‹ Histoire de la ville d'Alais de 1341 à 1461Chapitre 7 sur 52 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La vie politique de 1369 a 1380.

Un fol-enchérisseur. - Le fournage et le sodquet. - Conflit entre Beaufort et Pelet. - Une émeute.

La guerre est rouverte entre la France et l'Angleterre ; mais maintenant la France est prête, la solde des troupes

(1) Le recensement d'Alais fut fini le 19 décembre 1366. Les communes environnantes furent visitées postérieurement. Saint-Hilairede-Brethmas le 21 décembre, Saint-Privat-des-Vieux le 13 janvier 1367, Saint-Paul-Lacoste le 14, Le Pin, Saint-Pierre-de-la-Tour et Blannaves le 15, Saint-Florent le 16 janvier

Pour que ce travail eut été définitif, il aurait fallu qu'il fut accepté par toutes les communes et homologué par le roi.

Nous n'avons pas ici a énumérer les ordonnances nombreuses rendues par Charles V de 1367 à 1360 ; on a conservé à Alais celles relatives à ceux qui se prétendent exempts soit des tailles soit du guet, en leur qualité de sergents du roi ou employés de la monnaie (13 juillet 136S, liasse XI, n»il); celles en date du 11 août 1368 où le roi confirme la grande ordonnance du 1" avril 1315 (liasse I n»7)i celles du 16 novembre 1368 avril 1369

M. Léopold Dclisle, en publiant les mandements les plus remarquables île Charles V a parfaitement établi los efforts faits par ce grand roi pour mettre le pays en mesure de lutter victorieusement contre l'Angleterre, lorsque le moment serait venu.

assurée, les forteresses approvisionnées. Les impôts mis pour parvenir au paiement intégral de la rançon du roi auraient dû disparaître en 1366 ; le pays a continué à les supporter, parce que la royauté a disposé de partie de l'argent pour d'autres dépenses que ne regrettera pas l'honneur, national. Les Etats de Languedoc ont eu l'intuition des plans de Charles V ; en 1369 ils ont accordé quatre francs par feu; au mois de mars 1370, ils voteront trois francs, en avril un franc par feu. On s'explique dès lors pourquoi les budgets municipaux sont constamment en déficit. Le duc d'Anjou, se trouvant à Montpellier le 15 octobre 1370, autorise la ville d'Alais, pour liquider son passif et reconstruire une partie du mur d'enceinte emporté par une inondation du Gardon, à établir un octroi sur le vin, le pain, les charbons, les bois de châtaignier à l'usage de la tonnellerie. Le sénéchal, en transmettant cette permission aux consuls, leur recommande de n'en user qu'avec l'assentiment de la majorité du Conseil. Le 2 novembre le Conseil émet un avis favorable, et l'adjudication a lieu cinq jours après, en présence des viguiers et du juge. Michel de Ribaute, boucher, pousse les enchères jusqu'à mille dix livres ; n'ayant pas consigné son prix dans les vingt-quatre heures, contrairement aux conditions du cahier des charges, il est sommé pendant trois jours de suite, de satisfaire à ses engagements ; chaque fois l'amende de folle-enchère augmente ; il supplie les consuls de patienter, il maugrée contre ceux qui l'ont lâché après lui avoir promis leur concours ; le 16 novembre, Jean de Saint-Privat, orgier. est proclamé adjudicataire à sa place, à 800 francs, et Ribaute déclaré débiteur de la différence, soit 210 francs, outre les amendes. Jean de Saint-Privat n'a pas fait une mauvaise affaire ; lui et ses quatre commanditaires connaissent le rendement normal de l'octroi. (1)

(1) Ses commanditaires sont les frères Fabre, Jean Fabre, bourgeois, et Bremond Fabre, marchand, Pierre Pelet, drapier, Guillaume Dervieux. Jean de Saint-Privat a eu un intérêt dans la ferme de 1365. Fabre Brémond a été fermier en 1364. Pierre Pelet a eu une part dans la ferme de 1365.

Le 31 décembre 1370, Jean de Saint-Privat fut élu consul ; il l'avait été d'autres fois. Comme il y avait incompatibilité entre les fonctions consulaires et la place de fermier communal, ses associés eussent voulu qu'il n'acceptât pas le chaperon. Jean de Saint-Privat, au contraire, se croyait obligé à être utile à son pays, et plus ses associés traitaient ses scrupules d'absurdes, plus Jean de Saint- Privat s'obstinait à ne pas démissionner. Tourner le dos à la fortune ! s'écriaient les uns. Est-ce sûr ? ripostait le consul. Un accident pourrait bien renverser toutes vos prévisions.

La situation n'était pas si brillante ! Indépendamment des deux subsides votés en mars et avril, le duc d'Anjou en avait réclamé un troisième en novembre, d'un franc et quart par feu; en janvier 1371 il avait exigé encore deux francs par feu pour aller faire lever le siège de Montpaon en Guienne. (1) Le 30 janvier, Jean Pomairol, receveur royal de Nimes, vint à Alais, lit réunir le conseil et terrifia les 75 conseillers qui assistaient à la séance ; la ville avait à lui verser 1708 francs, moitié dans quatre jours, et moitié dans huit jours; sinon, il se chargeait par des incarcérations et des saisies, de leur apprendre à obéir. Les Alaisiens baissèrent la tôte; notre pays est ruiné, lui dirent-ils timidement, par ces bandes armées qui courent dans le pays, à peine avons-nous de quoi manger, vix habent unde valeant sustentari. Pour montrer leur bonne volonté, ils apportèrent à Nîmes, le 12 février, la somme qu'ils avaient pu trouver, mille francs d'or. (2) Pomairol accepta ; le duc d'Anjou leur accorda la remise des amendes de retard i3). Ktaient-ils véritablement aussi malheureux ? Si leur pays avait été presque ruiné, comment expliquer ce qui se passa lorsqu'on dut adjuger une troisième fois les taxes sur le blé, le vin, etc., etc. ? C'est Michel de Ribautc qui redevint adjudicataire à 1250 francs,

(1) Assemblée tenue à Nimes du 8 au 1 \ janvier 1371.

(2) A. M., liasse XIII, n-8.

(3) Acte daté <le Villeneuve -h\s- Avignon, avril 1370, avant Pâques. A. M. liasse XIII, n° 18 (avril 1371).

alors qu'en premier lieu, il n'avait offert que 1010 francs. Le tarif pourtant n'avait pas été modifié (1) ; seulement, en présence des recettes effectuées pendant les premiers mois, Ribaute avait plus d'audace. Le procès-verbal porte qu'avec les recettes déjà effectuées, Jean de Saint-Privat avait rattrapé une bonne partie des 800 francs qu'il a versés ; délégation lui est consentie sur les futurs encaissements de façon à ce qu'il récupère tous ses débours ; puis la ville encaissera la différence entre 800 et 1250; enfin le surplus, s'il y en a, sera pour Ribaute qui cette fois n'a compté que sur les siens ; ses cautions sont sa femme, son beau-frère, etc., etc. (2).

Les trois sénéchaussées assemblées d'abord à Carcassonne, puis à Béziers, le 14 janvier 1372, votent trois francs d'or par feu réparé, outre la gabelle. Les archives de la ville ne renferment aucune pièce sur cette session. Le 10 août, les communes de la sénéchaussée de Beaucaire s'assemblent encore à Nimes. Un vin d'honneur est offert à cette occasion par les Nimois aux consuls du Puy, d'Aubenas, du Pont-Saint-Esprit, de Bagnols, d'Uzès, d'Anduze,

(l) Charbon de pierre ou de bois. Deux deniers par quintal,

Lattes et cerceaux. J Six deniers par charge.

Vin. Un huitième de celui vendu au détail ou consommé par le producteur.

Blé. Six deniers par quintal ou setier consommé par le propriétaire. Dix deniers par setier vendu dans les boulangeries. (2)30 mars et 1 avril 1371. L'acte contient une clause à enregistrer: la ville laisse à l'adjudicataire la responsabilité des crédits qu'il pourra faire, vu le droit que lui accorde le cahier des charges de faire payer comptant les contribuables. Témoins de l'adjudication : Pons Reynaud et Antoine du Soulier, notaires ; Bertrand Rays, marchand; Bernard Maliasse, boucher; Guichard Bilhot, barbier. La réception du cautionnement est à noter. Michel de Ribaute offre d'abord pour caution le mari de sa sœur Gillette, Guillaume Trespozes ; le juge demande un supplément de caution. Michel amène le notaire chez sa femme, Aybeline, qui venait d'accoucher ; Aybeline dit qu'elle a confiance en son mari et qu'elle sera toujours sa caution.

de Sommières, de Lunel et d'Alais. Autre réunion deux mois plus tard.

Le 17 novembre 1372, le premier consul d'Alais, Bernard d'Alayrac, expose aux conseillers la situation financière (1). Dans la réunion tenue en octobre, à Nimes, on a accordé au duc d'Anjou deux francs d'or par feu, payables moitié le 1er décembre, et moitié le 1er mars 1373. La ville a, en outre, un arriéré considérable; Jacques de La Salle réclame 542 francs d'or, dont il veut être payé dans la huitaine ; Jean Barrière, Jean Bonaure, Jacques Talaboy, Bernard Maliasse, Pons de Bouvière, Guillaume Dervieux, Etienne Delbosc, Jean de Champclos et autres ont fourni des notes dont le montant dépasse 500 francs ; il ne faut pas s'exposer à des frais, à des dommages-intérêts. Mettre une taille assez élevée pour liquider d'un seul coup le passif serait, évidemment, le moyen le plus simple, mais est-il praticable ? Qui oserait prendre à ferme cette taille considérable quand on voit que Tan dernier il y a eu au moins 300 francs de cotes non recouvrées ! (2).

