‹ Histoire de la ville d'Alais de 1341 à 1461Chapitre 4 sur 52 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La vie politique de 1840 a 1850.

Physionomie de la ville. - Humbert Dauphin de Vienne. - Seigneurie a vendre. - Levée en masse. - Famine et Peste. - Conflit entre les seigneurs. - Impots.

Après avoir indiqué dans le précédent fascicule les causes de la rupture survenue entre le roi de France et le roi d'Angleterre, nous avons énuméré les aides imposées aux Alaisiens depuis l'ouverture des hostilités jusqu'au moment où les belligérants convinrent d'une trêve, en septembre 1340 (1). Pénétrant dans la vie intime des habitants, parcourant presque tous les quartiers, il nous a été permis de constater que rien encore n'avait altéré la sérénité de la ville. On criait un peu contre l'impôt, contre l'égoïsme du clergé, contre la vénalité des juges ; mais quelle est l'époque où il n'y a pas eu des mécontents ? L'immense majorité de la population était satisfaite ; n'ayant aucune notion de l'importance pour notre nationalité de la lutte engagée dans le Nord et dans l'Ouest, elle n'y voyait qu'un conflit entre Philippe VI et un de ses vassaux, roi aussi. La crise avait été trop courte, le théâtre des opérations militaires trop éloigné pour engendrer dans la région des basses Cévennes un malaise économique. La construction d'un nouveau pont sur le Gardon venait d'augmenter le transit, à la grande satisfaction des marchands, des muletiers et des hôteliers ; les industries locales qui, en revanche, avaient souffert au début des nouvelles facilités accordées à l'importation étrangère, étaient en train de reprendre le dessus.

(1) Histoire de la ville d'Alais de 1250 à 1340, Nimcs, 1894, pages 100 et suiv.

Désir d'arriver à l'aisance par le travail, volonté arrêtée de ne faire aucun sacrifice à des intérêts non palpables, répugnance aux innovations, voilà l'esprit du peuple.

La seule personne atteinte par les événements survenus durant les trois années précédentes est Raimond Pelct: il a bien conservé sa moitié de la seigneurie d'Alais, mais le roi de France, son copropriétaire, a annexé à son domaine personnel la seigneurie limitrophe de l3ortes-lterlrand. seigneurie d'un excellent rapport, enlevée légalement par lui (1) aux Budos pour avoir pactisé avec les Anglais. L'accroissement de la fortune de l'un des coseigneurs d'Alais entraînait la diminution du prestige de l'autre. Quelques bourgeois, plus avisés que leurs concitoyens, avaient tiré pourtant de cette conûscation de la terre de Portes d'autres conséquences : si les Budos implantés dans cette région il y avait à peine vingt ans, mais bien au courant des affaires de la Guyenne, leur pays d'origine, avaient trahi le roi de France, c'est qu'ils avaient une entière confiance dans la puissance militaire et le succès déûnitif de son rival ; on assisterait donc fatalement à de nouveaux incidents. A ces noirs pressentiments se mêlait cependant un rayon d'espérance, en envisageant les préparatifs de la prochaine campagne ; le roi s'occupait à faire de l'église de Cendras une espèce de forteresse capable d'arrêter une armée venant du Nord ; cet obstacle franchi, les envahisseurs, avant d'occuper la ville, avaient à s'emparer du château royal qu'on s'efforçait de rendre tout-àfait imprenable ; les travaux étaient poussés avec activité (2) ; du reste la trêve devait durer jusqu'à la Saint

(1) André de Budos fut déclaré félon en 1340; la terre de Portes rapportait beaucoup à cause de sa situation entre l'Auvergne et le Midi. Le roi y établit un gouverneur le 24 octobre 1340.

(2) Marché du 4 juin 1341 entre Maurice de Beauvoir (Bellovidere), carrier (l.itomusj du roi de France, et un individu de Méjanes, de 300 blocs de pierre des carrières de Méjanes, livrables dans le château royal d'Alais, dans deux mois au plus tard, à 15 deniers pièce. 150 auront deux pans et demi de longueur, un pan et demi de large et un pan d'épaisseur ; 150 auront deux pans de

Jean 1341, et des deux côtés on souhaitait une prorogation. Le clergé a ordonné des prières dans cette intention, mais le prix des remplaçants militaires est toujours à la hausse; et aux montres, de la façon dont on examine l'armement des nobles et des roturiers, chacun sent que la paix est chancelante (1). Suivant le vieil adage, si vis pacem para bellurrtj il faut dès maintenant se préparer à quelques petits sacrifices (2), à des contributions pécuniaires. La charte communale a beau proclamer la suppression radicale des tailles ; le roi est non seulement coseigneur immédiat d'Àlais, il en est aussi le souverain, et aucun texte ne limite les droits de la couronne. La circulaire du 3 mai 1340 (3) adressée à André Auban, juge-mage de la sénéchaussée de Beaucaire, ne laisse planer aucun doute sur les prétentions du Roi. « Plusieurs villes, lui dit-il, se veu- » lent excuser de nous aider en notre présente guerre en > invoquant des ordonnances, des concessions de privilè- » ges octroyées par nous ou nos prédécesseurs ; elles sont » dans Terreur ; en ce qui touche la défense du royaume, » nous-mêmes n'avons pas le droit d'accorder l'immunité. » Les fonctionnaires royaux, transmettant cet ordre

longueur et un pan de largeur comme d'épaisseur. (Minutes actuelles de M« Malzac, f° 184, verso.)

(1) Opère cifa/o, pages 99 et 101.

(2) Nos pays avaient à redouter une invasion par mer. Le sénéchal Guillaume d'Esperi écrit de Nimes, le 22 décembre 1341, à l'évêque de Maguelonne de veiller à ce que les forteresses de Maguelonne et de Melgueil soient mises en état de repousser une tentative qu'on craint. En janvier 1342, il se rend à Maguelonne et laisse une note de tout ce qu'il faut se procurer pour éviter une surprise : hommes d'armes à pied, hommes d'armes avec arbalètes, carreaux, espringales, garrots, engins avec leurs accessoires, pierres et cordes, gorgières et cervelières, bois, fer, poix, lances, tours (pro tendendo), blé, vin, huile, chairs salées, chanvre pour les cordes des arbalètes, moulin de sang, chandelles, bombasse seu coco... Si l'on n'obéit pas de suite, amende de deux cents marcs.

(3) Dans la quittance des Alaisiens, la lettre du roi est aussi transcrite, mais elle est datée du 4 mai au lieu du 3 mai. Nous ne donnons pas la lettre elle-même, car elle a été déjà publiée dans la nouvelle édition de 17/. de Languedoc, t. x, col. 869 et suiv.

aux Beaucairois, leur réclament une somme égale à celle qu'ils ont fournie dans des circonstances analogues ; la seule faveur qu'on a l'air de leur faire consiste à déduire, des 400 livres à payer, ce qu'ils ont prêté dernièrement au Roi ; la quittance du 23 septembre 1340 est rédigée avec les réserves habituelles de pur style : faculté pour la commune, en cas de trop perçu, de se faire restituer ; pour le Roi, de réclamer un supplément s'il a commis une erreur dans le chiffre du contingent ordinaire de la ville. Les Alaisiens, en vertu de la môme circulaire, payèrent, le 17 septembre de la môme année, quatre cents livres (1).

En 1340, la couronne a su sauver les apparences ; en 1341, elle applique sans hésitation sa théorie financière ; Philippe VI établit de sa propre autorité la gabelle du sel.

