CHAPITRE III
La vie politique de 13 60 a 1369.
Les impots. - Les compagnies. - Le nouveau Roi. -
Promenade en ville.
'62 Le jour même où le Roi débarquait à Calais, les Alaisiens, pour se préserver des voleurs et des assassins qui rôdaient dans le pays, obtenaient de la cour seigneuriale
tores faciant diruere et ponere in tali statu quod non subsequatur dampnum domino nec patriœ ; gentes illorum locorum indeffcnsabilium cum dictis victualibus reduci faciant infra loca fortia, ut supradictum est ; que tantummodo dicte gentes retineant ex dicta fortalitia victualia pro octo diebus, et illis expensis et devastatis, ûossint de illis victualibus infra loca fortia existentibus, capere per alios octo dies, et sic pro tempore futuro quousque esset nécessitas se reducendi infra fortia
Que menia sive barria fiant prout incepta fuerunt et sic compleantur de bono muro ; que fiant quadraginta cadalfaci supra
muros et in locis in quibus occuli et que octo sint dupli-
ces... In portalibus fratrum pred. et min. fiât una modica posterla per quam homo unus clinando se absque aliquo impedimento possit intrare .. que in predictis portalibus qua> remanere debent aperta maneant quotidie de die duo boni homines armati, et in qualibet posterla. Et item que quolibet cero vigilent quinquaginta boni homines pro faciendo excubias sive lo gach, tam per villam que super muros. Item que claudantur thoni [toucs ou égoûts] de ferro. Item que pro artilharia sive pro necessitatibus loci ementur duodecim canones sive garots muniti de duodecim duodenis cayrellorum. Item que nul lus homo extrancus, jpujuscumque conditionis existât, sit ausus manere seu starein dicto loco, nisi per unum diera, ni esset notus aut aliter aliquod oflicium exerecret....
l'autorisation d'élire pour six mois deux capitaines de garde par quartier ; ces capitaines prêtaient serment de remplir fidèlement leur devoir ; ils avaient le droit de punir les hommes convoqués pour faire patrouille qui ne venaient pas, ainsi que ceux qui venaient mais n'obéissaient pas ponctuellement à leurs commandements. Les amendes supérieures à cinq sous étaient versées au greffe de la Cour ; celles inférieures, aux consuls qui s'en servaient pour allouer des gratifications aux hommes les plus empressés à faire leur service, quoique placés dans une très modeste position de fortune. (1)
A l'expiration des six mois , la cour reconnut qu'on devait faire encore bonne garde, au moins jusqu'à la Pentecôte 1361; la situation était loin de s'être améliorée; c'est à ce moment-là que le sénéchal, Jean Souvain, chargé de la défense du Pont-Saint-Esprit, en montant sur une de ces tours en bois qu'on posait sur les murs afin d'y voir de plus loin, (un cadaffaut), perdait l'équilibre, se cassait les jambes en tombant, et mourait peu après. Le Pont-Saint-Esprit, une porte d'entrée de la province, était aux mains do Seguin de Badefol et de Robert Briquet ! (2)
Le Roi comprenant les angoisses des riverains, ordonna au connétable Robert de Fiennes et au maréchal Arnoul d'Audrehem d'aller chasser ces bandits. Tous les nobles de la sénéchaussée de Beaucaire, du Gcvaudan, du Velay, du Vivarais furent convoqués ; ils devaient se rendre à Bagnols-sur-Cèze. Le Pape prêcha une sorte de croisade ;
(1) Doc. justif. n«XI.
(2) On avait encore vu le sénéchal à Alais le 14 novembre ; il revenait d'apporter à Pierre, roi d'Aragon, les excuses du roi de France à cause du manque de parole de son lils Louis, comte d'Anjou. Celui-ci avait été fiancé dés 1352 avec l'infante Jeanne d'Aragon ; en août 1356 on avait arrêté les détails du contrat ; les seigneurs d'Alais, de Calvisson, de Hoquefeuil et autres avaient consenti à ce que le roi d'Aragon prit hypothèque sur leurs biens en garantie du payement prochain de la dot du futur; l'infante avait
été alors conduite vers son futur qui avait épousé une autre
femme !
il accorda les indulgences de la Terre Sainte à ceux qui serviraient contre les Routiers pendant six mois.
On avait aussi peur à Alais qu'à Avignon. Le 5 janvier 1361 la cour seigneuriale rend exécutoire une requête des consuls : les maisons qui sont à un jet de pierre hors des murs de la ville seront rasées ; celles qui sont plus éloignées seront découvertes, de façon à ce que Ton ne puisse s'y cacher ; on abattra les arbres trop rapprochés des murs d'enceinte ; on ne laissera aucun vivre dans les villages environnants. Ces bandits ont déjà pris dans la sénéchaussée plusieurs villes, et perpétré mille maux! (1) Ils en veulent surtout, dit-on, aux gens d'église. Les religieuses de l'abbaye des Fons quittent leur cloître et se réfugient à Alais, dans la maison des hoirs de Simon Gobi. Les Cordeliers, dont le couvent se trouve en dehors des vieux remparts, reçoivent l'ordre de déménager et de se retirer provisoirement dans l'enceinte municipale. La ville use de l'autorisation donnée en 1360 par Godefroid, seigneur d'Agreno, agent de l'évoque de Thérouanne, à l'égard des églises ou couvents indéfendables. (2)
Enfin les bandits se décident à quitter le Pont-Saint- Esprit moyennant finance et l'absolution de leurs crimes par dessus le marché ; les uns doivent aller en Italie, les autres en Aragon. En route, ils tentent quelques coups de main, à Marsillargues près Luncl, à Frontignan. (3)
(1) Societas malignorum Anglicorum regni Francie inimicorum... mala infinita in ibi ut dicitur perpetraverunt, plura loca et villas ceperunt... Acte fait devant la maison de Philippe Bedos, damoiseau.
(2) Le couvent des dominicains n'avait rien légalement à faire avec la municipalité Alaisienne ; il était dans la juridiction de Souquanton, aux portes d'Alais. Aussi on ne trouve presque rien concernant les Dominicains dans les délibérations municipales de cette époque ; mais la ville s'intéresse aux Alaisiens qui se font dominicains.
(3) M. Emile Molinier, dans son admirable étude sur Arnoul d'Audrehem, ne s'est-il pas trompé ? 11 suffit d'avoir une carte sous les yeux; c'est à Marsillargues près de Lune], et non à Massillargues prés d'Anduze, que les Compagnies étaient. Les Français, Arnoul
La grande préoccupation était maintenant de payer la rançon du Roi. Celui-ci avait, par ordonnance du 5 décembre 1360, établi les aides suivantes : -^- ou -jôq- , ou plus simplement un sou par livre, sur le prix de vente des denrées et des marchandises ; — du prix du sel, le quint du sel, c'est-à-dire que dans les greniers à sel, on livrait aux muletiers cette marchandise un cinquième plus cher que ce qu'elle avait coûté aux entreposeurs ; et enfin un treizième de la valeur des vins. La première taxe n'avait jamais pu s'acclimater dans le pays. On ne voyait pas de meilleur œil le quint du sel, attendu que la province de Languedoc avait déjà frappé le sel à son profit d'un impôt ; les Etats avaient pris de nombreuses précautions pour que la perception de la gabelle et l'emploi des fonds en provenant se fissent régulièrement ; en novembre 1359 on avait encore voté quelques modifications tendant à assurer un contrôle plus efficace soit de la recette soit de la dépense. Quant aux taxes proportionnelles sur le vin et sur les autres boissons, les communes les avaient depuis longtemps utilisées afin d'équilibrer leurs propres budgets. Ainsi la ville d'Alais, outre la barre, percevait six deniers tournois par quintal de farine consommé dans le périmètre de la commune, et le sixième du vin. Que faire dans ces conditions? Solliciter la conversion des taxes royales en un abonnement. Mais sur quelle base calculer cet abonnement? Les communes de la sénéchaussée de Beaucaire avaient consenti à payer 70000 florins pour le premier terme de la rançon, outre ce qu'avaient payé la noblesse et le clergé ; il n'y avait qu'à continuer chaque année. La royauté oubliait qu'on avait eu du mal à se procurer, à Alais comme ailleurs , l'argent nécessaire pour payer la quote-part incombant à la ville dans ces 70000 florins ; on avait signé des billets, fait des emprunts. Le G février 1361, le comte de Beaufort avait prêté mille florins ; Jean de Lacroix
d'Audreheni et Bertrand d'Espagne.... vont coucher à Lunel. Lorsqu'on va de Montpellier à Anduze, on ne passe pas par Luuel. — Frontignan (Hérault) fut pris le 15 avril.
avait avancé 850 florins. (1) Comment amortir ces emprunts ? Le 16 juillet, le conseil municipal, s'appuyant sur des circulaires royales (2), invitait les consuls à continuer la levée de la barre et des droits de consommation sur le pain et sur le vin ; le 5 septembre, le sénéchal approuvait la délibération, et le 15, on adjugeait la barre pour un an, mais à un prix désastreux : trois sous par jour vénal ! La diminution provenait de plusieurs causes, la peste, le dégrèvement sur le sel (3). Il n'y avait pas à craindre pour
(1) Jean de Lacroix fut remboursé le 20 octobre 1361. Le comte de Beaufort fit don à la caisse de la rançon du Roi de 695 florins en sus de sa part dans les 15000 florins votés par la noblesse. Le clergé fut moins généreux ; le plus fort souscripteur ecclésiastique fut le prieur de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, à Saint-Gilles, au nom de toutes les maisons de l'ordre de la sénéchaussée.
