, rue Droite, 10 hommes et 10 chevaux; logis de la Croix, 32 hommes et 29 chevaux; logis de l'Epëe, tenu par Pierre Lichaire, 12 hommes et 1 1 chevaux ; logis de la Lieu, leuga, 7 hommes
(1) Doc. just. n« XLV1I.
(2) Jean Monteil, sergent royal d'Alais, accompagna à leur départ ces cavaliers jusqu'au pont de Quissac etFontanôs. La ville d'Alais donna au majordome de la maison du seigneur de Charlus, et à Antoine Senhan, notaire à Nimes, 10 gros tournois.
et 7 chevaux. Fresquet, à la Fleur de lys, reçut 23 hommes et 23 chevaux; Antoine Bonijol, 6 hommes et 6 chevaux. Chez Lozeran, on mit 10 hommes et 6 chevaux ; chez Bernard Mathieu, 7 hommes et 7 chevaux ; chez Jean Michel, fils de Dominique Michaelis et de Fabre Marguerite, 16 hommes et 13 chevaux ; chez G. Hugon, autant qu'au logis de l'Ange. Total 156 personnes et 142 chevaux. Au Bourdon on aurait reçu plus de monde, si une partie de Técurie n'avait pas été occupée par la clientèle habituelle. Il ne faut pas oublier qu'il y a eu aussi ce jour-là des bourgeois qui ont prêté leurs vastes locaux. Lozeran Alexis par exemple ; il est bourgeois, viguier baronnial ; mais son père, Etienne Lozeran, était bâtier et il avait fait construire ces grandes écuries à l'époque où il adjoignit à son premier métier le commerce des mules et des botes de somme, commerce déjà essayé, sur une moindre échelle, par ses ancêtres. Gaspard Lozeran, son fils, s'est marié avec Guillelmîne du Fesc, fille de noble Bertrand du Fesc et d'Andréa de Cadocne ; son petit-fils épousera noble Gabrielle de Ginestous ; son arrière-petit-fils sera noble Tannequin Lozeran, sieur du Fesc.
N'allons pas nous imaginer que tous les marchands soient hantés par ces idées de noblesse. Ainsi Bonaure Antoine, dit Béraud, est marchand ; il a hérité de Raymond Béraud, marchand; il teste en 1462 ; quoiqu'il ait un neveu, noble Jean Gasque, dit Bonaure, seigneur d'Orsan, il laisse toute sa fortune à son autre neveu, Antoine Bonaure, fils de feu Pierre Bonaure, simple marchand (1).
(1) Voici quelques indications sur les marchands : 1372 Jean Bertrand, Philippe de la Chaise-Dieu, Jean Glanière, Etienne Raoul, Jean Ruffi, Bernard de Serre, Bernard dit Sauveur Pelet, Pierre d'Alzon, Jean et Guillaume Lunes, Bernard de Mons, Grégoire Raymond , Jean Valcroze , Mathieu Perrier, Bertrand d'Alayrac.
1383 Raymond Béraud, Etienne Privât, Bernard Pouget, Guillaume Fossat, JeanVilatelle, Pierre del Fans, Jean Plantier, Etienne Ginane, Raymond Sabran, Jean de Salelles, Raimond Puechaut, Pierre Gaussand.
La barrière qui sépare les principaux marchands des bourgeois et môme des nobles est donc facilement franchissable ; quant à celle qui existe entre les autres marchands et les mécanics, nous ne nous y arrêterons pas ; od comprend sans peine que ces marchands peuvent avoir des commis, des ouvriers, des apprentis, mais eux-mêmes travaillent manuellement.
Enfin remarquons que déjà les ouvriers industriels, les gens de métiers se croient supérieurs aux cultivateurs, aux ouvriers de la terre.
Pour pénétrer dans les boutiques et les ateliers, il nous faut une permission des autorités. A qui nous adresseronsnous ?
En tôte de tous les officiers seigneuriaux marche celui que le public appelle le capitaine, Giron du Puy ; vers 1470, il aura pour successeur Bertrand de Bordel les, né en 1429, gouverneur de la comté d'Alais, des baronnies d'Anduze et de Saint-Etienne-Vallée-Française, de Bagnols, Cornillon, Verfeuil et Salazac (1). Giron du Puy
1401 Guillaume Cambefort, Bertrand Raya, Pierre Bilhot.
1432 Jean Bonafous, Antoine Béraud, dit Bonaure, Etienne Capdur, Pierre Dumas, époux Jeanne Breton, Jean Gaingalant, Bernard ri 3 Gajans, Guiraud Nazon, Pierre Plantade, Guillaume de Podio, Pierre Pradel, Antoine Reboul.
(1) Voici la commission de Bertrand de Bordelles :
Nous. . . comte d'Alais. . . .
