‹ Histoire de la ville d'Alais de 1341 à 1461Chapitre 5 sur 52 · CHAPITRE II La vie politique de 1350 à f · texte numérisé non relu

CHAPITRE II La vie politique de 1350 à f

Le nouveau roi. - La barre. - Le désastre de Poitiers. - La rançon du roi. - Les fortifications.

La trêve conclue après la reddition de Calais entre la France et l'Angleterre, plusieurs fois prorogée, durait encore lorsque Philippe VI mourut (2). Le nouveau roi de France, Jean le Bon, vint à Avignon remercier Clément VI de ses démarches en vue d'amener une paix plus réelle, et

(1) Voici ce que porte l'inventaire en langue vulgaire : Un homme nommé Guillaume Teissier fut élu par les consuls et le commun d'Alais, comme connétable sur les autres sergents élus par la ville pour servir le Roi en Gascogne ; il confessa avoir reçu par les mains de Jean de Caussargues et Raymond de Champclos, pour ses gages, huit livres tournois et dix sous. (Acte de Jean d'Audabias du 27 janvier 1343 (1344).

Même inventaire : Appel de l'ordonnance du sénéchal de Beaucaire et de Nimes portant que tous les chefs de famille s'armeront et se rendront, avant le 2 février, à Moissac-lès-Toulouse où est le comte de Lancastre avec l'armée anglaise et où se doit donner bataille. — La criée est du 30 janvier ; l'appel est du 2 février. (Actes de Simon de Cornillon, aux Archives municipales.)

(2) Philippe VI mourut le 22 août 1350. Calais se rendit le 4 août 134? ; la trêve conclue en septembre 1347 devait durer jusqu'à la Saint-Jean 1348, puis jusqu'à la Pentecôte 1350, puis jusqu'au 1" avril 1351. La trêve était très mal observée. Nous ne rapporterons qu'un fait bien connu, la tentative par Geoffroy de Charni, le l#r janvier 1350, de reprendre Calais.

il confirma au frère du pape les avantages obtenus par lui, notamment la supériorité sur Bernard Pelet. Les communes importantes de la région allèrent présenter au roi quelques requêtes ; Jean leur parla de ses propres soucis ; la lutte contre ses ennemis absorbait plus que ses revenus. Afin de remédier à cette situation, il convoqua les députés à Montpellier ; ceux-ci se montrèrent mal disposés à aider le Roi (8 janvier 1351) ; ils s'ajournèrent au 2 février; le 2, nouveau renvoi. Le 13 février nous voyons le conseil municipal d'Alais charger un consul de se présenter devant le Roi ou son lieutenant, à Paris ou ailleurs, et d'arrêter le montant du subside. De leur côté, le 15, le sénéchal Guillaume Rolland , sieur de Montfaucon , et Pierre Scatisse, trésorier royal, écrivaient aux Alaisiens de se rendre à Nimes, le mercredi 23 au plus tard pour en finir (1). Fatiguée de voir échouer une réunion géné-

(1) La délibération du conseil municipal du 13 février est très courte ; c'est un pouvoir : Congregato consilio dominorum consulura ville Alesti ad sonum campanaï ut moris est, in hospicio noviter acquisito consulatus dicte ville, domo quai est in carreria recta A... elegerunt... Boni consulem... ad iinandum pro subsidio quod petitur ab universitate.

La lettre du sénéchal commence ainsi : Cum in adventu... Régis electis ex parte locorum et villarum dictœ senescalliao ad... deliberationem eorumdem super certis requestis eisdem factis super facto subsidii guerrarum ad diem purificationis Béate Marie... dies extitit assignata et demum doniinus noster Rexdictarum villarum parcendo laboribus et expensis...

La lettre avait été transmise aux viguiers du comte et du baron qui firent appeler les consuls, rue Soubeyranne, dans la maison où se tenaient les audiences de la cour; après avoir oui cette lettre, les consuls décidèrent de se rendre à Nimes le mercredi suivant pour arrêter le montant du subside, voir ce que fesaient les Nimois.

Les Nimois avaient envie de refuser ; ils tenaient conseil sur conseil ; le 10 avril ils étaient en séance lorsque le feu prit à une maison voisine ; ils coururent au feu ; la semaine d'après, à Pâques, ils envoyèrent au sénéchal deux veaux, au préposé de la trésorerie trois cabris, au viguier un veau, au prieur de Saint-Martin-des-Champs deux barils de bon vin. Mais ces bonnes manières ne leur servirent pas; le premier lundi de mai, Guillaume Boquier les avertit de payer dans les quarante-huit heures 2500 livres.

raie, la royauté avait prescrit à ses agents de s'entendre directement avec chaque ville.

En mars 1352 nouvel appel à leur générosité ; en décembre, encore autre appel. Le trésorier royal demandait cette fois huit cent livres. La commune fit observer qu'elle avait déjà depuis moins d'un an payé un subside au Roi. Elle était résignée à payer chaque année l'impôt royal, mais elle n'admettait pas la levée de plusieurs tailles par an. On n'écrivit pas au Comte. Le Comte avait ses ennuis; son frère, le pape, était mort ! Quelle perte ! Les affaires de la famille allaient si bien ! Le fils du Comte avait épousé la fille du comte de Comminges ; à peine émancipé, il avait eu de quoi acheter la vicomte de Turenne, la seigneurie de Bagnols, ce cher neveu! Heureuse époque pour les Beaufort, moins heureuse pour leurs vassaux. Les subsides devenant annuels et plus lourds, il y avait un plus grand nombre de personnes qui invoquaient pour s'y soustraire toutes les constitutions des empereurs romains, Digeste, Novelles. Le maçon, le menuisier du Comte se prétendent immunes! (3 octobre 1352), la veuve d'un monnoyer aussi ! (avril 1353). JeanBedos ne tient pas à être confondu sur le rôle des contributions avec les plébéiens ; il a prêté de l'argent au roi ; il a été en relation avec l'hôtel de la monnaie, se fuisse in serviciis régis tara in magisterio monetarum que in a/iis, et mutua fecisse régi, per quœ dicebat immunitatem habere. Les consuls lui montrent les vieux registres des contributions où il figure parmi ces plébéiens, cum tune esset plebeius ; il a beau se qualifier du titre de chevalier, on sait qu'il l'a acheté ; mais ses biens n'ont pas changé, il n'a pas eu le don d'ennoblir ses propriétés ; à Alais la taille est réelle ; il y a deux catégories d'immeubles, ceux qui sont nobles, bona quœserviunt domino nostro Régi in equis et armis, et ceux qui sont roturiers, innobites, qui ont toujours supporté l'impôt, quels que soient leurs propriétaires (1). Le chevalier Bedos a de l'argent, il a été trésorier du Comte,

(1) Arch. corn., liasse XI, n° 7.

il a peut-être trempé dans les fraudes des maîtres des monnaies ! Car les altérations monétaires persistent malgré les promesses continuelles que fait le Roi. Le 26 octobre 1353 on a envoyé de Paris des messagers chargés de publier partout le retrait de la faible monnaie et rémission de très fortes espèces (1). On ne les croit plus. Les commerçants ont presque pris leur parti de cette situation.

S'il ne dépendait pas des Alaisiens d'empêcher les fraudes monétaires, il leur était assez facile d'entretenir en bon état les routes aboutissant à Alais ; c'était le moyen le plus sûr de conserver la majeure partie du transit entre l'Auvergne et le Bas-Languedoc ; ils y veillaient.