(2) Arch. munie, liasse XIII, n° 5. Voir circulaire du 16 octobre 1361, Hi8t. de Languedoc, tome X, col. 1266 :
Omnes impositiones quas habebant universitates senescalliarum predictarum, et quibus utebantur ante indictionem gabellarum et Impositionum factam pro redemptione Régis et pendentibus eisdem, possint et valeant exigi et levari per universitates predictas seu deputatos ab eis prout antea faciebant, et quod durent et durare habeant per sex annos continuos et completos eisdem modis et formis quibus concesse fuerunt, ad utilitatem et commodum uniyersitatum predictarum... Et insuper quod ipse universitates ultra dictas impositiones quas habent et habebant ante indictionem gabellarum et impositionem factam per Regiam Majestatem possint et valeant alias impositiones facere et indicere de novo super carnibus et piscibus aut alîis rébus, prout eis magis videbitur expedire, mediantibus quibus possint habere summam pecunie solvendam per easdem ratione redemptionis Régis.
(3) Bulle du pape Innocent VI, du 2 des calendes de juillet de la neuvième année de son pontificat, à l'occasion de la peste, accordant indulgence plénière aux habitants qui se confesseront avec contrition de leurs péchés, quel que soit le confesseur qui entendra l'aveu de leurs fautes.
Le procès-verbal d'adjudication précédé de l'autorisation de Bernard de Montpezat, lieutenant de Pierre Raymond, de Rabasteins, seigneur de Campagnac, dit qu'on réglera chaque deux mois. On remarquera qu'il n'y a plus que trois portes ouvertes. (Acte de Pierre Adhémar aux Arch. mun.).
La royauté ne voulait pas que l'impôt communal sur le sel compromit le rendement de son propre impôt,
les taxes sur le pain et le vin pareil mécompte, mais on ne devait pas espérer non plus une augmentation de la ferme.
Les tailles deviennent plus nécessaires que jamais ; pour le premier semestre de 1362, nous en relevons, dans les archives, cinq, à savoir : 4 janvier, 1 1 mars, 9 avril, 17 et 26 juin. Ainsi le 9 avril, on vote deux gros par feu, conformément à une lettre* du 23 mars du maréchal Arnoul d'Audrehem, pour les gages des Espagnols qui sont devant Saugues. Henri de Trastamare et ses soldats auxquels on n'avait pu fermer l'entrée de la sénéchaussée de Carcassonne s'étaient mis à la disposition des communes françaises, et s'étaient rendus sur la frontière d'Auvergne pour empêcher les routiers qui ravageaient cette province de descendre jusque dans la sénéchaussée de Beaucaire. Mieux valait payer une taille qu'être envahi. Le 23 juillet 1362 Espagnols et Compagnies consentaient à quitter l'Auvergne et à aller en Espagne. On leur avait promis cent mille florins s'ils évacuaient la France avant le 8 septembre ; il fallait bien exécuter ce traité. Le 2 août un détachement de'ces bandes est déjà à Nimes, avec la comtesse de Trastamare. Le 16 août, une autre bande arrive. Le 21 août, la compagnie de l'anglais Garssiot de Castel loge à Nimes ; mais celle du Petit Meschin a filé par Génolhac, Uzès, La Calmette. De temps en temps éclatent des rixes entre les paysans et ces aventuriers ; on voit alors des bandes revenir sur leurs pas pour venger la mort de leurs camarades; pour les apaiser on leur donne de l'argent. La ville d'Alais, sous prétexte que la sénéchaussée de Beaucaire est surchargée par comparaison avec ce que payent les autres sénéchaussées de Languedoc, n'établit sa quote-part que sur 50000 florins au lieu de 70000 ; à Paris on maintient le chiffre primitif de 70000 ; encore un rôle supplémentaire à créer. \\)
(1) k janvier lotit (130*2). Vote d'un demi-florin par centaine de livres d'estime.
il mars 1361 (1302). Vote d'un demi-florin par centaine do livres
L'impôt sur le pain et sur le vin s'afferme, pour le second semestre de 1362, cinq cents florins; en 1383, 1000 florins; en 1364, 1221 florins, et en 1365, 1251 florins. On a bien essayé de mettre d'autres taxes ; le conseil a voulu établir un impôt, à la charge du vendeur, de six deniers par livre du prix des quadrupèdes vendus dans la ville ou la viguerie; l'adjudication a eu lieu pour un an, au prix de 101 1. t. ; on ne recommença pas ; le fermier, Pierre Raymond, changeur, n'avait pas dû gagner gros. (1)
d'estime, pro reparando et construendo menia, muros, cadafalcia, aleyas.
9 avril 1362. ...Que consulcs exigant unacum medio floreni auri pro centenario, très clavencas pro solvendo illos duos grossi (sic) indictos pro foco per A. de Audenhem...
18 juin 1362. Lettre de Jean, évêque de Meaux, et de Pierre 8catisse, trésorier, réformateurs dans le Languedoc, relativement à la barre et à Vimpost comme on appelle la taxe sur le pain et sur le vin:
« Notum facimus que nos auctoritate dicte nostre commissionis, recepta certa financia pro redemptione Régis exsolvenda à Consulibus ville Alesti, eisdem concessimus et concedimus per présentes ut impositionem farinae et vini et etiam barratgium in dicta villa... impositum per dominum ducem Bitturie et Alvernie, dudum comitem Pictavensem et locumtenentem Régis.... exhigere valeant et levare emolumenta ipsorum, et in usus solutionis financie redemptionis predicte vel aliter in usus communitatis ville ipsius converteri prout eis visum fuerit expedire, et hoc durante tempore solutionis redemptionis.dumtaxat.
26 juin 1362. Décidé d'imposer un florin d'or par centaine de livres d'estime, ad solidum et libram, à savoir 1/2 d'ici à la Saint- Mich el,et;l/2 deMa Saint-Michel au 31 décembre, pour payer la part de la ville dans la rançon du Roi ; on exigera en sus, par semaine, de chaque chef de famille, une clavenqua.
(1) Arnoul d'Audrehem, à Montpellier, avait pourtant donné la permission, le 24 juin 1363, pour tout le temps que durerait le payement de la rançon du Roi.
Voici les dates des adjudications des taxes indirectes : Pain et vin : 9 décembre 1302 pour un an à dater du i" janvier
— 5 janvier 1363 (1364) pour un an. (Acte Pons Reynaud).
— 7 janvier 1364 (1365) pour un an. (Acte Privât Martin). Viande : 3 juillet 1363 pour un an. (Acte du 3 et 17 juillet 1363, Pierre Adhémar, notaire). — Arch. mun., liasse XIV, n0' 9 et suiv.
La ville avait beau multiplier les tailles, les impôts ; la caisse municipale était toujours vide. On ne put rembourser le comte de Beaufort que le 15 mars 1364. Dès que le clavaire avait quelques florins, vite un entrepreneur demandait à être réglé. (1)
(1) Le 15 novembre 1363, Etienne Bastide et Jean Du Soulier, maçons, s'engagent à exhausser le mur qui va du portail des frères mineurs vers le château comtal, à raison de 13 gros d'argent par canne carrée, la ville leur fournissant les pierres et le mortier.