« Comme nous, pour le profit de nous et de tout le com- » mun peuple... ayons ordené à faire certaine gabelle de » sel pour tout notre royaume... vous donnons plein pou- » voir d'acheter, prendre et arrester pour nous tout le » sel que vous y trouvères... Tout ce que vous fairez... » nous... dès maintenant l'agréons. » (2)

Couverts par ces ordres, les agents royaux, Romanet Lanfred, un Italien, à leur tête, saisissent tout le sel, le font estimer à leur guise, établissent des greniers où leurs préposés le revendent à un prix qu'ils ont fixé. Les propriétaires des salines protestent ; les populations envoient leurs doléances à la cour. Quel chemin parcouru par la

(1) Les viguerains avaient promis aux Alaisiens de payer leur quote part. (Actes du 12 et du 13 août 1340). Dans le plus vieux inventaire on appelle André Aubant André Delbaux.

Voici la répartition : Saint-Florent, cent sous ; Méjannes, huit livres; Saint-Alban, soixante sous; Le Mas-Dieu et Laval, cinquante-deux livres; Saint-Hilaire-de-Brethmas, quarante livres; baillivie de Soucanton, vingt-sept livres dix sous ; Mormoyrac, huit livres ; Soustelle, Saint-Paul-Lacoste et Saint-Martin-de-Valgalgues, vingt-neuf livres six sous huit deniers ; les hommes de Branoux de Guillaume Bérard, chevalier, cent sous.

(2) La lettre du Roi était du 16 mai 1341 ; la saisie du sel eut lieu le 26 juillet 1341.

Royauté relativement au droit d'exiger un subside de tous ses sujets !

Il y a encore dans les actes officiels des formules qui se ressentent des vieilles idées féodales , et quelquefois le pouvoir royal agit moins brutalement. L'évoque de Beauvais a charge de demander aux communes de financer pour se racheter de l'ost. Veut-on aller se battre à Arras, à Marmande, dans ce cas il n'insistera pas, mais si les Alaisiens désirent rester dans leurs foyers, qu'ils fournissent à Philippe VI de quoi se procurer ailleurs des soldats. (1) Quel est le prix de l'exonération du service militaire ? vingt sous par feu, dont moitié comptant, et moitié quand le besoin s'en fera sentir. Car la trêve peut durer plus que ce qu'on a stipulé d'abord, mais elle pourrait être violée avant. Les marchands Alaisiens qui trafiquent du côté de Narbonne ou du côté du Puy n'ignorent pas qu'il y a des escarmouches continuelles entre l'ostdu Roi et les bandes ennemies.

Les bourgeois s'inclinent; ils préfèrent môme ces demandes franches, à une série de procédés financiers plus ou moins honnêtes, plus ou moins déguisés. Mieux vaut le collecteur que tous ces commissaires revêtus de mandats élastiques, réparateurs des chemins, vérificateurs des aliénations domaniales, adjudicataires de vieilles créances du fisc, etc. (2). Le 16 novembre 1344, les con-

(1) 6 avril 1342. Autre mandement touchant le même subside (août 1343).

(2) Lettres du Roi du 25 octobre 1340, notifiées par les consuls d'Alais le 3 novembre 1340 à un commissaire, Etienne de Cernan ou de Crenay ? qui réclamait les arriérés d'un subside accordé en 1314 et 1315 pour la guerre de Flandre. Le Roi le priait de renoncer à sa réclamation. Lettres datées de Paris sous notre nouveau scel.

Autre fait. Le 10 juillet 1340, Jean de Campalbando, commis à la levée des décimes, in negotio decimarum levandarum, était descendu à l'auberge de la Colombe, tenue par Etienne de Sommières. On porta plainte contre lui. Robert de Poniays, chevalier, viguier-chàtclain de Beaucaire, lieutenant du sénéchal, lui écrivit : « Nemausi, 19 julii 1340. Conquesti sunt nobis consules Alesti quia vos, prœtextu commissionis vestrae, plura dampna

suis exhibent à Robert de Riom, gérant de la9 trésorerie royale de Nimes, une lettre de rappel du Roi lui-môme en date du 15 février ordonnant la restitution du subside perçu en 1338 à l'occasion de la chevalerie de son fils Jean, mandatée depuis le 8 mars 1339. Robert s'excuse, sa caisse est vide, prière de repasser dans quelque temps ; il y a cinq ans qu'on leur dit d'attendre.

Guillaume Henri, se disant bourgeois de Paris, commis au rhabillage des chemins et passages de la sénéchaussée, exige des frais de tournée exorbitants ; sa commission n'indique pas à combien il a droit par jour, il profite de cet oubli. On porte plainte ; un lieutenant de la cour du sénéchal, Jean de Merso, arrive à Àlais et lui enjoint de ne réclamer pour ses déplacements que ce qu'ont touché ses prédécesseurs (2 septembre 1342). La commune abhorre les fonctionnaires inutiles; elle se charge elle-même

inferiti8 et plures injusticias facitis hominibus dicte ville abutendo in hac présente vestra commissione et exhigendo plures et indebitas pecuniarum quantitates ; quoeirca vobis prœcipimus et mandamus quantum quoties requisiti eritis, et maxime in casibus dubiis, débite procedatis, adjunctis vobis judicibus Alesti, aut judice Gaballitani... » Le 21, les consuls vont lui remettre la lettre ; il la lit respectueusement, mais il nie avoir outrepassé ses droits, il est prêt à réparer le préjudice qu'il peut avoir commis... « negans tamen se gravasse nec velle gravare aliquem » ; on peut le poursuivre, il ne récuse pas la justice locale. Le juge du Gévaudan était un Alaisien.

Le juge royal d'Alais est Robert L'Enfant ; le lieutenant du juge, Bernard de Tellicis, jurisconsulte. Bertrand Delmas est juge particulier du baron Pelet. Le viguier royal Déodat de Lentilhac, damoiseau, est à l'armée royale ; il a pour suppléant Raymond Bonimassip. Déodat de Lentilhac servit avec distinction sous les règnes de Philippe de Valois et de Jean le Bon. Il est qualifié sergent d'armes du Roi et châtelain de Tournon dans une quittance qu'il donna le 2 avril 1347 au trésorier des guerres à Toulouse.

En 1341, c'est noble Gautier Alberti qui est viguier royal ; lui aussi sert à l'armée; il a pour lieutenant Adhémard Foucaud. Le viguier de R. Pelet, Guillaume de Poujols, damoiseau, nous est moins connu ; il disparait à la lin de 1340 ; son successeur, Pierre Navarre, qualifié damoiseau le 13 mars 1341, est encore en fonctions en 1343.

d'entretenir en bon état les avenues de la ville ; elle surveille sa voirie ; elle demande la permission do lever une barre s'il y a des travaux à faire (1). Un nommé Raymond Garnier avait cru pouvoir construire un mur qui coupait le chemin allant du Pont-Neuf à la porte de Bertolle ; une commission municipale, après visite des lieux, traita à l'amiable avec lui (1er décembre 1340). Voici un fait plus original : le juge, Robert L'Enfant, avait de sa propre autorité ordonné l'abattage d'un olivier qui gênait un peu la circulation sur le chemin d'Àlais à Auzon ; la ville protesta (2). L'intervention du pouvoir central n'est requise que dans les cas qui dépassent les pouvoirs de la commune. Ainsi une bande de coupe-gorges s'étant formée du côté de Pradelles et de Villefort, la ville pria les autorités seigneuriales de veiller à la sûreté des chemins de la montagne (août 1343). L'insécurité des routes autoriserait le refus d'acquitter les péages.