Pour la première fois il y eut deux groupes bien tranchés dans le conseil ; aux yeux de la minorité, l'impôt direct proportionnel était seul légitime. Qui oserait se plaindre

(1) A. M., liasse XIII, n* 20. Séance du conseil municipal du 17 novembre 1372 :

Nuper in consilio, tenuto in Nemausi, cum dominis missis per inclitum principem ducem Andegavensem , pro subventione et sustentatione guerrarum per universitates senescallie Bellicadri, son per eonsules et alios missos pro eisdem, duo franchi auri coneessi extiterunt, quo ipsi consiliarii vellent ordinare et indicerc de quo solvi. Et ulterius cum domino Jacobo de 8aladebeantur 542 franchi auri cum dimidio, pro resta summarum olim per ipsum dicte imiversitati in suis negotiis mutuatarum pro quibus noimullo persone sunt eidem obligate, et quequidem persone de présent i extiterunt mcnite, virtute litterarum à domino camerario W N. V. omanatarum, de solvendo infra decem dies certam partem dicte suinme

(2ï Cession par les conseillers et consuls, à Etienne Gillaret des cotes irrécouvrables de la taille de deux francs d'or, montant à 3t.V livres iacte Bernard d'Audahias).

de payer d'après son avoir? L'échelle des cultivateurs formait la moitié de cette minorité composée d'environ vingt personnes. Jusqu'ici les Alaisiens avaient été très unis ; il n'y avait pas eu chez eux, comme à Nimes, comme à Aimargues, comme à Lunel, deux partis. Allons-nous maintenant voir éclater une lutte entre les vilains et les ruraux, entre les ouvriers urbains et les travailleurs de terre? (1) Notons en tout cas ce symptôme.

Après avoir examiné les diverses propositions, le conseil municipal adopta un moyen terme ; il vota : 1° une imposition directe d'un franc d'or par cent livres d'estime, chacun payant ainsi proportionnellement à son avoir d'après le compoix (le franc d'or valant seize gros) ; 2° une taxe sur le vin et sur le pain ; pour le vin, après recensement des caves, l'on payerait deux gros par muid ; ceux qui auraient leur cellier vide seraient taxés d'après leur consommation approximative ; pour le blé, la pasta, la

(1) A Nimes, le parti des Arènes et le parti de la Place. A Aimargues, le parti des nobles et le parti des plébéiens. Le 6 juin 1367, Bernard Foule» Raymond de Somario ou Sommières, Etienne de l'Isle (de Insulâ), Alzias de Serinhac, Pons de l'Isle aîné, R. Belgonard, Raymonde veuve Etienne de l'Isle, Bertrand' de Montrond, Esmenard de Saint-Michel, Marie de Cabrières (Capreriis), Jean d'Arènes, Alasacie de Cadole, Garcinde Morgue, Ermessinde <ie l'Isle, Bonafocia Catel, Pierre Folcard, Ermengaud de Teissiers (Texeriis), tous d'Aimargues, confient à Pons Michel, jurisconsulte de Nimes, à Arnaud Ginery ou Ginier, procureur au Parlement de Paris, à Jacques Talhandier, Pierre de Bernis, Guil- 1 aume del Bosco (Dubois) et Guillaume du Chàtelet, sapientes au ï^arlement, la défense de leurs intérêts contre les plébéiens d'Airr> argues.

Voici les noms des Alaisiens qui forment la minorité du conseil : Jean Gilles, Pierre Roussel, Etienne Bondurand, Guillaume Garçonnet, Laurent Janvier, Bertrand de Brézis, Guillaume Roux, C3Saucelin Charbonnier, Jean Guillaume, laboureurs ; Jean d'Aspe, t-isserand; Jean de Monteils, coutelier; Michel Fraissinet, serrurier; Jacques Amalric et Bertrand Imbert, boulangers ; Jean Puecliaud, Guillaume de Barri, Guillaume Féline, menuisier; Arnaud >odon et Pierre Castanet, savetiers.

taxe était d'un demi-gros d'argent par quintal. Les personnes accoutumées à faire cuire leur pain ailleurs que dans la ville devraient verser la taxe, absolument comme celles qui se servaient des fours Alaisiens ; la perception se ferait aux fours, par dos agents à ce commissionnés par les consuls.

La minorité ne se tint pas pour battue ; elle en appela à Pierre Scatisse qui maintint la décision de la majorité. (1) Les consuls avaient eu tort de se charger du recouvrement de l'impôt du fournage; l'opposition se réjouissait d'avance des ennuis que cela allait leur procurer ; et les gens pauvres auxquels on disait tout bas que les consuls n'avaient adopté ce système que pour rendre plus difficile le contrôle des finances municipales, parlaient de résister. Les consuls étaient encore blâmables en considérant l'affaire à un autre point de vue ; dès le moment que l'impôt royal était exigible le 1er décembre, pour avoir à cette époque l'argent, il fallait réaliser immédiatement le produit du fournage, c'est-à-dire l'affermer. Et c'est ce à quoi ils se virent bientôt réduits. Benoît Espérandieu, commis de Pierre Scatisse, envoya de Nimes Jean Morlan pour encaisser le terme échu de l'impôt royal, et comme la ville n'avait pas les fonds, il fit vendre précipitamment le fournage. Jean Morlan fut déclaré par le tribunal concessionnaire pour un an, sur son offre de 250 francs.

Aux élections du 31 décembre 1372, le parti de l'opposition ne put faire arriver au consulat aucun de ses candidats. Mais à la séance du conseil municipal du 20 janvier 1373, plusieurs personnes demandèrent des éclaircissements sur le traité Morlan. Les consuls narrèrent les faits; quelques conseillers déclarèrent la concession radicalement nulle ; c'était un procès à soutenir : d'autres considéraient l'invalidité comme douteuse ; Morlan avait l'air, disaientils, de ne rien craindre, et en présence des difficultés qu'on lui avait soulevées, il avait nettement signifié aux consuls qu'il ne paierait le prix de sa concession qu'après

(t) Lettre île 1\ Sentisse du ^ novembre 137*, A. M. liasse XIV, n*6.

jugement. La première chose à faire, dans ces conditions, était de voter un franc d'or par cent livres pour payer le fisc, et puis de s'entendre avec Morlan. Les conseillers se rangèrent à cet avis, et le 28 janvier, une transaction, intervenue entre Morlan et le consulat fut approuvée. (1)

L'impôt du vin fut remanié la même année. Les Etats réunis à Narbonne en mars 1373 avaient accordé au duc d'Anjou, pour l'organisation de la défense nationale, une taxe de 4 francs d'or par feu. Les Alaisiens avaient eu recours à l'impôt direct pour payer le premier quartier, mais avec quoi payer les trois autres quartiers ? Le duc d'Anjou, de passage à Montauban, le 5 juin 1373, chargea Pierre Scatisse de s'entendre à ce sujet avec les députés Alaisiens. Le 9 juin, Scatisse décida qu'il n'y aurait plus que deux tavernes, comme à Nimes, où se ferait la vente du vin au détail ; au prix du vin s'ajouterait un denier et demi par carton pour la caisse municipale. Ceux qui consommeraient leur propre récolte payeraient une taxe équivalente au droit perçu dans les tavernes. Le vin étranger serait frappé à l'entrée d'une taxe de deux francs d'or par muid. Le stock des caves, au moment de la mise en vigueur de ce tarif, serait constaté par les soins de l'autorité municipale et des agents seigneuriaux (2). Amédée des Baux mit son vu à ce règlement le 18 juin. Au grelïe de la cour seigneuriale, on fit quelques difficultés avant d'enregistrer les pièces (3). Les consuls firent remarquer qu'ils

(l) Doc. justif. n° XIV. — La consommation du pain dans Alais est donc à cette époque supérieure à 8000 quintaux. Voici l'équation 250 X 16 = 4000 gros ; l'impôt est de 1/2 gros par quintal ; il fstvit donc qu'il se consomme plus de 8000 quintaux de pain pour

permettre au fermier de payer sa ferme — 2— =4000; ajoutons un irêriéfice de 20 %, nous estimons au minimum à 10000 quintaux la consommation du pain dans Alais en 1373. Quant au bénéfice, le taux de l'intérêt chez les banquiers justifie notre chiffre de 20°/«. <2) Doc. justif., n<> XVI.

{•*) M§ Bertrand Privât exprima ses regrets de ne pouvoir être

^^^^ble à ses concitoyens ; il n'avait pas qualité pour approuver,

*^****it ni viguier, ni lieutenant de viguier; il était, en effet, sim-

0,**<mt mandataire du comte, suivant pouvoir aux minutes de

avaient déposé au greffe la lettre du duc d'Anjou et celle d Scatisse pendant un temps suffisant, pour que chacun put* en prendre connaissance (21 juin 1373). La résistance de agents seigneuriaux dut se prolonger (1) encore quelque

M* Pons Raymond, du 28 février 1363 (1364). Le viguier du baron se contenta de dire qu'il répondrait jeudi prochain. Les consuls firent dresser acte de ces lenteurs par M* Raimond de Gaujac, assisté d son clerc, Guillaume Lézan, et de ses collègues, Véran Pelhier e Bertrand d'Audabias, acte fait in vicco carrerie vallis aurie, scili cet in carriera veyrarie. Gum commissarii sint contra universita tem Alesti pro resta débita pro focatgio ultimo indicto destinati, et consules non habeant de quo dictam restam solvere possint niside concessis et contentis in dictis litteris.... A. M., liasse XIV.