Le comte d'Armagnac écrit au sénéchal de Beaucaire : a Les consuls d' Alais nous ont averti qu'il y avait dans leur pays beaucoup de réparations à faire aux ponts et aux chaussées des routes royales ; ils s'en chargeraient si nous leur procurions un moyen de pourvoir à la dépense ; après avoir ouï les conseillers du Roi qui sont auprès de nous, nous les autorisons à établir pendant deux ans, une barre, à savoir un denier tournois par animal, et une maille par homme à pied transitant. Castelsarrazin, 16 janvier 1353. » Le sénéchal apposa son sceau le 30, et expédia la pièce aux consuls. Ceux-ci présentèrent l'ordonnance dûment scellée au gouverneur comtal et au viguier baronnial qui refusèrent de la rendre exécutoire. Armagnac, disaient les agents seigneuriaux, a oublié que G. Rotgier et B. Pelet ont seuls la juridiction de ce pays, altum dominium et merum et mixtum imperium et primum ressortum ; les termes dont il s'est servi, consufes in eorum juridictione, sont donc inexacts ; les consuls lui auraient-ils fait croire que la municipalité possède une partie du pouvoir judiciaire? il faut en référer au Comte lui-même et attendre ses instructions (2).

(1) Debilis moneta nuper currens... et fortis moneta fuit proclamata. Le 10 mai 1350 l'écu ou un denier d'or vaut 38 sous; le 13 octobre 1350, 35 sous ; le 26 mars 1354, 24 sous. Je vois, le 20 décembre 1354, le florin d'or compté pour 40 sous tournois.

(2) Amicabiliter consules requisivit... dominus Cornes erat satis

On insista. Le 7 février le viguier de Pelet déclara personnellement considérer les explications verbales données par la municipalité comme suffisantes. Le lendemain on prévint encore Raimond de la Motte, licencié es lois, gou» verneur de la viguerie d'Alais pour le comte, ou mieux son fondé de pouvoirs, Pierre de Caussargues ; les consuls n'avaient jamais prétendu à une parcelle du pouvoir judiciaire. In Alesto consules nullam juridictionem habent nec h&bere intendunt nec volunt(l). Pierre de Caussargues trouva quand même les consuls trop pressés ; les chemins n'étaient pas en si mauvais état que la ville voulait le faire croire, il y avait encore pas mal d'allants et de venants ; le Comte voudra s'assurer avant de leur écrire que les travaux projetés ne nuiront pas à la perception de ses droits de leude ; il fera constater officiellement le vice de forme de l'ordonnance du comte d'Armagnac ; cela demande du temps. Les consuls lui répondirent qu'ils avaient fait leur devoir en venant lui donner quelques explications dont Pelet s'était contenté et que maintenant ils allaient passer outre, voulant obéir au Roi le plus tôt possible. (2)

On publia trois jours de suite les principales clauses du cahier des charges, et la mise à prix :

Les habitants, hommes ou femmes, et leurs animaux, ceux qui apportent du bois en ville, ceux qui viennent faire moudre leurs grains aux moulins d'Alais, ceux qui viennent ici pour se louer comme ouvriers ou travailleurs de terre, les clercs libres, les nobles sont affranchis de la barre. Les propriétaires des environs r traversant la ville

prope, que non essent tantum solliciti pro habenda responsione usquequo ipse dominus magne prudentie sentiret quae agcbantur in terra sui patrimonii.

(1) Voir à Nimes, même aveu des Nimois. Ménard, H. de Nimes f tome II, Preuves p. 154 : Juridictione quam rex habet in solidum in civitate predicta. Nous possédons pourtant les registres qui nous prouvent que la municipalité de Nimes avait exercé des fonctions judiciaires cent ans avant. A Alais aussi la municipalité de 1350 ne connaissait plus ses anciens droits judiciaires perdus.

(2) Arch. municip., liasse XIV, n* 5.

pour aller labourer ou ensemencer leurs terres comprises dans un rayon d'une lieue, ont droit à l'exemption. Sera considéré comme habitant, celui qui n'habite pas la ville, mais qui y a conservé une maison où il fait feu aux trois principales fêtes de l'année. Conformément aux usages, lorsqu'on a acquitté une fois la barre, on peut, dans le courant du môme jour, passer et repasser gratuitement.

La mise à prix de 200 livres fut couverte ; Pierre d'Alzon poussa les enchères jusqu'à 275 livres par an, soit pour les deux ans 550 livres payables en vingt-quatre mensualités égales. (1)

Le budget de la guerre s'équilibre moins facilement.

Le 12 janvier 1353 le Roi avait chargé le prieur de Saint- Martin-des-Champs, élu évoque de Vabres, de lui procurer des fonds. Après diverses réunions tenues à Cordes et à Najac, les principales communes de la sénéchaussée de Beaucairc accordèrent 24.000 deniers d'or à Vescut, payables par tiers aux échéances du 15 avril, du 21 mai et du 24 juin. Le représentant du Roi assura que moyennant ce don on ne lèverait pas d'autre subside durant le cours de l'année. (22 mars 1353.) La répartition de cette somme et de ses accessoires (frais de députation notamment) devait s'opérer entre les donateurs conformément aux errements

(1) Une chose à noter c'est l'irrégularité du mode de transmission par le sénéchal de l'ordonnance du comte d'Armagnac; il aurait dû transmettre son pli aux viguiers ou au juge. Viguier comtal : 5 juin 13al, Arnaud de Gardies.

— 29 novembre 1351, Bertrand Bedos ; lieutenant :

Pierre de Caussargues.

— ...1353, Raimond de la Motte; lieutenant : Pierre

de Caussargues.

— 4 février 1354, Etienne Fabre ; lieutenant : Guil-

laume Claret.

Viguier baronnial : 1352, Jean Boni.

— 1353, Bertrand Boni.

— 135G, Michel Bocoiran ou Boucoiran.

Juge : 10 mai 1310, Guillaume de Tresfons.

— 29 novembre 1351, Jacques de Cabanes.

— 27 juin 1353, Jean de Fellines, licencié es lois.

— ...1355, Philippe de Fellines.

suivis lorsque la sénéchaussée avait eu à payer un subside. Chaque ville était autorisée à se procurer sa quotepart suivant le mode qu'elle jugerait le moins préjudiciable à ses intérêts. (1) Les députés alaisiens avaient assisté à toutes les séances de la session ; ils revinrent avec la ferme conviction que tout le monde devait contribuer à ce don, même le clergé. Les prêtres soutinrent le contraire ; la ville ordonna la saisie du mobilier des plus récalcitrants ; le clergé riposta par des excommunications (2). Les consuls avaient l'opinion publique pour eux; mais lorsqu'en juillet Tévôque de Lectoure voulut exiger, au nom du comte d'Armagnac, un nouveau subside, la populace les rendit injustement responsables du manque de parole des agents royaux ; on suspecta leur bonne foi ; quelqu'un osa môme en plein marché les traiter de voleurs ; la moitié des contributions, cria ce mauvais citoyen, reste entre leurs mains. (3) Les consuls avaient pourtant accompli leur devoir ; ils avaient fait appel dès le 8 juillet de l'ordonnance de l'évoque ; leur appel était resté sans réponse, et le rôle mis en recouvrement dès le 14 juillet.

3 Les consuls de 1354 se heurtent aux mêmes difficultés que leurs prédécesseurs. Vers la fin de l'année 1354 la Royauté exige le versement de deux deniers d'or à l'écu

(1) On trouvera la lettre de l'évêque de Vabres dans VHist. de Lang., tome X, col. 1067 ; la copie conservée aux Archives d'Alais, liasse XIII, n° l, est meilleure que celle qui a été publiée. Ainsi ligue 20, après domini Comitis ajoutez donum gratuitum ; ligne 26, eugni et non cunii ; ligne 64, au lieu de locorum, lisez 6aronum. Cette lettre est très importante.