Parmi tous ces commissaires , les plus désagréables étaient ceux qui venaient enquérir contre les particuliers et les communautés coupables d'infraction aux ordonnances monétaires. Plus le Roi altérait sa monnaie, plus les contraventions augmentaient. Aussi, après avoir conclu avec le Roi d'Angleterre une nouvelle trêve en février 1343, Philippe de Valois convoqua à Paris les trois ordres . Chaque ville du Midi envoya deux députés ; nous

(1) 21 juillet 1342, barre pour la restauration du pont de Bruèges pendant un an. Nous étudierons cet impôt bientôt.

(2) Appel par les consuls au Sénéchal de ce que Robert l'Enfant, juge, a de sa propre autorité et sans nécessité, fait réparer, aux dépens de la ville, le chemin qui va d'Alais à Auzon, quoique ce chemin soit en partie hors du territoire communal ; il a fait aussi abattre un olivier, le long de ce chemin, dans une terre communale contiguë à la Maladrerie. Remarquez l'habileté des consuls ; ils soutiennent au fond que les chemins de la commune sont à leur charge, mais non ceux des communes voisines ; que personne n'a le droit de couper un arbre dans leur propriété ; mais le vrai procès n'est pas là. 13 juin 1343. Nous nous en occuperons quand nous enregistrerons les empiétements des agents du Roi dans l'ordre judiciaire.

ignorons les noms des Alaisiens qui furent investis du mandat do leurs concitoyens. Los Etats généraux tombèrent d'accord sur la nécessité de revenir à l'émission d'une forte monnaie comme celle au temps de Saint Louis ; ils votèrent pour indemniser le Roi des frais de cette refonte un impôt de quatre deniers par vingt sous sur les marchandises vendues. Chaque ville pouvait se racheter de cette taxe (-^ du montant des ventes commerciales) en traitant à forfait ; Jean du Chastel, clerc et conseiller du Roi, fut chargé par lettre du 3 décembre 1343 de faire souscrire le plus d'abonnements possible. Le 15 juillet 1844, la viguerie d'Alais consentit un abonnement de 500 livres. Les Alaisiens se rendaient très bien compte de l'opération du Roi. D'ordinaire, porte leur traité, nous n'avons payé, lorsque la Royauté a réclamé un subside, que 400 livres ; l'augmentation d'un quart que noua subissons aujourd'hui, nous l'admettons à cause des clauses particulières contenues dans notre contrat, à savoir : amnistie complète pour toutes les contraventions monétaires, amnistie pour tous délits d'usure, amnistie des amendes encourues en n'allant pas au service du Roi, en temps de guerre, lorsqu'on en était requis, révocation des commissaires chargés d'encaisser les créances dues à des Juifs et confisquées au profit de la couronne, obligation pour tout exacteur des impositions royales de ne faire aucune poursuite sans l'assistance des juges ordinaires du pays, etc., etc. Cette somme de 500 livres devait être versée moitié lin août et moitié le 1er novembre 1344. Le 2 août, les viguerains procédaient à la répartition de cette somme (1), et s'entretenaient surtout de la grande nouvelle. Le Roi avait cédé sa part de la seigneurie d'Alais.

(1) Baillivic de Soucanton 35 I.

Gens soumis à la juridiction de Cendras 50 1.

Saint-Christol 4 1.

Mormoirac 10 1.

Saint-Paul-Lacoste, Soustellc et Saint-Martin-

de-Valgalgues 36 1. 13 sous 4 d .

Gens de Branoux, etc., etc, tî 1. 5 s.

Humbeft II, petit-fils de Humbert Ier, fils de Jean II et de Béatrix de Hongrie, successeur de son frère, Guigue VIII, avait consenti, le 23 avril 1343, à l'annexion du Dauphiné au domaine du roi de France, moyennant une pension viagère, en sus de la rente perpétuelle de deux mille livres t. qui lui avait été constituée en 1335, mais qui n'avait pas encore reçu d'assignation terrienne déterminée. Le 7 juin 1344, l'assignation de cette rente perpétuelle eut lieu sur la baronnie de Portes, sur la moitié qu'avait le Roi de la seigneurie d'Alais, et sur l'Anduzenque. D'après une expertise contradictoire, la seigneurie de Portes rapportait, en moyenne 622 1. t.; celle d'Alais, 045 1.; l'Anduzenque et la ville d'Anduze, 752 1.; total du revenu de ces fiefs : 2319 1. t. Le dauphin espérait amener le Roi à lui faire cadeau de l'excédent ; pour le quart d'heure, les 319 livres lui furent déléguées à titre temporaire et à imputer sur la rente viagère de 10000 livres (1). Une clause du contrat de 1344 concernait exclusivement la baronnie de Portes et prévoyait sa restitution à ses anciens possesseurs ; le Roi s'engageait, le cas échéant, à délivrer au Dauphin une autre terre à sa convenance et de même rapport.

La Dauphiné, Marie de Baux, fille de Bertrand de Baux et de Béatrix d'Anjou, consentit au transfert de l'hypothèque qui garantissait son douaire sur les nouvelles acquisitions de son mari. Le Pape lui-môme, Clément VI, suprême administrateur de l'Empire, toujours vacant en droit, puisque le Saint-Siège n'avait pas reconnu Louis de Bavière comme empereur, fut prié d'approuver la réunion du Dauphiné à la France. Au surplus, ce n'était pas le Roi de France qui avait acquis le Dauphiné, c'était un de ses fils : la diplomatie française voulait ménager les susceptibilités des puissances étrangères et de quelques familles dauphinoises (2).

(1) Voir documents justificatifs n« I.

(2) Voir les ouvrages : Le Royaume d'Arles et de Vienne, par

Dès le 25 juillet, on informait le sénéchal de Beaucaire et de Nimes. Pierre de la Palud, dit Yarambon, de l'arrangement intervenu entre Humbert II et le ûls du Roi. « Nous vous mandons, écrivait le Roi, de contraindre » tous nobles et non nobles de la baronnie de Portes, de » la terre d'Alais, Soucanton, le Mas-Dieu, Anduze, An- » duzenque, Sommières, Villevieille, Montredon et au- » très terres assignées à notre cousin Dauphin de Vienne » à perpétuité ou à viager, à lui faire hommage en la ma- » nière dont ils étaient tenus à nous. »

Le Dauphin de son côté, remettait, le 2 août, à François de Frédulphe, une procuration à l'effet de prendre possession effective des seigneuries ci-dessus, et notamment de celle d'Alais. Le 28 septembre, le mandataire du Dauphin et deux commissaires du roi de France fesaient dresser à l'hôtel de ville le procès-verbal officiel de la mutation ; l'élite de la population Alaisienne assistait à cette cérémonie, Raimond Pelet, le prieur d'Alais, les

Paul Fournier, pages 438 et s.; Histoire de la réunion du Dauphiîiê a la France, par Guiffrey. Ce dernier ouvrage si rempli de textes relatifs à l'acquisition du Dauphiné par la Maison de France ne contient pourtant pas le procès-verbal d'expertise qui dut précéder l'acte du 7 juin 1344. Nous n'avons pu nous-même nous procurer cette pièce qu'il serait curieux de rapprocher de celle de 1293 lorsque le Roi offrit à Bérenger de Frédol, évoque de Maguelonne la moitié de la baronnie d'Alais, estimée par lui d'un revenu annuel de 500 1. t.. — A l'acte du 7 juin 1344, il y avait Jean» duc de Normandie, iils du Roi ; Eudes, duo de Bourgogne ; Philippe de Bourgogne, comte de Boulogne ; l'évèque de Beauvais ; Guillaume Flotte, sieur de Revel, chancelier de France ; Béranger de Montaut, archidiacre de Lodévc, maître des requêtes de l'hôtel du Roi ; comme notaires écrivant l'acte, Guillaume de Savigny et Humbert Pila ; comme témoins instrumentales, Reynaut de Moulin, chanoine de Paris» secrétaire du Roi, et François de Frédulphe, de Parme ou Palme, juge des appeaux du Dauphiné. On remarquera que l'addition dans le document conservé à Alais donne M19 1. t. et même l'V.U au lieu de '2320 ; il y a donc un chiffre erroné dans le détail. Outre la rente viagère et la rente perpétuelle, le Roi promit cent mille florins de Florence, soit à cause des arrérages courus desdites rentes, soit pour hâter la conclusion de cette affaire.