(1) Attendentes que adhuc in thesauraria regia Nemausi oportet finare très quartones de concessione facta illustri principi duci Andegavensi per senescallias Rellicadri, Tolose et Carcassone in quodam consilio tenuto in civitate Narbonensi, quaequidem concessio scu indictio facta extitit quatuor francorum auri pro quolibet foco ;

Attendentes que predicta indictio non potest sufficere seu supplere nisi solum ad tertiam partem dicte reste, et que per viam tallii levari nec exigi resta predicta non potest ;

Attendentes que nisi per eos de aliquo remedio provideatur villa et universitas et habitatores ejusdem per commissarios et alios comestores consumabuntur et devastabuntur ;...

Omnes consiliarii, superius nominati, voluenint consules pe-

tendi et obtinendi a Rege seu locumtenente impositiones sequentes :

1» Que possint et valeant in villa predicta soquetum indicere in mensuris niinutis cum quibus vinum venditur et que dicta raensura sit minuta de quarta parte solum dumtaxat ;

2° Que de quolibet sextario paste quod per habitatores dicte ville vastabitur et consumetur, etiam si à personis extraneis per eosdem emebatur, médium grossum argenti regium nunc currentem... levare possint ;

3° Que à quolibet pistore et qualibet pistrice panem minutum ant in corundis ? ad vendendum et consuinenduin in villa faciente unum grossum argenti nunc currentem levare et exigere possint et hoc ad tempus duorum aiinurum incipiendorum de pasta, finito tem porc quo nunc duraret impositio... et quantum ad soquetum vini, sub hac f.'onditione que obtenlo dioto soqueto, impositio quao nunc in dicto vino est tutaliter et penitus amoveatur ; et que etiam v inum personarum ecclesiasticarum veudatur et vend! debeat ad

jours, mais la ville eut le dernier mot, et les tavernes communales furent organisées. Seulement on s'était trompé sur le rendement de ces taxes. Le 22 septembre, le conseil est réuni ; l'impôt sur le vin, d'après les consuls, rapportera à peine de quoi payer un franc d'or par feu, soit donc le second quartier ; pour se procurer le surplus, il convient de prendre d'autres mesures ; personne ne tient à voir arriver des commissaires du Trésor, mangeurs qui nous dévoreraient; la taxe sur le vin, le souquet est ce qu'il y a de plus supportable, mais h la condition que les récoltes du clergé soient atteintes comme celles des laïques ; il faut percevoir, sur toutes les ventes au détail de vin, un impôt égal au quart de la mesure ; bien entendu que lorsque cette taxe entrera en vigueur, l'imposition actuelle cessera.

La taxe sur les farines consommées en ville continuera à raison d'un demi-gros par setier, alors môme qu'on achèterait le pain à des étrangers ; les boulangers qui vendent du pain payeront un gros d'argent par quintal. On demandera la permission de lever ces taxes sur les vins et sur les farines pendant deux ans.

La commune pour équilibrer son budget avait beau modifier les tarifs ; la royauté réclamait toujours de nouveaux subsides. Le 30 novembre de la même année, les députés des trois sénéchaussées, réunis à Nimes, accordaient au duc d'Anjou un autre subside de deux francs d'or. Aussi le duc s'emprcsse-t-il d'homologuer la délibétion Alaisienne du 22 septembre 1373. « Vous avez raison, écrit le duc, auquel avait été signalée une petite erreur de rédaction, ce n'est pas pour un an que j'ai autorisé la perception des nouvelles taxes ; c'est pour deux ans , mais n'oubliez pas de verser le produit de ces impôts à la trésorerie; ces deux ans seront censés n'avoir commencé qu'aujourd'hui, 25 février 1374. »

dictixxn soquetum seu mensura diminuta de quarta parte. Aliter Qoluorunt obtinere seu obtenta de eadem uti dicti soqueti seu im- P°sitionis ejusdem. — A. M., liasse XIV, n- 20,

Le nombre des feux de la ville s'élève à 174, et celui di la viguerie à 280 ; il eut été encore moindre si la répara tion avait eu lieu quelques semaines après. Une forte cru< du Gardon vînt pendant l'hiver de 1376 menacer de toui emporter. Le rempart fut déchaussé sur une longueur de cent cannes ; on s'attendait à chaque instant à le voii s'écrouler. Les habitants des maisons environnantes s'étaient empressés de déménager ; les hommes de l'ar assuraient tous que si une autre crue survenait, on ver rait tomber toute la muraille depuis le pont de Bertoll jusqu'au moulin des Seigneurs.

Le duc d'Anjou, dans la lettre dont nous avons parlé, recommande la lutte contre les Compagnies. « N'hésite pas, dit-il, à. tuer les bandits qui roulent dans le pays en ne fesant que voler ; tout est permis en cas de légitime défense. Et il faut frapper non seulement les bandits, mais aussi ceux qui, par peur, deviennent leurs auxiliaires, en leur offrant un asile dans leurs maisons. Quand on en aura pendu quelques-uns, personne n'aura plus envie do les imiter. »

Il est certain que la bande de Bernard de Lasale avait fait trembler toute la sénéchaussée pendant plus de deux ans. Le registre des dépenses de la ville de Nimes en 1372 et 1373 semble indiquer que cette bande n'osa pas attaquer Alais; (1) elle opérait plus volontiers vers le Velay.

Laval 12 St-Julien-de-Valgalg. . 5 1/2

La Tour 1 1/2 St-Martin-de-Valgalg.. 71/2

Le Pin 5 St-Privat-des-Vicux. . • 4

Mas-Dieu 2 1/2 Saint-Paul-Lacoste... 5

Méjanes 41/2 Soustelle 41/2

A reporter 225 Total 280

(1) Nous détachons de ces comptes ce qui peut intéresser les Alaisicns; on voudra bien se rappeler que VHistoire de Nimes de Ménard donne quelques trouvons de ces comptes.

Die jovis 4 martii 1372, n. s., fuit missus unus nuncius apud Andusiam, portons littoras oonsulum syndicis Andusie missas, ut ipsi dominos consules Nemausi «•crtifluarent que pentes armorum erant in dictis partibus, et quanto numéro, quare tune dicebatur

L'hiver, le duc d'Anjou ne savait où cantonner les Bretons qu'il avait à son service ; aucune ville ne voulait recevoir ces soldats aussi pillards que les aventuriers des Compagnies.

Enfin remarquons la dernière phrase de cette circu-

quod Bernardus de Las Salas cum sua comittiva ad has partes intendebat declinare.

Mer eu ri i 10 martii, vaylleto misso à Bagnols, à Viviers, à Aubenas pour savoir ubi erant gentes armorum.

20 juin, on envoie Raimond Bonet de Nimes, à Arles, pro sciendo ubi erant certi Anglici domini nostri Francorum régis inimici, nam tune dicebatur per gentes quod erant in civitate Marcilie cum certis galeis applieati.

3 septembre, Comte d'Alençon, huissier municipal, alla à Bezouce et Sernhac pro sciendo ubi erant gentes armorum, quia dicebatur quod jam fuerant nocte preterita apud Besociam et retulit quod erant circumcica Balneolas (Bagnols).

Le 9, les gens de Bagnols écrivirent que les gens d'armes avaient passé le Rhône.

Die lune, 13 septembris, solvi misso apud Vicinobrium, Bocoyranum et apud Lezanum... ut haberent certificare ad quas partes erant gentes armorum, quia dicebatur quod Bernardus de Sala yolebat apud Avinionem declinare, et quia Anglicus et regni Francie inimicus. . .

29 mars 1373, la ville de Nimes paye à Jacques Reboul (Rebulli) qui était allé à Sommières avec cinquante arbalétriers par ordre du sénéchal, Amédée des Baux. Senescallus volebat bellare contra rectorem sive caste 11 anum Sumidrii. Pourquoi?

18 avril 1373, la ville de Nimes paye le messager qui était allé à Villeneuve-lès-Avignon pro sciendo si in Avinione erant alique gentes armorum quia dicebatur tune in Nemauso quod ibi erant Anglici pro veniendo et transeundo in partibus istis, et dicebatur quod apus Ays in Provincia erat multa magna quantitas dictarum gentium armorum.

4 avril, on envoie à Avignon des consuls chargés d'impétrer des lettres du duc pour: 1° forcer les prêtres à payer la taille sur leurs acquêts ; 2* faire fermer les débits de vin non communaux.

23 mai 1373,... gentes armorum erant in loco de Bocoyrano... pro sciendo si erant gentes armorum in partibus illis et sciendo si erant de gentibus Bernardi de Sala.

La Caritat qui aurait dû se faire pour l'Ascension fut renvoyée à la Pentecôte (Il juin) propter timorem gentium armorum.

