‹ Histoire de la ville d'Alais de 1341 à 1461Chapitre 8 sur 52 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La vie politique de f 380 à. f 400.

Les Tuchins. - Une grosse amende. - Le vicomte de turenne et sa petite-fille.

1380-1382 Charles V, sur le point de mourir, ordonna la suppres- . sion des aides et fouages imposés pour la guerre. Quelle imprudence ! Les Anglais, les Compagnies n'avaient pas disparu du royaume ; dans nos parages notamment, les bandes de Pierre de Galard, de Bertucat d'Albret occupaient le Gévaudan, et poussaient des pointes jusqu'en Languedoc. Charles VI n'avait pas encore reçu l'onction royale que Cariât, racheté déjà deux fois, retombait entre les mains des routiers. Les oncles du jeune roi eurent donc raison de considérer les promesses de leur frère comme irréalisables, et les fonctionnaires royaux agirent sagement en demandant au pays des subsides. Il y eut à cet elTet une assemblée des trois états de la sénéchaussée convoquée à Alais au milieu d'octobre tt). Les consuls de

(1) Nous donnons les extraits dos comptes Ni mois qui intéressent l'histoire d'Alais et justifiant notre reVit :

10 octobris tliSft. solvi Stephuno I ton audi qui irit cum Raimutido Poncii npud Alcstum% i/ni,i dominas seuescallus mandarerat dominis consuhbusquod casent im rfiofo loco,ubi fuit consù hum convocatum cum cccIcsïa et n<>bilibus.

6 novembns /,'î.sV. oonrooa/o consilio de nocte, quia dominus dux Ande<ixvensis. ut gubernator. uAserat suas litteras dansas que solvetur dtetum subsidium.

ti decemhns f;î*i.... d^mtnus se^\es*\diux mandaverai dominis ronsuhbus quod accédèrent Ad dieux yre^ntem in dicto loco Sancti Spiritus />»v habeudo collx^quiutn cum tribus statibus *uper ijubernattone patrie ubi stetit per sep te m die* eundo,

Nimes, qui voulurent s'insurger contre les décisions prises, furent mis aux arrêts par ordre des Réformateurs (4 novembre 1380) ; y restèrent-ils longtemps ? Nous ne le croyons pas, car le surlendemain, le conseil municipal se réunit de nuit ; une lettre du duc d'Anjou, ut gubernator,

stando et reddeundo.

i" januarii 1380 (1381), apud Sumidrium,.. super eo quod erant ibi per assignationem très status communitatum senescallie Bellicadri, videlicet ecclesia, mobiles et communitates super eo quod petebatur fieri provisio pro sex rnensibus, de certa causa, nec non quia cum fuerunt in dicto loco Sumidrii, dominus tenescallus non volebat tradere certas litteras quod impositiones et gabella rêver terentur.

15 januarii 1380 (1881), apud Carcassonam... consilium ubi esse debebant très status trium senescalliarum9 neenon et pro intimando dominis refformatoribus appelationem redditam in Sumidrio super facto gabelle et aliarum impositionum.

A la suite, le registre RR n* 3 donne les comptes de 1381, et non de 1382 L'année consulaire commença le 4 mars 1380 (1381), les consuls avaient été installés le 3 mars. Le clavaire de 1380 avait été Guillaume Silvestre ; celui de 1381 fut Bernard Grenon. Les comptes de l'un et de l'autre n'ont pas été reproduits intégralement par Ménard. Ceux de Silvestre sont excessivement intéressants. Ainsi quiconque étudiera le cours des monnaies devra les compulser. Le 11 novembre 1380, dit-il, j'avais versé dans ma caisse neuf francs d'or que j'avais cru valoir seize gros et demi ; mais le receveur n'a voulu les prendre qu'à 16 gros pièce ; je me suis adressé alors à quelqu'un qui m'a offert en blanques seize gros et une blanque ; je n'ai donc perdu que 2 patacs sur chaque franc. En effet, nous savons que le demi-gros vaut six patacs, et un patac vaut deux deniers, 6 X 9 = 54 patacs = 108 deniers. Mais si quelqu'un me donne de chaque pièce 16 gros et une blanque, les neuf blanques me feront 72 ; je ne perdrai donc que la différence 108-72 = 36 deniers = un gros et demi. — Une autre fois j'avais pris quatre florins de la chambre, dits florins génois, croyant qu'ils valaient 15 gros pièce, le receveur du subside n'a voulu les accepter que pour 14 gros et demi ; alors quelqu'un m'a dit qu'il me donnerait en blanques, par florin, 14 gros 2 blanques ; j'ai accepté et n'ai perdu en tout que 4 blanques, à raison dune blanque par pièce. — J'avais pris 72 crozats du pape Clément, à raison de 13 patacs pièce ; quand j'ai voulu les convertir en blanques, on n'a voulu me donner que 25 deniers par crozat; perte sèche, un dénier par pièce, soit 72 deniers ou 3 gros. — J'avais encaissé 12

comme gouverneur du royaume, venait d'arriver, enjoignant de payer le subside, subsidium. La résistance devenait criminelle. Pourtant les dernières paroles du feu Roi, tenues d'abord secrètes, commençaient à être exactement connues ; presque aussitôt après le sacre, une bande d'ouvriers Parisiens avait réclamé, les armes à la main, l'abolition complète des impôts ; le 30 novembre, on recevait à l'hôtel de ville de Nimes, un mot de P. Ameli, procureur royal de la sénéchaussée de Deaucaire, portant qu'il venait d'ouïr lui-même dans les rues de Paris l'ordonnance conforme aux revendications des émeutiers. Immédiatement à Nimes, à Alais, fêtes, processions en signe de joie, quia dominus noster rex annulaverat omnes impositioncs et subsidia in toto regno (décembre 1380). On comprendra maintenant le désappointement des Alaisiens en voyant arriver, en janvier suivant, trois commis du trésorier royal pour recouvrer 215 livres, arrérages échus, disaient-ils, d'un subside de deux francs d'or par feu ! Ces trois employés s'installent à l'auberge, y vivent largement, et las enfin d'attendre, retournent à Nimes, après avoir averti l'hôtelier ahuri de faire régler la note à la recette municipale ! Le receveur se contenta douce-

francs d'or, en les évaluant 1G gros et demi pièce ; Firmin Puget n'a voulu les accepter qu'à 10 gros ; quelqu'un m'a offert en Manques de les prendre à 16 gros G deniers ; ça réduisait ma perte de moitié ; j'ai donc perdu douze fois six deniers, soit trois gros. — Sur quatre francs d'or, j'ai perdu également un gros. — De môme, une autre fois j'ai perdu sur 9 francs de crozats, croyant que le crozat valait 13 patacs, neuf deniers. — Pour changer cinq florins de la reine en blanques, on m'a pris un patac pièce, j'ai perdu donc cinq patacs. — Sur deux florins d'Aragon que j'avais pris pour 11 gros au lieu de 10 gros chacun... — J'avais pris des florins de la reine pour 12 gros et demi, on les a admis pour 12 gros 6 deniers seulement pièce... — Ainsi le gros = 2 sous= 12 patacs =24 deniers = 3 blanques ou oholos alhos. 11 résulte de ces comptes que tantôt la monnaie d'or fait prime, et tantôt c'est celle d'argent. Ainsi une fois il avait 11 fr. en or, on ne voulut que des blanques. Il a parfois besoin de menue monnaie ; j'ai acheté, dit-il en août 1380, et fait porter d'Avignon cent deniers petits ; agio et transport, cela m'a coûté 6 gros et demi de perte sèche.

ment de lire à l'aubergiste la lettre précieuse déposée à l'hôtel de ville : « Mandement royal du 25 décembre 1380... » Notre père, dont Dieu aitTâme, le 16 septembre 1380. a * ordonné que les fouages soient abattus, et tous les arré- » rages qui peuvent en être dus remis, donc... » Les consuls écrivirent au sénéchal, envoyèrent à Pons Guiraudel, avocat, une procuration pour contraindre le trésorier royal à les laisser tranquilles conformément au mandement royal. Guiraudel alla chez le trésorier; on ne lui dit rien (5 février 1381). Que dis-je, les commis revinrent avec la force armée, emprisonnant les consuls, faisant main basse sur ce qu'ils avaient chez eux....! Que faire ? Un autre courrier avait apporté une nouvelle encore plus décourageante : la nomination de Jean, duc de Berry, comte de Poitiers, comme lieutenant de Languedoc. Nommez qui vous voudrez, écrivit de suite au Roi le comte de Foix, sauf Berry. Les t princes des fleurs de lys * qui avaient capitulé devant les Parisiens, devinrent furieux en lisant cette protestation énergique et lière. Berry manda à son beau-frère le comte d'Armagnac : t Toutes ces récrimi- » nations toulousaines ne serviront à rien ; ma nomina- » tion est officielle, certaine ; à bientôt. Le jour ou le len- » demain de ma nomination, le Roi ordonna que les aides » cesseraient. Cette inconcevable décision m'a forcé à » retarder mon départ pour le Midi. J'ai vu heureusement » à Paris des députés des gens de Languedoc, qui ont » consenti quand même à la levée des aides de façon à » avoir une armée de 4000 hommes d'arme.s et 2000 arba- » létriers. Dès que j'aurai de l'argent, vous verrez vite » arriver mes troupes (18 février 1381). »

Mais ces gens avaient-ils réellement qualité pour engager les finances provinciales ? En tout cas on marchait à la guerre civile, et dans des conditions épouvantables.

Le 26 février, les Nimois préviennent Alais et Anduze de faire bonne garde ; dix jours après ils croient encore la ville d'Alais fortement menacée (1). Fin mars les Alaisiens

(1) ? mars, l'hôtel de ville de Nîmes est sous scellé à la requête de

informent à leur tour les- Nimois qu'une bande qui est près de Vallon, à Sampzon, a passé TArdèche, ayant l'air de se diriger vers la vallée du Gardon ; des espions leur apportent bientôt des nouvelles moins alarmantes ; cette

Geoffroy Paumier. Mise en vente par autorité de justice le 4 avril.