consuls, quelques jurisconsultes, etc. etc.. (1). L'investiture avait deux résultats immédiats : l'un pécuniaire, dont nous nous abstiendrons do parler, tellement il est naturel ; l'autre basé sur la doctrine féodale, à savoir la révocation ipso jure des délégations judiciaires et administratives émanant du seigneur précédent. Ainsi Robert l'Enfant n'était plus juge; le représentant d'IIumbert II chargea un docteur es lois nommé François Etienne de rendre la justice ; le viguier royal et son lieutenant devaient être légalement ou remplacés ou nantis d'une nouvelle commission qui n'aurait pas pourtant la force de l'ancienne ; car Philippe de Valois avait gardé sur les seigneuries cédées par lui à Humbert l'hommage, la souveraineté, les secondes appelations. De même les consuls ont à prêter serment au nouveau maître, mais ils prétendent obliger ce nouveau seigneur, qui n'est pas leur Roi, à jurer préalablement de conserver les franchises et les privilèges de la ville. Quelles franchises ? Quels privilèges ? les agents du Dauphin veulent les examiner de près, avant de s'incliner devant ces bourgeois si hautains. Jamais Prince ne prêta serment le premier à ses vassaux. Le 15 mars 1345, Jean de Cissé, évêque de Grenoble, porteur d'une procuration spéciale en date du 7 septembre 1344, vint sur les lieux. 11 y avait eu déjàdes froissements regrettables entre les représentants du Dauphin et le public. Au début, on les avait conjurés ; mais on vit bientôt arriver des fonctionnaires se parant de titres pompeux, gouverneur, bailli, transportés probablement du Dauphiné en Languedoc, non instruits des us du pays. Un d'eux, noble Gaucelm Aynar (2) qui s'intitule bailli de la

(1) Le prieur d'Alais, Bertrand de Gensiac, que les Alaisiens soupçonnèrent de complicité lors du vol du trésor de l'église paroissiale en 1328, les vénérables jurisconsultes Jean Boni, Jean Raymond, Raymond Du Pont, Bertrand de Telliciis ; trois consuls Bernard Niton, Bertrand Boni, Guillaume Chaisedieu ; Raymond Bonimassip, Philippe Gobi, Raymond Béraud, Jacques Teissier, deux notaires de la ville, Pierre César et Raymond Rufïi.

(2) Seigneur de Teucio ou Tencio, ou Censio ? l,r septembre 1345.

vi guérie d'Alais et de la baronnie de Portes fait publier l'interdiction de la chasse au sanglier. À Alais, où le gros gibier est rare, la proclamation ne lèse personne, mais la population de Portes n'entend pas de cette oreille ; ses droits de chasse ont été respectés par Randon, par André de Budos, par le sénéchal du Roi lui-môme lorsque la terre de Portes fut saisie. Une autre fois, on publie dans Alais que quiconque proférera des paroles injurieuses encourra une amende de soixante sols. Les consuls invoquent le texte coutumier : a De Conviciis » ; l'action publique en matière d'injures verbales ne prend naissance que s'il y a plainte de l'injurié. Le juge d'appeaux casse la criée comme inconstitutionnelle. Mais la charte coutumière a des lacunes ; le juge ordinaire tranche les cas de droit civil par la législation de son pays, jus delphinale. Les jurisconsultes qui sont à la barre ne connaissent pas ce code Dauphinois ; ils perdent les meilleurs procès ; on a bien la ressource de l'appel ; remède malheureusement très coûteux.

Ce qui déroute le plus les Alaisiens, c'est cette pluie de saisies-arrêts entre les mains des fermiers des droits seigneuriaux. La situation pécuniaire du Dauphin est alarmante. Passe encore s'il y avait eu quelque ordre dans ce désordre. Hélas ! le Dauphin cède la môme créance à plusieurs personnes qui toutes réclament leur paiement ; les fermiers ont déjà payé lorsqu'on leur signifie une délégation. Un trait entre cent. Le chevalier Geoffroy ou Jaufré de Charny avait une rente assise sur les gabelles de Saint-Marcellin ; le 27 juin 1344, il avait été convenu avec le dauphin de Vienne, qu'il renonçait à cette rente en tant que payable à St-Marcellin, sauf à prélever pareille somme, chaque année, sur le péage de Portes. Geoffroy de Charny était venu pour régulariser ce transfert et prendre possession du péage ; après vérification de son titre, on lui remet la banque, scrinium, mais on le prévient ; d'autres créanciers ont pris les devants et fait saisir les produits douaniers.

Jean de Cissé connaissait les défauts de son mandant ; il engagea tout le monde à patienter. Humbert était très

bon, presque prodigue, sensible aux moindres prévenances. Le 19 avril, le Conseil municipal votait un cadeau de deux cents livres au Dauphin, et un prêt de cent livres à R. Pelet, qui lui aussi avait des créanciers un peu partout (1). Trois jours après eut lieu entre les mains de Tévôque la prestation solennelle de serment des Alaisiens à leur nouveau seigneur ; il était temps ; le Dauphin songeait déjà à vendre tous les domaines, qu'il avait depuis quelques mois seulement, au frère de Clément VI.

46 On ignore en ville ces pourparlers.

Le 2 août 1345, le Dauphin envoie Humbert Pilât, son notaire, et trois autres personnes montrer et expliquer au Roi le traité conditionnel qu'il vient de signer (2). A Paris,

(1) ... que pro servicio faciendo illustri et potenti principi Dalphino Vienensi. codoraino Alesti et pro mutuo centura librarum turonensium faciendo nobili et potenti viro domino Raymundo Peleti, milite, Alesti dominoque... consentiunt dicti consiliarii que dioti consules possent facere nomine ville servicium et mutuum, et talliam imponere usque ad sumraam 300 1. 1. pro solido et libra prout est fieri consuetum etjuxta ordinationes dicti consulatus. (Délibération du Conseil municipal de la ville d'Alais du 19 avril 1345.)

Par acte du 8 septembre 1341 (aux minutes de M* Quiminal a Alais), R. Pelet a prié Bertrand Boni de liquider sa situation.

L'acte concernant Geoffroy ou Jaufre de Gharny est aux minutes de l'étude de Portes. (23 mars 1344 (1345.) Geoffroy de Charny était, en avril 1348, conseiller du Roi et commissaire député en Languedoc.

Nous n'entrerons dans aucun détail sur les noms des mercatores carrière romane cités dans le document justificatif n* 1. Philippe de Spinis devait être le successeur de Philippe de Spinis, de societate Ammanatorum de Pistorio ; Lapo ou Lupo était peut-être l'héritier de Lupo de societate Baccusorum. Voir document de 1291 publié dans les Anna/es du Midi, 1892, p. 377.