Les recettes de 1364 servirent à liquider partie de l'arriéré. On voit dans les comptes :
Payé le 6 mai 1364 à Jean d'Aspères, maçon, 46 cannes de gros mur, au pan Saint- Vincent, à 12 gros la canne ; 22 cannes et demie d'avant-pied à six gros la canne, les aleyes à...
Payé le 22 juin 1364 à Etienne Bastide, Jean du Soulier, . ...pour 52 cannes de gros mur, 48 florins 10 gros, un florin valant douze gros ;
Payé le 27 octobre 1364 à Pierre Ayraud, pour 110 muids de chaux, 46 florins (à compte) ;
Payé le 7 décembre 1364 à Pierre Raymond, changeur, pour 60 muids de chaux, 41 florins ;
Le 25 novembre 1364 Bertrand Fabri, bourgeois, clavaire des consuls, receveur des émoluments de la barre, paye à Bernard Sabran, peyrier, 27 florins, 1 gros et demi d'argent et 4 d. t., pour 26 cannes de gros mur, à raison de 9 gros la canne, au quartier des Aires, et pour la palissade qu'il a faite depuis le portail de Saint- Vincent jusqu'au portail des frères mineurs.
Payé le 7 décembre 1364, 28 florins et 2 gros d'argent pour 55 merlets faits au mur du pan de Saint-Vincent, arrachage d'un figuier qui avait poussé dans ce mur, avoir fermé à chaux et à sable la porte Saint-Vincent...
Payé le 14 décembre 1364, 61 florins et demi pour achat de pieux ayant servi à palissader auprès des murs de la ville.
Payé à Pierre de Troulhas, orgier, pour achat de blé
Payé le 2 novembre 1364 à Louis Du Pont et Raymond de Sérinhac damoiseaux, capitaines, à raison de 30 florins par mois, soit pour un mois et demi, 45 florins.
tes témoins de ces quittances sont Laurent de Champclos Jean de Monteils, Jean Bonaure, drapiers, Pierre Adhémar, notaire Pierre Dumas, marchand, Bennond Fabre, changeur, Etienne d'Al ' zon, marchand, Bertrand et Guillaume Boni, bourgeois, Pierre Bonier, apothicaire.
Nous laissons une foule de quittances de côté. Rieu 1360, il y a dix-sept quittances. p ur
On avait dû réformer l'organisation du guet ; au lieu de mettre à la tête de la patrouille quatorze capitaines sans trop d'expérience, et surtout sans grande autorité sur les hommes de garde, leurs parents, voisins, confrères, la ville avait traité avec deux damoiseaux, Louis du Pont et Raymond de Sérinhac, à quinze florins par mois chacun (1).
Nous trouvons encore dans le budget, des dépenses qui montrent combien la ville, malgré sa pénurie, faisait grand cas de l'instruction ; elle vote dix marcs d'argent à Guillaume Malras, dominicain du couvent d'Alais, licencié en théologie, pour passer maître, professeur in sacra pagina (2).
Les Cordeliers émargent aussi ; mais on peut considérer les allocations qu'ils touchent comme des dépenses de
(1) Quittance du 2 novembre 1364. Louis du Pont, Raymond de Sérinhac. Grâce à lui, on termina un conflit avec les habitants de Saint-Christol. Ceux-ci, le 26 janvier 1364, furent condamnés à faire le guet à Alais, une fois par semaine, car les Anglais rôdaient autour de la ville. En cas de désobéissance, le capitaine engagera deB remplaçants à leurs frais, et le recouvrement du coût de ces remplacements sera poursuivi par les voies de rigueur.
(2) 27 décembre 1362, 10 marcs d'argent valent 60 florins d'or. Ce détail a son prix, et puisque l'occasion se présente, examinons un peu les monnaies. En avril et mai 1359 les Etats avaient décidé de frapper un denier d'or appelé réal valant 27 sous, et un gros tournois d'argent valant 2 sous tourn., et un autre denier blanc appelé douzain valant 1 5 deniers tournois, et un denier noir appelé petite obole ; et ils avaient dit que ce seraient les seules monnaies ayant cours.
En 1362 un mouton d'or vaut 22 sous 1/2 ; l'écu vieux 21 sous et i/4 ; le franc, 20 sous ; le florin = 12 gros = 16 sous ; le réal ancien, 13 gros 1/2; le réal neuf, 13 gros.
ÏSous voyons aussi les petits Barcelonais, les sterlings d'Avignon, *3 parpalholes à 16 deniers, les gros tournois anciens à 2 sous
eniers pièce, les gros neufs et les barcelonais à 2 sous pièce.
.'obole de France vaut 12 deniers ; le douzain pontifical, 12 dea»s et 1 obole.
:->n lit dans l'inventaire rédigé en langue vulgaire: Quelques indii"«is avaient été condamnés par le juge d'Alais pour avoir accepté *. litres monnaies que celles qui avaient été criées, mais vu leur
me foi, ils furent pardonnes. 18 mars 1361 (1362).
guerre. La ville a exigé pour sa sûreté la démolition partielle du couvent bâti extra muros (1) et accordé aux religieux une indemnité de trois cents florins payables en trois annuités. (2)
(1) Certains actes indiquent à peu près ce qui s'est passé. Les Cor de lier s dont le couvent 'était hors ville avaient eu peur ; ils avaient quitté leur couvent et s'étaient réfugiés dans une maison à côté de la petite porte que Delphine Pelet avait été autorisée à percer dans le rempart, porte depuis murée ; ils prièrent la ville de rouvrir cette porte. La ville refusa. (3 juillet 1361.) Le 17 mars 1362, les consuls leur donnèrent la permission de rouvrir la porte, à condition qu'ils la remureraient à première réquisition.
Mais, dans l'intervalle, la ville avait pris au couvent des frères mineurs des matériaux de construction, du bois de charpente notamment. Trois annuités de cent florins chacune leur furent payées à la date du 20 décembre 1363, 19 novembre 1364 et 17 décembre 1365 (acte de Bernard Rey, notaire); elles étaient à l'échéance de Pâques ; nous avons une de ces quittances, celle de 1365, donnée à Bertrand Fabri, consul.
(2) Le 30 juillet 1365 Laurent de Murât, tailleur d'Alais, sachant en quel triste état se trouve conventum fratrum minorum dicti loci de Alesto, propter guerras et incursus inimicorum presentis patrie, cède à ces religieux, pro reparatione dicti conventus, une créance de cent vingt livres que lui doit un boulanger en vertu d'un acte d'obligation du 9 octobre 1359.
Voici le personnel du couvent : Bernard Génies, custos, Albert Sicard, gardien, Raimond Bruguiôre, lecteur, Pierre Cambefort, Raimond de Lafabrègue [de Fabrica], Guillaume. Vianès ou Vianoux, père des sœurs de Sainte-Claire, Jean de Monteils, Jean Astorge dit Clavaire, Etienne Bertrand, Gibcrt Bonafous, Jean de Massillargues, Philibert Laude, llugon Navarre dont nous connaissons la famille, Pierre des Angles, Jean de Saint-Martial.
Parmi les autres custodes ou gardiens de 1360 à 1366, citons Rostaing Pairier.
Dès 1364 les religieux veulent retourner à leur ancien couvent, mais il y a encore des alertes. Ainsi, le 19 octobre 1364, ils ont fait un traité avec Jacques Fabre, père, et Guillaume Fabre, son fils, pour des travaux de charpente. Le 27 décembre 1365, suspension amiable des dits travaux.
Dans un acte du 23 novembre 1365, comme dans celui de décembre 1365, on voit que les Frères mineurs sont encore à Alais, et non dans leur couvent, in domo quam habitant dicti fratres. Celui qui en fait gouverne le couvent est Albert Sicard ; c'est peut-être un
Le roi était venu à Villeneuve-lès- Avignon fin novembre 1362. Nous ignorons si les consuls d'Alais assistèrent au dîner qu'il donna aux consuls de la Province vers la Noël, (1) s'ils allèrent saluer le nouveau pape Guillaume Grimoard. Ce qu'il y a de certain, c'est que pendant toute l'année 1363 on fut sur le qui-vive. Chaque mois il y avait des alertes.
On dut, en janvier 1363, envoyer quelques hommes dans le Velay ; un chef de routiers, Perrin Boias, s'était emparé du monastère de Saint-Chaiïre, et de là il faisait des courses dans tout le pays. (2)
parent de Gulraud Sicard, l'inquantator communal.