(2) 3 juillet 1354. Appel contre l'official de l'évêque de Nimes à l'occasion d'un monitoire lancé contre les consuls pour avoir pratiqué une saisie-gagerie faute de paiement par les prêtres de l'église Saint-Jean d'Alais des tailles royales indictes sur leurs biens et excommunication si mainlevée de cette saisie n'est pas donnée.

(3) Quelqu'un ayant traité les consuls de voleurs de la moitié des contributions fut obligé de demander pardon. (Acte de Simon de Cornillon du 20 octobre 1353.)

par feu ; on craint une descente du roi d'Angleterre en Guienne ; la province est menacée d'une invasion ; « néces- » site n'a pas de loi, dit le roi ; je suis sûr de l'empresse- » ment de tous les Languedociens à venir à mon aide; » ils m'accorderaient bien davantage et de bon gré si je » voulais. Du reste quelques villes feraient-elles mine de » regimber, châtiez-les ; dans certaines occurences la » Royauté peut se passer du consentement des contri- » buables, elle doit employer la force. Nécessitas leges n non habet. » (1)

Le moment approche où le Roi se montrera plus humble devant les communes ; il est venu demander au Saint- Siège son appui dans ce duel qui ruine deux nations chrétiennes (fin 1354). Les consuls apportent à Jean le Bon leurs doléances et contre l'impôt, et contre les abus de pouvoir de toute espèce. Une indiscrétion a mis le juge seigneurial au courant des délibérations prises à l'hôtel de ville; ce juge menace les consuls, pour avoir accepté la délicate mission de parler à leur souverain, d'une amende de 50, de 100 marcs ; les consuls ne faibliront pas, et le juge devra courber la tête (2).

Vienne le printemps, la reprise des hostilités, les Alaisiens se montreront-ils reconnaissants envers Jean II ? S'il s'agit de leur propre conservation, sûrement. Le 9

(1) Aucune pièce n'indique que les Alaisiens aient député aux Etats convoqués à Paris en avril 1354. Il n'y a aux archives pour cette année qu'une quittance du 20 décembre 1354 à un fustier pour travaux faits à l'hôtel de ville, et la circulaire ci-dessus analysée, dont on trouvera le texte dans YHist. de Languedoc, tome X, col. 1103, du 29 décembre 1354.

(2) Arch. municip., liasse IV, n°G... Consules esse astrictos per juramentum ad servandum et procurandum commodum et honorera dicte ville et dominorum Alesti, et conservandi eorum jura et incommoda evitanda, judex precepit consulibus que non présumèrent pro aliquo postulare, nec dare consilium, nec favorem nisi in casibus licitis.

La pièce qui nous est parvenue ne contient que cela, mais voici son analyse entière par l'auteur de l'inventaire des archives : Jean de Félines avait enjoint aux consuls de ne pas aller parler à la Cour contre les seigneurs, et il dut révoquer son ordonnance.

avril 1355, le sénéchal les informe qu'une bande de trois cents hommes veut quitter Avignon et pénétrer en France par le Rhône. Les autorités seigneuriales et municipales s'entendent de suite pour prendre les mesures urgentes ; on élit des capitaines de garde chargés, pendant douze jours, de veiller à la sûreté publique ; le 8 mai, nouvelle autorisation par les viguiers de faire le guet jusqu'au 24 juin (1). Mais lorsqu'on parle d'aller servir aux frontières, le spectacle change. Le 19 mai, le sénéchal envoie l'ordre de faire partir quelques arbalétriers pour Nimes ; le rendez-vous était fixé au 21 au matin ; la ville répond que la lettre du sénéchal n'est arrivée qu'à trois heures du soir, et par conséquent trop tard pour obéir. Le sénéchal insiste ; il a certes compris que ces bourgeois ne tenaient pas à quitter leurs foyers, mais d'un autre côté l'organisation de la défense lui incombe, d'autant que le Roi de Navarre s'est allié aux Anglais. Sa nouvelle lettre aux viguiers est paternelle ; il y a trois catégories de gens à Alais : 1° les nobles, qui connaissent leurs obligations militaires ; 2° les non nobles, qui possèdent des propriétés nobles ; montrez-vous coulants avec eux, pour le moment ne vous en occupez pas, ne les contraignez pas à venir à la guerre dès le moment qu'ils contribuent aux subsides pécuniaires royaux, et 3° enfin les autres habitants ; il y en a parmi eux qui savent manier une arbalète ; ceux-là doivent venir de suite, on leur avancera leur prêt, ils rejoindront le poste que nous leur indiquerons ; faites les contraindre à marcher par les Ordinaires de la ville, sans frais. N'oubliez pas, ajoute le sénéchal, que c'est un-appel d'hommes et non de fonds que nous faisons ; les communes n'ont rien à dépenser ; nous fournirons aux arbalétriers leur équipement s'il le faut.

Les viguiers, voyant les consuls peu empressés d'obéir,

(1) Pièces justificatives n0' II et III. Le 10 mars 1353 la France et l'Angleterre avaient conclu une trêve qui devait expirer le 1er août ; une nouvelle trêve fut conclue de novembre 1353 à février 1354 ; prorogée jusqu'à Pâques de la même année, elle fut encore prorogée jusqu'au !•' avril et même jusqu'au 24 juin 1355.

choisissent d'office les personnes qui leur paraissent aptes au service demandé. Les consuls protestent. Les viguiers somment alors les consuls de venir modifier la liste, d'y inscrire les noms de personnes plus capables que celles qu'ils ont choisies. Les consuls veulent bien, mais à la condition qu'on leur accordera du temps. Les viguiers répliquent : la municipalité a déjà eu du temps de reste ; au fond elle refuse d'envoyer son contingent ; une telle conduite, émanant des représentants directs de la cité, de ceux qui ont juré fidélité au Roi, sera signalée et appréciée comme il convient (1).

Le sénéchal n'attaquera pas de front l'égoïsme de ces bourgeois ; il se servira de leurs défauts dans l'intérêt de la grande patrie. L'ennemi pourrait arriver jusqu'à Alais; il conviendrait de mettre la ville à l'abri d'un coup de main ; le sénéchal encourage les efforts qui ont cet objectif. Il y a des maisons en ruine, il faut une autorisation pour consolider le mur d'enceinte avec ces matériaux. La voici. Les défectuosités de l'organisation judiciaire appellent aussi son attention ; il essaie de déraciner quelques abus. (2)

(1) Areh. municip., liasse XII, n° 3. Quicumque balisterius sciens oftlcium jaculandi ad balistam se preparet et veniat de die in diem apud Nemausum ad nos ad facienda monstra et recipiendo mutuum, ituri illuc ubi eos destinabimus vadiis regiis sub pœna corporis et averi.... Nec aliquos innobiles qui contribuant cum universitatibus in subsidiis regiis pro feudis si qua habent nobilibus non compellatis ad eumdura vol mittendum in guerris régis, sed dumtaxat nobiles quousque aliud receperitis in mandato Pignora vero si

quœ capta fuerunt à dictis universitatibus et singularibus personis, eisdem reddatis et restituatis indilate sine custu volumus. La pièce est en lambeau. 23 mai 1355.

(2) Voici les mentions qui figurent dans les anciens inventaires : 20 novembre 1355. Le sénéchal de Beaucaire donne lettre aux

consuls qu'ils peuvent prendre des pierres aux casais pour la réparation des murs de la ville.

28 août 1355. Défense par le sénéchal à Bernard Pelet de prendre des chevaux et des mulets contre la volonté de leurs propriétaires, sans payer le prix convenu entre eux.