(2) En voici un extrait :

Item et villam, castrum, turrim et fortalicium de Alesto quae solebant ad dictum dominum Regem Francie unacum juribus, proprietatibus, pertinences et mandamentis subscriptis, in qulbus ultra dictum castrum, turrim et fortalicium quœ non computantur

le dossier est mis de côté ; l'acte porte pourtant que la vente ne sera parfaite, que le prix ne sera exigible qu'après ratification par le Roi ; on tient donc d'ores et déjà le vendeur, qui ne demande qu'une chose, de l'argent, pour apaiser la meute de ses créanciers.

in pretio, sunt census, redditus, proprietates, possessiones, juri-

dictiones, proventus, obventus, emolumenta, servicia et explecta

quae sequuntur :

Primo, redditus loci predicti qui consistunt in pedagio, leuda

granorum et salis, molendinis, quintalagiis, emolumento maselli,

folhelis ?, crida, incantu, fusta, cepis, censibus et aliis redditibus

minutis, et diversis denariis qui percipiuntur in dicto loco et loco

Mansi-Dei et aliis locis circumvicinis...

Je traduis la suite : revenus qui, d'ordinaire, s'afferment ensemble par les gens du Roi (outre 80 setiers de sel que le fermier donne

à des religieuses, et cent 1. en argent payables à l'évêque du Puy),

et rapportent annuellement au Dauphin. 465 1. 19 s. 1 d. 1 pitte

les charbonnages du Mas-Dieu, rapportent par an 22 1. 4 s.

les mines de fer du Mas-Dieu 8 1.

les droits de lods soit à Mais, soit au Mas-Dieu 92 1. 1 s. 4 d. 1 pitte

le greffe d'Alais (part du Dauphin) 30 1.

le scel de la cour Alaisienne 68 s. 6 d.

le greffe du Mas-Dieu 27 1. 3 s. 9 d.

le moulin-batteur d'Alais 6 1.

les mines de fer de Trépaloup 30 s.

rentes servies par les hoirs de Guillaume Raynaud pour les mêmes mines de fer 10 s.

alberges de chevaliers, au nombre de 22, à savoir , à 10 sous pièce 11 1.

la demi-justice dans Alais et ses dépendances (haute, moyenne et basse), indivise avec R. Pelet ; on compte 1792 feux qui rapportent une moyenne de 2 sous à chacun des deux seigneurs... 178 1. 4 s.

la juridiction haute, moyenne et basse de quinze feux peu importants, sis hors la ville, à savoir : mas d'Espinaux, Soleyret , Trépaux , Pabeyran , Jean Bedos, à 2 sous chacun 30 s.

D'après le même acte, dans Anduzc et toute l'Anduzenque, il y

Le pape intervient ; si le Dauphin, lui répond le Roi, a réellement l'intention de vendre, que votre frère profite de l'occasion ; aucun acquéreur ne m'est aussi sympathique que lui. (décembre 1345) La cour de France, au début de l'affaire, a mis des entraves afin de mieux se faire payer ses complaisances ; l'acquéreur et son frère sont riches, et le Roi a besoin d'argent. La trêve signée avec l'Angleterre doit durer jusqu'au 1er octobre prochain , mais l'ennemi parait vouloir reprendre les hostilités avant l'expiration de la trêve. Philippe de Valois est prévenu, il se préparc : Chatard de Mesy est chargé de recueillir des fonds pour la prochaine campagne. Les lettres de croissance des monnaies ne produisent pas de quoi entretenir un grand nombre de soldats ; un homme de guerre coûte six sols parisis par jour. Le 24 août 1345, le conseil municipal d'Alais autorise les consuls à financer au sujet du nouveau subside demandé ; le 31, les consuls versent à la recette royale, au nom de toute la viguerie, quatre cent livres tournois (super subsidio quod de novo petitur(l).

La cession de la seigneurie d'Alais par le Dauphin à Guillaume Rogier est enfin définitive. Le 12 février 1346 le trompette, Jean Guiraud, parcourt les rues de la ville : t Par mandement d'Etienne de Molcéon, docteur es lois, » doyen de Bourges, de Hugon La Guilhelmia, chevalier, b seigneur de Lanteuil, et de Guibert d'Arrenco, damoi- » seau, que chaque maison se fasse représenter à l'église » par un de ses membres pour prêter serment à notre » nouveau seigneur, le vicomte de Beau fort ; une amende » de dix sous sera infligée aux désobéissants. »

a 1129 feux....

On voudra bien nous pardonner de ne pas donner toute la pièce qui doit être en original quelque part ; la copie de cet acte, que nous avons trouvée à Paris, est trop défectueuse pour avoir pris la peine de la publier in extenso. Bibl. Nat., n. a. 1., 1396, f° 36.

(1) On trouvera, aux Archives, les quittances par la ville des avances qu'elle a faites. Mormoyrac paye huit livres le 30 septembre 1345 ; la commune de 8MIilaire-de-Brethmas, soixante-un sous, le S octobre 1345 ; etc., etc.

Jean Tartarin, notaire de Villeneuve-lès-Avignon, couche sur son registre les noms des personnes qui accourent. Lorsque l'église est pleine, les consuls jurent fidélité sur les saints Evangiles que leur présente le doyen de Bourges ; tous les autres assistants lèvent la main vers l'autel ; on suit ponctuellement le cérémonial du 22 avril dernier. Les mandataires de Guillaume Rogier quittent le lendemain le château, laissant à Hugon La Guilhelmia le soin de régulariser les détails de la prise de possession. Le bailli du Dauphin, le lieutenant de bailli, le juge ordinaire sont remplacés (1). Les consuls, au milieu de ces événements, ont oublié de se rendre à Toulouse où les Etats étaient convoqués ; ils savent, par expérience, que Ton ne réunit les communes que pour leur arracher quelque subside, mais ils ont la conviction d'obtenir, par le crédit de Guillaume Rogier, au moins cette année, l'affranchissement de l'impôt royal.

Le nouveau seigneur est très bien en cour ; il a obtenu de ne prêter qu'un seul hommage pour toutes les terres qu'il vient d'acquérir ; le Roi lui a donné aussi la supériorité sur Raimond Pelet, sur le seigneur de Vézénobres, Bérenger d'Uzès, le gendre de feu Guillaume de Plassian, sur les autres seigneurs de la contrée (2) (fin février 1346). Raimond Pelet, contraint par le sénéchal, va, dissimulant son dépit, à Villeneuve-lès-Avignon prêter serment, dans la chapelle de Saint Louis au vicomte de Beaufort ; instruit par l'histoire de sa famille, par le souvenir de ce qui advint à ses ancêtres lorsqu'ils revendiquaient le comté de Melgueil après la guerre des Albigeois, il s'incline devant le frère du Pape, le favori du Roi. Et pourtant quel est le chevalier de cette famille qui se soit illustré autant que les Pelet, aux premières croisades? Le père du vicomte,

(1) Le bailli du Dauphin, Pierre Melzen son lieutenant, François Etienne, juge, cèdent la place à Jean Bedos, damoiseau, qui se qualifie régent de la viguerie de G. H. ; le nouveau juge, Guillaume de Tresfonts, prêta serment le 10 mai 1346.

(2) Bérenger d'Uzès et son fils Guillaume combattent à Aiguillon sur le Lot en juin 1366.