Les sœurs de Sainte-Claire, dans leur couvent de la rue des Mourgues, diminuent de jour en jour; la discipline se relâche. Sœur Marie de Menteyrargues, âgée de plus de 24 ans et de moins de 30, après avoir donné à son neveu, Bertrand de Menteyrargues, tous ses biens paternels et maternels, le 27 octobre 1362, croit pouvoir les donner encore à Etienne Dalmas, barbier, son beau-père, suo socero; l'acte est fait chez Etienne Dalmas; notre religieuse n'aurait pas dû être là.
Les religieuses de l'abbaye des Fons, habitantes in Alesto, [in domo heredum Simonis Gobi, in qua domina abbatissa faciebat domicilium propter metum inimicorum] appartiennent à de très bonnes familles du pays. Voici le personnel en 1365 : Eléonor Mil ou Ozil ?, abbesse, ayant succédé à Jeanne d'Anduze ; Sibille de Vézénobres, prieuresse, qui sera abbesse en 1384 ; Mabile Folcard, parente probablement d'un abbé de Cendras ; Delphine de Lagarde : Jaucerande Vilaret ; Ermessinde de Cadoëne, future abbesse vers 1398 ; Marquise de Clugon ; Jeanne ou Philippa Arnaud.
Au couvent des dominicains : Pierre Montanier, prieur ; Guillaume Nicolaï, sous-prieur; Guillaume Barbe, lecteur; Pierre X..., JeanX..., Pierre Grégoire, que nous retrouverons prieur en 1395; Jean Borrillon, Gilles Dumas, Louis X..., Jacques de Martinenches.
(1) D'après Mascaro, page 90.
(2) Gérard Malespine?, damoiseau, sergenj d'armes, châtelain et viguier d'Aiguesmortcs, écrit le 26 janvier 1362 (1363) au sous-viguier d'Aiguesmortes que d'après les ordres transmis par Pierre Raymond de Rabastens, seigneur de Campagnac, conseiller et maître des requêtes de la maison du Roi, sénéchal et capitaine général de Boaucaire et de Nimes, tous les nobles de la viguerie doivent se rendre dans le Velay pro resistendo maliciis societatum. (Etude d'Aubais, gros manuel.coté de 1337 à 1480, page 86).
Les communes payèrent un tiers ou un quart de florin par feu pour l'entretien des gens d'armes.
Les Etats de la sénéchaussée se réunirent à Villeneuvelès-Avignon, avant que le roi quitta le pays. Les députés Alaisiens s'occupèrent, pendant la session, du procès qu'ils avaient avec la ville de Saint-Ambroix. Cette ville avait obtenu la concession de deux foires et d'un marché chaque mardi ; les Alaisiens soutenaient que ce marché nuirait h celui qui se tenait la veille à Alais. Le Roi nomma Pierre Raymond de Rabasteins pour aplanir les difficultés (8 mai 1363) ; mais le sénéchal échoua, et renvoya les parties devant qui de droit (29 mai). Le 23 juin les consuls d' Alais assignèrent leurs collègues de Saint-Ambroix devant le Parlement de Paris. (1) Nous aurons occasion de nous étendre plus longuement sur cette rivalité entre Alais et Saint-Ambroix lorsque nous étudierons le mouvement commercial et industriel à cette époque ; pour le moment, ne perdons pas de vue les Routiers.
Lo 30 soptembre les Alaisiens préviennent les Nimois quo trois cents glaives de troupes ennemies sont partis de lirioudo et marchent sur Nimes, d'après les consuls de Monde.
Piorro Raymond do Rabasteins écrit de Nimes aux Alaisiens le 17 octobre :
c Los onnomis du Roi ont envahi la sénéchaussée de Hoauoaire ; coupez tous les arbres à proximité des murs, à fruit ou non à fruit ; brûlez les broussailles où ils pourraient s'embusquer. » (2ï
Los consuls et les agents seignouriaux parcourent le terroir communal ; lo ?1% ils visitent le quartier qui va du PonUNouf jusqu'à la croix de Coudras : le 23, les mas et
\\\ Aivh imm.. Huas* II. n*\\ Voir surtout délibération du 10 juin l*tt.
\»i l o l novembre IStst lo roi remercie le Languedoc d'avoir roté U levée do chH* itttMYc» et de MV hommes vie pied pour résister et tauv wudov hors ^vh mah ;u*vos compagnies *iut courent et gastent le pa\* *te l ano.uod%v \ oiv document puNie par M. Emile Molinior. daox «on ciudc >m Vrnout d' Vudreheuu pa^e ^T3. Bertucat, dit-it, page t4.î. e^ut \euu fourrager ;us*i\;'aux portes de lfontpcllior et tus%iu'au milieu vie lu *euccï;au>see vie Beaucaire.
les terres du côté du chemin de Nimes ; le 25, les abords du Pont-Vieux jusqu'au puech des fabres, le ravin de Fenoudeilhe. Mais malgré les ordres formels reçus, ils ont quelques complaisances ; le beau peuplier qui est dans la vigne de Pierre Caussargucs, jurisconsulte, ex-premier consul de l'année précédente , trouve grâce devant la hache consulaire. Personne n'ose abattre un noyer de la prairie aussi vieux, dit-on, que la première prédication de l'Evangile ! Et chacun alors de réclamer pour ses figuiers dune espèce rare, ses oliviers dont l'huile est si douce, ses pêchers (pessègres), ses cognassiers ! Le sénéchal a cru, disent les malins, que nous n'avions pas d'autre bois pour faire les palissades, mais il s'est trompé ! Non, crient vainement les peureux, la lettre est précise : les fortifications sont insuffisantes, coupons tous les arbres.
On ne s'explique pas pareille imprudence ! Vers la Saint- Michel les Alaisiens ont eux-mômes informé les Nimois que 300 glaives avaient quitté Brioude, descendant vers le Midi, d'après les nouvelles transmises par les consuls de Mende.(l)
Le 15 novembre les consuls de Nimes écrivent à leur tour aux habitants d'Alais de se précautionner contre l'ennemi, de faire la bade nuit et jour. Bertucat d'Albret fait des ravages infinis dans le Gévaudan ; il approche.
On apprend pendant les fêtes de Noël qu'une bande a pris Durfort, village à une lieue de Sauve et d'Anduzc, et qu'elle se vante de venir à Nimes. De Durfort la bande, en effet, marche vers l'est, en droite ligne, traversant le Gardon, brûlant Ners, essayant de surprendre Moussac, se vantant toujours d'occuper bientôt le chateau-fort d'Alais ; mais ainsi que le remarque le seigneur de Vézénobrcs, ils disent une chose et en font une autre, unum dicunt et aliud faciunt. Le 28 décembre, un de leurs espions tombe entre les mains des gens du comte de Beaufort ; rien de
(I > Florac a été incendié en mars 13G3 par Fabrousse, lieutenant h I3ertucat d'Albret. Brioude fut occupé par Seguin de Badefol le tt «septembre 1363.
tel pour les décider à ne pas venir trop se frotter contre les murs d'Alais.
Le 20 janvier 1364 Nimes ignore ce qu'est devenue la bande ; on envoie des estafettes à Alais, à Anduze, à Sainte- Anastasie pour avoir des nouvelles. Le 23 janvier la bande arrive de nuit h Lézan, après avoir rançonné Aigremont. (1) Le sénéchal a établi son quartier général à Alais.
(1) Pour suivre étape par étape la marche de ces bandes, il faut attendre que les archives de chaque commune aient été complètement dépouillées. A Anduze, nous avons trouvé un acte du 22 décembre 1364 qui ajoute un détail à tous ceux contenus dans Ménard et dans VHist. de Languedoc :
Moi, Pons d'Alayrac, seigneur d'Aigremont, frère de Jean d'Alayrac, lorsque la localité d'Aigremont fut prise par ces bandes, societales inimicorum qui currunt hodie per patriam, toute la commune, tota universitas, transigea avec elles et donna une forte somme d'argent qu'elle se procura comme elle put, dicta universitas non nabebat pecuniam de qua possct solvere nec satisfacere financiam dicte pecunie promptam ; et moi, je fournis à ces sociétés armées, pour le rachat de ce lieu, pro redemptione dicti loti, meum equum et plures res alias, mais je déclare avoir reçu de vous depuis lors le remboursement de la valeur de mon cheval et de tous ces objets. (Acte conservé clans les minutes d'un notaire d'Anduze, volume de Bernard Cabricr, de 1351 à ....)•
Nous empruntons la suite de cette note aux comptes du clavaire de Nimes, publiés en partie par Ménard, mais en avertissant que ces comptes sont divisés par nature et par chapitre, et que faute d'avoir remarqué cela, plusieurs erreurs de date se rencontrent dans les ouvrages qui les ont cités.