22 octobre 1355. Il n'y aura que deux sergents de la part de

Survient la grande panique de novembre et de décembre 1355. Le prince de Galles essaie, dit-on, de s'emparer de la cité de Carcassonne ; Tavant-garde de son armée est venue camper devant Narbonne ; ses soldats se comportent comme des brigands, violant les femmes, brûlant les maisons des bourgs ouverts et sans défense (1). Le comte d'Armagnac, chargé d'arrêter l'ennemi, taxe la ville d'Alais à 1500 agneaux. On vote que chaque feu donnera trois quarts d'un agneau ; le restant sera fourni par une imposition d'un quart de florin par cent livres d'estime. (2)

>8 Le prince de Galles a fini sa course et est retourné à Bordeaux; une fois le danger passé, les Alaisiens oublient leurs promesses ; le comte d'Armagnac envoie des com-

Beaufort, et deux de la part de B. Pelet ; ils doivent être gens de bien et donner caution de cent livres tournois.

22 octobre 1355. Lettre du Sénéchal. On ne peut emprisonner un habitant prévenu de crime ou délit qu'après suffisante information. (1) Dans un acte de Bordes, notaire à Sauve, du 10 décembre 1355, il est dit que par ordre de Jean Brun, jurisconsulte, clerc royal et juge de toute la terre de l'évêque de Maguelonne, et de Manfred de L'Olme (de Ulmo), damoiseau, bailli de Sauve et de Durfort, ont été convoqués au son de la trompette les habitants ; 200 ont répondu à l'appel :

Propter periculum et scandai ium quod nuper accidit in senes-

callia Garcassone ubi inimici domini nostri régis cum armatorum

potentia villas et loca occupaverunt et per incendia vastaverunt et

hominibus ac mulieribus intolerabilia gravamina intulerunt... vo-

lentes se préservai! tali malo, quod Deus advertat, volunt et inten-

dunt muros et fortalicia dicti loci Salvii facere reparari pro defen-

aione dicta) villae et tuitione habitantium in eadcm ; que predicta

non possunt commode et breviter fieri nisi homines et habitatores

dicte ville et parochi» ejusdem et aliorum locorum circumvicino-

rum qui tempore guerrarum infra fortalicium dicte ville se possunt

et debent reduce re cum bonis suis et ad fortalicium magis proxi-

raum...

(2) En 1345 il y avait 1792 feux ; mais en 1355 il devait y en avoir moins, car 3/4 de 1792 = 1344; on n'eut pas eu recours à la taxe proportionnelle pour 156 agneaux, et 1344 + 156 = 1500. En 1366, il y a 6ÛG feux seulement, mais en 1366 le mot feu, ainsi que nous le verrons, a un sens particulier..

missaires qui publient l'interdiction du Consulat, et font conduire les consuls à la prison do Nimes où ils resteront jusqu'à ce que la ville ait payé. (Janvier 1356.)

Le 16 mars le Roi charge lévêquc de Ne vers, auparavant prieur de Saint-Martin-des-Champs et ex-évôque de Vabres. Jean Chalemart, président au parlement de Paris, et Robert de Clermont, maréchal du duc de Normandie, d'aller présider les Etats de Languedoc, d'y exposer les besoins du trésor royal. Les Etats s'ouvrent à Toulouse dix jours après. On consent à ce qu'il soit perçu un impôt de six deniers par livre, -^p sur les ventes de marchandises, de vivres, et un agneau ou mouton par feu, mais à la condition sine qua non que le Roi enverra son fils, le duc de Normandie, diriger les opérations militaires. Les autres clauses de l'acte d'octroi du subside sont de style ; on les connait d'avance. Ainsi on ne lèvera aucun autre subside dans l'année sous quel prétexte que ce soit ; le roi, son fils aîné, les hauts fonctionnaires jureront de ne point altérer les monnaies tant que durera la guerre. Remise des contraventions monétaires, dos désobéissances aux convocations pour l'ost ; tout le monde sera égal devant l'impôt indirect ; la levée de ces taxes de guerre ne commencera que lorsque les communautés de la sénéchaussée de Beaucairo auront envoyé à leurs députés des pouvoirs suffisants, et elle sera faite par des receveurs nommés par les contribuables. Ceci était plus important (1).

Vers le milieu de mai 1356, autre assemblée à Béziers. Ni le duc do Normandie, ni son frère Jean, comte de Poitiers ne sont venus se mettre à la tôte des troupes qui

(1) Le consentement de la sénéchaussée de Beaucaire n'était qu'une affaire de forme. Les archives de 135Gont disparu en partie, mais il y a quelques mentions dans les inventaires très précieuses :

15 avril 135G : chacun doit payer, chaque semaine, 2 clavenques et la propriété est imposée de 5 sous par centaine de livres d'estime.

12 août 1350 : la commune doit 700 agneaux d'or; chaque feu payera 16 sols; la propriété sera imposée de II sous par centaine de livres.

luttent contre les Anglais. Les communes sont déliées de leur engagement ; au lieu d'un mouton ou d'un agneau d'or par feu, elles donneront seulement cinq sous ; elles auraient même refusé ces cinq sous si elles n'avaient pas craint une nouvelle invasion de la province par le prince de Galles !

Les députés Alaisiens envoyés à Toulouse avaient fait part aux présidents des Etats des travaux de défense entrepris chez eux ; et le comte d'Armagnac, pendant son dernier séjour à Nimes (1), s'était rendu compte de l'importance stratégique d'Alais.

De retour à Toulouse, il écrivait au juge -mage de Nimes:

« Les consuls et les habitants d'Alais nous ont exposé le mauvais état du mur d'enceinte de leur ville ; une bande d'ennemis pourrait facilement y pénétrer ; cette prise, Dieu nous en préserve, serait un désastre non seulement pour les habitants, mais pour tous les pays dont Alais est le centre. Une réparation de ces fortifications est donc urgente ; elle sera coûteuse ; voter pour se procurer de quoi solder cette dépense une contribution directe n'aboutirait pas à grand chose ; ces gens-là ont supporté dans ces derniers temps tailles sur tailles ; ils sont aujourd'hui épuisés ; l'établissement bien organisé d'une barre leur fournira de quoi compléter leur système de défenses. Voici le tarif : par cavalier un denier, par piéton une obole ; gros animaux chargés ou non chargés, un denier. Le produit de la barre ne pourra ôtre l'objet d'aucun virement ; le compte des recettes et des dépenses sera examiné chaque année par le sénéchal ou ses délégués. »

Le juge-mage, Guillaume de Lédra, chargea Guillaume d'Ayriac d'assister en son nom à la promulgation de cette ordonnance. D'Ayriac, accompagné des viguiers, des consuls et du trompette, se transporta à chacune des portes de la ville ; il les trouva fermées avec une barre de bois ; mais quelqu'un frappait, et les consuls ouvraient en récla-

(t) 27 mars au 2 avril 1356.

mant au soi-disant voyageur le montant du droit d'entrée. (5 mai 1356) (1).

Le Roi est entre les mains des Anglais ; un des seigneurs d'Alais a subi le môme sort. (19 septembre 1356.)

(1) Arch. munie, liasse XIV, n« 4. Toulouse, 26 avril 1356. Notum facimus vobis ex parte Consulum et habitatorum ville A. fuisse expositum que locus ipse adeo maie clausus et fortificatus existât que, . . per inimicos regni predicti invadetur de facile, quod absit,

posset capi, quod et loci et aliorum locorum circumvici-

norum esset dampnum irreparabile et ob hoc locus predictus clausuris seu fortificationibus indiget... hic mali passus plures sunt ...propter tallias, fogagia, impositiones et alia diversa onera que

propter guerras présentes facere oportuit et sustinere oportet

de die in diem sunt gravati in tantum que quasi ad inopiam devenerunt, et de eorum facultatibus propriis non possunt aliqualiter lacère et complere...