Guillaume Rogier était un modeste seigneur de Sainte- Croix-dc-Rozières, petit village, près dEgletons, dans la diocèse de Limoges ou de Tulle Sa mère Guillemette Le Monstre, d'une famille inconnue. Leur fils Pierre Rogier ne s'attendait pas lorsqu'il prononçait ses vœux monastiques à la Chaise-Dieu, à devenir Pape. En voilà un qui a su se faufiler, abbé de Fécamp en 1326, évêque d'Arras en 1328, archevêque de Sens en 1329, de Rouen en 1330, cardinal en 1337 au titre de Saints-Nérée et Achillée, Pape en 1342; il a du talent pour la chaire, mais voilà tout. A partir du moment où il a été Pape, il a voulu faire profiter tous les siens de sa réussite ; son frère, ses neveux qui sont dans les ordres deviendront cardinaux ; il n'oubliera pas ceux qui sont laïques. Le vicomte a une fille, Elips, qui n'est pas mariée; le 11 septembre 1342, le Pape bénit son mariage avec Guillaume de La Tour, fils d'Isabeau de Lévis. Mais la mort est plus puissante que le Pape. Sa belle-sœur, Marie Chambon, meurt ; son neveu par alliance, Guillaume de La Tour, meurt ; il trouvera vite une seconde femme à son frère, un autre mari à sa nièce. Guillaume Rogier épouse en 1345 Guérine de Canilhac, fille unique de Marquis de Canilhac ; elle n'a comptant que 5,000 florins de Florence, mais elle a des espérances considérables. Guillaume Rogier veut qu'on croie à son désintéressement ; Robert de Lorris étant venu, de la part du Roi, lui offrir le titre de Comte, il écrit à Jean, duc de Normandie ; il est confus des bontés royales, il ne veut accepter cet honneur qu'après avoir son avis ; le Pape luimême lui a recommandé, à ce qu'il dit, de faire cette démarche auprès du fils aîné du Roi. Jean s'empresse de lui marquer qu'il sera enchanté de saluer le futur Comte d'Alais (20 juillet 1346). Jean sait le fin mot. Robert de Lorris a obtenu du Pape un prêt de 330000 florins de Florence, du vicomte de Beaufort 30000 florins, de quelques prélats résidant à Avignon des petits rouleaux d'or, en tout 386000 florins dont 100000 ont été envoyés à Jean lui-même, 76000 à Pierre Scatisse , receveur royal , à Nimes, etc.. Il manque quelque chose au bonheur du Vicomte : un entourage de gens heureux et fiers de sa pro-

pre élévation; le 23 août 1346, on l'informe que ses bourgeois de la viguerie d'Alais seront exempts des subsides royaux. Rois et princes oublient malheureusement leurs promesses ; ils y sont obligés par les circonstances.

Le 17 août Jean, lui-même, a réquisitionné tous les hommes valides âgés de plus de 20 ans et de moins de 60 à rejoindre son campd'Aiguiihon. Les habitants, convoqués par l'intermédiaire des consuls et des chefs d'échelle, déclarent être tous prêts à s'enrôler sous la bannière municipale. Le contingent Alaisien part ; en route ils apprennent le désastre de Crécy !

La nouvelle de cette défaite n'était pas encore parvenue à Nimes le 4 septembre ; car ce jour-là, un des consuls d'Alais se présentait chez Raymond de Saint-Michel, docteur es lois, commissaire député à la levée d'un fouage de dix ou vingt sous tournois par feu, voté à Toulouse en février ; il prétendait que ses concitoyens n'avaient rien à payer, attendu le privilège stipulé en leur faveur dans la lettre du 23 août, adressée à Guillaume Rogier par Jean, duc de Normandie et de Guienne, fils aîné du roi, son lieutenant en Languedoc.

Le commissaire s'inclina. Ne se ravisa-t-il pas ?

1347-1348 ^es documents de 1347 ne nous permettent pas d'élucider ce point ; ils nous entretiennent de la disette amenée par le manque de récoltes. Des usuriers avaient profité de cet état de choses pour se faire céder à vil prix les récoltes pendantes ou futures. Le viguier d'Anduze reçut l'ordre d'annuler ces contrats (1).

Après la famine, la peste, qui sévit terrible dès les premières chaleurs de 1348. On a prétendu que plus de la moitié de la population avait succombe. Le chiffre a été très exagéré, pour Alais surtout.

Les archives hospitalières ont conservé les noms de ceux qui, sur leur lit de mort, firent des fondations pieuses. (2)

(1) 16 août 1347.

(2) Bernard Niton, teinturier en pourpre, fondateur de la cha*

Raimond Pelet mourut à cette époque ; mais la classe des travailleurs de terre fut la plus frappée, et plusieurs domaines restèrent longtemps en friche, faute de cultivateurs.

La Royauté ne pouvait demander un impôt sur la propriété foncière aussi éprouvée ; on recourut à l'impôt indirect, le môme dont on avait tenté l'essai en 1344. Le Roi, dit l'inventaire des Archives, envoya au baron, gens nobles et communauté d'Alais, de lever quatre deniers par livre de toutes choses mobilières qui se vendraient ; la taxe était exigible non pas comme en 1344 du vendeur seul, mais moitié de l'acquéreur, et moitié du vendeur ; l'impôt ne frappait pas les ventes inférieures à cinq sous ; de plus, une fois qu'une marchandise avait supporté la taxe, on pouvait la revendre le môme jour, sans rien payer au fisc (i). Le roi promettait d'abolir cette contribution au bout d'un an et d'en consacrer exclusivement le produit au payement des gens de guerre. Les fermiers de l'impôt essayèrent bientôt de traiter à forfait avec chaque localité. Ainsi un Alaisien, Pierre d'Alzon [ou d'Auzon], fermier pour la viguerie d'Uzès, abonna les gens de Génolhac, moyennant huit livres. On voit combien la contrée était malheureuse ; les habitants d'Alais s'en tirèrent aussi probablement à très bon compte. Guillaume Rogier dut recommander ses fidèles vassaux au Roi ; il avait un intérêt personnel, en ce moment, à se faire bien valoir des Alaisiens ; il était en discussion avec le co-seigneur d'Alais et, au cas d'une enquête sur les points en litige, il importait de s'assurer les bonnes grâces des témoins.

Bernard Pelet, fils et successeur de Raimond Pelet, était allé à Viileneuve-lès- Avignon rendre hommage au vicomte de Beaufort ; celui-ci n'avait pas été satisfait des termes de l'acte. Pelet déniait à Guillaume Rogier le droit de pénétrer dans le donjon de son château pour y faire

pelle de Tous les Saints (testament du 28 juillet 1348).

Nous ne connaissons pas la date exacte de la mort de R. Pelet. 8a femme, Marguerite de Frédol, testa le 19 juin 1348.

(1) Mai 1348.

flotter sa bannière, au cri de Beau fort. Pourtant son ancêtre n'avait soulevé aucune difficulté, lorsque le 15 des calendes d'août 1210, on avait arboré sur la tour Peletine la bannière des comtes de Toulouse. Le Roi de France, successeur indéniable des comtes de Toulouse, ayant transmis ses droits à Humbert Dauphin de Vienne, pourquoi Beaufort ne pouvait-il pas revendiquer cette marque de supériorité, à chaque mutation de suzerain ou de vassal ?

A qui appartenait le vacant existant entre la tour Peletine et la tour du château royal ? Bernard Pelet prétendait, sans produire aucun titre, en être seul propriétaire !