Die t octobris 1303, solvit Jacobo famulo misso per dominos consules Alesti cum litteris eorum clausis directis dominis consulibus Nemausi, in quibus continchatur quod trescenti glavii discesserant de loco Rricudii, et dubitabatur quod gressus suos nitebantur facere ad partes istas quia mandatum habuerant à syndicis Mimatensibus.
28 deoembris 1303, solvit cuidam famulo misso per dominum Guillerinum de Ucetia cum litteris suis clausis que dirigebantur dictis dominis consulibus in quibus contlnebatur quod inimici iter suum faciebant versus Alcstum, et ignis incemlio concremarant locum de Nertio, et locum de Mossaoo crediderunt capere, et quod dicti consules facerent bonam custodiam, quia ununi dicunt et aliud faciunt.
29 decembris 1303, solvit cuidam famulo misso per consules Alesti
Les représentants du Roi perdent la tête ; ils envoient des ordres que le lendemain ils rapportent. Cette contradiction n'a pas échappé au savant biographe d'Arnoul d'Audrehem. a Le 20 janvier, dit M. Emile Molinier, Ar- » noul forma le projet de faire une expédition du côté du » Vigan, de Sumène et de Ganges; on choisit à Nimes
dominis consulibus Nemausi cum eorum litteris clausis, in quibus continebatur totum statum inimicorum et relationem cujusdam spie per gentes domini comitis Bcllifortis capte. . .
22 septembre 1362, solvi... pro portando sex littcras consulibus Alesti, Andusie et Salvii, continentes quod scriberent dominis consulibus Nemausi si aliqua nova audirent de Spanis.
3 octobre 1362, solvi... qui portavit litteras apud... Alestum.
9 août 1363, ...vicario seu bajulo Boccoyrani, quia relatu fide dignorum perceperant quod inimici erant prope Bocoyranum.
1 septembre 1363, ... .nuntio misso apud Salvium et Vicanum ad yspiandura quid in patria faciebant inimici.
12 octobre 1363, ...pro censu romane ponderis farine debito in quolibet festo Sancti Michaelis, loco unius marabotini, unum florenum. A Alais aussi on payait un marabotin.
Ménard a oublié de noter une dépense du 20 octobre importante ; je traduis : payé pour la rançon du Roi, terme échéant à la Saint- Michel, outre les cent florins dont il a été ci-dessus fait mention, 583 florins 4 gros 1/4 et 2 deniers, et pour le change des florins de -moindre poids, minoris ponderis, huit gros et demi, quatre deniers. 570 moutons = 384 florins.
15 novembre 1363, ...tribus famulis missis apud Andusiam, Alestum, Salvium... cum litteris clausis consulum N., in quibus continebatur quod cssent avisati super custodia nocturna et diurna, «mni diiîugio cessante, quia appropinquabantur inimici de parti- T)us istis.
27 novembre 1363, ...solvit clavarius... misso apud Andusiam cum 3itteris clausis consulum N., in quibus continebatur quod mandatent si Bauducardus de Lebreto, cum ejus maledicta comitiva, ibi ^leclinaverat, prout narrabatur.
6 janvier 1364, n. s., solvit cuidam famulo misso per dominum senescallum dominis consulibus N., cum litteris suis clausis que ^iirigebantur dictis dominis consulibus N., et in quibus sibi continebatur quod mandarcnt eidem apud Alestum arbalesterios et pa- "^ezerios pro villa et vicaria.
Die predicta, cuidam nuntio misso per dominum senescallum dominis consulibus Nemausi cum litteris suis clausis, in quibus continebatur quod apud Alestum eidem mitterent certum numerum
» un certain nombre de sergents qui devaient Taccompa- » gner, on fit môme faire une bannière neuve ; mais Ar- » noul cbangea d'avis, nous ne savons pourquoi. » Ils le savent ceux qui ont étudié la campagne de Rohan au XVII0 siècle, celle des Camisards au XVIIIe siècle ; quiconque connaît la topographie des lieux comprendra que le maréchal avait affaire à un ennemi insaisissable.
1365-1369 Charles V, en nommant son frère Louis, duc d'Anjou, gouverneur de la province de Languedoc , lui recommanda de prendre des mesures énergiques contre les compagnies qui dévastaient le pays. Le duc d'Anjou arriva au commencement de 1365. Les députés Languedo-
ciens convoqués par lui à Carcassonne s'engagèrent à entretenir six cents glaives pendant trois mois, et à payer pendant six mois la solde de deux cents hommes d'armes placés plus particulièrement sous les ordres du duc. Celuici de son côté abandonna, au nom du roi, au profit de la caisse provinciale, le produit pendant un an de la gabelle du sel, gabelle qui était de quatre gros d'argent par quintal. L'ordonnance du duc, en date du 18 février 1365, indique chez les députés la ferme résolution de voir établir un contrôle sérieux, soit de la recette, soit de la dépense. Chaque sénéchaussée a ses représentants aux entrepôts de sel, aux montres et à la paye des troupes. Le traitement des payeurs, des receveurs, des conservateurs est réglé par l'ordonnance. D'autre part le duc d'Anjou s'engage à supprimer les réformateurs, fonctionnaires inutiles, qu'il avait nommés lui-môme quelques jours auparavant (1).
balisteriorum et pavezariorum pro debellando cum inimicis dornini nostri repris existentilms intus senescalliam.
Le 16, on paye le drapeau sous lequel se sont rangés les sergents de la viguerie de Nimes, servientes vicarie Nemausi.
24 janvier 1364, solvi nobili Bertrando de Gurgitc-Petra, militi, vicario regio Uzetici...
28 janvier, on parle de lo borni del Caviar.
(1) Doc. just. n° XII. Voici les noms des contrôleurs et trésoriers des guerres d'après cette pièce :
Inspecteurs aux montres : sénéchaussée de Toulouse, Etienne de
Les routiers s'aperçurent bientôt que le métier se gâtait ; ne pouvant plus à l'avenir compter sur des victoires comme celle de Brignais, le plus simple était d'aller chercher fortune ailleurs. On essaya vainement de les amener en Orient contre les Turcs ; on leur persuada ensuite de gagner la Castille. Le 15 novembre 1365 ils étaient h Villeneuvelès-Avignon, où le Pape leur donnait sa bénédiction et de l'argent pour hâter leur départ ; le 29 du môme mois ils étaient à Montpellier, et en janvier 1366, en Espagne. On espère qu'ils n'en reviendront pas. Profitons de leur absence pour parcourir l'intérieur de la ville. Nous connaissons suffisamment l'hôtel de ville, les maisons religieuses, les hôpitaux et les églises ; montons aux châteaux.
Le château comtal semble abandonné. Magnifique et puissant seigneur Guillaume Rogier, comte de Beaufort et d'Alais (t), quoique deux fois veuf, s'est remarié le 9 novembre 1363 avec Catherine de La Garde, sœur germaine d'Hugon d'Adhémar, seigneur de Monteils et de La Garde. Son homme de confiance est Philippe Bonimassip ; le père, Raimond Bonimassip a été lieutenant de
Châteauneuf ; sénéchaussée de Carcassonne, Guillaume Pierre de la Roque ; sénéchaussée de Beaucaire, Bernard des Ports.
Payeurs : sénéch. de T., Barthélémy Ysalguier, chevalier ; sén. de C, Pierre d'Espagne, de Narbonne, damoiseau ; sén. de B., Raymond d'Uzès, chevalier, seigneur de Broussan.
Conservateurs : sén. de T., Etienne de Nogaret ; sén. de C, Raymond Fabre de Béziers ; sén. de B., Bernard du Pont.
Vendeurs de sel : sén. de T., Guill. de Goierans ; sén. de C., Alguier Sales : sén. de B., Barthélémy Roant.
Receveurs : sén. de T., Bertrand Mauran ; sén. de C, André de Saint-André ; sén. de B., Pierre Pegrin ou Pellegrin.