Inutile de publier le procès-verbal du 5 mai. Etienne Fabre, damoiseau, viguier pour G. Rogier, habitant la maison de Jean Raymond, fils de feu Guil. Raymond, et Michel de Boucoiran, régisseur de la viguerie de B. Pelet.... accompagnent d'Ayriac. Pourquoi Michel de Boucoiran ne prend-il que le titre de regens vicariam ?

Michel de Boucoiran est le fils du viguier de 1305, mort en 1353. Il était jeune lorsque son père mourut ; on lui donna pour tuteur son oncle, Jean de Dions. Le viguier qui succéda à Bérenger de Boucoiran fut Pierre de Navarre, damoiseau. Pierre de Navarre est viguier en 1337, puis on voit Guillaume de Poujols, puis Pierre de Navarre encore. (1341). Pierre de Navarre laissa plusieurs enfants : Jean, qui mourut après s'être marié, mais laissant un fils appelé comme son père Jean de Navarre ; Hugon, qui se fit religieux au couvent des Frères-mineurs d'Alais ; Tiburge, qui épousa Pierre Mazel, tisserand en gros, et testa en mai 13G5. Dans son testament, où elle commence par déclarer quelle est la fille de Pierre elle cite tous ses parents, entre autres son neveu Pierre de Manhane, moine à Coudras. Très aimée de son mari qui teste le même jour qu'elle en sa faveur, elle institue héritiers universels ses fils Jean et Pierre Mazel [de Macello], à charge de divers legs pieux montant à 30 florins, et de quelques petits legs à ses Tmies ou alliées.

Mais revenons à la question. La viguerie était sans doute occupée par quelqu'un qui était à la guerre, un Boni, je crois. Remarquons aussi l'alliance qui existe entre les doux viguiers. La sœur de Michel, Delphine Boucoiran, a épousé un Fabre, parent du y. guier comtal.

Le désastre de Poitiers a douloureusement impressionné les Alaisiens. Comment va-t-on s'arranger pour payer la rançon du roi de France? Comment arrêter l'envahisseur? Les Etats de Languedoc se réunissent à Toulouse en octobre ; les députés offrent au comte d'Armagnac d'entretenir à leurs dépens, pendant un an, cinq mille glaives et cinq mille sergents, tous à cheval. Les fonds seront centralisés entre les mains de trésoriers nommés par les Etats, mais l'imposition de six deniers sur les opérations commerciales cessera, de même que le subside de cinq sols par feu .

« Et outre ce ordonerent que homme ne femme dudit » pays de Languedoc ne porteroit pas ledit an si le roy * n'estoit avant délivré or ne argent ne perles ne vair ne » gris, robes ne chapperons decouppés ne autres cointises » quelconques, et que aucuns menesteriens jugleurs ne » joueroient de leurs mestiers. Et encore ordenerent » certaine monnoie , c'est assavoir trente deuxiesme, *> laquelle ils firent faire et monnoier du roy dudit pays, » jasoit ce que au pays de Languedoc courust lors autre *> monnoie, c'est assavoir monnoie soixantiesme. »

Le 16 novembre, les consuls notifiaient au receveur Jean Morlan, aux fermiers Georges Aimeras et autres l'ordonnance supprimant l'impôt de six deniers (1).

Une autre convocation des Etats eut lieu à Béziers ; Bernard Darbousse y représenta la ville d'Alais en vertu d'un mandat du 25 février 1357 ; à son retour il n'osa pas avouer ce qu'il avait fait ; le conseil municipal lui retira sa confiance et le prévint de ne pas aller à Alby, où lui ^.vait donné rendez-vous , disait-il , le comte d'Armagnac (2).

Les travaux de défense étaient poussés activement. Le mur d'enceinte avait cinq portes principales : la Roque, XBertolle, le Pont-Vieux, Saint-Gilles et Saint-Vincent. I^our faciliter la perception de la barre qu'on n'avait pas

0) Pièces justificatives ne IV.

(2) Docum. justif. ir VIII.

voulu affermer, on n'avait laissé que deux ou trois portes ouvertes. Au bout de quelques semaines, sur la réclamation des habitants de chaque quartier, on décida de laisser au moins (îinq portails ouverts et de mettre en adjudication l'impôt (1). Le procès-verbal du 18 janvier 1357 a été conservé ; la barre des portes de Saint-Gilles et du Pont-vieux fut adjugée à raison de 5 sous 4 d. par jour, celle des portes de la Roque et de Bertolle à 4 sous 3 den. par jour, et celle du portail de Saint-Vincent à six deniers, en tout 10 s. 1 d. par jour, soit 180 livres environ par an.

Les dépenses étaient supérieures. Un état daté du 14 décembre 1357 s'élève à 213 livres (2). Une facture du

(1) La porte de Saint- Vincent, considérée comme la plus dangereuse, la plus isolée, avait été murée la première ; les habitants du quartier obtinrent l'autorisation de la rouvrir, à condition qu'elle serait murée à leurs frais, à première réquisition des consuls. Les portes de Saint-Gilles et du Pont-Vieux étaient reliées aux portes de la Roque et de Bertolle par la rue Droite, la Grand'Rue.

(2) 21 cannes de planches épaisses pour doubler les portes, à 14 sous la canne 141. 14 s.

Autres bois pour les portes 51 s. 6 d.

1500 gros clous carrés à 14 sous le cent 10 1. 10 s.

800 clous plats à 10 sous le cent 4 1.

Plomb pour les gonds (ad opus gaflbnorum) 2 1.

Salaires des cinq maîtres qui, pendant douze jours, à 5 sous par jour chacun, travaillèrent à ces portes 15 1.

Outre les vivres estimés 6 1.

Aux manœuvres qui apportaient pierres, bois, journées ou vivres 4 1.

A un serrurier pour six pênes (pestels) 3 1.

Cent muids de chaux fournis par Ayraud Pierre. 37 1. 4 s.

Location des bêtes pour charrier le sable de la rivière jusqu'au marché où l'on fabriquait le mortier 16 1.

Salaires de huit hommes employés pendant huit jours à mélanger la chaux et le sable, à trois sous par jour 9 1. 12 s.

Salaires de trois femmes qui durant ces huit jours charriaient l'eau pour le mortier, à deux »ous par jour. 21. 8 s.

Achat de pierres 24 1.

16 novembre, relative à la construction d'un mur depuis le portail Daude ou Dieude jusqu'au moulin neuf, est de 484 florins 12 s. 10 d. payés aux entrepreneurs maçons, Jean Ayraud et Guillaume Candelier , la canne carrée de maçonnerie coûtant 2 florins et demi. Comment se libérer ? Les autres produits communaux sont insignifiants ; le poids public de la farine s'afferme, en 1357, 20 1. t.; en 1358, 14 1. 1. ; en 1359, 18 1. 1., 10 sous. On a remis en vigueur la coutume qui oblige les gens de la banlieue à contribuer, soit en argent, soit en journées de prestation, aux travaux de défense entrepris dans la ville où ils ont le droit de se réfugier en cas de danger. Le 23 mai 1356 la baylivie de Montmoyrac promet de verser à la caisse municipale trente florins ; le 5 juin les hommes des quartiers de Trespaux et des Espinaux, dix florins ; le lendemain, Raymond de Monteaut, quatre florins ; de plus pendant la durée des travaux, lui et sa bête feront une journée par semaine ; le 26 juin, les hommes de Larnac payent. La ville leur accorde en compensation l'exonération de la barre. Mais dès que les agglomérations qu'on veut faire souscrire sont un peu éloignées, ou à proximité d'une église très fortifiée, d'un nouveau château-fort, cette immunité n'est plus un avantage ; aussi les habitants de Soustelle, de Laval, de Meyrières, de Saint-Martin-de-Valgalgues ne payeront que contraints par ordonnance du comte d'Armagnac (1).