Lorsque G. Rogier avait créé un juge d'appeaux, Pelet s'était cru autorisé à en avoir un ! Ses prédécesseurs avaient fait une plus saine appréciation de leurs droits ; bien que possédant dans la ville môme, indivisément avec le roi, la juridiction, ils n'osaient pas alors s'immiscer dans le recrutement du personnel judiciaire; le roi nommait pour juge qui bon lui semblait, et les Pelet se soumettaient. Maintenant B. Pelet affirme avoir les mômes droits que le vicomte, et par conséquent juge et officiers de la cour doivent, d'après lui, être désignés d'un commun accord; B. Pelet a manqué de logique ; eût-il raison là-dessus, pourquoi alors s'est-il permis de créer des greffiers, des notaires sans consulter son coseigneur ? Pourquoi de son propre chef a-t-il, sans entente préalable, ordonné des réquisitions, assemblé des gens d'armes, commandé des patrouilles? Pour narguer son voisin, il s'amuse à placer au sommet de sa tour une sentinelle qui ne cesse de corner, nuit et jour. A-t on jamais vu un inférieur prendre tant de licence envers son supérieur! Les agents du baron, se modelant sur leur maître, se moquent des agents du Vicomte; ils ont l'ordre, dit-on, de ne tenir aucun compte des observations des officiers vicomtaux. (1)

(1) Nous donnons quelques extraits seulement des dires du vicomte : Vicecomcs jus habet ponendi vexillum sive bannieram supra turrem castri Bernardi Peleti et facerc proclamare suum insignum sive enseigne... In clausure Alesti ad modum unius montis juxta muros ville sunt duo castra quasi contigua inter quaï non est

Pelet essaya de réfuter point par point, et non sans habileté, l'accusation. Si dans le dénombrement, rénumération de ses obligations envers Beaufort, il y avait quelque lacune involontaire, il était prêt à la combler. Mais de là à admettre toutes les prétentions de son adversaire, il y avait loin. Le Dauphin n'a jamais osé venir arborer son drapeau sur la tour Peletine ; Beaufort lui-même n'a pas réclamé ce droit lorsqu'il a pris possession de la seigneurie d'Alais. Les Pelet ont toujours joui exclusivement do la place qui est entre les deux châteaux. Quelle est cette mauvaise chicane qu'on soulève à propos de patrouilles ? comme seigneur indivis, il en a commandé et en commandera aussi souvent qu'il en aura fantaisie. En ce qui concerne l'exercice de la justice, quelques notions rétrospectives sont utiles. On a jadis essayé, c'est vrai, de lui contester le droit d'avoir un juge d'appeaux ; par esprit de paix, lui et son père ont parfois rapporté les nominations de juge d'appeaux qu'ils avaient faites, mais toujours sous réserve de leurs droits. Que la compétence de ce juge ne s'étende pas aux causes pendantes entre Alaisiens et plaidées en première instance devant le juge ordinaire de Pelet, à raison de la juridiction supérieure qu'a le Vicomte, soit; mais Pelet a le droit d'avoir un juge

distancia viginti passuum, quorum unum antiquius erat régis et alterum erat Peletorum ; ad quorum castrorum causam tam Rex pro média parte que Peleti pro média parte indiviso erant domini totius ville Alcsti in al ta, média et bassa justitia... Juridictiones alti meri et mixti imperii communes existunt et ad utrumque pertinent, dictus que Bernardus nullum potest juridictionem seu imperium solus in Alesto excrecre... facit excubias in dicta villa, ncc~ non causas foraneorum subjectorum suorum.... propriorum audivit seu audire facit in villa, in curia... Licet cognitio oiïicialium ipsius Bernardi ac etiam officiai iu m curie communis de Alesto in solidum de ratione et antiqua consuetudine ad prefatum vicecomitem pertineret ratione superioritatis sua)... Solus vicecomes habet jus habendi et tenendi gayta in castro suo et villa A., pro tubicinando seu cornando per modum gaite cero et mane, et tamen B. Peleti posuit gaitas in castro suo de Alesto, et facit tubicinari seu cornari per modum gaite.

d'appeaux pour les causes de ses justiciables qui n'habitent pas Alais. (1) Il ne manquerait plus aussi que de lui dénier le droit d'avoir môme en ville un juge ordinaire; qu'à certaines époques, pour le bien de tous, les deux coseigneurs aient cru préférable de n'avoir qu'un juge commun, chargé de résoudre les procès, sans distinguer entre les bourgeois de la part du roi et les bourgeois de la part de Pelet, oui ; mais ce magistrat a toujours été nanti d'une double délégation ; avant d'entrer en fonctions, il a prêté serment aux deux seigneurs, et il a réprimé les écarts de tous les officiers seigneuriaux subalternes.

1349-1350 On nomma des arbitres. Guillaume Rogier confia la défense de ses intérêts à son frère Hugon, cardinal de Tulle, à son fils Pierre, cardinal de Beaufort, jeune encore, mais bon juriste. Gaillard du Puy, docteur es lois, Guillaume de Vaquières, camérier du cardinal de Beaufort, le seigneur de la Vérune, llugon de Mirabel, prévôt de l'église de Mende, Bertrand Boni, viguier de Pelet, Jean Fabri d'Angoulôme, licencié en droit civil et en droit canon, Benoit ou Bernard Postât, docteur en droit, juge de la cour seigneuriale d'Alais, et Bertrand Delmas, son lieutenant, faisaient partie de ce tribunal arbitral, présidé par le cardinal de Clermont, le futur Pape Innocent VI. La sentence fut rendue le 15 mars 1349 : (*2)

1° A chaque mutation de vassal ou de supérieur, le vicomte ou ses successeurs pourront envoyer quelques hommes arborer leur bannière sur le donjon de la tour

(1) De juridictione quam tenet ab abbate Cendrasensi et de curia communi de Alesto concedebat appelationes directe devolvi ad curiam dicti vicecomitis antedicti.

(2) Baneriam suam levare ac apponere et appositam tenere de hora prima diei pulsationis tertie. Super platea seu spacio quœ est inter dictas duas turres et exinde descendit versus aquam, vicecomes habebit tresdecim palmos... de dicto cornu dicte magne turris cum latitudine predicta usque ad cornu novœ turris rétro castrum ejusdem domini vicecomitis versus aquam dictus vicecomes debeat edificare unum murum seu parietem infra dictos tresdecim palmos et médium alterius palmi... (Voir Biblioth. nat. N. A. L., n« 13%).

Peletine, en signe de supériorité ; ces individus entreront dans le château dès que la cloche paroissiale aura sonné tierce ; ils en sortiront lorsqu'on aura fini de sonner nones ; pendant ces trois heures, ils clameront tant qu'ils voudront : Beaufort, Beaufort ; 2° on mesurera et on partagera ensuite le vacant qui se trouve entre les deux châteaux ; un mur mitoyen sera construit pour limiter la part attribuée à Beaufort , et celle attribuée à Pelet ; défense absolue d'ouvrir des ouvertures, d'appuyer des bâtiments sur ce mur au haut duquel il y aura une crête en pierre assez pointue pour que personne ne puisse ni s'y promener, ni même stationner ; 3° le vicomte pourra continuer, s'il le veut, la nouvelle tour qu'il fait bâtir, sans modification au devis primitif communiqué aux arbitres ; i° les arbitres ont mûrement réfléchi sur les allégations des deux parties relativement à l'exercice de la justice ; ils se sont occupés d'abord du tribunal d'appel. Les distinctions faites par Pelet ont quelque fondement ; il a reconnu cependant que le territoire où il avait qualité pour instituer un juge d'appeaux avait une très petite valeur, car les premières appellations dans la ville appartiennent au vicomte ; mieux vaut donc pour Pelet renoncer complètement à avoir une cour d'appel, sauf indemnité que les viguiers Alaisiens, ou à leur défaut, Guillaume de Vaquières et Hugon de Mirabel détermineront dans la quinzaine ; et en cas de désaccord persistant, le cardinal de Clermont fixera le montant de la somme payable avant la Pentecôte par Beaufort à Pelet pour sa renonciation à ses droits d'appeaux. — L'organisation du tribunal de première instance ne recevra aucune modification ; un juge commun suffit ; mais chaque seigneur nommera son viguier et deux sergents portant des bâtons aux armes de leurs maîtres. Il y aura cependant, disent les arbitres, une petite prééminence en faveur des agents vicomtaux ; ils oublient d'indiquer comment elle se manifestera ; les sergents vicomtaux marcheront les derniers dans les cortèges officiels, aux processions ; aux visites du jour de l'an, la municipalité ira d'abord saluer le viguier comtal. Tout cela est insignifiant, et pourtant la prééminence ne