10 martii 1381, solvi et tradidi Petro Ponchuti et Petro Rosseli, capitaneis, ...pro mittendo duos exploratores apud Ucetiam, Alestum, S. Ambrosium, S. Spiritum et Balneolas... quia dicebaturpublice quod gentes armorum erant circumcica patriam.

23 martii 1381, solvi Petro Brosse misso apud locum de Calmeta pro... explorando ubi erant gentes armorum quia ut dicebatur, prope erant.

28 martii, solvi pro cera rubea ad sigillandum quinque litteras clausasper ... capitaneos, missas apud Ucetiam, Balneolas, Aiestumt Andusiam et Salvium pro sciendo ubi erant gentes armorum. Item dicta die solvi nuncio misso... apud Alestum, Andusiam et Salvium.

. 1 aprilis, solvi Guillelmo Lauterii de Alesto, qui portaverat quandam litteram clausam ex parte consulum dicti loci, continentem in effectu quod gentes armorum que erant allotgiate in loco de Chaprone, volebant venire in partibus istis pro accipiendo aliquod fortalicium in partibus istis.

Pour s'assurer que c'est bien le compte de 1381, on n'a qu'à voir la dépense faite la veille des Rameaux. Pâques fut le 14 avril 1381.

9 aprilis, solvi messatgerio Montispessulani... magna quantitas gentium armorum venerat prope locum Bitteris, et quod erant intentionis venire in partibus istis pro accipiendo aliquod fortalicium.

Réunion des trois états de la sénéchaussée de Beaucaire à Montpellier (22 au 25 avril 1381).

23 aprilis, solvi... misso per dominos consules apud locum de Calmeta pro explorando si erat verum quia dicebatur quod gentes armorum erant allotgiate in dicto loco S. Genesii de Medioguoto.

Pendant les mois d'avril et de mai, on fit sentinelle à la Tourmagne et au clocher.

Le 2 mai, Pierre Aymeric, licencié ès-lois, apporta aux Nimois une lettre du duc de Berry.

9 madii, solvi Raymundo Salvatge de Alesto, qui portavit quandam litteram clausam ex parte consulum Alesti continentem quod gentes armorum veniebant in partibus istis, et quod fieret berna custodia.

13 madii, solvi... de Gualazanicis... quod gentes armorum, que

bande a gagné le Rhône du côté du Pont-Saint-Esprit ; le 9 mai, les Alaisiens engagent quand même la ville de Nimes à faire bonne garde, les nouvelles reçues des environs étant très mauvaises.

Gomment dans de pareilles transes opérer le recouvrement d'un impôt quelconque? Les caisses municipales sont toujours vides ! Le 10 juin, les Alaisiens négocient un emprunt avec Jean Colombier, de Montpellier, un allié de la famille Scatisse, montant à 410 livres. Le 26, le conseil invite les consuls à poursuivre devant le Parlement de

de presenti intrent présentera patriam erant intentionis accipere aliquod fortalicium in ista patria... Item nuncio de Ucctia quod gentes armorum in magna quantitate veniunt cum intentione accipiendi aliquod fortalicium in presenti patria.

16 madii, payement des consuls qui sont allés a une réunion des trois états de la sénéchaussée à Montpellier ; on envoya avec le consentement du sénéchal, au comte d'Armagnac, un résumé des délibérations. Le comte de Foix de son côté avait convoqué les députés des trois sénéchaussées à Mazères. Le 25 mai, Louis du Pont et le secrétaire du vicomte de Tu renne vinrent d'Alais à Nimes et allèrent loger à l'hôtel du Paon. Le 20 on avait écrit à Anduze ; on prétendait que les gens d'armes étaient vers Saint-Jean-du-Gard et vers Lézan.

26 madii, ...gentes armorum erant allogiate in locis de Calme ta et de Rover ta.

6 junii, ...dicebatur quod gentes armorum erant allogiate in loco de Calmetaf et de Roveria vénérant apud Cavayracum.

Le 1 juin 1381, la ville de Nimes envoie Guillaume de Candiac, médecin, à Alais prier le vicomte de Turenne de prêter aux Nimois trois cents francs, tam pro viagio Francie quampro aliis negociis.

Le 7, une autre personne retourne à Alais pour probablement remettre au vicomte l'acte de prêt dûment signé.

1 juillet, proposé d'envoyer une ambassade au duc de Berry qui se trouve à Castres.

3 juillet, emprunt pour un troisième voyage auprès du comte de Foix.

24 juillet, emprunt pour aller à Carcassonne où le duc de Berry a convoqué les Etats.

22 septembre, emprunté pour aller à Mazères où le comte de Foix a convoqué les communes, de la volonté du duc de Berry, et avec son sauf-conduit.

4 octobre, emprunté pour aller voir le duc de Berry à Capestang.

Paris la restitution des sommes versées à Nimes, et à mettre en cause le trésorier lui-même comme légalement responsable des agissements de ses commis. Les finances de la ville de Nimes ne brillent pas davantage ; le 1er juin, le médecin Guillaume Candiac est venu à Alais prier le Vicomte de Turenne de prêter aux Nimois 300 francs.

Ces quelques détails suffisent pour donner au lecteur une idéo de ce que fut Tannée 1381. Tiraillés d'un côté par le comte de Foix, de l'autre par les officiers du Roi ou du duc de Berry, convoqués continuellement à des Etats dont les votes sont contestables, tellement sont nombreuses les abstentions plus ou moins volontaires, beaucoup commencent à se désespérer (1). Du jour où le comte de Foix a déclaré, nonobstant les dernières volontés du feu Roi, que la gabelle devait subsister, il a perdu beaucoup de son prestige ; dès lors les bourgeois, se méfiant du duc comme du comte, forment un troisième parti ayant pour programme le rétablissement de l'antique liberté du pays. Enfin ne négligeons pas un quatrième parti, celui des crève-de-faim.

En août, les troupes du comte de Foix ont le dessus ; en novembre, les mercenaires génois du duc, commandés par Conrad Grimaldi, défont les troupes des communes. Louis Grimaldi, parent de Conrad, s'empare de la tour de Boucoiran (décembre 1381).

Les comptes du receveur municipal de Nimes de la fin de 1381 ne nous sont pas parvenus; ils nous eussent servi à démêler les intrigues et les péripéties de toutes ces luttes. Ainsi en septembre, il y eut un rapprochement entre le comte de Foix et le duc ; les négociations traînèrent cependant encore trois mois, malgré tous les efforts du cardinal d'Amiens, Lagrange. Lorsque l'accord fut définitif, le duc de Berry convoqua k Béziers les nobles, le clergé et les communes dos trois sénéchaussées (2).

(1) Ainsi en novembre 1380, convocation à Montpellier ; en décembre, au Pont-Saint-Esprit; en janvier 1381, à Soinmicres, puis à Carcassonne, etc., etc.

(2) A. M., liasse XIII, n° 24. Le duc de Berry expose qu'il a con-

Le duc de Berry, ainsi que ses représentants (le cardinal d'Amiens, le comte de Sancerre, Simon Cramaudï s'engagèrent à racheter les forteresses occupées par les Routiers, à obtenir d'eux la mise en liberté, sans rançon, des prisonniers, des femmes qu'ils avaient enlevés.

Les députés de leur côté promirent de payer en avril et mai au plus tard un franc et demi d'or par feu. Pareil subside, avait dit le duc pour leur arracher ce vote, a été accordé à la Royauté dans toutes les provinces françaises, môme à Paris. Une fois nanti de ce subside, il s'engageait à ne pas faire d'emprunt forcé. Los nobles, les monétaires et autres officiers royaux devaient payer comme tout le monde, les ordonnances royales a ce sujet étant formelles. Afin de faciliter la levée de cet impôt, il était défendu aux juifs de réclamer pendant ces deux mois les créances qui leur étaient ducs, et le taux d'intérêt ne pouvait dépasser, par semaine, deux deniers par livre, presque 50 % par

voqué les députés pour le 26 janvier 1382 ; la session a duré jusqu'au 20 mars, date de sa circulaire résumant les votes. Les villes ayant député sont toutes désignées dans la copie de cette ordonnance envoyée aux Alaisiens, le 5 avril 1382, par le bailli de Montpellier. Je note les villes de, Carcassonne, Limoux, Péziers, Albi, Trèbes, Saint-Thibéry, Mèze, Saint-Pons-de-Thomièrcs, Montagnac, Ouveillan..., Nimes, Montpellier, Bagnols, Marsillargues, Massillargues, Sauve, Ànduze, Calvisson, Beaucaire, Lunel, Sommières, Marguerittes, etc., etc. Les députés d'Alais sont Bernard Monteils, consul, et Jean Pouget, licencié es-lois; ceux de Nimes, Raimond Pons, licencié ès-lois, et François Molézan.

Nous nous dispensons de transcrire les dispositions habituelles : suspension pendant ces deux mois de tous commissaires ou réformateurs, sauf ceux qui s'occupent des revenus du domaine royal proprement dit ; obligation d'employer, pour poursuivre les retardataires, les sergents du pays ; et à leur défaut, si l'on a recours à des sergents étrangers, les actes des poursuites ne peuvent être grevés d'aucun coût de transport, d'aucune indemnité de déplacement.

11 importe de noter une clause qui a pour but de valider les versements exigés indûment par les agents du roi depuis la mort de Charles V ; ces payements, dit la circulaire, opérés par les communautés, conserveront leur validité !

an (1). Ce taux était le même que celui édicté par Philippe- Auguste, dans une ordonnance de septembre 1206. Enfin, les villes avaient le droit, si le duc ne tenait pas ses engagements, de porter plainte au Roi.