3 juin 1373,... pro alio messagerio qui fuit missus versus Aies-

Le nombre des feux de la ville s'élève à 174, et celui de la viguerie à 280 ; il eut été encore moindre si la réparation avait eu lieu quelques semaines après. Une forte crue du Gardon vînt pendant l'hiver de 1376 menacer de tout emporter. Le rempart fut déchaussé sur une longueur de cent cannes ; on s'attendait à chaque instant à le voir s'écrouler. Les habitants des maisons environnantes s'étaient empressés de déménager ; les hommes de Tart assuraient tous que si une autre crue survenait, on verrait tomber toute la muraille depuis le pont de Bertolle jusqu'au moulin des Seigneurs.

Le duc d'Anjou, dans la lettre dont nous avons parlé, recommande la lutte contre les Compagnies. « N'hésitez pas, dit-il, à. tuer les bandits qui roulent dans le pays en ne fesant que voler ; tout est permis en cas de légitime défense. Et il faut frapper non seulement les bandits, mais aussi ceux qui, par peur, deviennent leurs auxiliaires, en leur offrant un asile dans leurs maisons. Quand on en aura pendu quelques-uns, personne n'aura plus envie de les imiter. »

Il est certain que la bande de Bernard de Lasale avait fait trembler toute la sénéchaussée pendant plus de deux ans. Le registre des dépenses de la ville de Nimes en 1372 et 1373 semble indiquer que cette bande n'osa pas attaquer Alais; (1) elle opérait plus volontiers vers le Velay.

Laval 12 St-Julien-de-Valgalg. . 5 1/2

La Tour 11/2 St-Martin-de-Valgalg. . 7 1/2

Le Pin 5 St-Privat-des-Vieux... 4

Mas-Dieu 2 1/2 Saint-Paul-Lacoste... 5

Méjanes 41/2 Soustelle 41/2

A reporter 225 Total 280

(1) Nous détachons de ces comptes ce qui peut intéresser les Alaisiens; on voudra bien se rappeler que VHistoirc de Nimes de Ménard donne quelques tronçons de ces comptes.

Die jovis 4 martii 1372, n. s., fuit missus unus nuncius apud Andusiam, portans litteras consulum syndieis Andusie missas, ut ipsi dominos consules Nemausi cortiflicarent que gentes armorum erant in dictis partibus, et quanto numéro, quare tune dicebatur

L'hiver, le duc d'Anjou ne savait où cantonner les Bretons ju'ii avait à son service ; aucune ville ne voulait recevoir ;es soldats aussi pillards que les aventuriers des Compagnies.

Enfin remarquons la dernière phrase de cette circu-

quod Bernard us de Las Salas cum sua comittiva ad has partes intendebat declinare.

Mercurii 10 martii, vayllcto misso à Bagnols, à Viviers, à Aubenas pour savoir ubi erant gentes armorum.

20 juin, on envoie Raimond Bonet de Nimes, à Arles, pro sciendo ubi erant certi Anglici domini nostri Francorum régis inimici, nain tune dicebatur per gentes quod erant in civitate Marcilie cum certis galeis applicati.

3 septembre, Comte d'Alençon, huissier municipal, alla à Bezouce et Sernhac pro sciendo ubi erant gentes armorum, quia dicebatur quod jam fuerant nocte preterita apud Besociam et retulit quod erant circuracica Balneolas (Bagnols).

Le 9, les gens de Bagnols écrivirent que les gens d'armes avaient passé le Rhône.

Die lune, 13 septembris, solvi misso apud Vicinobrium, Bocoyranum et apud Lezanum... ut haberent oertificare ad quas partes erant gentes armorum, quia dicebatur quod Bernardus de Sala volebat apud Avinionem declinare, et quia Anglicus et regni Francie inimicus...

29 mars 1373, la ville de Nimes paye à Jacques Reboul (Rebulli) qui était allé à Sommières avec cinquante arbalétriers par ordre du sénéchal, Amédée des Baux. Senescallus volebat bellare contra rectorem sive caste Uanum Sumidrii. Pourquoi ?

18 avril 1373, la ville de Nimes paye le messager qui était allé à Villeneuve-lès-Avignon pro sciendo si in Avinione erant alique gentes armorum quia dicebatur tune in Nemauso quod ibi erant Anglici pro veniendo et transeundo in partibus istis, et dicebatur quod apus Ays in Provincia erat multa magna quantitas dictarum gentium armorum.

4 avril, on envoie à Avignon des consuls chargés d'impétrer des lettres du duc pour : 1° forcer les prêtres à payer la taille sur leurs acquêts ; 2* faire fermer les débits de vin non communaux.

23 mai 1373,... gentes armorum erant in loco de Bocoyrano... pro sciendo si erant gentes armorum in partibus il lis et sciendo si erant de gentibus Bernardi de Sala.

La Caritat qui aurait dû se faire pour l'Ascension fut renvoyée à la Pentecôte (Il juin) propter timorem gentium armorum.

3 juin 1373,... pro alio messagerio qui fuit missus versus Aies-

laire : Inhibemus habit atoribus cujuscurnque status

existant, ne taies depredatores patriam predictam invadentes seu discurrentes recipiant... in eorum domibus, neque castris. Y aurait-il des seigneurs complices des routiers ?

tura, quia dicebatur quod qucdam societas gentium armorum, que tune erant superius, pro spiando veritatem.

11 juin 1373, fuerunt misai duo homines, videlicet unus apud Alestum, et alius apud Sanctum S pi ri tu m quia dicebatur quod gentes armorum erant certive in Mis partibus.

12 junii, solvi cuidam nominato Conestable qui fuerat missus per consules apud Alestum, apud Genolhacum et apud Podium pro sciendo et spiando si dominus J. Bernardus de Sala cum comitiva sua erat versus Podium. . . .

26 junii 1373, fuit missus quidam messagerius apud Podium sive Anicium, pro eo quia Anglici erant illo tune infra Duas-Aquas, et dicebatur quod transiverant et veniebant ad partes istas.

29 juin 1373, les consuls de Nimes sont mis en arrestation pour retard dans le paiement du subside de quatre francs par feu. On eut recours immédiatement à un emprunt forcé.

28 juillet 1373, envoyé à Lunel et à Montpellier, pro sciendo Bernardus de Sala cum comitiva sua ubi erant, et... ivit pro spiando apud Giniacum. Vers le 13 juillet, ils étaient à Saint-Génies.

3 août 1373, les consuls de Béziers ont écrit quod Bernardus de Sala et allé societates veniebant ad partes istas. Le 5, on avise les gens de Milhaud, Bernis, Vauvert.

23 octobre 1373, solvi Stephano Bessoni, messagerio, qui portavit dominis consulibus Nemausi litteras clausas missas per consules de Alesto, in quibus erant inserte quedam alie littere consulum de Anicio super facto Anglicorum, qui currebant tune in partibus illis.

15 novembre 1373, ....ivit apud Anicium pro sciendo et spiando statum Anglicorum qui erant in partibus istis.

2 décembre 1373, misso... consulibus de Monteferrano in Alvernia pro sciendo statum Anglicorum inimicorum régis Francie. (Les Anglais étaient en effet là).

20 janvier 1374, n. s., ...vigilando propter gentes armorum qui tune erant in partibus istis.

25 janvier 1374, n. s., sovi Jarobo Balbi messagerio qui fuit missus per dominos consules Nemausi apud Andusiam, Sanctum Johannem de Gardonica et apud Alestum, pro sciendo si gentes armorum que dicebantur Britones erant in partibus illis. (La ville de Nimes avait prié, le 9 janvier 1374. le duc d'Anjou de faire partir ces bretons de Nimes.

Depuis que Grégoire XI, iils du comte d'Alais, neveu de Clément VI, a manifesté l'intention de quitter Avignon et de rétablir à Rome la chaire de Saint-Pierre, on a essayé de toutes les façons de le faire renoncer à ce projet; le pape n'a écouté ni les supplications du duc d'Anjou et des cardinaux français, ni les remontrances de sa famille ; il a répondu au roi que sa résolution était irrévocable et que pendant l'automne de 1375, il se rendrait dans sa résidence légale. A force de le supplier, on a obtenu un sursis ; il ne s'embarquera pour l'Italie qu'après l'été de 1376.