Achat de matériaux de construction 10 florins,

achat de mortier à Simon Gobi 14 florins, achat

de mortier à Simon Cornillon 25 florins, dresse

du procès-verbal d'adjudication 2 florins, en

tout 51 florins à 24 sous pièce 611. 4 s.

Arrachage des arbres qui avaient poussé dans les

vieux murs 11. 6 d.

Total 2131. 4 s.

(1; 25 juillet 1357, Soustelle et Laval. Le 4 décembre 1357, Guillaume de Rouvière, dit Pouget, damoiseau de Laval, ne se soumet que devant la lettre du comte d'Armagnac : « Omnes de vicaria A. qui emn universitate dicte ville ronsueverunt contribuere tenentur contribuere in mûris et fortaliciis dicte ville, et que in casu neces-

En résumé, en dehors de la barre, la commune n'a d'autre ressource sérieuse que le vote de deniers additionnels au principal de la contribution royale, ou la capitation, le capage.

Lorsque les Etats décidèrent, après le désastre de Poitiers, d'entretenir à leurs dépens pendant un an, 10000 hommes de guerre, chaque chef de famille paya hebdomadairement une redevance fixe de trois petits deniers tournois, et une taxe proportionnelle à son avoir, d'après le compoix. Le compoix [l'estime comme on disait alors] était revisé tous les trois ans. Le 30 janvier 1357 six personnes élues au sort jurent sur les Saints Evangiles de faire l'estime, en prenant pour base le mouton d'or au coin du Roi de France comme valant 30 sous t. (1).

Dans les cas urgents on emprunte ; le 4 septembre 1357 les habitants, ayant commis quelque acte de désobéissance, furent condamnés à une amende de mille écus d'or ; le 18 on paya -|g-; et pour le surplus, on souscrivit des billets que l'agent royal, Pierre Boyrel, endossa à l'ordre de Jean de Lacroix et autres marchands Montpelliérains. (2)

sitatis se possent recolligere infra fortalicia A. » ; il payera un mouton d'or à la Sainte-Luce.

Les habitants de Meyrières, près Blannaves, paroisse de Saint- Jean-de-Chanibon, ayant droit de se réfugier à Alais, et contribuant d'ordinaire avec les gens d'Alais, in talliis regiis dumtaxat, versent, le 20 novembre 1357, neuf florins et demi.

Le 13 décembre 1357, deux propriétaires de Saint-Martin-de-Valgalgues payeront chacun un mouton d'or.

J'ajouterai que le lieu des Espinaux est dans la commune de Saint-Privat-des-Vicux, aux portes d'Alais ; quant à Trespaux, jadis Transpom, c'est-à-dire par-delà le pont jeté sur l'Avène, c'est un hameau de la commune de Mons. Enfin Monteau est près de Rochebelle ; Larnac est dans la commune de Saint-IIilaire-de-Brethmas et Montmoyrac est de la commune de 8aint-Christol.

(1) Noms des estimateurs : Jean le Sartre, Pierre César, notaire, Bernard d'Alayrac, Jean Vallat, Raimond Boissier et François Bruguière. Leur travail fut plus considérable cette année là, car on dut recenser les capitaux mobiliers et immobiliers. Voir la manière dont on procédait dans Ménard, Hist, de Nimes, t. II, preuv. p. 183.

(2) Actes des 4, 18 et 20 septembre 1357. L'inventaire se contente

Le 23 mars 1357 une trêve avait été conclue à Bordeaux entre la France et l'Angleterre. Les bandes anglaises ou françaises furent pour la plupart licenciées ; mais accoutumées à vivre de la guerre, elles ne pouvaient renoncer aux charmes de la vie d'aventures. En juillet la bande de Tarchiprêtre Arnaud de Cervole franchit le Rhône vers Serrières ; une fois dans le Dauphiné, elle descend dans la direction du Comtat-Venaissin, oblique et traverse la Durance. La ville de Marseille se voyant menacée met sur pied un nombre considérable d'arbalétriers et de cavaliers. (Septembre 1357). Le comte d'Armagnac arrive de son côté en Provence, pour refouler ces pillards vers les Alpines ; mais vers la fin de novembre il revient brusquement dans le Haut-Languedoc. La panique augmente. Le sénéchal, Hugues Adhémar, invite les villes de la sénéchaussée à se réunir le 11 janvier 1358, à Nimes, afin de délibérer sur les moyens de garantir le pays de l'irruption des gens d'armes ; il supplie la population de faire bonne garde nuit et jour.

Une autre lettre du sénéchal est analysée dans l'inventaire :

a Le roi de Sicile [Louis d'Anjou] avec grand nombre de navires et gendarmes tant anglais qu'autres se propose d'envahir la sénéchaussée ; que ceux qui habitent hors des villes closes se retirent de suite dans les lieux fortifiés et y apportent leurs biens ; que tous se pourvoient d'armes selon leur condition ; les moins aisés doivent avoir au moins une lance, une épée, un morion et un gorgerin ; que les châteaux-forts soient garnis de munitions de guerre et de vivres ; défense de laisser dans les mas ou les villages ouverts la moindre provision ; toutes les den-

de dire : composition faite par les habitants ou consuls à la cour du Sénéchal, à cause de certaine rébellion et désobéissance faites en fermant les portes de la ville. Nous ignorons les causes de cette rébellion. L'acte du 4 a disparu ; la quittance du 18 ne nous indique que le montant de l'amende ; la délégation du 20 est très laconique. — A. M., actes non classés.

rées seront déposées dans les forteresses. Chacun fera quarantaine. » (1)

L'archiviste Alaisien a bien analysé le document qu'il avait sous les yeux. Le lieutenant du roi de Naples avait, avec l'appui secret d'Edouard III, essayé de détacher de la confédération provençale les Anglais qui étaient sous les ordres de l'Archiprêtre, pour les jeter de l'autre côté du Rhône, dans le Languedoc. Dès qu'on avait su à Paris ces intrigues de la cour de Naples avec l'Angleterre, on avait prié le comte d'Armagnac de ne plus aider Louis d'Anjou dans sa querelle avec ses vassaux.

Arnaud de Cervole sentait de son côté que sa bande avait assez de ce pays de Provence. Il avait manqué son coup sur le Languedoc en janvier, et c'est lui qui, le 30 mars 1358, avertissait les habitants de Nimes de se méfier des Anglais à l'affût d'une bonne occasion d'envahir la sénéchaussée de Beaucaire.

On était déjà prévenu. Le 8 avril la ville d'Alais s'occupait d'avoir de l'argent pour les troupes envoyées sur les bords du Rhône et pour ses fortifications. Chaque habitant devait payer un demi-florin par centaine de livres de capital, et les chefs de maison deux clavenques ou une clavenque par semaine, suivant qu'ils avaient plus ou moins de 50 livres de fortune (2).

(1) 15 janvier 1357 (1358). Acte de Privât Martin, notaire, dans lequel se trouve reproduite la lettre du sénéchal.

On remarquera dans Baluze, Vit. Pap. Aven., t. I, p. 351 : « De mense martii Archipresbytcr cum societate reversus in Provinciam, non obstante pecunia sibi soluta, civitatem Aquensem oppugnat. L'archiprêtrc revient en mars 1358 en Provence.