Le duc de Berry entama alors, en présence du Pape, des pourparlers sérieux, avec les capitaines des Routiers ; ceux-ci, à la mi-juin, acceptèrent de vider les lieux, de remettre les forteresses qu'ils occupaient au Vicomte de Turenne si on leur comptait 40000 francs d'or. Evidemment la taxe votée à Béziers suffisait ; il y avait plus de 26666 feux dans les trois sénéchaussées, ce qui à un franc et demi par feu donnait 40000 francs ; mais à Béziers on avait stipulé que les villes ne seraient pas solidaires les unes des autres, et quelques-unes ne se hâtaient pas de verser leur quote-part. C'est pour sortir de cet embarras que les députés des communes se réunirent à Avignon ; le duc leur donna des détails précis sur le nombre des bandes, leur effectif, la somme réclamée par chaque capitaine. Le chiffre de 40000 francs parut à priori acceptable ; les députés demandèrent cependant un délai d'une quinzaine de jours pour revenir nantis de pouvoirs en règle les autorisant à accepter à forfait un engagement ferme minimum de 40000 francs. Les communes qui avaient déjà payé leur quote-part de l'impôt voté à Béziers, n'avaient qu'à compenser cette somme avec celle leur incombant dans les 40000 francs. Les Alaisiens n'entendirent pas de cette

(1) Nous avons vu dans notre précédent volume, les Lombards tomber, en 1299, dans les mêmes abus u suraires que les Juifs. En 1306, lorsque les Juifs durent s'exiler, les Lombards, débarrassés de leurs concurrents, se montrèrent si rapaces qu'on en vint à regretter les Juifs. Dès 1315, les Juifs obtinrent des permis de séjour temporaire. Mais en 1348, au temps de la peste noire, ils furent de nouveau bannis ; la plupart se réfugièrent auprès des Papes, à Avignon. Charles V, pendant la captivité de son père, leur octroya l'autorisation de rentrer en France, et une fois roi, il se montra très tolérant envers eux. En 1372, c'est un juif nommé Israël qui, à Nimes, vend au greffier le registre destiné à l'insertion des actes judiciaires. En 1383, un juif nommé Bonnizas prête à la ville huit francs.

oreille ; ils prétendirent premièrement que les délibérations des Etats tenus à Béziers n'avaient pas été libres, et étaient nulles, ce qui entraînait la nullité des accords faits à Avignon, les 40000 francs étant l'équivalent de la taxe d'un franc et demi par feu ; secondement que le contingent do la ville avait été mal calculé, le nombre des feux de la ville étant bien moindre que celui figurant dans l'état remis au trésorier (actes du 21 août et du 9 septembre 1382). D'autres difficultés accessoires avaient surgi. Les notaires ne voulaient pas payer l'impôt commun dès le moment qu'on leur réclamait individuellement un marc d'argent par étude. Les bourgeois royaux, les gens d'église, les nobles étaient systématiquement hostiles à l'égalité devant l'impôt proclamée à Béziers. Les nobles conseillèrent aux paysans de faire comme eux ; les paysans eurent la naïveté de les écouter. Les habitants de la ville, plus intelligents, s'opposèrent de toutes leurs forces à ce mouvement révolutionnaire. Ils murèrent les portes, sauf celles de la Roque et du Pont-Vieux qui furent munies de trois serrures chacune, et dont on confia les clefs à trois personnes honorables. De plus ils fournirent des vivres et des munitions aux troupes régulières envoyées contre les révoltés, aux soldats de Jean de Bucy, à la compagnie d'Antoine Scatisse. Ce fut à Alais qu'en septembre les Etats de la sénéchaussée se réunirent pour fixer le montant du subside nécessaire à la solde des troupes opérant contre les Tuchins (1). Preuve évidente de la non complicité de cette ville.

(1) Quelques dépenses de la comptabilité municipale de Nimes de 1383 se réfèrent à cette assemblée :

20 février 1383, payé à Godomar Claret et Bermond Savaric, envoyés à Alais lorsque le conseil des trois états y fut convoqué

8 août 1383, payé cinq gros à Guiraud, d'Alais, sergent envoyé pour excuser la ville pro certis denariis accomodatis apud Aiestu m per dominum Godomar Claret et Bermond Savaric qui fuerunl apud Alestum ad consilium, et qui quittèrent leur hôtel sans payer. Etienne Someirol, l'hôtelier, réclame encore le paiement de la note en décembre 1383.

17 décembre 1383, Stephano Someyroni, hostalario Aletti, pro

1383 Une amnistie est proclamée. (8 mars 1383 n. s.) Les

prisonniers sont mis en liberté, chaque Tuchin autorisé a retourner sans crainte dans son village, dans sa maison, à la seule condition de déposer les armes; le dernier délai accordé aux insurgés expire le 24 juin. La plupart n'attendirent pas ce moment, s'étant aperçus que les nobles les lâchaient. Les autres, ne comprenant rien à ces capitulations, englobèrent alors dans leur vengeance tout le monde; plus audacieux que jamais, ils osèrent s'emparer du château de Vézénobres (lin mai 1383) (1). Enguer-

expensis per dominos Godemarium Clareti et Raymundum Sararici in ejus domo fuctis Alesto ad consilium illo lune tenutum cum episcopo Agenensi.

(t) Le compte des recettes et des dépenses des consuls de Nimcs pour l'année 1383 commencent au 2 février 1382 (1383). Ménard en a publié quelques extraits ; il a omis tout ce qui concerne les recettes.

Ainsi l'encan avait été adjugé 31 livres ; mais ce fut saisi par le seigneur de Curciaco ? qui prétendait avoir re<;u une délégation de 500 livres sur la recette municipale de Nîmes, à l'époque où Duguesclin combattait les Anglais dans le Gévaudan.

Le courtage des immeubles rapporta 12 livres ; celui du vin, rien du tout, propter tribulutionem postiferam qwe fuit in patria in hoc anno; celui des animaux, rien non plus, les étrangers n'osant venir au marché de Ninies.

Les herbages ne produisirent pas grand chose ; Bertrand Raynard, chevalier, seigneur de Savagnargues, fut le seul qui paya quelque chose.

Les consuls élus suivant l'usage le jour de Carême entrant, ne furent installés que le dimanche î) février 1383, n. s.; à cette occasion il y eut grande fête avec ménestrels qui accompagnèrent la nouvelle municipalité depuis la place jusqu'à l'hôtel de ville. Deux des nouveaux consuls partirent immédiatement pour Paris, avec leur collègue d'Uzès ; ils passèrent par 8aint-Gilles, remontèrent le Rhône jusqu'à Avignon, lieu où les députés s'étaient donnés rendez-vous ; on crut prudent de les escorter, tellement on avait peur des gens d'armes. Les députés de Nimes ne revinrent que la veille de la Pentecôte ; cette longue absence causa des inquiétudes. A peine de retour de Paris, Pierre Roussel alla avec quelquesuns de ses collègues à Avignon.

Que d'ambassades pendant l'année! La plupart ont trait à l'accord que la sénéchaussée est désireuse de voir aboutir, et pour lequeLIe Pape et autres seigneurs du Conseil royal tiennent tant de

rand d'Eudin arriva, bien décidé à nettoyer le pays ; il bloqua les insurgés. Les Tuchins se voyant sans espoir sautèrent par dessus les murailles ; on en prit seize qui furent pendus aux avenues de la ville ; quatre notamment aux portes d'Alais.

délibérations à Avignon, et ensuite à Nimes à partir du 24 février.

Le 5 mars, l'entente semble assurée ; Guillaume Candiac, médecin de Nimes et Sauveur Pelet d'Alais ne plaignent pas leurs peines; mais les gens d'armes font tout ce qu'ils peuvent pour faire avorter cet accord.

Le 8 mars, on écrit aux habitants de Saint-Gervasy et de Bellegarde de faire bonne garde ; le 17 mars, on informe le cardinal d'Albano que le seigneur du Caylar a occupé avec sa bande Clarensac, que Mondonet de Prohins s'est installé à Lédenon ; le 26 mars, nouvelles lettres aux cardinaux d'Albano et d'Amiens, au patriarche d'Anttoche, ; gentes armorum non cessabant currere et perturba.ba.nt accordum factum. Pendant tout le mois d'avril, au mépris de l'accord intervenu, ces bandes ne cessent de commettre des actes de brigandage. Lédenon sera encore en leur pouvoir pendant longtemps. Le 16 avril, Rossignol, employé de la mairie, est tombé entre leurs mains.

Le 16 mai, on signale aux cardinaux et au patriarche d'autres méfaits de ces bandes. Personne n'ose aller en voyage.

Le 4 juin, le sénéchal se trouvant à Vézénobre, et ayant pris probablement quelques mesures pour intercepter toutes communications entre Vézénobre et les villages des environs, la municipalité nimoise lui écrit. Le 21 août, la ville payera sept livres pour salpêtre envoyé au sénéchal traquant les Tuchins à Vézénobre.

Le 4 juin, visite du seigneur de Budos et de Bertrand Raynard, et du sénéchal.

Le 25 juin, on établit une sentinelle sur le clocher, quia dubitabatur de gentibus armorum.

Le 28 juin, on envoie quelqu'un à Berrias pro explorando quia dicebatur quod Anglici descendebant hue.

Jean Gonort assiégeait Sampzon ; le 2 juillet on charge Bauduche Macachie ou Matathie d'aller à Arles chercher des recrues pour les conduire à Jean Conort. Jean de Bucy avait amené à Sampzon le contingent Nimois. Antoine Scatisse, le 28 juillet, conduisit un autre renfort à Sampzon.

5 juillet, envoyé à Sernhac; le bruit courait que des gens d'armes, retournant de la Provence, venaient en Languedoc.

13 juillet, c'est à Lunel et à Montpellier que le messager va, parce qu'on prétendait que les gens d'armes étaient à Grabels.

16 juillet, diner offert au juge ordinaire; 20, à l'évêque d'Agen et

Le duc de Berry était à Paris. Le Tuchinat vaincu lui parut une superbe occasion de battre monnaie. Le 14 juillet les consuls exposèrent au Conseil qu'ils avaient reçu des lettres scellées du sceau secret en cire rouge invitant la ville à se faire représenter à la diète des communautés de Languedoc convoquées à Lyon, pour la Madeleine. Le roi avait recommandé de donner aux députés un mandat très large, le but de l'assemblée devant être la pacification du pays. Lo conseil municipal d'Alais nomma, comme celui

à Jean Conort.

23 juillet, payé à Jean Roussel ou Rossel, dit Delacroix, pour plusieurs services rendus par lui contre les Tuchins pendant 44 jours.