En haut lieu, on regrette d'avoir été pendant trente ans si empressé envers les Rogier. Ce n'est pas Clément VI, dit la Cour, qui eut ainsi trahi son pays natal ; son neveu aime mieux Rome que la France ; tant pis pour ses parents. Bernard Pelet profite du moment pour se plaindre du Comte ; le parlement fait de suite droit à sa requête.

c Notre cher et fidèle Bernard Pelet, chevalier, cosei-

n gneur d'Alais, nous a exposé que d'après les us et vieil-

» les coutumes de ce pays, inviolablement observées, lui,

» comme les autres barons de la sénéchaussée de Beau-

n caire, ainsi que leurs oflîciers, juges et serviteurs, ne

» reconnaissent comme juges compétents, en ce qui con-

• cerne les faits relatifs a leurs fonctions, que le Roi et

» ses représentants officiels ; c'est certain ; ainsi notre

» cher et fidèle comte de Beaufort, n'a aucune juridiction

» sur Pelet, sur ses officiers ou ses gens pour faits se rat-

» tachant à leurs fonctions. C'est donc à tort que le comte

» ou ses représentants s'efforcent d'étendre leur juridic-

» tion en lançant des assignations de toute espèce contre

» Pelet et son entourage. La chose est d'autant plus re-

» grettable que nos sénéchaux, nos procureurs, qui* sont

» sur les lieux, ont maintes fois signalé au comte de Beau-

» fort l'illégalité de ces poursuites, la nullité radicale de

» ces procédures; ils l'ont prévenu qu'il s'exposait en con-

» tinuant ces tracasseries à de fortes amendes ; il n'a tenu

» aucun compte de leurs avis officieux ; les citations con-

» tre Pelet et ses gens ont redoublé ; la justice comtale,

» voyant B. Pelet ne pas bouger, l'a déclaré contumace ;

» en présence d'une telle situation, nous voulons que ces

» empiétements sur nos droits royaux aient un terme,

» Gouverneur de Montpellier, châtelains de Sommières, » d'Aiguesmortes et de Beaucaire, nous comptons à Pave- » nir sur vous pour surveiller ces désobéissances, ces » attentats ; dès qu'on vous signalera un acte se rattachant » à ce parti-pris chez le comte de Beaufort de violer nos » droits, vous ouvrirez une instruction ; une fois les faits » bien établis, vous nous enverrez sous pli cacheté votre » procès-verbal d'enquête, et vous ferez assigner à Paris, » devant notre parlement, les coupables, pour l'époque où » devront se juger les affaires concernant la sénéchaussée § de Beaucaire. » (31 juillet 1376).

Pelct obtient le mois suivant une lettre de sauvegarde le mettant provisoirement à l'abri des représailles de son suzerain et coseigneur. Vidimée par le sénéchal de Beaucaire le 3 octobre, cette lettre est publiée à Alais le 5 novembre. Les officiers de la comté transmettent à leur maître cette grave nouvelle.

Le comte venait de se coucher lorsqu'il reçoit trois missives à la fois, venant d'Alais ; il se lève furieux ; on dirait qu'il a entendu à Cornillon, dans sa chambre, la trompette qui a résonné dans tous les carrefours de la ville d'Alais ; il parcourt la copie des lettres de sauvegarde accordées a Pelct. « Jamais, s'écrie-t-il. on n'en a octroyé de pareilles, à personne ; avant de les octroyer on n'a pas pris la peine d'ouïr la partie adverse, on y a englobé non seulement Pelct et ses familiers, mais encore les familiers de ses familiers ; on n'a pas tenu le moindre compte de la transaction de 1348. Qu'a-t-on pu machiner à Paris contre lui ? Qu'est-ce qu'on lui reproche ! ah, ce qui arrive, il l'avait bien prévu, lorsqu'il demandait, il y a trente ans environ, le partage effectif de la ville d'Alais, de façon à n'avoir plus rien de commun avec tous ces Pelct; il avait pressenti l'avenir. Ce Pelet, quel imposteur, avec ses histoires de l'autre monde ! N'a-t-il pas eu l'audace de soutenir que sa femme, sa fille, avaient été maltraitées par nous, qu'elles portaient encore les traces des coups que leur auraient donnés nos gens, que ses serviteurs avaient été blessés par nos serviteurs ! Qu'on cite donc toutes ces prétendues victimes, qu'elles viennent

devant les juges du Parlement, étaler leurs blessures ou leurs cicatrices ; tout doit avoir une fin, oui. Quelle sera la confusion de Pelet quand il verra s'écrouler cet échafaudage de médisances et de calomnies ! Ces lettres de sauvegarde dont il a voulu se glorifier seront le point de départ de son humiliation. Il faut l'assigner en partage, en diffamation, en..., »

Il se met à écrire h ses fils, à ses amis, à Guillaume Rogier, vicomte de Turenne, à Nicolas Rogier, seigneur d'Herment et de Limeuil, à Marquis Rogier, seigneur de Canillac et vicomte de La Motte, aux archevêques de Rouen et de Reims, aux évoques de Paris et d'Amiens.

Bernard Pelet avait jusqu'à présent le beau rôle : malheureusement au moment où le Parlement, où la Royauté lui prodiguaient des marques de sympathie, il compromettait sa situation en recevant la visite des ennemis du Roi. A priori cela semble incroyable ; l'accusation parait pourtant bien établie.

Voici d'abord une lettre envoyée à Beaufort, le 16 novembre 1376, par le greffier de la cour commune d'Alais : « La femme de Jean Rossignol a dit hier devant moi que la veille de la Toussaint, au moment où l'on sonnait les vêpres, en sortant de la maison de Laurent Saige, le savetier, elle aperçut au coin de la rue de la Bouquerie, devant l'officine de Michel Bonier, apothicaire, un nommé Perrot de Galard, ce gros et méchant écheleur Anglais, et son neveu qui embrassaient Bernard Pelet. Ce dernier était accompagné de son fauconnier, Hugon de Viviers, et du Breton, ses inséparables. iVà Rossignol ne pouvait en croire ses yeux, et pourtant il lui était impossible de se tromper, ayant vécu intimement avec ce Perrot pendant trois ans. Son premier mouvement fut naturellement de se rapprocher de l'Anglais, mais il lui fit signe de s'éloigner; elle obéit, puis après quelques va-et-vient dans la rue de la Bouquerie, elle s'enhardit ; de nouveau l'oncle et le neveu lui marquèrent de se retirer. Ce propos de femme ne m'aurait pas frappé, si je ne m'étais souvenu de ce que m'avait rapporté récemment Guillaume Alasard, concierge de votre château. La veille de la Toussaint, à

l'heure de matines, il était couché avec sa femme quand ils entendirent du bruit du côté de la tour qu'on appelle la malgracieuse ; il se leva, alla du côté d'où venait le bruit et ne vit rien ; il crut à quelques bonds de la chèvre ; cependant regardant mieux il aperçut, du côté du château des Pelet, trois individus qui avaient l'air d'épier ; il dit alors à sa femme de lui apporter son épéc, son arbalète avec des traits, et en attendant, il jeta par la fenêtre quelques pierres contre le mur du verger de Pelet ; immédiatement nos trois personnages se retirèrent à petits pas, vers la maison de Pelet. Je vous écris cela à la hâte. Votre dévoué serviteur, Jean Chalvet, notaire. »

Le messager en partant pour Cornillon avait Tordre de marcher le plus vite possible ; il remit le jour même la lettre dont il était porteur à Guillaume Rogier, qui à son tour, ne voulant pas perdre une minute, écrivit un petit billet au juge royal d'Uzès, Raimond de Montaren :

« Très cher compère, vous trouverez ci-incluse une missive de Chalvet; ce bandit de Pelet voudrait, parait-il, se venger et mettre à exécution le projet qu'il a si souvent avoué, c'est qu'il lui est parfaitement égal de perdre sa part de la ville d'Alais pourvu que je perde aussi ma part. On dit que les Anglais doivent évacuer prochainement Cariât. Ce méchant Pelet aurait-il l'intention de leur livrer son château pour leur faciliter la prise du nôtre ? Dire que du coup toute notre région serait entre les mains de ces scélérats, presque jusqu'aux portes d'Avignon ! Allez donc dimanche ou lundi au plus tard à Alais, sous un prétexte quelconque. Vous causerez avec Chalvet, Alasard et autres ; s'il y a un fond de vrai dans tout cela, vous avertirez les viguiers d'Alais, du Mas-Dieu, de Portes afin qu'on monte de suite la garde, chaque nuit, à notre château. Après ce, vous pourriez venir me rejoindre ici, en compagnie du juge qui doit y tenir les assises, mardi ou mercredi. Cornillon, 13 novembre 1376. »

» P. S. — Ayez la bonté, j'avais oublié de vous le marquer, d'avertir les consuls de ce qui se passe ; on ne doit pas leur cacher des manœuvres aussi criminelles. »

En même temps le comte écrivait à Chalvet pour le

remercier de sa communication et rengager à continuer très discrètement ses investigations. (1)

Raimond de Montaren ne tardait pas à répondre au comte :

a Dès qu'on m'a remis votre lettre et que je l'aie eu lue, j'ai été de votre avis ; Bernard Pelet veut se venger de vous. Dès demain, lundi, je serai à Alais ; et si ces nouvelles ont quelque consistance, soyez tranquille, j'aviserai qui de droit ; nous empêcherons bien un mauvais citoyen de ruiner sa patrie. Uzès, 16 novembre 1376. »

Le juge tint parole ; le 17, il était sur les lieux; le 18, il commençait son enquête. Nous voyons apparaître Philippe Bonimassip, bourgeois, viguier comtal ; Privât Martin, ex-notaire, viguier de Portes ; Gilles Cabrayret, procureur comtal, et enfin le portier du château.