(2) Anno Domini 1358, et octava die mensis aprilis... pro mittendo pavesios arbalisterios ad fronterias Rhodani pro obviando inimicis qui regnum Francie invadere satagunt... necnon et pro eundo Parisiis ubi comparere habent citati, nec non et pro construendo menia... concesserunt consulibus que possint levare ab habitatoribus et habentibus bona in Alesto médium floreni pro centenario, et ulterius pro singulis capitibus hospicii habentibus bona valentia 50 1. t. vel infra, singulis septimanis, unam clavencam, et ab aliis habentibus ultra valorem 50 librarum turon. singulis septimanis, duas cl aven cas. A. M.

En mai 1358, Jean, comte de Poitiers, frère du Régent, autorisa la prorogation de la barre pendant trois ans. (1)

Les Alaisiens méritaient par leur attitude la bienveillance de la Royauté ; que les Etats se réunissent à Nimes, à Montpellier, à Toulouse, ils y allaient et s'associaient aux efforts tentés pour la délivrance du Roi. Dès qu'on a parlé de voter 260000 agneaux, le conseil municipal Alaisien a émis un vœu en ce sens ; que les consuls aillent de suite à Grenade, porte la délibération. (2) A Toulouse, la province avait décidé d'envoyer une ambassade en Angleterre pour consoler le Roi et lui apporter un cadeau. Le 4 octobre, les députés de la sénéchaussée de Beaucaire avaient élu leurs ambassadeurs et procédé à la répartition de la somme à offrir au Roi. Raimond Trouche, premier consul, revient de Nimes à Alais et réunit le conseil. Il lit une lettre du sénéchal résumant les débats et les votes ; le receveur chargé de centraliser les fonds est Jean de Lacroix, de Montpellier ; la part d' Alais est de 82 florins 4 gros et 3/4 de gros ; le versement de cette somme doit se faire sans frais, sauf 12 deniers pour la quittance ; il sera déduit pour frais de transport des espèces une indemnité calculée à

(1) Lettre datée de Verdun sur la Garonne du 18 mai 1358.

(2) Anno Domini 1358, et die décima mensis Julii... convocato consilio in consulatu A., ad sonum campane ut moris est, per sapientes viros Raimundum Trouche... consul es, ...que cura pro lin- (£ua Occitanea tam pro parte ville Alesti que aliorum locorum. .. pro redemptione Régis... oblatio facta fuerit de ducentis sexaginta roilibus agnorum, retenta voluntate universitatum dicte lingue Occitanee de qua voluntate debent certificari gentes régie a die Jovis proxima in octo diebus in loco de Granada, consulibus consiliarii potestatem dederunt consentiendi.., voluntatem predictam gentibus regiis notificandi et declarandi et nihilominus de predicta voluntate voluerunt fie ri litteras publicas sigillatas sigillo dicti Consulatus, et de predictis dicti Consules petierunt eis fieri publicum ins~ trumentum per me notarium infrascriptum. Acta fuerunt hec Alesti in dicto consulatu, in presentia et testimonio domini Bertrandi Dalmacii jurisperiti, Bertrandi Boni, Pétri Melzenci, Symonis Gobi, burgensium Alesti, Pétri de Caussanicis... et mei Raymundi de Gaudiaco, notarii... A. M., liasse XIII, n* 3.

raison d'un florin par jour de voyage, et surtout pas de retard, disait le sénéchal.

Trouche venait de finir sa lecture ; Bertrand Boni demanda la parole, et s'adressa aux consuls : « en votant sans autorisation un cadeau au Roi, vous deviez être renseignés sur l'existence dans la caisse municipale de fonds disponibles ; la convocation d'aujourd'hui n'a donc point de raison d'être ; vous n'avez qu'à user largement de ces fonds ; nous réglerons plus tard, d Le premier consul n'avait pas un caractère patient à l'excès ; sans ambition personnelle, il n'avait eu pour guide dans cette affaire que l'intérêt public ; les diocésains avaient cru pouvoir abréger les formalités. Si la caisse publique est vide, répliqua-t-il, mes registres sont en règle ; je suis prêt à rendre compte immédiatement de ma gestion, je réclame la nomination d'une commission de vérification. Le conseil refusa; Trouche fît dresser procès-verbal des incidents de cette séance orageuse. Le conseil n'admettait pas qu'on engageât les finances de la ville sans autorisation : consules non possunt facere aliquam financiam nisi potestas fuerit primitus sibi attributa. Mais il ne protestait pas contre la dépense elle-même. On voulait donner une leçon à Trouche comme on en avait donné une à Darbousse en 1357(1).

iotq 1360 Au commencement de l'année 1359 les craintes pour la rupture de l'armistice devinrent très vives. Le comte de Foix, Gaston Phœbus, avait pris les armes contre le comte de Poitiers, lieutenant du Roi en Languedoc. Les Anglais l'encourageaient. On convoqua les trois états de la sénéchaussée de Beaucaire à Alais pour le 25 février 1359 ; on ne sait pas ce qui y fut décidé (2). Fin mars les états des

(1) Pièces justif., nM VIII et IX.

(2) Hist. de Nimes, Ménard, tome II, Pr., pp. 231-232. Cf. Hist. de Languedoc, tome IX, notes de la page 691, par M. Auguste Molinier. Le 22 février 1359 le conseil municipal d'Alais est réuni; il y a trois semaines le conseil avait autorisé les consuls à lever, pour la réparation des mure d'enceinte, de chaque habitant 2 sous par semaine ; on modifie le tarif ; à l'avenir ceux qui ont plus de 200

trois sénéchaussées se réunirent à Montpellier. La trêve avec l'Angleterre expirait à Pâques. Les députés furent unanimes à mettre une gabelle sur le sel et les viandes salées, quatre gros tournois, ou un tiers de florin, par quintal (1). A ce moment Jean II concluait un traité par lequel il cédait aux Anglais la Normandie, la Saintonge. rAgénois, le Périgord, le Limousin, le Querci, le Poitou, l'Anjou, le Maine, la Touraine, et s'engageait à payer 4 millions d'écus d'or ! Il avait reçu avec plaisir les ambassadeurs languedociens et les espèces dont ils étaient porteurs. (4 mars.)

Il n'entre pas dans notre cadre de raconter pourquoi les Etats généraux réunis à Paris refusèrent, le 25 mai, de ratifier le traité fait par le Roi, le 24 mars, pour recouvrer sa liberté, et o ordonnèrent à faire bonne guerre aux Anglais. *

Les Alaisiens connurent de suite les résolutions prises ; la concentration des milices des vigueries du diocèse, qui devaient marcher vers le Puy, occupé par les Anglais, eut lieu dans la ville. La colonne s'ébranla le 28 juin ; un excellent esprit animait la troupe.

Le sénéchal signa à Alais, le 1er juillet, la commission de Raymond de Nogaret, chargé de la gestion des affaires de la sénéchaussée, pendant son absence.

On songe à aller attaquer l'Angleterre dans son île ; des

livres payeront trois sous ; ceux ayant de |50 à 200 livres, deux bous ; ceux ayant moins de 50 livres, un sou.

(1) Ménard a publié les lettres envoyées par les députés de Nimes durant la session. — lrf lettre du 21 : Pierre Scatisse a dit que la situation était critique ; les ennemis ont occupé Saint-Julien près de Lunel. — 2- lettre du 28 mars : Outre la gabelle votée à l'unanimité, on parle de faire payer tant par livre sur toutes les choses vendues. — La ville de Nimes répond à ses députés : le conseil municipal proteste contre tout impôt sur les ventes ; mieux vaut la taille où chacun paie suivant sa fortune. Ménard, tome II, et Hist. de Languedoc, tome IX, notes de la page G93. Les Etats de Languedoc, dit M. Molinier, jouissaient à ce moment d'une certaine liberté ; c'est vrai ; lorsque le Roi était prisonnier ou désespéré, les Etats se montraient moins soumis.

négociations dans ce but sont entamées avec le roi de Danemark; l'idée sourit au conseil municipal; le 14 août il donne plein pouvoir aux consuls pour aller à Béziers voter les fonds destinés à une descente des Danois en Angleterre (1).