Voici le moment où le fameux Conseil royal va se tenir à Lyon le 22 juillet, les consuls de Carcassonne sont de passage à Nimes ; le 23, ceux de Montpellier; ceux de Toulouse sont les plus retardataires ; les Nimois partent le 24. Tous sont porteurs de lettres de sauvegarde.

Jean de Bucy partit fin juillet pour Paris, car le Parlement allait s'occuper des procès de la sénéchaussée.

28 Juillet, envoyé à Besouce où l'on disait qu'il y avait des gens d'armes.

18 août, solvi misso ad executandam villam pro subsidio Lunelli concorda to unius franci pro foco,

8 septembre, envoyé au bâtard deTerrides et à Jean Ysalguier, stationnant avec leurs troupes à Besouce, du pain et du vin pour les détourner de faire des dégâts dans la campagne.

17 septembre, vin offert aux capitouls de Toulouse, aux consuls de Narbonne, à leur retour de Lyon.

6 octobre, vin d'honneur ofTcrt à... Pierre Aimeric, et au châtelain d'Aiguesmortes, generalibus super facto juvaminum regiorum in lin g un occitana.

30 octobre et !•' novembre 1383, envoi au sénéchal qui fait le siège d'un petit village près «l'Aix, de soldats, de caisses de viretons, de pavois, etc.; notez que dès le 21 août, on lui avait expédié deux barils de salpêtre pour les bombardes, sans compter une autre expédition du 15 juillet.

Le 28 juillet, une procession avait été faite pour que hieuadjuvaret domino sencscnllo i)i pououdo svdnn à Alnitsun.

2 décembre, fait bade sur la Toiirmagne quia Moudonus de Prohinis erat in loco Sancti Quintiiù, et heri currerat in territorio Nemausi.

de Ni me s, deux députés, Etienne Lozeran, consul, et Pierre de Caussargues, jurisconsulte. « Ils se comporteront comme les autres représentants notables des sénéchaussées », porte leur mandat.

Les députés Alaisiens assistèrent à toutes les séances tenues devant le chancelier de France et autres gens du roi; ils virent Jean Chauchat, bourgeois de Clermont- Ferrand, trésorier de la sénéchaussée de Beaucaire, qui les accompagna lorsqu'ils allèrent demander, le 22 août, une ordonnance en forme de taxe pour se faire payer leurs frais de déplacement par toutes les communes reliées sur les rôles royaux à la ville d'Alais. (1) Tout semblait terminé. Quelle fut leur surprise en apprenant qu'après leur départ les députés Toulousains avaient signé avec les membres très redoutables et honorés maîtres du Conseil royal, un engagement, au nom des trois sénéchaussées, de payer une amende de .huit cent mille francs pour crimes et révoltes survenus depuis quelques années dans la

(1) Voici la composition de la viguorie d'Alais en 1384 et le nombre de ses feux :

Alais 80

Saint-Christol 5

Méjanes 1 et 1/2

St-Priv.-des- Vieux . 3

8t-Julien.-de-Valg. 1 et 1/2

8t-Martin-de-Valg. 2 et 1/2

Cendras 5

8t-Paul-Lacoste.... 2 et 1/2

Soustelle 1 et 1/2

Blannaves.. , 2 et 1/2

Laval 6

8t-Andéol-de-Trouil. 1 et 1/2

Le Mas-Dieu 1

Saint-Florent 2 et 1/2 Total 161

Ce tableau ne figure pas dans la taxe qui porte simplement civitatibus contributionis antique dicte ville de Alesto, car c'est le juge-mage qui doit taxer. Voici la fin de l'acte : Datum Lugduni... per consilium in quo domini Laudunemïs et Ruthenensis episcopi, vos dominus de Chevreuse et plures alii eratis. Signé Bordes. Le sceau à simple queue a disparu. A. M., liasse III, n» 12.

Montèzes

Le Pin

Saint- Al ban

Arènes...,

St-Hilaire-de-Breth.

Vézénobre

Martignargues

Deaux

Portes

8te-Cécile-d'And...

Chausses

St-Maurice-de-Vent.

1/2 1 et 1/2

1 et 1/2

province. Ils demandèrent quelques explications, croyant à un malentendu. La ville déclare ne point s'expliquer ce qu'on réclame ; elle a été toujours très obéissante envers le Roi et le duc de Berry ; les gens de Toulouse ont-ils traité au nom des sénéchaussées de Carcassonne et de Beaucaire surtout? ont-ils, après la clôture de la session, contracté l'engagement de payer une si forte amende, qu'ils la payent ; c'est leur affaire.

On a accordé au roi douze deniers par livre sur les ventes, un huitième du vin vendu au détail, un droit sur le sel, mais voilà tout ; il n'y a pas à revenir là dessus.

Le 21 septembre les Alaisiens reçurent une lettre du sénéchal qui se trouvait à Beaucaire, où il leur donnait rendez-vous, pour le 6 du mois d'octobre, à l'effet de désigner les ambassadeurs chargés d'aller à Paris, et de faire agréer au roi les conventions arrêtées le 1 1 septembre à Lyon par quelques communautés de la sénéchaussée de Toulouse et par les gens du grand conseil. Bien que la teneur de cette lettre fut étrange, les deux députés qui avaient été à Lyon reçurent mandat d'aller à Beaucaire. Mais peu de villes répondirent à l'invitation du sénéchal ; il fallut, le 6 octobre, se contenter de décider qu'on se réunirait à Montpellier dans quinze jours. Les députés d'Alais sentaient la nécessité de ne faire aucune démarche sans une entente complète avec leurs commettants; aussi le conseil municipal fut convoqué le 14 octobre et informé de ce qui s'était passé à Beaucaire, et une nouvelle procuration donnée aux députés en ces ternies : qu'ils aillent à Montpellier le 25, mais non pour adhérer à ce prétendu traité signé à Lyon par les capitouls de Toulouse ; sans s'écarter d'une attitude calme et digne, qu'ils s'inspirent de l'esprit qui animera la majorité des délégués de la sénéchaussée, des députés de Ximos, par exemple.

Le 25 octobre, nos députés allèrent donc à Montpellier; on cria beaucoup toute une semaine et finalement on vota l'envoi au Roi de neuf ambassadeurs. Les Alaisiens furent priés d'en choisir un.

Le 10 novembre, le conseil municipal voulut d'abord que les consuls fissent dresser un acte authenthique de désa-

veu absolu des prétendus crimes et excès imputés à la ville. Cet acte fut signé le jour même, dans le cabinet de Pierre de Caussargues ; le lendemain, le conseil nomma Bernard de Caussargues, professeur es décrets, fils de Pierre, pour faire partie de l'ambassade qui devait aller voir le Roi, le duc de Berry... et les membres du Grand Conseil. Ses concitoyens espèrent qu'il sera l'éloquent défenseur de l'honneur et des droits de son pays ; il n'oubliera pas de peindre au Roi leur triste situation, entre les Anglais qui rôdent encore dans les montagnes, et les autres ennemis du Roi ; il le priera d'y porter remède ; et surtout il affirmera, acte en main, que rien de criminel n'a eu lieu à Alais, que la pensée même d'un crime, grâce à Dieu, n'a jamais germé dans leurs cerveaux.

Les Nimois qui n'avaient pas la conscience aussi rassurée crurent prudent d'envoyer deux consuls plaider leur innocence !

Le l*r janvier 1384, en tête de la liste consulaire apparaît le nom de l'ambassadeur. La veille, le conseil municipal a accordé à son père la remise intégrale de sa quotepart des tailles établies jusqu'à ce jour pour quelle cause que ce soit. Cet engouement dura peu.

Bernard de Caussargues retournait de Paris fin mars ; le jour des Rameaux, 3 avril 1384, il prétait le serment exigé, d'après les statuts, de tout nouveau consul avant son installation. A quoi avaient abouti ses démarches ? La Cour avait promis de faire une enquête ; le principe de la réclamation avait été ainsi reconnu ; d'après la lettre du roi du 8 mars dont il était porteur, 5000 feux seraient dispensés de contribuer à l'amende, et 300000 francs resteraient à la charge des communes les plus coupables. Les Alaisiens comptaient sur l'intervention du vicomte de Turenne, ami du duc, pour être classés parmi les dispensés ; mais celui-ci s'intéressait médiocrement à leurs petites peines. Ses ancêtres séjournaient de temps en temps à Alais ; ils y connaissaient quelques familles ; comme ils habitaient constamment près d'Avignon, ils étaient au courant des nouvelles du pays ; le vicomte au contraire venait rare-

ment au château d'Alais ; il préférait les montagnes de l'Auvergne et les bords de la Loire surtout.

Le 24 août le roi pria le sénéchal de s'informer de l'attitude de la population Alaisienne pendant la révolte des Tuchins. En septembre, Pierre Patriarche, ex-consul de l'année de l'emui, fut chargé par le conseil d'aller voir à Paris ce que devenaient les belles promesses faites soit à Bernard de Caussargues, soit à la municipalité qui avait rendu une visite au duc lors de son passage à Nimes (1).

Les Nimois n'étaient pas mieux traités ; mais ce qu'ils demandaient était autrement important ; ils avaient été privés, à cause de leur participation au Tuchinat, de la sénéchaussée ; ils souhaitaient son rétablissement ; le 12 juin, le duc de Bcrry y consentit, et le 21 eut lieu en grande cérémonie, par Philippe Bonne, licencié es lois, époux de noble Marguerite de Marguerittes, la réouverture de la Cour présidale (2).

1385 Le 20 mai 1385 on termina la liquidation des indemnités

dues aux quarante victimes de l'émeute de 1379. Le total des allocations s'éleva à 484 1. p. ; pour pourvoir à cette

(t) Jean, duc de Berry et d'Auvergue, comte de Poitou, nomma ce jour-là Barthélémy Quaqucret, son valet de fourrière, gardien du poids de la ville de Nimes, en remplacement de feu Guillaume Roquette (17 avril 1384).