La déposition d'Agnès de Bourges , femme de Jean Rossignol, dit Florence, est la plus intéressante. Cette femme venait de faire un brin de causette chez le cordonnier ; elle voit des gens qui ont l'air d'attendre quelqu'un ; elle croit reconnaître des Anglais qu'elle a fréquentés jadis. Pelet ne tarde pas d'arriver au lieu du rendez-vous. Perrot s'aperçoit qu'une femme l'épie ; il en fait la remarque à Pelet. Perrot et son neveu, comme tous les Anglais, portaient une jaquette noire, un manteau rouge ; Agnès cherche à se rappeler où elle les a déjà vus ; elle est d'autant plus embarrassée qu'elle ne peut s'imaginer que des Anglais aient l'audace de venir se promener dans les rues d' Alais. Ses soupçons s'aggravèrent ; le fauconnier de Pelet vint le soir même l'accoster et lui dit : c Agnès, fais attention de ne parler à personne de ce que tu as vu ; si tu tiens ta langue, tu auras une jolie cotte-hardie pour te

(t) On trouvera les actes concernant les intrigues de B. Pelet dans la nouvelle édition de YHist. de Languedoc, tome X, noi 612 et Cl 8, ou à la Bibl. Nat., nouv. acq., ms. lat. 1396. Nous avons rectifié quelques erreurs de lecture. Rectifions aussi en passant une erreur contenue dans YHistoire de Languedoc : André de Budos ne recouvra pas la baronnie de Portes en 1360, après le traité de Brétigny ; les Rogier avaient encore cette seigneurie en 1376.

parer, ou six francs d'or à ton choix ; mais si tu bavardes, gare à ta peau. »

Elle en parla le soir môme à son mari ! Puis le jour de la Saint-Martin, sa langue lui démangeant, elle en souffla un mot chez Jean Valcroze, un autre chez le concierge. L'imprudente ! Le dimanche suivant , Hugon l'accosta, dans un endroit retiré, près du puits de la Gouge. Ah, ribaute, lui dit-il, tu as parlé, va, mon maître le sait, il se charge de te faire ton compte ; il t'apprendra à aller colporter des cancans de maison en maison.

La pauvre Agnès n'avait depuis cessé de trembler; elle se voyait déjà rossée de coups par les estaffiers de Pelet.

Nous n'insisterons pas sur le peu de moralité de cette femme. Au fond, l'enquête n'établissait pas grand chose ; il était certain que des personnes qui avaient été tantôt dans les compagnies françaises, tantôt dans les compagnies ennemies étaient venues à Alais, que Bernard Pelet avait peut-être caressé un moment l'idée de s'en servir dans quelque entreprise un peu louche, mais en fait il n'y avait pas ou de commencement d'exécution. Raimond de Montaren le comprend bien ; il voudrait découvrir quelque acte plus criminel ; il accueille alors les racontars les plus invraisemblables.

Il y a quelques années, Artaud de Beausemblant, au moment de son départ d'Alais, aurait dit à ceux qui l'entouraient : « Aimez bien mon beau-père, car pas plus tard qu'hier, sachant qu'il y avait des bandes de gens d'armes à Barjac, il a insisté fortement pour que je leur écrivisse de venir à Alais, et surtout à Rousson, pour rançonner les habitants de ce village avec lesquels il est en procès ; j'ai rédigé la lettre, et si elle n'est pas partie, c'est que sa femme n'a pas voulu. »

Est-il admissible qu'un gendre, en bouclant ses malles, en serrant la main aux voisins, aux notables, leur dise : « Aimez bien B. Pelet ; hier il souhaitait vous voir tous pendus ; j'ai écrit moi-même à un spadassin de venir avec sa compagnie. » Notez qu'Artaud de Beausemblant est un diplomate de l'époque.

Cette conversation a eu lieu devant témoins, dit-on ; écoutons leurs dépositions.

On demande à Pierre de Caussargues de désigner les personnes qui ont assisté , comme lui , à ce départ ; il hésite, il était dans l'embrasure d'une fenêtre au premier étage, mais il y avait dans la cour, à ce qu'il croit, les frères mineurs Rostaing Peirier, Pierre Cambefort, Hugon Navarre. Comme les religieux eussent probablement refusé de déposer devant un juge civil , et surtout dans une affaire concernant le bienfaiteur de leur ordre, on le prie de désigner des laïques ; il ne se souvient que de Jean de Champclos ; il affirme pourtant que le lieu où ce propos a été tenu était plein de monde. Pierre de Caussargues est un homme de loi , il ne veut pas se compromettre.

Jean de Champclos a la parole ; il a entendu parfaitement Artaud de Beausemblant ; celui-ci, dit-il, était devant le puits, qui est dans le jardin des frères mineurs, quand il parla de son beau-père. Que faut-il conclure ? c'est que Bernard Pelet était vif, violent. Mais quant à la tentative de ce seigneur, en 1376, d'appeler volontairement les compagnies à Alais, alors que son gendre est au service du duc d'Anjou, nous conservons des doutes. Nous récusons les témoins. Pierre de Caussargues est juge de la cour commune, mais il a un faible pour le comte qui l'envoie à Paris poursuivre son procès avec Pelet. Quanta Jean de Champclos, il nous est suspect à d'autres titres qu'il serait trop long d'énumérer ici.

Bernard Pelet, Teût-il voulu, n'aurait pas pu livrer la ville à une compagnie, par la raison bien simple que les compagnies avaient quitté momentanément les environs.

Au commencement du mois d'août do cette année-là, les Etats de Languedoc s'étaient réunis. Pierre de Caussargues et Girard Boni y avaient représenté la ville d'Alais. Le 5 août, le duc d'Anjou, par une lettre datée du Pont- Saint-Esprit, informa le pays de ce qui avait été voté :

• Les trois sénéchaussées nous ont offert pour un an du 1er juillet 1376 au 1er juillet 1377, deux francs d'or, y compris un quart de franc d'or que nous a avancé Pierre

Scatisse pour l'expulsion des gens d'armes qui couraient dans ce pays, et qui se sont décidés enfin, en avril 1376, à partir pour l'Italie, en passant par le Pont-Saint-Esprit. Ces deux francs d'or (le franc valant 16 gros, et le gros 3 blancs) seront recouvrables de la manière suivante : le premier jour des mois de septembre, octobre, novembre et décembre, six gros par feu, ce qui fera 4 X 6 =24 gros, et le 1er février 1376 (1377), huit gros pour solde. C'est tout ce qu'on pourra exiger d'ici au 1er juillet 1377, soit comme aide, soit comme prêt, à moins cependant que la trêve conclue entre la France et l'Angleterre fut violée avant terme, c'est-à-dire avant le 1er avril 1377, et que les hostilités recommençassent.

» Par feu nous entendons un revenu d'après le compoix de dix livres ; nous ne tenons pas compte, vous le savez, des feux de minime importance, quoique dans vos états communaux de répartition, vous procédiez autrement. Pour nous, Alais n'a que 174 feux, et la viguerie entière 280 ; du reste c'est vous-même qui nommerez le receveur du subside.

» Les Etats ont bien voulu déclarer que le revenu de la gabelle continuerait à nous appartenir jusqu'au l*r mars 1378, sauf six mille francs que le caisse provinciale doit prélever, pour payer notamment les frais de députation ; pareil don existait déjà, vous ne l'ignorez pas, jusqu'au 1er mars 1377.

» L'impôt de 12 deniers par livre continuera à être perçu (1).

(1) La nouvelle édition de YHistoire de Languedoc, tome X, col. 1534, donne cette circulaire. M. A. Molinier s'est servi de la copie qui est à la Bibliothèque nationale ; et cette copie est moins bonne que celle qui est conservée aux Archives d'Alais, liasse XIII, no 21 ; M. A. Molinier avait proposé de remplacer certains mots par d'autres ; il a eu raison; ainsi la copie d'Alais porte bien ententes et non currentes. Mais si quelque paléographe avait l'occasion de revoir le texte qui est à Alais, il conviendrait peut-être d'examiner s'il- n'y a pas une autre erreur. Ne faut-il pas lire, colonne 1537, 2* ligne : non tenenntur ? En effet, lisons la phrase entière : Volumus et concedimus quod dicte cnmmunitates teneantur solvere impositionem duodecim denariorum Turonensium pro libra.... Est-ce

» La prétention des ecclésiastiques de ne pas payer la taille, lorsqu'ils acquièrent et détiennent des biens corn* pris antérieurement dans vos compoix, est injuste ; vous ôtes autorisés à comprendre ces propriétés parmi les biens taillables.

» Une modification a été introduite dans la gabelle ; les salaisons étrangères jouiront de l'exemption, viandes ou poissons.

Après la clôture de la session, les députés se réunirent pour taxer les frais de déplacement alloués à chacun d'eux sur les 6000 francs. Pierre de Caussargues et Boni reçurent un mandat, le premier de 107 1. et 1/2, et le second de 97 1. et 1/2, tirés sur la caisse du receveur de la gabelle de la sénéchaussée, Guillaume Etienne d'Anduze (1).

une concession de payer un impôt ? Et pourtant la lecture sans négation peut être la bonne. Nous allons dire pourquoi.

Tout le monde sait que les Etats de Languedoc furent assez avisés, au moment où Ton fixa la somme exacte à payer pendant six ans pour la rançon du roi, pour exiger la suppression de ces impôts de douze deniers par livre, du treizain du vin. (Hist. de Lang., tome X, col. 1237 et 1243). Mais une fois ces six ans passés, la Royauté dut envoyer des receveurs de ces taxes ; nous savons aussi que plusieurs villes obtinrent la réversion à leur profit d'une partie de ces taxes ; ainsi la ville d'Alais obtint du roi la réversion du sixième de ces impôts. (28 septembre 1376). Si ces impôts avaient été supprimés en août, la ville d'Alais n'aurait pas sollicité un rabais, ou mieux une réversion, car la royauté affermait ces taxes ; les baux partaient chaque année du 1er mars ; et puis on attribuait à chaque ville la part dont elle avait été gratifiée. Cette attribution se faisait par un jeu d'écritures ; la ville versait le montant de cette attribution à valoir sur ce qu'elle devait de l'impôt direct.