L'échec de ce projet d'alliance ne décourage pas les Alaisiens ; puisque c'est sur le sol de la patrie qu'il faut vaincre l'ennemi, ils s'occupent de fortifier leur ville. Adoptant un vœu du conseil municipal (2), le comte de Poitiers, de passage à Carcassonne, leur permet, le 27 octobre 1359, afin d'équilibrer leurs recettes et leurs dépenses, d'établir pendant trois ans un impôt sur le vin et la farine consommés dans le périmètre communal. Voir tous les jours son pain plus petit, sa pinte de vin rognée d'un sixième, c'est pénible, mais la commune profite de ces privations ; elle a de quoi maintenant désintéresser ses créanciers. (3)

Les gros froids sont passés lorsqu'arrive un délégué de Gilles Aycelin, évoque de Thérouanne, chancelier de

(1) Docum. justif., n#X.

(2) Docum. justif., n° V. — L'impôt sera de six deniers par quintal ou sétier de farine, et d'un sixième du vin. Le comte deJPoitiers veut que le sénéchal s'assure du consentement de la majorité de la population à ces impôts. Le sénéchal mit son attache a cette lettre, à Nimes, le G novembre 1359.

(3) Voici les marchés et les quittances, quelques-uns du moins : 11 juillet 1359, marché à livrer de cent muids de chaux, moyennant 37 1. 4 sous t. ; notaire rédacteur : Pons Cazot, notaire impérial et épiscopal ; témoins: Pierre Sabatier, fourbisseur, Guillaume Richard et Guillaume Hélie, argentiers d'Alais, Raymond de Gaujac, notaire.

19 juillet 1359, marché à livrer de 200 muids de chaux, moyennant 74 1. 8 sous.

3 octobre 1359, payé pour la construction d'un mur depuis le pont des Frères prêcheurs jusqu'à la maison de...., 53 cannes de gros mur, 13 cannes carrées d'avant-pied, et trente merlets, 111 florins d'or et 5 gros d'argent, le florin courant pour 24 sous.'

21 décembre 1359, payé 150 1. 4 s. G d. pour 59 cannes et 5 pans de gros mur, depuis le portail de la Roque jusqu'au moulin de la Roque; la canne carrée de gros mur coûte 1 florin d'or et 10 gros • 15 cannes d'avant-pied, à 9 gros la canne ; et 30 merlets, les trois revenant à un florin, etc., etc.

France, s'assurer de ce qu'on a fait, dire ce qui doit être fait. Il a des instructions précises. Les châteaux et la ville sont-ils défendables? Que manque-t-il à cette place? Quel est l'effectif nécessaire pour la garder ? Peut-on aisément renforcer cet effectif par la population environnante? En quoi consiste son armement ? Les montres se font-elles sérieusement ? Ne pas oublier qu'il faut avoir aux châteaux des vivres en réserve pour un an ; rappeler aux gens, qui habitent à proximité de bâtiments indéfendables, qu'ils ont à charrier, à première réquisition, toutes leurs provisions en lieu sûr, dans un délai maximum de douze jours, à peine de forfaiture envers le roi ; tout retard entraîne la confiscation de ces provisions ; on brûle ce qu'on ne peut emporter. Le délégué a plein pouvoir pour ordonner ce que comporte le salut public ; il doit s'informer s'il y a sur les lieux un bon citoyen, bonus homo, capable de gouverner le château-fort et la milice.

Le délégué descend au couvent des frères mineurs ; une première conférence a lieu en présence de Bernard Pelet et des autorités locales ; après diner, consuls et baron reviennent s'entretenir avec lui.

Alais est-il défendable ? Tous répondent affirmativement ; s'il faut faire quelques travaux complémentaires, la ville est prête à les entreprendre dans la mesure du possible. Le délégué signale alors les œuvres urgentes : parachever le mur d'enceinte, creuser tout autour de ce rnur un fossé de la même largeur que celui qui existe devant l'infirmerie des frères mineurs, d'une profondeur de deux pans ; placer sur les murs, aux endroits d'où la vue embrasse le mieux les avenues de la ville, quarante échafauds, dont huit doubles ; laisser ouvertes de jour trois portes seulement (la Roque, le Pont- Vieux, Saint- Vincent) ^vec deux hommes de garde ; le soir, 50 hommes de garde feront patrouille tant en ville que sur les murs ; aux autres portes (comme celles des frères prêcheurs et des frères mineurs, ne laisser ouvert qu'un guichet permettant à van homme de passer, mais en courbant la tête ; garnir les canaux de grilles en fer. On achètera douze canons dits garrots, avec douze douzaines de carrels [carreaux]. Défense

de recevoir pendant plus d'un jour un étranger, de quelle condition qu'il soit, à moins qu'il ne soit connu. Elire quatorze prud'hommes (1) pour activer les travaux des fossés et des échafauds ; les fossés devront être creusés avant fin avril ; les échafauds placés avant fin mai. Le 29 mars, toute réflexion faite, le commissaire ordonna si on signalait la présence des ennemis à deux jours de marche de la ville, de raser le couvent des frères mineurs, sauf aux religieux à se réfugier en ville. (2)

(1) Probablement deux de chaque quartier, de chaque pan, la Roque, l'Escurgache, le Marché, les Fabreries, le Pont, Saint- Vincent, les Aires.

(2) 15 mars 1360, n. s. :

Que illa castra et loca que poterunt bene amparari, deflensari et tueri, reparentur per modum et formam que nullum péri cul um possit evenire... que et qualia fuerint necessaria in fortaliciis et locis deffensabilibus... que ordinationes ipse reducantur in scriptis... advisent si in dictis locis sint gentes in numéro suflîcienti ad eustodiam et que habeant in scriptis numerum ipsarum gentium. 8i numerus gentium non erat sufliciens pro amparando et deflendendo fortalicium sui loci, que suppleatur dictus numerus de aliis gentibus aliorum locorum de quibus ipsis visitatoribus videbitur et ut meliiiB poterunt... Qualia arnesia fuerunt in dictis locis et nisi apparuit eis ibi esse sufïicientia arnesia, que faciant ibi de eis providere prout eis videbitur... Faciant fieri monstram unicuique de habitatoribus villarum secundum'statum suum, et illi qui non erunt armis muniti juxta statum suum per eos compellantur viriliter ad habendum arma necessaria. Item que dicti visitatores caveant sibi (pie dicta loca copiose sint victualibus munita, saltem per unum annum et ultra. Que de omnibus locis indefïensabilibus et qui non poterunt amparari seu defïendere, omnia victualia quœ in eis reperientur faciant reduci infra loca fortia et defensabilia, infra duodecim dies à tempore quo premissa injungentur gentibus in anthea computandos quam injunctionem illico dicti visitatores faciant gentibus predictis sub pœna proditionis....

Que visitatores videant si non sit bonus homo per quem fortalicium et gentes illius loci regentur et ordinentur, et si non reperiatur ibi idoneus, loquatur cuni gentibus illius loci, et in quem habeant complacentiam et de illo in quem conrordabunt ad regendum fortalicium ipsœ gentes, faciet dictus visitator rapportum.

Omnia alia loca sive sint ecclesie, hospioia sive castra qiue non poterunt amparari vel deffendi, aut erunt periculosa, dicti visita-

La paix est enfin signée ; la rançon du Roi est fixée à trois millions de florins à l'écu, payables en six annuités ; mais 600000 écus sont payables avant que le Roi parte de l'Angleterre.

Page 1