(2) Le personnel du chef-lieu d'une sénéchaussée était assez considérable. Juge-mage, Pierre Julian, licencié es lois, originaire de l'Auvergne ; avocat royal , GeofTroi Paumier , docteur es lois ; procureur royal, Simon Maymon ; substituts, Jacques Nyssc, et Jacques Martin, licencié es lois ; juge des crimes, Jacques de Cabane ; juge royal ordinaire, Bernard Claret, bachelier es lois, viguier royal ; Firmin'Alavache, sous-viguier... ; Pierre Foule, garde du sceau. De plus le sénéchal a des lieutenants particuliers ; Pons Serre, est commis aux causes. Nous laissons de côté le barreau et les sergents. Les avocats les plus occupés sont Pons Guiraudel, Raimond Rossel, Godomar Claret, Philippe Aubert, Antoine Puget, etc. Nimes a de plus le trésorier royal, Jean Chauchat.

Les juges des environs viennent souvent à Nimes ; Laurent Deleuze est juge royal d'Uzès.

La sénéchaussée comprend treize viguerics et trois bailliages.

dépense, on convint de mettre trois tailles de onze sous et demi par cent livres d'estime, payables le 15 août 1385, le 2 février 1386 et le 2 février 1387. Les arbitres se réservèrent le recouvrement de cette imposition jusqu'à cette dernière date, c'est-à-dire môme après l'expiration de leur administration consulaire. On spécifia aussi que ces tailles seraient absolument distinctes, dans les écritures, de celles qui pourraient être votées par la ville d'ici à la fête de la Purification de la Vierge de 1387. Il y eut quelques protestations contre ce travail, insignifiantes du reste et de courte durée (1). Plus difficile et plus ardu fut le recouvrement. L'escompte chez les banquiers chrétiens, à la bourse d'Avignon, sous les yeux du pape, était à 15 % ; les emprunteurs à la petite semaine payaient beaucoup plus.

Et les routiers toujours là ! Enguerrand d'Eudin était découragé. Hugon de Froidevilie, sénéchal do Toulouse, qui avait très bien manœuvré au siège de Penne en Albigeois, en août, accepta de venir comme sénéchal de Beaucaire et de Nimes ; son installation officielle eut lieu le 28 novembre 1385. (2)

Ce n'était pas le sénéchal qu'il eut fallu déplacer, c'était le duc de Berry qui soutenait ne pouvoir tenir tête aux brigands avec le produit des aides. Les villes de Languedoc, désireuses de voir régner la tranquillité, l'autoriseront à émettre un emprunt, un mutaum.

Le juge-mage de la sénéchaussée Pierre Julian et le juge

(t) Doc. justif. n- XXX. C'est une des rares pièces comptables où l'on se sert de livres parisis ; d'ordinaire on ne traite que par livres tournois. — Ainsi Bernard dit Sauveur Pelet se réserva tous ses droits, outre la somme à lui allouée, contre Bernard Pélissier dit Valmale et Etienne de Sommières qui avaient vendu son cheval pendant Vensul ; il réserva aussi les droits de sa sœur Marie à laquelle les émeutiers avaient pris une cassette. Du reste il se déclara réglé pour le tout dans un acte du 31 décembre 1392.

(2) Acte d'Eustache de Nimes, notaire et greffier de la cour du sénéchal.

Hugon de Froidevilie fut remplacé en 1387 par Armand, seigneur de Langeac, lequel eut pour successeur Charles de Hangest. Nous avons un aote du 20 novembre 1387 pour Armand de Langeao.

de Lauraguais vinrent à Alais, assurant à tous que cet emprunt était uniquement destiné à payer les Anglais qui ne voulaient pas évacuer les places fortes occupées par eux. Girard Boni, Raymond de Gaujac dressèrent la liste des gens réputés les plus aisés ; on appela ensuite ces personnes pour leur demander, sous la foi du serment, l'évaluation de leur avoir. Bref ces taxatores ad fâxandum fixèrent à 1848 1. t. la part incombant aux Alaisiens dans ce prêt forcé. Jean Ohauchat, trésorier de France, général de toutes les finances du Roi et du duc de Berry, chargé de centraliser les fonds, en voyant Boni n'apporter comme premier acompte que 300 francs, fit semblant de ne pouvoir accepter une si petite somme et dit qu'il allait lancer un mandat d'amener contre les consuls d'Alais ; le môme procédé avait déjà été expérimenté contre leurs collègues de Nimes.

Le mutuum remplissait à cette époque le rôle de nos bons actuels du Trésor ; il était légalement remboursable à brève échéance. Mais lorsqu'on présenta au caissier de la trésorerie les billets remis aux préteurs Alaisiens à mesure des versements par eux effectués, il répondit n'avoir pas encore reçu l'ordonnance de remboursement. La Chambre des Comptes, saisie de la réclamation des Alaisiens, enjoignit à Chauchat de restituer immédiatement aux intéressés 50 %• Celui-ci prétexta alors n'avoir pas de numéraire disponible, et il finit par leur faire accepter des effets de son portefeuille, du papier ! « La ville de Nimes, leur dit-il, doit une somme assez rondelette, échéant à la Toussaint 1387, formant une faible partie de ce qu'elle a été condamnée à payer pour la portion à sa charge dans l'amende de 800000 francs ; voilà un reçu anticipé, signé très régulièrement, à présenter simplement, au moment de l'échéance, à la caisse municipale de Nimes ; voici également une délégation sur la ville d'Alais et une autre sur la commune de Saint-Quentin. »

A l'échéance, vers la Toussaint, les consuls Nimois sollicitèrent de vive voix un sursis de quelques jours ; cependant, le 25 juillet 1388. afin de dégager leur responsabilité, les Alaisiens prièrent un notaire d'Alais et un notaire de

Ni mes de constater par acte authentique la prorogation ; au moment de la signature de l'acte, les consuls Alaisiens curent le tort de se dessaisir du titre primitif, du fameux reçu que leur avait remis Chauchat. Une faute plus regrettable, qui de nos jours retomberait contre les notaires rédacteurs de l'acte, fut de ne pas exiger des représentants de la partie débitrice une expédition régulière de l'autorisation ad hoc du conseil municipal, de ne pas s'assurer en un mot de la capacité des mandataires de la ville de Nîmes. Certes le notaire des Alaisiens, Grégoire Raymond, savait bien que les pouvoirs consulaires en matière financière étaient assez restreints, que les consuls avaient toujours besoin d'un mandat spécial du conseil pour obliger leurs concitoyens, mais il ne croyait pas à un manque absolu d'honnêteté dans les élus d'une ville aussi importante ; il ne soupçonnait pas surtout la connivence des agents de la trésorerie. Or Grégoire Raymond se rappelait que soit Guillaume Garnier, contrôleur, soit Jean de Buyssino, teneur des livres de la trésorerie, lui avaient affirmé, le jour de l'acte, ou peu avant, l'existence de la créance cédée ; il était de notoriété à ce moment que la ville de Nimes n'avait pas acquitté intégralement sa part de l'amende maudite! L'épithète n'était pas exagérée, nous l'avons vu ; les incidents de ce mutuum étaient vraiment navrants. Lorsque les officiers du duc en parlèrent pour la première fois, les Nimois voulaient tout brûler ; afin de comprimer ce mouvement, on arrêta dix-sept personnes et on les conduisit à la prison de Beaucaire; le geôlier ne les relâcha que quinze jours après, quand le prêt eut été réalisé ! Mais pourquoi parler des Nimois ? Nous savons les difficultés qu'éprouvèrent les Alaisiens lors de sa restitution ; le chèque sur Saint-Quentin fut protesté ; il y eut procès devant le sénéchal, appel au parlement de Paris ; la délégation sur Nimes n'était pas encore acquittée en 1416 ; celle sur Alais fut la seule payée régulièrement, parce que les consuls de 1387, et notamment Grégoire Raymond, y tinrent la main. (1)

(1) On trouvera aux documents justificatifs n* XXXII des détails

1387-1388 G. Raymond avait alors environ cinquante ans, et se sentait plein d'énergie. Il en donna des preuves nombreuses pendant son consulat. Ainsi lorsqu'on eut décidé de réparer le port d'Aiguesmortes, mais sans préciser de somme, Nicaise de La Place, trésorier royal de Nimes, osa fixer lui-même la part contributive de chaque sénéchaussée à un tiers, et évalua à un franc et demi ce que devait payer chaque feu, moitié à la Saint-Jean-Baptiste, et moitié à l'Assomption. Grégoire Raymond ne tint aucun compte de la lettre do Nicaise ; celui-ci envoya quand même son commis, Pierre Burnod, à Alais pour encaisser le terme échu. Raymond lui dit qu'on n'avait rien à lui verser. Burnod posa sa main droite sur l'épaule du consul (c'est ainsi qu'on signifiait à cette époque un mandat d'arrêt). Raymond, sans se décontenancer, fit appel, et le Roi instruit de ce qui s'était passé, blâma la conduite du trésorier (1).

Grégoire Raymond obtint également satisfaction en appuyant une plainte contre Raoul Maillard et Philippe Giffard, se disant maîtres des monnaies, qui accomplissaient leur mission avec trop de rigueur.

Le 27 novembre 1387, nous le rencontrons à Nimes faisant appel d'un subside qu'on réclamait à la ville d1 Alais.

Grégoire Raymond sait que chacun de ses actes sera vérifié scrupuleusement; il agit en conséquence. Son prédécesseur, Guillaume Fossat, mettra plus d'un an pour colliger les pièces justificatives de sa gestion; lorsqu'il réclame enfin à la ville une décharge, le conseil munici-

tout à fait inédits sur ce mutuum. Nous engageons le lecteur à en prendre connaissance avant de continuer la lecture de notre travail.

(1) A. 31., liasse XIII, n° 28, acte du 18 juillet 1387, et lettre du Roi du 30 juillet 1387.