(1) La quittance des députés Alaisiens existe encore aux Archives, liasse III, n* 11, de emolumento gabelle ad communitates pertinente. Voici les noms des députés des environs ayant assisté à la session d'août 1376 : Bernard Albert, député d'Anduze; Pons Bayle de Faïn, régent de l'université d'Aubenas ; Pierre Bérard, député de Bagnols-sur-Cèze ; Raymond Pélissier, syndic de Beaucaire ; Sauveur Reynaud, notaire, député de Sommiôres ; Julien Guiraud, consul, député d'Uzès ; Pierre de Rac, consul du Bourg-Saint- Andéol ; Guillaume Calvin, notaire, consul de Marvéjols (Lozère) ; Philippe de Conques, consul du Puy ; Guillaume Durand, syndic de Lunel, etc., etc.

1377-1380 Le duc d'Anjou avait promis de ne plus rien demander jusqu'au mois de juillet 1377, pouvu que les communes versassent régulièrement avant le 1er février deux francs d'or par feu ; oubliant ses promesses, dès le mois de mars, il sollicita de nouvelles ressources, voulant, disait-il, dès que la trêve expirerait officiellement, entamer la lutte vigoureusement :

* Les communautés des trois sénéchaussées réunies à » Toulouse, en mars 1377, nous firent réponse que pour » les très grandes et excessives charges, pertes et dom- » mages, lesquelles au temps passé pour occasion des » dites guerres, mortalités, pestilence et chertés qui ont » esté et longuement duré sur le pais, ont souffert et sou- » tenu, ils estoient et sont venus à très grand pauvreté et » tellement diminuez au nombre de leurs feux, que par au- » cune manière, ils ne pourroient de présent faire aucune » ayde à Monseigneur ne à nous par manière de foccage » ou de subside aucun... et pour ce par meure et solennelle » délibération de conseil, plein accord et exprez consente- » ment desdites communes ayons ordonné certaines im- • positions à prendre sur les farines...., le vin...., les

» chairs » (1)

Ces impositions indirectes ont-elles eu l'agrément des députés, comme il le prétend ? Nous en doutons, mais notre blâme serait inopportun. Leduc parcourt toute la province pour surexciter le patriotisme des populations; il va à Paris arrêter définitivement avec le Roi le plan de la prochaine campagne. La mort d'Edouard III est pour les Anglais le prélude de la période des revers ; la victoire ne quitte plus les étendards du duc d'Anjou et de ses capitaines , du vicomte dT'zès particulièrement. Le Pape envoie lui-môme ses félicitations aux vainqueurs (12 octobre 1377). Partout l'espoir renaît. Les haines entre riches et pauvres se calment. Le 24 septembre, le comte de Beaufort a le bonheur de réconcilier les bourgeois et les artisans de la ville d'Alais ; chaque fois, a-t-il dit, qu'il y aura

(1) Hist. de Languedoc, tome X, col. 1588.

taille, on en recouvrera les trois quarts à sol et à livre, c'est-à-dire proportionnellement, et l'autre quart par tête, par capage. Le procès entre la cour de justice et l'hôtel de ville relativement aux poids et mesures s'arrête, mais la ville est maintenue dans sa prétention de nommer les vérificateurs (1). L'cgoïsme du clergé persiste; en vain, le camérier du pape, Pierre de Croso, parent et ami de Grégoire XI, a écrit à Guillaume Kabre, prieur de Dourbies, que les prêtres devaient savoir faire des sacrifices à l'intérêt général ; en vain le duc d'Anjou, les sénéchaux ont invité les ecclésiastiques à montrer plus de patriotisme. (2)

Désormais c'est un franc d'or par feu et par mois qu?il faut au duc d'Anjou; tantôt les Etats acceptent purement et simplement ce chiffre ; tantôt ils adoptent des taxes indirectes dont le rendement est indéterminé, sauf ensuite

(1) Acte du 5 juin 1377, Pierre de Caussargues, jurisconsulte, clerc royal, juge de la cour commune seigneuriale, Philippe Bonimassip, bourgeois, viguier comtal, Véran Pelhier, clerc royal, viguier royal, se trouvant in consistorio curie» les consuls ont demandé à ce qu'on assermenté les vérificateurs des poids et mesures nommés par le conseil, Jean de Saint-Privat, orgier, et Etienne Raoul, marchand. Ceux-ci s'assureront si les mesures ne sont pas devenues petites, ininores, vérification d'autant plus utile qu'il y a longtemps qu'aucune inspection n'a eu lieu à l'hôtel de ville. Les alliélateurs sont admis de suite à prêter serment.

(2) Lettre de l'archevêque d'Arles, camerlingue du pape, du 7 février 1377, n. s.

Conformément à une lettre du duc d'Anjou, se trouvant à Toulouse le 23 janvier 1378, n. s., le sénéchal écrit au juge d'Alais que les prêtres doivent la taille pour les biens non nobles qu'ils possèdent.

Le procureur du roi, Pierre Amelin, transige le 8 novembre 1379 avec Jacques de Serre ou de Lasalle, recteur de l'église de Saint- -Vartin-de-Boubeaux, au sujet des tailles dues à la ville parce prêtre à cause d'une maison qu'il possédait rue Sabaterie et qu'il prétendait franc alleu. A la transaction ne parait qu'un consul, Pierre Patriarche, et deux conseillers. Les témoins sont Etienne Dieude, °u> -Déodat, ou Daude, albergier, et Guitard Bilhot, barbier.

autres lettres du roi, sur la résistance des prêtres à payer les ^Ues, du 7 mai et du 5 octobre 1379,

aux villes à traiter à forfait avec le duc sur la base ci-dessus indiquée. En décembre 1377, les Etats votent cinq francs par feu pour cinq mois ; en mars 1378, ils votent des impôts indirects ; en octobre 1378, ils souscrivent douze francs pour douze mois. A quoi tiennent ces fluctuations ? Y aurait-il quelque antagonisme môme parmi les députés du Tiers-État, entre les partisans de l'impôt direct, et les fervents amateurs des taxes de consommation ? Nous ne pouvons pourtant pas admettre que la majorité se déplace trois fois dans une môme année ; la science économique des députés du XIVe siècle est trop insuffisante ; les députés sont libre-échangistes si les récoltes de leur pays sont abondantes, et protectionnistes forcenés à la moindre crainte d'une disette. Ces variations des édits budgétaires ont une cause plus naturelle; le duc n'a qu'un but, avoir de l'argent pour lui, pour ses soldats à la tôte desquels il a mis Duguesclin depuis juillet 1377 ; mais il sait que la main du fisc paraît moins lourde lorsqu'elle se fait sentir sous plusieurs formes ; on n'a pour deviner la vraie pensée du duc qu'à lire ses circulaires, celle du 24 janvier 1378 adressée à toutes les communes de la sénéchaussée de Bcaucaire(l) ou encore mieux celle envoyée particulièrement aux Alaisiens en mai 1378 (2). Les Etats ont voté en mars certaines impositions sur les denrées alimentaires. Le 1er avril, on publie dans Alais les nouvelles taxes ; la voix du crieur est couverte par les murmures et les huées de la foule ; les riches veulent que nous mourions de faim, s'écrient les exaltés. Les consuls vont trouver le duc d'Anjou, et celui-ci les abonne ; ils payeront dix sous par feu pendant le mois d'avril, et un franc par feu, pendant les mois de mai, juin, juillet, août et septembre. Mais les taxes indirectes sont-elles supprimées ? Pas le moins du monde ! Quelle comédie ! La commune a été autorisée par le duc à se procurer le montant

(1) Hist. de Languedoc, tome X, col. 1602. Mais il faut corriger le titre et mettre : privilèges accordés aux communes de la sénéchaussée de Beaucaire et non de la Province.

(2) Doc. justif. n» XXV.

de l'abonnement en frappant le pain, le vin, la viande ! Le tarif est très clair :

Viande fraîche ou salée, volaille, gibier, -^ ;

Vin vendu au détail, -^- ; vin consommé par le producteur, un demi-franc par muid ; vin vendu en gros, -^ ; vins étrangers, deux francs par muid ;

Pain, trois blanqucs ou un gros par quintal de pain de ménage, et six blanques ou deux gros par quintal de pain vendu dans les boulangeries.

Les hôteliers payeront une demi-blanque par dîner et une blanque par souper qu'ils serviront.

Le tarif, on le voit, est tout à fait antidémocratique ; l'ouvrier qui achètera son pain à la boulangerie paiera deux fois plus que le propriétaire qui a sa provision de blé, et pétrit lui-même son pain ; le malheureux qui achète son vin, carton par carton, paye le quart en sus de la valeur réelle du vin ; celui qui peut acheter en gros, 10 % seulement. Nous n'avons rien à dire contre l'impôt sur les hôteliers, il ne fait que renchérir le prix de la table d'hôte. (1) En octobre 1378 nous assisterons à une opération inverse ; prenons connaissance de la lettre du duc d'Anjou, datée de Toulouse du 8 novembre 1378 :

c Louis.... dans la dernière réunion qui a eu lieu à Tou- » louse au mois d'octobre, afin d'assurer la défense de la » patrie et la continuation de la conquête du duché de » Guyenne, les communes de la sénéchaussée de Beau- » caire nous ont offert, ainsi du reste que les autres séné- » chaussées, un franc d'or par feu et par mois ; désireux a de notre côté de nous montrer gracieux à leur égard, * nous avons déclaré et déclarons que nous ne voulons » pas qu'on prenne jamais prétexte de leur offre actuelle

(1) C'est pour faire mieux ressortir l'énormité de ces taxes que j'ai converti en fractions décimales les chiffres du tarif; mais nos calculs sont mathématiques ; du reste on n'a qu'à refaire les opérations.