Nous pour le bien de justice et de notre Comté désirant... être bien pourvus de personne ydoine et suffisante, confiant à plein du bon sens, loyauté, discrétion, prud'homie, sagesse et bonne diligence dudit de Bordelles, icelui avons fait, institué et ordonné, faisons, instituons et ordonnons par ces présentes notre gouverneur capitaine et procureur général de toute notre Comté et seigneuries— tant quant nous plaira, aux gaiges, prouûts, honneurs, émoluments, droits, prérogatives accoutumées, auquel de Bordelles donnons puissance de prendre et de lever les deniers et émoluments de notre recette de notre dit Comté et seigneuries pour les employer à nos affaires, ainsi que bon lui semblera, de faire toutes visitations aux places et icelles faire réparer ainsi que bon lui semblera; aussi lui donnons par ces présentes puissances de lozer, Investir et bailer à nouveaux àcaptes, recevoir reconnaissances,
a marié sa fille avec Bernard Trusseti, seigneur de Falguière, paroisse de Sainte-Marie- Vallée-Française ; il lui a donné en dot les biens qu'il avait achetés à noble Malvin de Guerra et à Marguerite de Soustelle. Bertrand de Bordelles, qui se qualifie écuyer, habite Bagars ; sa situation de fortune est médiocre; en 1474 il emprunte 10 écus à l'abbé de Gendras.
Au château comtal, il n'y a donc qu'un concierge, qui a beau prendre le titre de châtelain, il ne compte pas dans le monde administratif. Le receveur comtal, Guillaume Bossuges et après lui Vital Verdier, lui payent ses gages, et voilà tout.
Le juge d'appeaux habite Nimes.
Heureusement que l'obligation de résider en ville s'impose aux autres fonctionnaires, aux viguiers surtout.
Après Simon Salairon, installé en 1468, le comte nomma Antoine Boni viguier comtal. Salairon et Boni habitaient la ville.
Le viguier baronnial jouait un très petit rôle ; en 1455
hommages et serments de fidélité tant des nobles que autres de notre dit Comté. . . et aussi de donner. .. retour pour droit et préla tion quand bon lui semblera, et aussi de faire, créer et constituer tous autres officiers de notre dit Comté et seigneuries, et iceux... punir quand temps et lieu sera, et en outre lui donnons puissance de comparoir pour nous en toutes cours ecclésiastiques et séculières en toutes nos causes et affaires, procès mus et à mouvoir, à contester plaid, donner libelle et généralement faire, demander et requérir toutes autres choses que nous-mème ferions, dirions et requérions si étions en personne, avec puissance de substituer un ou plusieurs procureurs en son lieu là où bon lui semblera, et de leur donner telle puissance que par ces mêmes présentes nous lui donnons et généralement à faire toutes autres choses nécessaires et opportunes... ainsi que peut et doit faire tout bon gouverneur, capitaine et procureur, et comme les autres gouverneurs ont coutume de faire. Si mandons à tous nos officiers et sujets et autres de notre Comté et baronnies que audit gouverneur obéissent comme à notre personne et lui donnent conseil, confort et aide et prisons si mestier en y a et par lui en sont requis duquel gouverneur nous avons reçu le serment en tel cas requis.
c'est Pierre Bilhot, en 1472 c'est le marchand Alexis Lozeran, puis un notaire, Verdeilhan.
Le juge commun ordinaire, bachelier en droit, Jean Fabre, est si vieux qu'on ne parle jamais de lui. Les sergents Georges Lancelot, Colin de Vendôme, sont de trop minces personnages pour nous.
Nous connaissons du reste maintenant suffisamment les personnes pour nous occuper des biens et dépouiller les compoix. Nous avons déjà parlé de celui de 1393 ; il nous a indiqué la division de la ville en sept pans ou quartiers : le pan de la Roque qui comprend les rues de la Roque, de Berthole, de la Sabbaterie ; le pan du Marché où nous distinguons la place du Marché, les rues de la Frucherie, du Mazel, de la Triperie; le pan de l'Escurgacha où se trouvent les rues de la Canabasserie, de la Caussarie (chausseterie), la ruelle du Moulisson et une partie de la Grand'- Rue ; le pan des Fabreries où sont les tanneries et les bains ; le pan du Pont- Vieux ; le pan de Saint-Vincent, et enfin le pan des Aires au pied des châteaux seigneuriaux. L'auteur du livre intitulé Recherches historiques sur 2a ville d'Alais, publié en 1860, a analysé ce compoix et fixé le nombre des maisons au XIV* siècle à 940 ; nous avons tenu à vérifier ce chiffre, et nous croyons qu'il faut substituer au mot maisons les mots immeubles bâtis, car dans ce chiffre de 940 sont compris 18 calquières; or les tanneurs n'habitent pas à côté de leurs fosses remplies de tan et de leurs cuves pleines d'eau de chaux; de môme il y a dans la rue Soubeirane 32 maisons, dont beaucoup ne servent que de magasins à fourrages, de greniers ; enfin chaque propriétaire a ses cuves et son matériel vinaires dans un local spécial. Les gens aisés ont ainsi trois immeubles bâtis, dont un seulement affecté à leur habitation.
Le compoix de 1405 est un des mieux conservés ; il comprenait primitivement 76 feuillets [soit 152 pages] dont six ont disparu ; mais il est possible de reconstituer en partie les 12 pages qui manquent.
Voici donc ce que nous apprend le recensement officiel de 1405 :