Nous sommes obligés de laisser de côté de nombreux documents de cette année. Ainsi le 13 mars 138G (1387), conformément à une délibération autorisant la levée de 24 gros par 100 livres d'estime et 6 gros d'argent pro quolibet capite hospicii, adjudication à Jean Plantier et Pierre de Fancio, marchands, au prix de 650 1. 1. ; les adjudicaircs, moyennant cette somme, auront droit en outre aux restes à recouvrer de la taille de 1386, environ 80 1. 1.

pal nomme le 13 janvier 1388, sept auditeurs, hommes d'une intégrité incontestée ; ceux-ci, au bout de huit mois, déposent leur rapport concluant en faveur de la demande de Fossat(l). Et gardons-nous d'attribuer à des circonstances extraordinaires la lenteur de cette vérification ; elle ne provient que de l'abondance des documents communiqués par le rendant compte, des pièces annexées à sa comptabilité; le môme fait se reproduit chaque année. Ainsi sans revenir sur les années précédentes, prenons la liasse relative aux opérations consulaires de janvier 1388:

13, vote d'une imposition de treize gros d'argent par cent livres d'estime, plus trois gros et quart de gros par tête, ce qui fait, dit la délibération, un franc d'or ;

22, vote d'un patac par livre d'estime, douze patacs étant comptés comme valant un gros ;

25, procès-verbal d'adjudication de ce patac, au profit d'André Delbosc (de Bosco) , drapier , moyennant cent vingt francs d'or ;

30, procès-verbal d'adjudication de l'imposition votée le 13, au profit de Jean Plantier, moyennant deux cent soixante francs d'or.

La comptabilité de chaque consul présente des restes à recouvrer de l'exercice précédent, des mandats relatifs à des dépenses votées pendant son année, mais liquidées et soldées après la cessation de ses fonctions. Ainsi en 1386, les consuls assistés des viguiers inspectèrent les étagères des boulangeries ; les pains dont le poids n'était pas conforme à la taxe furent confisqués et distribués aux pauvres, mais les viguiers ajoutèrent à la confiscation une amende de dix sous ; refus par les boulangers de payer ; saisie suivie de procès devant le juge ordinaire ; annulation du jugement par le juge-mage conformément à la législation Alaisienne (7 décembre 1386). Mais les frais de l'instance ? la ville ayant pris fait et cause pour les boulan-

(1) Rapport lu à la séance du conseil municipal du 20 novembre 1388 au nom des auditeurs des comptes, Pierre de Caussargucs, Girard Boni, Jacques Bonaure, Etienne Raoul, André Delbosc, Guillaume de Gardonet et Raymond Desplans.

gers devait las payer ; obtenir du conseil une autorisation ad hoc était difficile ; ce n'était pas encore réglé le 31 décembre 1392.

Ce simple exemple suffit ; on ne s'attend pas à trouver ici un relevé mois par mois de tous les actes émanant des consuls, de toutes les délibérations ; mieux vaut aborder une question plus intéressante et plus ardue.

L'historien de Nimes, en racontant les événements de 1388, a inséré une grave accusation émanée des consuls Nimois contre les seigneurs de cette époque ; à leurs yeux le tuchinage aurait été la conséquence des mauvais conseils donnés aux pauvres gens par les nobles d'alors, et notamment par le comte d'Alais, le vicomte d'Uzès, les seigneurs de Ribaute, de Lascours, de Mandajors, de Pierre d'Alayrac d'Anduze, du fils de Pierre d'Arènes, du fils de Jacques de Colias, du bâtard du Caylar (1).

Les actes parvenus jusqu'à nous nous montrent Guillaume de Beaufort, comte d'Alais, vicomte de Turenne (c'est le seul dont nous ayons à nous occuper), sous un jour moins défavorable ; il a conservé les bonnes relations de son père avec plusieurs familles de la bourgeoisie Alai sienne ; il leur confie même quelques affaires personnelles ; ainsi lorsque Pierre Bayle du Fay lui apporte l'état de ses recettes et de ses dépenses depuis 1385, le vicomte charge trois Alaisiens : Bernard de Caussargues, docteur es décrets ; Bernard dit Sauveur Pelet et Etienne de Suejol, drapiers, de débrouiller ce grimoire assez curieux.

(1) Nous croyons qu'il s'agit des personnes ci-après :

Odoard de Maubuisson, seigneur de Ribaute.

Pierre de Colias, seigneur de Lascours, époux Sibiende de Capreriis.

Bernard de Mandajors s' de Mandajors.

Pierre d'Alayrac, fils de Pons d'Alayrac.

Astorg, dit le bâtard du Caylar, seigneur de Boisseron, viguier royal d'Uzès en 1391, époux Béatrix de Pierrcfort, fille du seigneur de Castries et de Picrrefort.

Pons de Soucanton, coseigneur de Soucanton et d'Arènes époux Cécile de Naves ; il n'eut qu'une fille Maragda, femme d'Antoine Tourtoulon qu'on appela le seigneur d'Arènes.

Baylo doit trois ans de la ferme de Bouzols, près du Puy, à six cents livres par an ; il a encaissé quinze cents francs montant de la dot constituée par Bcaufort à sa fille Jeanne, veuve du comte de Forez, et rendue par le duc de Bourbon ; il a reçu 118 francs d'or du seigneur de Montboissier, 45 francs de Guillaume de Pozols, capitaine du château de Fay, etc. (1).

Le 30 septembre 1388, Jean Bonimassip, bourgeois, déclare céder au comte de Beaufort , à titre gracieux, les droits qu'il a sur le moulin cTJEnbasc/e, près des ruines de Conillères, en remerciement de ce qu'il a fait pour lui.

Une chose certaine, c'est qu'habitant très rarement son château, il vit en bonne harmonie avec le coseigneur d'Alais. Le samedi 7 novembre 1388, Beaufort et Pelet, d'un commun accord, enjoignent au trompette de publier que demain les habitants devront se rendre à l'église paroissiale pour prêter serment de fidélité, et que ceux qui feront défaut sans excuse valable encourront la confiscation de leurs biens. La coutume ne stipulait pas une peine aussi sévère. Que font les consuls ? Ils suivent pas à pas le crieur ; dix fois a lieu la publication, dix fois les consuls protestent, disant que la sommation est en partie contraire à leurs libertés et à leurs privilèges, et ultra morem antiquum. (2) Et tout s'arrête là, car le comte sait

(1) Quittance du 22 août 1388. Témoins Raymond Merle (Merulij, chevalier ; Raymond de Portefai (Portafide), damoiseau ; Louis Boni, chanoine prieur de Saint-Marie-de-Garn ; Pons de Caussargues, jeune, jurisconsulte.

L'acte de donation du 30 septembre 1388 a pour témoins ledit Merle, Michel Sazi ou Saxi, châtelain comtal d'Anduze. Ces actes, sont faits au château comtal, dans la chapelle Sainte-Anne.

(2) Voici les dix endroits où ont lieu les criées et les protestations, et chaque fois on prend des témoins, outre le sergent, le crieur et celui qui tient le papier :

1» Carrefour de la porte du Moulisson, rue Fabrerie. 2« Au Marché.

3» Rue Droite, au carrefour de la rue de la Bouquerie, devant la maison de Jean Champclos, drapier.

4* Même rue, près la rue Blancarde.

5° Même rue, près de la rue de la Fruiterie (Frucherie). 6° Au Marché encore, mais du côté.de la boucherie, devant la

qu'il peut bien prononcer la déchéance des consuls, abolir le consulat, mais que cela n'effraiera pas les consuls ; du juge seigneurial on ira en appel, s'il le faut, devant le sénéchal et môme devant le Roi. Le juge d'appeaux, Pons Reynaud, a admis les conclusions du procureur Jean Bonimassip. Le 13 février 1388 (1389) le roi écrit à Jacques de Cabane, bachelier es lois, juge des crimes de la sénéchaussée, que Tappel a été admis. Les seigneurs d'Alais sont assignés à Paris pour le 2 avril 1389.

Beaufort déteste les Budos. Thibaud de Budos, seigneur de Budos et de Portes-Bertrand, non content d'avoir

maison de Jean Glanière.

7° Rue Sabaterie.

8* Vers la porte de Bertolle, devant la maison de Jean Bonaure.

9° Rue Soubeyranne, au coin appelé du mauvais conseil, sous les croisées de Pons Reynaud, notaire et juge d'appeaux.

10° Rue Peyrolerie et rue Veyrarie, Veyrarié, en face de la maison de Bertrand Donadieu. Le témoin de cette dernière protestation est le curé Antoine Durand.

Ces dix proclamations sont suffisantes pour porter à la connaissance du public les actes officiels. Ainsi lorsque Flora, veuve de Bernard d'Alayrac, marchand à Alais, a obtenu, le 30 juin 1387, des lettres royales de sauvegarde, et que le sénéchal Armand de Langeac les a visées, le 18 décembre 1388, on les publie, le 30 décembre 1388, en ces termes :

Manda la cort de Moss. le Comte d'Ales, vescomte de Torena et de Moss. Bernât Pelet, per mandamen réal vos fan hasaber que dona Flos desemparada de Bernât d'Alayrac, mercadier d'Alès say enreyre, sos effants, sa familha et tôt los bens, possessions et causas quais que sian sont receuputs et messes en la protectio et spécial salvagarda de nostre senhor lo Rey de Fransa ; per que comandan et inhibem ha tota persona de qualque condition que sia que la dicha dona Flos, sos effants, sa familla, sas possessions, sos bens ho sas causas quais que sian non auzan enjuriar ni dampneiar de fag ni de dreg ni en neguna autra manieyra et aquo sotz la pena de 100 marcs d'argent.

lr* publication, à la place, devant l'église paroissiale; 2° plan du Pont-Vieux; 3* au coin de la rue du Malbourguet devant la maison des hoirs d'Etienne de Sommières; A* rue Peyrolerie ; 5# rue Frucherie, devant la maison d'Etienne Suéjols, drapier ; 6# rue du Mazel (boucherie) ; 7° rue Sabaterie; 8% 9% 10« comme ci-dessus.

recouvré sa baronnie, cherche sans cesse à l'agrandir aux dépens du comte (1).

Les Alaisiens tâchent de ne mécontenter ni Beaufort, leur seigneur immédiat, ni Budos dans la seigneurie duquel se trouve la grande route qui va en Auvergne et à Paris, capitale du royaume, à Paris où l'on juge les procès, où Ton accueille les plaintes des contribuables contre les lieutenants du Roi.