On voudra bien remarquer que ces noms diffèrent de ceux que donne une pièce portant la même date et publiée dans l'Hisi. de Languedoc, nouvelle édition, tome X, col. 1341-2. Du reste notre document est beaucoup plus complet.
Le duc d'Anjou avait nommé, le 23 janvier 13G5, Artaud de Beausemblant et autres, réformateurs généraux avec les pouvoirs les plus étendus. ,
(\) Voir pour l'érection en comté de la seigneurie d'Alais, doc. justif. n" XVIII et XIX.
viguier. Mais Philippe a plus d'ambition ; il voudrait être viguier. Malheureusement on ne donne cette place qu'à des damoiseaux, comme Etienne Fabre (1349-1359). comme Bernard de Rochegude. Philippe est fils de bourgeois ; il a épousé la fille d'un chevalier, Elois, fille de Bertrand de Bagars ; il s'affublera tôt ou tard du titre de noble et finira peut-être par avoir le titre qu'il convoite ; nommé lieutenant de viguier depuis le 26 juin 1357, il n'a encore que sept ans de services. Philippe a déjà deux enfants : Jean, époux de Catherine de Crémat. bourgeois d'Alais, et Eioîs qui a épousé son cousin. Jean de Bagars, damoiseau (1). Noble et puissant Bernard Pelet a, vers 1346, convolé en secondes noces avec Isabelle de Montlaur, fille de Gui de Montlaur , seigneur de Montlaur et d'Aubenas , et d'Isabelle Lévis. Son fils du premier lit, Raymond Pelet, élevé par ses parents maternels, émancipé au moment de son mariage avec Marie de Languissei, est presque un inconnu pour les Alaisiens ; depuis que son oncle, Guillaume de Frédol, lui a donné la seigneurie de la Vérune (Hérault), le 3 mai 1359, on ne le connaît partout que sous ce nouveau titre. Bernard Pelet a marié une de ses filles h Artaud de Beausemblant, un protégé du duc d'Anjou qui l'a nommé réformateur général dans la sénéchaussée de Bcaucaire ; malheureusement ses pouvoirs ont été vite révoqués. Pelet a constitue en dot à sa fille 3,000 florins, mais il n'a pas paye ; il est constamment à court d'argent : il s'imagine quelquefois pouvoir agir comme ses ancêtres qui allèrent aux croisades ; on ne se gêne pas pour le rappeler à l'ordre. Le 23 août 1365, les consuls lui signifient une lettre du Roi portant qu'aucun seigneur n'a droit, sous prétexte qu'il part pour l'armée royale, de prendre aux
(1) Le contrat de mariage de Philippe de Bagars du 13 novembre 1341, fixe la dot de la future à 4000 sous tournois, outre le trousseau. Jean de Bagars eut pour fils Pierre de Bagars, époux Flaminge de Soustelle, fille d'Arnaud de Soustelle, de Saint-Jcan-du- Gard. De temps en temps dans les actes Philippe prend le titre de viguier, sic en novembre 1370, mais je vois à la même époque Guillaume de Peyrière, viguier.
habitants leurs bêtes, leurs harnais, sans le consentement du propriétaire de ces animaux ou de ces objets. Raymond Peiet a sucé les principes de son père ; le recteur de Montpellier lui a infligé en 1364 une amende de 40 marcs d'argent pour avoir enlevé à un particulier une mule. Pelet a eu beau soutenir qu'il avait pris cette bête pour porter ses bagages au camp de Peyriac (1).
Le comte de Beaufort a accepté en 1364 la mission que lui a donnée le roi de veiller à la défense du pays contre les routiers (2); Bernard Pelet, au contraire, a eu quelques velléités, d'après certaines personnes, de pactiser avec eux. Un jour, à la sortie de l'église, il accompagnait la comtesse de Beaufort et causait avec elle de l'insoumission de leurs vassaux : « Madame, lui dit-il, si vous et *> votre mari vouliez, je connais quelqu'un qui dans les » vingt-quatre heures serait ici et mettrait vite à la raison » tous ces rustres ; je me demande où s'arrêteront leurs *> insolences ; ce qu'ils nous font perdre par leurs déso- » béissances atteint une somme considérable, i La comtesse ne voulut pas se prêter à un pareil projet ; elle en parla à Jean Fabre, alors vice-régent de la comté, à son .procureur, Gilles Cabrayret, et les supplia d'empêcher Bernard Pelet d'accomplir un projet aussi abominable.
Des châteaux, pour descendre en ville, nous prendrons la rue Soubeyranne ; pourvu que la chaîne-barrière qui coupe cette rue en deux soit levée, nous arriverons facilement au palais de justice, à côté de la maison d'habitation des Bonimassip. Le palais ! une bicoque à un étage où juge et viguiers viennent lorsqu'il y a audience, assises. Le juge est Pierre de Caussargues ; son grand-père, son père ont été consuls ; ce dernier a été aussi juge de la cour commune du Gévaudan en 1340. Un de ses parents,
(1) Le maréchal Arnoul d'Audrehem remit cette amende le 14 septembre 1364. Peyriac fut pris le 18 juin 1364.
(2) Il a pour collègues, dans cette mission, le grand prieur de Saint-Gilles, le trésorier de France, Pierre Scatisse, Gaufred de Paumier, avocat du roi.
Jacques de Caussargues, moine de Cluny, a été officiai à Nîmes. (1)
Les jugements sont écrits et motivés; lisons-en un. Le 6 mars 1365, les viguiers Bonimassip et Michel de Boucoiran avaient, par précaution hygiénique et pour faciliter la circulation dans le chemin de ronde, pris un arrêté défendant aux maçons et aux charpentiers d'établir des privés, des éviers contre les murs d'enceinte. Les propriétaires qui depuis moins de dix ans avaient installé dans leurs immeubles des latrines ou des cloaques de nature à endommager ces murs devaient procéder à leur suppression dans un bref délai, à peine d'une amende de 25 1. t. au minimum. L'ordonnance avait été publiée à tous les carrefours de la ville ; aucune protestation n'étant intervenue, elle avait acquis force de loi. Un aubergiste appelé Etienne Dieude ou Déodat n'avait pas bougé; un sergent avait dressé contre lui procès-verbal pour contravention à l'arrêté du 6 mars.
Dieude avait offert aux juges de prouver que l'état des lieux de son logis n'avait subi aucune modification depuis plus de trente ans ; l'enquête avait confirmé les dires du prévenu. Le 31 octobre, jour des assises de la cour commune, le jugement définitif fut rendu : « Au nom du Père, » du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il, vu les pièces
([) Pierre île Caussargues a succédé, en 13G3, comme juge, à Barthélémy île Serre, docteur es-lois, qui prêta serment le 2 juin 1362, comme jujre ordinaire d'Alais. d'Anduze et l'Anduzenque, de Portes, Montclus, Mas-Dieu et baillivie de Saint-Ktienne-Vallée-Française. Darthélemy de Serre, d'Alais, fut nommé ju«re ordinaire à Nîmes, en 1303.
Les archives d'Alais contiennent les prestations de serment de Jacques de Cabanne, 29 novembre 1351 . et de Pierre Catalan 26 juillet 13f>8. comme jupes.
Les formules de ces serments ne varient pas : A".... tenendo fibrum consuetudinum diète eiite ubi sunt «cripta quatuor Dei evamjelin* tibrum //.vu m mm enthenu ù, c„m... ^ faeere et reddere jus omnibus tain pnupenbus quxm dinttbus, sine personarum exceptions seeundum jus smptum. et consuetudines serrure, et bonos usus, et statuts lumsjuxta suam vomeientiam
» de la procédure ci-dessus analysées . ouïe la partie, » nous viguiers, les mains posées sur les Saints Evangi- » les, déclarons Dieude non coupable » (1). Ce document nous montre les difficultés qu'éprouvaient les autorités à faire adopter les meilleures mesures ; mais ne concluons pas cependant de là à un dédain absolu des gens du XIVe siècle pour les règles fondamentales de l'hygiène. Les Alaisiens d'alors savaient, comme nous, que la propreté corporelle entre comme un facteur important dans notre état de santé ; ils prenaient des bains froids à la rivière, des bains chauds aux étuves. Le 11 juillet 1365, c'est-a-dirc trois mois avant l'acquittement de Dieude, Raymond Boisset, coutelier, afferme son établissement de bains moyennant 10 florins par an, mais il se réserve d'y» venir tant qu'il voudra, et il pourra amener un ami ; sa femme, de son côté, se baignera avec une de ses compagnes quand elle en aura fantaisie.