Quant au mot blanques, peut-être eut-il mieux valu dire blancs, car en latin on dit obolus albus.

La mesure dite carton est le picher.

» pour porter atteinte à leurs franchises, et aux grâces » qui leur ont été accordées dans les précédentes convo- » cations des Etats h Toulouse, Carcassonne, Narbonne. » Béziers, Nimes, Villeneuve, le Pont-Saint-Esprit, qu'il » serait trop long d'énumérer ici, et dont quelques-unes » sont, par exemple, amnistie de toutes contraventions aux » édits monétaires, égalité devant l'impôt direct des dé- » tenteurs de biens non nobles, obligation pour les offî- » ciers de justice et fonctionnaires royaux de contribuer » aux tailles, autorisation de se procurer les fonds à nous » votés pour la défense nationale par rétablissement de » taxes indirectes sur le vin, les farines, l'huile, la viande, » les cercles, les bois, les draps, etc., etc. » (1)

Et puis lisons le procès-verbal de la séance du conseil municipal du 31 décembre 1378 (2). Soixante conseillers sont présents ; c'est le jour des élections consulaires, mais avant de nommer les électeurs pomclaires, on examine la situation financière. Les bouchers Pons de Ribaute, Guillaume Maliasse, Jean Sabatier, Jean Espagnac ne voulaient pas entendre parler d'un impôt sur la viande ; ils ont été en minorité :

« Attendu que douze francs d'or par feu ont été accordés au duc d'Anjou pour les besoins de la guerre, soit donc un franc par mois h partir de novembre 1378, et que l'acte de concession a réservé aux communes la faculté de se procurer cet argent par des taxes indirectes ;

(1) Arch. munie. d'AIais, liasse XIII, n* 19. Cette assemblée du mois d'octobre 1378 avait échappé aux recherches des historiens. Nous ne donnons que le commencement de la lettre du duc : Ludovicus.,. cum in ultima convocationc facta civitatum senescallia? Bellicadri et Nemausi in Thnlosa per nos vel de nostro mandato mense octobri ultimo lapso super provision*, tuitionc et deflensione patriaï atque continuationc conquestc ducatus Aquitaniœ, prœdictaî communitates dicta? senescallia* B. et N. nobis liberalitcr et animo benevolo obtulerint unuin francum auri pro foco per mensem (durante 12 mensium)... notum facimus que nos volontés dictas communitates predictœ senescallia' favore persequi gratioso eisdem concessimus et concedimus

(2) Arch. munie. d'AIais, liasse XIV, n« 25.

» Attendu que la municipalité a cru devoir établir les taxes ci-après :

Un gros d'argent par quintal de pain fait et consommé dans les ménages ; deux gros par quintal de pain vendu aux boulangeries ; un quart du vin vendu au détail, un demi-franc par muid de vin consommé chez le producteur par lui et sa famille, un sou par livre du prix de la viande fraîche ou salée, etc. ;

» Attendu que le duc d'Anjou avait autorisé une taxe double sur la viande, deux sols par livre ; et que néanmoins les bouchers continuent à protester, disant que la ville doit recourir à un emprunt pour payer les 12 francs d'or ; » Le Conseil, à la presque unanimité, autorise les consuls à passer outre ; ces taxes seront affermées au plus offrant, et s'il n'y a pas preneur, la perception en sera faite par un régisseur municipal. Le produit de ces taxes sera affecté à la. garantie de l'emprunt que pourrait faire la ville afin de s'acquitter des douze francs d'or par feu dus au trésor royal. Si par hasard Tindiction de ce franc d'or par mois était supprimée, les taxes ci-dessus cesseraient aussi, «fcfFermées ou non affermées. »

Les bouchers eurent beau continuer à crier, à protester; les taxes subsistèrent.

Pendant l'hiver, et surtout pendant le carême, les murmures augmentèrent ; dès que les boucheries furent ouvertes, à Pâques, les bouchers manœuvrèrent de façon à grossir le nombre des mécontents (10 avril 1379). Enfin Forage éclate.

Trois cents individus vont trouver les consuls, les viguiers, les forcent à saisir ce qui se trouve dans les maisons d'habitation de ceux qui ont été à la tête de la commune et de ses finances dans ces dernières années. On envahit les boutiques de Sauveur Pelet, de Michel Bonier, de Jean Miment, d'Etienne Ruffi, d'Etienne de Suéjols, de Bernard d'Alayrac, etc., etc. ; on fouille leurs caves, leurs greniers ; on apporte toutes ces provisions au marché, on les met en vente à des prix dérisoires.

La justice arrête les principaux meneurs ; Sauveur Pelet, Etienne de Suéjols ont envoyé prévenir le comte, leur

ami, de ce qui se passe ; les émeutiers ont oublié qu'en ne pas respectant la sauvegarde royale dont jouissent les consuls, ils ont encouru la peine de mort, châtiment réservé aux crimes de lèse-majesté ! L'exécuteur des hautes œuvres du comte est prêt à faire son métier. Les autorités locales d'autre part ont manqué de fermeté, en se mettant à la remorque des révoltés ; outre les peines personnelles qu'elles méritent, la ville est menacée de voir ordonner la suppression de son consulat ; déjà les scellés ont été posés à l'hôtel de ville !

Le procureur du roi dans la sénéchaussée de Beaucaire est à Alais le 8 novembre. Le juge des crimes l'accompagne.

C'est le duc d'Anjou qui doit établir les responsabilités de chacun ; il est à Paris, mais il va venir, d'autant que ce qui s'est passé à Alais n'est rien auprès de la révolte des habitants de Montpellier.

Le duc arrive à Avignon au commencement de janvier ; vers le 17, il se rend à Nimes et de Nimes à Montpellier où il consent à signer une amnistie au profit des Alaisiens.

« La populace a été de bonne foi ; elle n'a pas pris les » armes, il n'y a eu ni mort ni blessé grièvement ; tout se » réduit à des pertes matérielles toujours réparables ; les » émeutiers ont cru que l'hôtel de ville était un repaire » de voleurs ; exaspérés, dans un moment de colère, ils

> ont violé la propriété d'autrui, il n'ont pas respecté la

• sauvegarde consulaire ; ils ont commis le crime de lèse-

> majesté. Mais les consuls eux-mêmes, des amis de ces » coupables, des personnes étrangères môme nous ont » demandé grâce pour eux ; une série de mauvaises ré-

• coites les a poussés à se révolter, en voyant leurs char- » ges augmenter à mesure que leurs ressources bais- » saient ; nous pardonnons, sous réserve des droits des » tiers lésés » (1).

(1) Arch. nationales JJ. 118, n» 326. Le texte a été donné par les nouveaux éditeurs de VHist. de Languedoc, tome X, col. 1630.

Dans l'intervalle entre l'émeute, Yensul, en langue vulgaire, et l'amnistie. Guillaume Rogier, depuis quelque temps indisposé, avait cédé la comté d'Alais à son fils, Guillaume Rogier, comte d'Alais, vicomte de Turenne ; en voyant s'effondrer tout ce qu'il avait fait en vue d'apaiser les haines des pauvres contre la classe riche, il s'était décidé à ne plus se mêler de la politique de ce pays ; d'un autre côté son procès contre Bernard Pelet n'avait pas eu l'issue qu'il attendait; Charles V avait continué à croire à la fidélité de l'ami de Perrotde Galard (1).

L'ensul avait eu un résultat plus important, plus inattendu; la bourgeoisie, craignant de nouveaux mouvements insurrectionnels, s'était tenue à l'écart des élections, et une municipalité à allure populaire avait pris possession de l'hôtel de ville. Les quatre consuls de 1380 sont le tailleur Pierre Ayraud, le forgeron Arnaud Bruguière, l'aubergiste que nous avons vu se défendre au tribunal de simple police, et un petit marchand de mercerie, Jean Glanière. Le nouveau comte d'Alais aide ces parvenus autant qu'il le peut. Le conseil municipal a délibéré le 30 avril 1380 d'émettre un emprunt de 300 à 400 livres. Le comte avance cette somme, et lui-même vient la remettre Sku clavaire (11 juin 1380).

La Royauté reconnaît que le meilleur moyen de pacification des esprits est le rappel du duc d'Anjou ; dès le moment que Nîmes, Alais, Montpellier, le Puy, et tant de localités se sont révoltées, c'est que le duc a abusé de son autorité. Pour défendre le pays contre les Compagnies, Duguesclin suffit ; malheureusement ce grand capitaine trouve la mort devant Châteauneuf-de-Randon. Quelques semaines après, c'est le roi lui-même, Charles le Sage, qui disparaît. (16 septembre 1380).

(1) Hist. de Languedoc, tome X, col. 1626. Le Roi, en Juin 1379, autorise la construction du château de Bouquet, à condition que ce château sera sous la haute juridiction de « notre ami et fidèle Bernard Pelet. »

Le nouveau comte d'Alais apparaît dans un acte du 10 janvier 1379 (1380) ; son père mourut à Cornillon, le 4 mars 1380.

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