Le duc de Berry vient de demander un subside de cinq francs par feu. Mais cette fois tout le monde crie, et Charles VI se décide à se rendre dans le Languedoc. Le 18 mai il institue pour réformateurs, avec pleins pouvoirs, les évoques d'Auxerre et de Castres , Louis de Sancerre, Pierre de Chevreuse, maître de son hôtel, Philippe de Saint-Père, trésorier de France et Etienne Braque. Ceux-ci informent, à la mi-juillet, les députés des trois sénéchaussées, réunis à Nimes, de la prochaine arrivée du Roi ; en attendant , ils prorogent l'échéance du subside de cinq francs ; au lieu d'être exigible le 24 juin, il ne le sera que le 15 août, et encore pour moitié seulement, l'autre moitié ne devant pas être versée avant la Toussaint ; ils essaient en un mot de calmer l'irritation du pays qui s'est accrue lorsqu'on a dit que le Roi circonvenu avait accordé à son oncle, pour six ans, son maintien dans le gouvernement de Languedoc (2).

(1; Il ne nous appartient pas de décider quel était celui qui avait raison ; il est certain que la réunion de la seigneurie de Portes et de celle d'Alais avait été avantageuse à l'industrie alaisienne.

Le 5 octobre 1388, les habitants de Branoux, paroisse de Saint- Pierre-de-Blannaves, exposent au juge ordinaire d'Alais, Pierre de Caussargues, que jusqu'à présent ils s'étaient considérés comme viguerains d'Alais, et à ce titre exempts de la leude comtale perçue aux 8alles-du-Gardon ; que depuis la restitution à Thibaud de Budos de sa seigneurie, d'après ce qu'il dit, ils craignent d'être contraints à payer la leude, comme ayant cessé d'être viguerains du comte d'Alais.

(2) La circulaire des gens du conseil du Roi est du 24 juillet, et non du 26 comme l'ont cru les nouveaux éditeurs de l'Histoire de

qu'il peut bien prononcer la déchéance des consuls, abolir le consulat, mais que cela n'effraiera pas les consuls ; du juge seigneurial on ira en appel, s'il le faut, devant le sénéchal et môme devant le Roi. Le juge d'appeaux, Pons Reynaud, a admis les conclusions du procureur Jean Bonimassip. Le 13 février 1388 (1389) le roi écrit à Jacques de Cabane, bachelier es lois, juge des crimes de la sénéchaussée, que Tappcl a été admis. Les seigneurs d'Alais sont assignés à Paris pour le 2 avril 1389.

Beaufort déteste les Budos. Thibaud de Budos, seigneur de Budos et de Portes-Bertrand, non content d'avoir

maison de Jean Glanièrc.

7° Rue Sabaterie.

8* Vers la porte de Bertolle, devant la maison de Jean Bonaure.

9° Rue Soubeyranne, au coin appelé du mauvais conseil, sous les croisées de Pons Reynaud, notaire et juge d'appeaux.

10° Rue Peyrolerie et rue Veyrarie, Veyrariè, en face de la maison de Bertrand Donadieu. Le témoin de cette dernière protestation est le curé Antoine Durand.

Ces dix proclamations sont suffisantes pour porter à la connaissance du public les actes officiels. Ainsi lorsque Flora, veuve de Bernard d'Alayrac, marchand à Alais, a obtenu, le 30 juin 1387, des lettres royales de sauvegarde, et que le sénéchal Armand de Langeac les a visées, le 18 décembre 1388, on les publie, le 30 décembre 1388, en ces termes :

Manda la cort de Moss. le Comte d'Ales, vescomte de Torena et de Moss. Bernât Pelct, per mandamen réal vos fan hasaber que dona Flos desemparada de Bernât d'Alayrac, mercadier d'Alès say enreyre, sos effants, sa familha et tôt los bens, possessions et causas quais que sian sont receuputs et messes en la protectio et spécial salvagarda de nostre senhor lo Rey de Fransa ; per que comandan et inhibem ha tota persona de qualque condition que sia que la dicha dona Flos, sos effants, sa fainilla, sas possessions, sos bens ho sas causas quais que sian non auzan enjuriar ni dampneiar de fag ni de dreg ni en neguna autra manieyra et aquo sotz la pena de 100 marcs d'argent.

1" publication, à la place, devant l'église paroissiale; 2» plan du Pont-Vieux; 3' au coin de la rue du Malbourguet devant la maison des hoirs d'Ktienne de Sommières ; 4* rue Peyrolerie ; 5- rue Frucherie, devant la maison d'Ktienne Suéjols, drapier ; Or rue du Mazel (boucherie) ; 7° rue Sabaterie; 8% 9% 10« comme ci-dessus.

recouvré sa baronnie, cherche sans cesse à l'agrandir aux

dépens du comte (1).

Les Alaisiens tâchent de ne mécontenter ni Beaufort,

leur seigneur immédiat, ni Budos dans la seigneurie duquel se trouve la grande route qui va en Auvergne et à Paris, capitale du royaume, à Paris où l'on juge les procès, où Ton accueille les plaintes des contribuables contre les lieutenants du Roi.

Le duc de Berry vient de demander un subside de cinq francs par feu. Mais cette fois tout le monde crie, et Charles VI se décide à se rendre dans le Languedoc. Le 18 mai il institue pour réformateurs, avec pleins pouvoirs, les évoques d'Auxerre et de Castres , Louis de Sancerre, Pierre de Chevreuse, maître de son hôtel, Philippe de - Saint-Père, trésorier de France et Etienne Braque. Ceux-ci informent, à la mi-juillet, les députés des trois sénéchaussées, réunis à Nimes, de la prochaine arrivée du Roi ; en attendant , ils prorogent l'échéance du subside de cinq francs ; au lieu d'être exigible le 24 juin, il ne le sera que le 15 août, et encore pour moitié seulement, l'autre moitié ne devant pas être versée avant la Toussaint ; ils essaient en un mot de calmer l'irritation du pays qui s'est accrue lorsqu'on a dit que le Roi circonvenu avait accordé à son oncle, pour six ans, son maintien dans le gouvernement de Languedoc (2).

(lj Il ne nous appartient pas de décider quel était celui qui avait raison ; il est certain que la réunion de la seigneurie de Portes et de celle d'Alais avait été avantageuse à l'industrie alaisienne.

Le 5 octobre 1388, les habitants de Branoux, paroisse de Saint- Pierre-de-Blannaves, exposent au juge ordinaire d'Alais, Pierre de Caussargues, que jusqu'à présent ils s'étaient considérés comme viguerains d'Alais, et à ce titre exempts de la leude comtale perçue aux 8alles-du-Gardon ; que depuis la restitution à Thibaud de Budos de sa seigneurie, d'après ce qu'il dit, ils craignent d'être contraints à payer la leude, comme ayant cessé d'être viguerains du comte d'Alais.

(2) La circulaire des gens du conseil du Roi est du 24 juillet, et non du 26 comme l'ont cru les nouveaux éditeurs de l'Histoire de

Charles VI se mit en route le 2 septembre 1389 ; de Lyon il se rendit à Avignon où eurent lieu de somptueuses fêtes, et d'Avignon à Toulouse; (1) à son retour de cette ville, il repassa encore par Nimes (25 janvier 1390). Le pape Clément VII eut plusieurs fois l'occasion d'entretenir le Roi des agissements de Raymond de Turenne et de son père le comte d'Alais ; il lui expliqua pourquoi il s'était vu obligé d'excommunier certains membres de la famille

Languedoc, tome X, colonne 1775; la copie de cette circulaire est aux archives d'Alais, liasse XIII, n° 29 et permet de rectifier le texte publié par eux et par Ménard. Voici les corrections qu'il faut faire au texte de l'édition Privât :

Colonne 1777, ligne 35, autrement et non proprement.

— ligne 45, item que toutes gens d'esglize et nobles de

nature ou nobilitês par le Roy nosh%e dit seigneur et tous autres de quelque condition qu'ils soient,

— ligne 51, collectes communes au lieu de communs. Colonne 1778, ligne 3, et à ce faire.

— lignes 10 et suiv. ajoutez les mots soulignés qni ren-

dent la phrase intelligible:

Item pour ce que plusieurs singuliers des villes et lieux desdites sénéchaussées se sont faits et font chaque jour bourgeois d'Aiguesmortes et d'ailleurs pour frauder et eschiver les contributions qu'ils doivent faire aux subsides, fouages, tailles et collectes, ils paieront et contribueront èsdits subsides, fouages, tailles et collectes avec lesdits communs pour leur portion selon la faculté de leurs biens.

— ligne 25, remplacez pour par par.

— ligne 36, restituant incontinent les biens qu'ils ont

pris.

(1) C'est à Toulouse que fut exécuté Bétizac le secrétaire du duc de Berry.

Lorsque Bérenger de Montpezat, fils d'Alzias de Montpezat et d'Ermengarde de Lecques fut condamné à mort ses biens furent confisqués, notamment la seigneurie de Saint-Géniès-de-Malgoirés. Bétizac, auquel ces biens furent donnés, dut payer le passif considérable qui les grevait. Ainsi Bérenger devait à son oncle Pierre de Lecques, damoiseau, de Montrond, 400 francs d'or que Jean de Bétizac paya à Pierre Guarin de Sommières, cessionnaire de Pierre de Lecques le 5 octobre 1387. \

de Beaufort. Charles VI était non seulement roi de France, mais aussi vicaire impérial dans tout le royaume d'Arles ; à ce titre, il avait le droit d'intervenir dans les affaires de cette région; le Pape en confirmant, le 6 novembre 1389, les divers diplômes de l'empereur Charles IV en faveur du Roi, le força pour ainsi dire à sévir contre ceux qui détenaient sans aucun droit la baronniedes Baux, au préjudice d'Hélips des Baux, fille de Raymond des Baux et de Jeanne de Beaufort, et femme d'Othon de Villars. Il fut convenu qu'Hélips saisirait les revenus des seigneuries d'Alais, d'Anduze et de Bagnols, et le Parlement valida la saisie. Du reste le roi songeait depuis quelques mois à terminer ce conflit entre le Pape et les Beaufort par un mariage entre la fille de Raymond de Turenne et Boucicaut; il était convaincu que l'esprit conciliant du gendre adoucirait le caractère du beau-père ; il fit offrir à Othon de Villars 20000 florins s'il voulait renoncer à tous ses droits sur la baronnie des Baux. En 1392 un traité de paix fut signé entre le Pape et Raymond de Turenne ; le roi insista de nouveau ; et enfin le mariage fut béni le 22 décembre

Le père avait cédé, mais il n'avait pas voulu doter son enfant ; le roi invita Boucicaut à passer outre, se chargeant lui-môme de faire avoir à la fiancée un beau douaire; et en effet, le lendemain de Pâques, le grand-père écrivit de sa propre main :

» Comme au traité de mariage qui par Raymond notre » fils a été fait, en notre absence, de sa fille Antoinette avec » Jean le Meingre, dit Boucicaut, ledit Raymond n'a doté » la dite Antoinette d'aucun bien à lui appartenant, et » pour ce le Roi notre sire et Monseigneur le duc de Berry b nous aient depuis écrit de vouloir bien lui donner quel- » que bien, savoir faisons que pour l'amour et contempla- » tion du Roi et des ducs de Berry et de Bourgogne, à la » requête et par le moyen desquels ledit mariage a été » fait et pour leur faire plaisir, et aussi pour le bien dudit > Maréchal, et que le dit mariage nous plaît..., avons » donné... donnons à Antoinette et à sa postérité la comté • d'Alais... Anduze... et tous les droits que nous avons en

» la baronnic de Portes-Bertrand.... Au château deBeau- » fort, 20 avril 1394.»