Ne quittons pas la cour seigneuriale, sans avoir salué les auxiliaires de la justice, notaires (2), greffiers, sergents. On se plaint beaucoup des greffiers ; ils louent cher le greffe, et pour se rattraper, ils usent d'une foule d'expédients malhonnêtes ; ainsi payés à tant par ligne et par page, ils grossissent leurs lettres pour multiplier les rôles ; ceci n'est qu'une peccadille; ils font pis; dépositaires des secrets du tribunal, ils ne se gênent pas pour indiquer au plaideur qui leur a glissé quelques florins le nom clu rapporteur chargé de conclure dans leur affaire. Ces £*bus paraissent indéracinables. Nous avons résumé dans
(1) Doc. justif. n'XXI. Les viguiers dans le serment qu'ils prêtant, en entrant en fonctions, jurent de rendre justice à chacun, «te ne prendre aucun émolument tant que le procès ne sera pas tertiiiné, de garder les statuts et libertés de la ville. Ce sont eux qui * iennent les audiences de simple police, et parfois, quand le juge rdinaire est absent, les audiences civiles.
(*2) Notaires principaux: Etienne Badol, (ils de feu Gaucelin Ba-
ol, notaire, et d'Alayssette Massot, fille de feu Bertrand Massot,
«jtaire ; Raymond de Gaujac, fils de feu Bertrand de Gaujac, no-
«ire ; Grégoire Pelhier, Raymond Rufli, Pierre César, Bernard
ey, Bermond Foulcaud (Fulcodii).
notre précédent volume les réformes tentées par saint Louis et ses premiers successeurs. En 1345, le sénéchal a ordonné de nouveau au juge-mage d'élaborer un tarif sauvegardant tous les intérêts. Le juge-mage, l'avocat du roi, le procureur du roi, le juge des crimes, se sont réunis plusieurs jours de suite avec quelques jurisconsultes, et enfin le 13 août 1345, le sénéchal a publié une ordonnance obligatoire pour tous les greffiers de la sénéchaussée. Les pages contiendront désormais au minimum vingt lignes, chaque ligne sept mots au moins; les consuls surveilleront l'exécution de ce règlement en exigeant des fermiers du greffe de leur ville la promesse de se conformer au nouveau tarif, et lorsque la ferme du greffe passera en d'autres mains, ils provoqueront la prestation de serment des nouveaux greffiers (1).
Le sénéchal avait-il le droit de rendre une pareille ordonnance ? La question est oiseuse ; n'avons-nous pas vu en 1302, le sénéchal, aux assises d'Alais, déclarer que
(1) Le 14 novembre 1359, prestation de serment, à la requête des consuls, des greffiers Privât Martin, Jacques Garin et Pierre Adhémar. — 31 janvier 1364, prestation de serment des greffiers Pons Raynaud et autres. L'acte de 1364 relate les actes de 1345 et de 1359.
Cum hactenus usitatum fuit que notarii firmarii presentis curiao communis jurent et jurare teneantur, certas ordinationes tenere et servare tempore eorum firmaï, contentas et expressatas in quodam publico instrumento recepto, ut consules dicebantur, per magistrum Stepbanum Gauterium, notarium publicum sub anno 1345 (13 août 1345), quaequidem ordinationes olim sunt factic per curiam senescalli B. et N., quarumquiden ordinationum tenores subsequuntur et sunt taies :
In primis que notarii tam in curia senescalli que in aliis regiis dicte senescallie scribentes jurabunt que non revelabunt sécréta curiarum quibus non debent revclare (Voir l'ordonnance complète dans l'Histoire de Niynes de Ménard, tome II, Preuves, p. 132.)
Verum cum de novo, magistri Privatus Martin, Jacobus Garin, Petrus Adhemar, notarii, notariam presentis curie communis ad certum tempus (irmaverunt, petierunt consules ipsos notarios compclli, ad dictas ordinationes tenendas et observandas et cum de novo Pontius Raynaud et... notariam curie communis Alesti aflermaverunt, arrentaverunt ad certum tempus...
toute donation non insinuée serait nulle? Seulement en 1302, le sénéchal était entouré des nobles et des consuls de la région ; maintenant il se passe de leur concours.
Cum que ad nostri presidatus officium spectet et pertineat ne quis jurgium lucrum aut dampnum sentiat et quod preses provinciœ reprehensa débet prohiberez et ejus provinciam visitare et visitando purgare extortionibus indebitis et immoderatis, nos, convocatis officialibus et consiliariis nostris infrascriptis...
Le sénéchal a pris l'avis du juge-mage, de l'avocat du roi, du procureur du roi, du juge des crimes, du régisseur de la trésorerie royale, du viguier royal, et des jurisconsultes. La magistrature forme un monde à part ; les seigneurs n'assistent plus aux audiences.
A côté des greffiers, il y a les sergents, les huissiers de l'époque, triste engeance ! On n'entrevoit qu'un moyen d'atténuer leurs méfaits, c'est de réduire le personnel. En 1348, au moment du conflit entre le comte et le baron, les arbitres ont décidé qu'il n'y aurait que quatre sergents seigneuriaux, deux pour le comte, deux pour le baron, mais cette sage mesure n'a pas été respectée. En 1368, les consuls furent obligés de s'adresser au Roi qui non seulement maintint la décision des arbitres, mais recommanda aux seigneurs de ne choisir pour ces emplois que des gens de bien, fournissant un cautionnement de 100 livres tournois. (1).
Outre les sergents seigneuriaux , il y a les sergents royaux bien entendu.
Le crieur public, Yinquantator, continue à remplir les mêmes fonctions que jadis. Mais ses appointements diminuent. Il est facile de s'en rendre compte. En 1345 le poids
(1) 22 octobre 1355. Le juge et les viguiers d'Alais, à la réquisition des consuls, réduisent le nombre des sergents de la cour à quatre.
15 mars 1356. Autre ordonnance qui porte que l'on ne doit pas obéir aux sergents nommés en plus du nombre de quatre.
15 février 13G7. Il y aura deux sergents et un crieur au nom du comte, et deux sergents et un crieur au nom du baron.
14 mai 1369. Même ordonnance qu'en octobre 1355.
de la farine a été affermé 5t livres, et le fermier, Bernard Bastide, a gagné de l'argent ; en 1359, les enchères n'ont produit que 18 livres et demie; la remise accordée au crieur a été moindre. Et ce que nous disons de la ferme du poids s'applique à toutes les adjudications. (1)
(1) Clément Ecal, preco et inquantator en 1358, a eu pour successeur Guiraud Sicard, preco et inquantator publicus en 1363. Ne confondons pas l'inquantator avec le valet ou nuncius des consuls, payé parla ville. (40 francs, quittance du 14 décembre 1364.)