peut guère s'affirmer autrement puisque la juridiction ordinaire reste, comme par le passé, indivise entre les deux seigneurs ; ainsi aucun viguier ne peut ordonner une patrouille, sans entente préalable avec son collègue (sauf un cas urgent, la sûreté publique devant être le premier souci de tout fonctionnaire) ; aucun seigneur ne peut poursuivre à main armée les malfaiteurs, sans en référer à son associé ; il serait préférable que l'un et l'autre s'abstinssent de ces sonneries inutiles et parfois ennuyeuses... Voici maintenant les arbitres arrivés au point le plus délicat de leur mandat. Comment procéder lorsqu'un officier de la cour, un sergent de B. Pelct aura commis quelque délit ? Premier cas : le fait délicteux a été commis dans l'étendue de la juridiction de la ville, évidemment l'instruction et la répression sont dévolues k la cour commune ; second cas : il a été commis hors de l'enceinte, hors du terroir communal , nous nous arrêtons ; nous n'avons à nous occuper que de la ville elle-même.

En résumé la famille Pelet sort amoindrie de ce procès ; son compétiteur triomphe à Alais comme à Portes (1). Le 17 avril 1349. Bernard Pelct, se trouvant à Aubenas, chez son beau-père, se soumet à la décision arbitrale et reconnaît tenir à hommage de Guillaume Rogier le château et la tour Peletine, la moitié indivise de la haute et basse juridiction de la ville, moitié de la leude du blé, un tiers de celle du sel, deux tiers du péage des marchandises transitant par la Regordane , moitié des autres péages, le château de Connillère et ses dépendances, la 32* partie de la juridiction de Montmoirac , le lieu de Soustellc, celui de Saint-Paul-Lacoste, partie de Blannaves, etc. (2). Le vicomte lui môme est à demi-satisfait; il eut préféré rester seul maître de la ville, ou «au moins voir ordonner le partage réel de la seigneurie d'Alais. Mais Pelet ne tenait pas à vendre, et la Royauté elle-

(1) Voir Histoire de Languedoc, édition Privât, tome IX, p. G16.

(2) Voir Bulletin de la Société scientifique et littéraire d'Alais, 18G9, p. 94.

même n'eut peut-être pas approuvé la reconstitution entre Avignon et Montpellier d'une grande seigneurie comme celle de Bernard d'Anduze.

La sentence eut été plus radicale, si Ton eut consulté les justiciables ; avec leur esprit d'ordre et d'économie, ils auraient adopté un système plus simple, un juge unique obligatoire, soit en première instance, soit aux premières appellations, et surtout l'interdiction des premières comme des secondes appellations, dès que le litige roulait sur des valeurs minimes.

Mais la municipalité n'avait pas à s'immiscer d'office dans ces questions ; son rôle se bornait à se maintenir en bons termes avec les deux seigneurs, à être ménagère do l'argent des contribuables, tout en sachant à l'occasion faire ce qu'il fallait ; ainsi apprenant la prochaine entrée de la Vicomtesse dans la ville, elle demande l'ouverture d'un crédit pour lui offrir un cadeau. Quelques idées de luxe pénètrent chez les conseillers. Après la mort de Bernard Hugon et de sa fille Valérie, victimes de l'épidémie de 1347, l'exécuteur de leurs dernières volontés, Jean de Monteils, coutelier, avait mis en vente leurs immeubles, et notamment une grande maison servant d'auberge, rue droite (1) ; la ville s'en rendit adjudicataire le 31 octobre 1349, et vendit l'ancien hôtel de ville, devenu insuffisant, sis dans la rue Peyrolerie.

(1) Maison sise rue Droite (actuellement GrancTRue n°76), ayant une autre façade rue des Fabreries, confrontant de devant la maison de Jean d'Olimpies et celle de Guillaume Loubier ou Loberi; de derrière la maison d'Etienne Delbosc et de Jean de Suzon. (Acte reçu Bernard du Pin, du 31 octobre 1349, et à la suite, quittance par Bernard Pelet des droits de lods, s'elevant à un dixième du prix, soit 11 livres sur 110 livres). L'ancienne mairie, rue Peyrolerie, fut vendue le 12 janvier 1350. (Acte de Grégoire Pelhier).

Il fallait en outre payer le droit d'amortissement dû au Roi pour tout achat immobilier fait par les villes. Ce droit, fixé à huit sous par livre, ne fut payé que le 3 février 1370, et encore on obtint un rabais d'un quart; on ne paya que 33 livres aux agents du sénéchal, Amédée de Baux; ces agents étaient le juge royal de Marvéjols et Bernard de Bordes, clerc royal.

Pour solder ces dépenses, on a la ressource des tailles (1). C'est le moyen le plus rapide, le plus commode de se procurer des fonds. Le bureau du poids public de la farine ne rapporte rien ; la rétribution d'une obole par setier ne couvrant pas les frais de perception, il n'y a plus d'adjudicataire ; il est fortement question de doubler le tarif, mais qu'est-ce que cela donnerait ? quelques francs à peine. L'exemption totale ou partielle de l'impôt royal, voilà le meilleur moyen d'équilibrer le budget, voilà le rêve.

Voici la réalité. Ouvrons l'inventaire :

Les habitants d'Alais offrirent, le 31 décembre 1349, de donner deux cent quarante livres tournois au Roi pour la guerre de Gascogne, à la demande du sénéchal de Beaucaire, de l'archidiacre d'Avranches, et de Pierre Scatisse, trésorier du Roi à Nimes, commissaires députés par l'archevêque d'Auch, lieutenant en Languedoc, à condition que si les privilèges accordés au vicomte de Beau fort, seigneur d'Alais, exemptaient la viguerie d'Alais du subside, cette somme serait changée en prêt (2). Le vicomte apostille leur réclamation ; son frère est toujours le banquier de la Couronne.

Les Alaisiens sont trop égoïstes; ils savent que les Anglais enfreignent constamment la trêve ! Le connétable Guillaume Teissicr, les sergents qui l'accompagnèrent en Gascogne leur ont maintes fois raconté quelques traits de ces pillards insatiables, de ces ennemis de la France. Leur audace va en augmentant. Fin 1346 n'ont-ils pas essayé de surprendre Aiguesmortcs, avec la complicité du châtelain royal lui-même! En janvier 1350, le comte de Lancastre pousse une pointe du côté de Toulouse. Le 30, on publie dans Alais de partir de suite pour Moissac ; le contingent Alaisien devra être rendu au camp français le 2 février au

(1) 9 septembre 1349, vote de 1G sols par 100 livres d'estime ; 12 janvier 1350, vote de 16 sols par 100 livres d'estime. Le cadeau fait à la vicomtesse de Beaufort en décembre 1349 coûta 150 florins. Le nom de la Vicomtesse n'est pas dans la délibération.

(2) HUtoire de Languedoc, tome IX, p. 615.

plus tard, à peine d'emprisonnement, de confiscation de biens. Quelle légèreté de la part des autorités militaires ; il y a cent lieues entre Alais et Toulouse ! Comment veuton que la troupe Alaisienne soit, au jour ûxè, sur le théâtre des hostilités. Quelle incurie! La leçon de Crécy a donc été inutile ! Et si c'est ce qu'on appelle une trêve, que ne verra-t-on pas quand la guerre sera officielle! (1)

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