Jadis, dit un acte du 12 mars 1360 (1361), les consuls nommaient « unum bonum et sufïicicntem hominem dicte ville qui pretia om- » nium bonorum mobilium venditorum ad inquantum publicum » ville Alesti recipiebat, levabat et exigebat, et deinde quibus de- » bebatur, retento jure dictorum dominorum, suoque et inquanta- » tori, dicta pretia restituebat ac computum de iisdem reddebat, et » talis nuntius seu vayletus dictorum dominorum consulum per » dictam villam A. morabatur, qui vayletus ofïicium corratarie ville » A. facere consueverat »
Mais aujourd'hui les courtiers exercent des fonctions bien distinctes; la ville a un clavaire, et ce clavaire paye le traitement attribué au valet des consuls. Les courtiers prêtent serment, et voici ce serment :
t Que de blado seu aliis mercaturis sibi tradendis ad vendendum » non imponat aliquod forum nisi forum quod imponetur per habi- » tatores ville A., et que plus olTerenti dictum bladum et dictas » mercaturas vendet, et que dividat dictum bladum et alias mer- » caturas sicut est fieri consuetum, et que sibi ipso nec albergeriis » de Alesto non retineat de dicto blado nisi un a m eyminam pro » suis expensis. Que in dicto blado seu in aliis mercaturis non » committat aliquod trafic aut alia excambia faciat donec sit pro- » visum habitatoribus A.. . Item que non faciat falsas rclationes et » que bene et legaliter mensurabit, et que non faciat falsam mos- » tram bladi seu aliarum mercaturarum, et que primo habitatorio bus A., si reperiantur, quam extraneis providebit, et primo gen- » tibus pauperibus et indigentibus et aliis habitatoribus potius » quam mercatoribus. »
On trouvera aux archives les arrêtés municipaux nommant les courtiers ; je ne nommerai que Pierre Bonier, apothicaire, Pierre d'Alzon, Guillaume Michel dit le Coq (cuisinier) pour 1361 ; Jean de Seyssous en 1362 ; Jean Bonet en 1363; Guillaume Fabre en 1365; Jean Corne, originaire de Saint-Flour, en 1367. Bonet s'intitule courtier et receveur municipal ; mais à partir de 1364, on voit que la recette municipale est tenue par le clavaire, et ce clavaire paye
Veut-on maintenant aller chez Dieude. La cuisine a bonne apparence, l'œil est ravi par la batterie d'étain : pintes tenant trois, quatre, cinq feuillettes, pintes plus petites d'un cartayron, d'un demi-cartayron, d'une feuillette, écuelles, plats, salières. Les ustensiles d'un usage journalier sont sous la main du cuisinier : lèchefrites en fer, grils, râpes, brochettes, poêle avec un friquet à rôtir le poisson, seau en bois avec une bassine en laiton, pelle plate pour retirer du feu de la braise, mortiers en pierre de diverses grandeurs, trissons en bois, cuillers en fer, ouïes en cuivre, cassoles, plats, écuelles en terre, trois douzaines de couteaux, taillados, trenchadors ; au fond de Tâtre le crémal et la crémaillère ; suspendu sous le manteau de la cheminée le calel ; au milieu de la salle une grande table avec des bancs ; la hallebarde du mari dans un coin ; à côté un peigne en fer pour le chanvre. Dans la dépense, des pises en pierre où Ton conserve Thuile. Les chambres ne sont ni nombreuses, ni spacieuses ; les couvertures, les flassades, sont en bourre de laine avec des raies noires et blanches, ou rouges et noires ; des rideaux, des pendente, entourent le lit ; la plus élégante
le commissionnaire, le valet de ville.
Dans notre Histoire de 1250 à 1340, nous avons parlé, en étudiant les auxiliaires de la justice, des banniers. Mais il n'y en a plus, et voici l'ordonnance du 27 mars 1359 qui en fournit la preuve :
« Attendu qu'il n'y a plus de banniers ou gardes-champêtres à
» Alais, ce dont profitent les mal intentionnés, nous ordonnons, a
» la requête des consuls, qu'on procédera à une nouvelle publiea-
» Won des arrêtés relatifs aux délits de dépaissance aux termes
* «lesquels tout individu, boucher ou autre, qui garde ses trou-
■ J>€aux dans des propriétés ne lui appartenant pas, encourt une
' amende de deux sous, s'il est pincé de jour, et de cinq sous si
* o'est de nuit, par grosse bête, et une amende de six deniers le
* Jour et de douze deniers la nuit par tête de menu bétail. On rap-
* £>«llera particulièrement aux bouchers qu'ils ne doivent avoir en 1 "v-fiie les boucs et les chèvres que quatre jours au plus avant le
* J our où ils doivent les tuer. Les propriétaires pourront s'emparer 1 *^^s bêtes d'autrui qu'ils trouveront dans leurs prairies ou dans
* *^urs terres, et ils les garderont tant qu'on n'aura pas payé les 1 dommages et le ban. »
de ces chambres possède un chandelier en laiton, et un petit bassin de ce même métal pour se laver les mains. Ne cherchez pas d'autres accessoires de toilette. Dieude vous conduirait par la cour à son étable. Cette cour est encombrée de divers objets : poulie, corde en chanvre, chaîne qui tient un ferrât, un seau en fer. L'étable est grande ; il y a quatre immenses râteliers. Dans un coin, une balance en fer avec des poids en pierre, pour peser le foin ; l'avoine est dans une caisse en sapin ; l'hôte nous montre les trois mesures, la dinada, la soupada et le picotin. Le grenier à foin parait assez dégarni ; Dieude nous fait observer qu'en décembre 1360, la cour seigneuriale a enjoint de n'avoir ni foin, ni paille dans les locaux servant à l'habitation ; la corporation des aubergistes par la voix de ses syndics ou recteurs, Jacques Solan et Raymond Maruejols, protesta ; mais ensuite, on comprit qu'il était prudent et sage de réléguer dans des endroits spéciaux des produits aussi inflammables (1).
Le vin est-il bon ? En 1360, la municipalité a demandé au Roi de protéger les crus du terroir en interdisant pendant trois ans l'importation des vins de plaine.
Le pain ? Sa femme le prépare, mais Dieude trouve qu'on a tort d'augmenter continuellement l'impôt sur les farines. En 1367 on payera 8 deniers par quintal! Pendant que Dieude gémit, nous regardons la pastière, la barulelière.
La viande ? Les bouchers vendent cher, et prétendent que les crédits qu'il faut faire les ruinent. Pourtant tout marche bien chez eux.
La valeur de la propriété immobilière bâtie a baissé, à mesure que la population diminuait ; en 1364, une maison au Marché s'est vendue 36 florins ; une autre, rue Christoile, 20 florins ; une petite maison avec jardin, rue Neuve 14 florins.
La fortune mobilière a diminué aussi ; beaucoup d'ateliers sont fermes ; il n'y a presque plus de transit. Les
(1) A. M., liasse I, n° 18.
mines de La Forest marchent toujours ; lès forges ont quelques bonnes commandes. Pierre Sabatier, le fourbisseur, Pierre Privât, l'arbalétrier, ne doivent pas regretter le temps passé. Du reste, ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est l'augmentation du luxe. Tout le monde porte maintenant des chemises de toile. Les tailleurs ont des clients qui veulent des vêtements à la dernière mode : cela coûte, un tailleur a fait dernièrement cadeau à un couvent de 120 livres ! Les robes des consuls ont été payées le 2 juin 1365, 120 livres ! Et les femmes ! pas de corbeille de noce où la fiancée ne reçoive quelque objet de toilette en or, en argent pour le moins. Rien d'étonnant à ce que Guillaume Hélie, l'argentier, se soit payé deux terres la même année ! Pourtant le marc d'or vaut 70 fr., le marc d'argent, 8 fr. Toute l'argenterie, c'est vrai, n'est pas à ce titre, il y a des bijoux en argent au titre de 8 florins, 7 florins, 6 1/2 même le marc ; mais les dentelles, les fourrures, qui n'en a pas aujourd'hui ? Le luxe se moque des lois ; ainsi la charte porte qu'on ne fabriquera de la vaisselle plate qu'au titre en usage à Montpellier, argentum de cetero ad pondus et ad marcham Montispessulani omnes vendant ; mais le consul qui va à Avignon rapporte à sa femme une cuillère, une tasse au titre d'Avignon ; il ne croit pas avoir violé la loi. Que d'articles des coutumes abolis par les mœurs ! et la preuve ? il suffit de regarder autour de soi. Ainsi il y a en ce moment un conflit entre la seigneurie et la municipalité au sujet des poids et mesures. Les consuls veulent qu'on tranche la question ; le sénéchal a écrit aux viguiers et au juge de rendre leur sentence avant le 30 novembre 1364, sinon il statuera luimême ; d'un commun accord, juge et consuls ont retardé leur voyage à Nimes jusqu'au 23 décembre. Jadis ce serait le sénéchal qui se serait déplacé ; maintenant la cour du sénéchal ne se transporte plus périodiquement à Alais ; elle ne bouge pas de Nimes. Aussi les Nimois se croient supérieurs à tous les diocésains ; ils ont l'évêché, la cour du sénéchal. Nous pouvons apprécier à un certain point de vue l'importance relative des deux villes, grâce à une vaste enquête de l'époque. Par ordonnance datée de Tou-
louse, 1-4 novembre 1366, Louis duc d'Anjou chargea le juge-mage, Pierre Julian, de procéder à la réparation des feux. La première idée de ce grand travail remontait au règne précédent ; les opérations avaient été incomplètes ; cette fois le juge-mage devait se conformer ponctuellement aux instructions à lui transmises, aller de village en village, requérir les notables de chaque pays de fournir la liste entière des habitants, et ce sous la foi du serment. Sur cette liste, on notait ceux qui avaient plus de dix livres de revenu foncier ; leur nombre était censé représenter celui des feux. Le recensement d'Alais accusa 540 feux ayant plus de 10 livres, et 60 n'atteignant pas ce chiffre. (1)