Boucicaut, informé depuis quelques jours des intentions de Guillaume Rogier, comte de Beaufort et d'Alais, vicomte de Turenne, avait remis le 14 avril à Maurice Mauvinet une procuration notariée à l'effet d'accepter au nom de sa femme cette donation. Le 23 mai les mandataires du donateur et des donataires procédèrent sur place à la transmission juridique de la seigneurie, mais non à la prise de possession utile, car la saisie dont nous avons parlé, avec un homme violent comme Raymond de Turenne, devait fatalement durer jusqu'à sa mort. (1)

Le procès-verbal du 23 mai 1394 fut dressé sans apparat, en présence de quelques personnes, entre autres des consuls qui, après la lecture par le notaire apostolique, royal et impérial, de toutes les procurations et de l'acte unilatéral de donation, le sommèrent d'insérer dans son acte le maintien des libertés, des privilèges dont jouissaient les Alaisiens antérieurement. Les consuls étaient sous l'impression de ce qui s'était passé il y avait troirf jours. Le Roi avait demandé aux trois sénéchaussées 16000 francs, le 16 décembre 1393 ; les rôles confectionnés, on les confronta; on s'aperçut que ce n'était pas à 16000 francs qu'ils s'élevaient, mais à 40000. Et cette erreur était volontaire ; Jean Arnaud, commis du Maréchal Louis de Sancerre, refusa de donner des explications, ce qui obligea les Alaisiens et autres à faire appel au parlement de Paris le 20 mai 1394.

Il n'entre pas dans notre cadre de raconter la vie de

(t) Voir Hist. de Languedoc, tome IX, p. 957. Raymond prétendait avoir des créances importantes sur le Pape datant des règnes de Clément VI et de Grégoire XI ; il prétendait aussi que la reine de Sicile, le comte de Valentinois, levèque de Valence, le comte de Genève s'étaient emparés de terres qui avaient appartenu à son oncle Grégoire XI.

Un acte du 2G mars 1395 porte: « Guillaume de Beaufort, comte d'Alais, vicomte de Turenne, juridictionis tumen Alesti nunr ad manum regiam existen tis. »

Boucicaut et les aventures de son beau-père. Peu nous importe que Boucicaut fut brun, de taille moyenne, aimant les beaux costumes, jeûnant le samedi, écoutant chaque jour à genoux deux messes, qu'Antoinette fut très jolie, très heureuse surtout d'avoir un mari qui avait pour devise ces simples mots « ce que vous voudrez. » Quant au beau-père, il nous suffit d'indiquer qu'après le mariage de sa fille, il continua à batailler contre son cousin le Pape, contre Marie de Blois, reine de Sicile et comtesse de Provence. A la mort de Clément VII on envoya à Avignon Boucicaut pour essayer de réconcilier Raimond de Turenne avec la reine. Boucicaut et sa femme allèrent présenter leurs hommages à la reine ; sur le coup le beau-père devint inabordable ; il vécut dès lors au milieu de son armée, ramassis de gens sans aveu, ne reculant devant aucun crime, vol, incendie, homicide, viol, profanation des monastères et des églises ; en mars 1395, la reine promit cent mille francs à celui qui lui apporterait la tête d'un pareil monstre. Raimond ne modiûa pas d'un pouce sa ligne de conduite ; du reste sa femme Marie de Bologne et sa mère Eléonore de Comminges le lui avaient recommandé ; son gendre, on le comprend, désolé de voir toute une province sans cesse pillée et saccagée par le caprice de deux ou trois personnes, accepta une ambassade en Hongrie ; fait prisonnier à Nicopolis par Bajazet, remis en liberté après quelques mois de captivité, il revint en France. Son beaupère bataillait encore. Boucicaut supplia la reine de pardonner à ce fou ; elle accepta une transaction. Mais Raymond fit le sourd; lorsqu'il vit pourtant ses soldats prêts à le lâcher, il renonça à la lutte. Le 15 juillet 1399, il testait en faveur de l'amant d'Isabeau de Bavière, le duc d'Orléans, frère du roi de France ; il déshéritait Antoinette « qui so dit sa fille » et son gendre pour cause d'ingratitude. Craignant que la justice déclare nul ce testament comme fait ab irato, il essaie de justifier ses indignes dernières volontés: «Antoinette, en se mariant, a reçu une dot bien plus considérable que celles de ses tantes ; et pourtant ma sœur Marguerite a épousé le vicomte de Polignac ; ma sœur Eléonore, Edouard de Beaujeu ; son exhérédation de

la succession de son père a donc pour but d'établir l'égalité de fortune entre les diverses branches de la famille. Du reste elle ne pourra pas se dire déshéritée, omise dans le testament de son père qui lui lègue cent francs. Et surtout que le patrimoine de Beaufort n'aille jamais à ces maudits Boucicaut ; si Antoinette meurt sans postérité, son douaire devra faire retour à Eléonore ci-dessus nommée. » Boucicaut obtînt facilement l'annulation du testament de son beau-père. Le duc d'Orléans se fut couvert de honte s'il eut prêté la main à ces mesures spoliatrices, à ces dispositions tendant à dépouiller la femme d'un fidèle serviteur de la France. Dès le 17 juin 1400, Boucicaut prêtait hommage à la reine de Sicile, duchesse d'Anjou, pour le comté de Beaufort. Pendant les neuf ans qui suivirent, Boucicaut vécut à Gènes. Après avoir rétabli Tordre et la tranquillité dans cette république italienne, il appela auprès de lui « sa très chère et aimée épouse laquelle ne vivait pas aise loin de la présence de son seigneur, ni lui semblablement, car ils s'entre-aimaient de grand amour et môuli menaient ensemble bonne et belle vie. » (Livre des faits du Maréchal). Lorsque la République de Gênes secoua le protectorat de la France, Boucicaut revint dans son pays; quelques-uns crurent qu'il allait se retirer au château de Meyrargues qu'il avait fait réparer; hélas, cette résidence eut rappelé à Antoinette de trop tristes souvenirs. Antoinette et son mari affectionnaient la Touraine ; mais il fallut encore renoncer au repos. Boucicaut fut nommé gouverneur de Languedoc ; deux ans après, il était fait prisonnier h Azincourt (25 octobre 1514), moins heureux que son fils mort, dit-on, à la fleur de l'âge, sur le champ de bataille.

Tant de secousses avaient épuisé les forces d'Antoinette ; elle mourut dans son château d'Alais, le 14 juillet 1416, après avoir ajout éjquelques legs pieux au testament qu'elle avait fait à Uoquemaure le 10 avril 1413:

« Qu'on m'enterre à Tours, c'est là que mon mari désire » être enseveli ; si je meurs ailleurs, ma dépouille sera » déposée provisoirement dans l'église du pays, et mes » hoirs serviront jusqu'à son transport une rente annuelle

» de 30 livres à l'église et de 30 livres au chapelain. Que » dix mille messes soient dites pour le repos de mon âme ; » dix mille pour l'âme de mon père, celle de ma mère » (Marie de Bologne, morte le 2 mai 1388), celle de mon » grand-père enseveli dans l'église Notre-Dame de Paris, » et celle de mon fils enterré à l'église Saint-Nicolas de » Pertuis en Provence.

» Mon mari aura l'usufruit de ma succession ; mes héri- » tiers seront ceiïx que la loi désignera; mon cher mari, » je te recommande ma tante de Beaujeu, traite-la comme » si c'était ma mère ou ta mère Florie de Linières. Je » nomme exécuteurs testamentaires mon mari, l'évéque de » Viviers Jean de Linières, Simon de Nanterre conseiller » du roi, Pierre Le Pingre prévôt de l'église d'Arras... » (1)

Le jour môme de la mort d'Antoinette s'ouvrait cette grande enquête que venait présider Pierre Trulhet, notaire royal de Montpellier, substitut de Charles de Frontignan, juge royal de Montpellier, commissaire délégué des représentants du Roi. La veille, Jean de Saint-Vincent, sergent de la cour commune seigneuriale, avait assigné soixante témoins. On espérait avoir raison enfin de la mauvaise foi des consuls Nimois de 1388. C'était l'infortuné Boucicaut maintenant veuf, sans enfant, prisonnier en Angleterre, qui avait obtenu que la justice examinât sérieusement les réclamations des Alaisiens. (2)

(1) 8ur ces 10000 messes évaluées 1000 francs, je note 250 à l'église de Saint~Jean-d'Alais, messes dites de tous les saints, 250 au couvent des Dominicains, messes dites des martyrs, 250 aux Cordeliers, messes dites des confesseurs, 250 aux dames minorettes de 8ainte-Claire, messes dites des vierges, 500 là où sa belle-sœur Constance de Saluces femme Boucicaut est enterrée, 300 là où sa belle-sœur des Barres est enterrée. Citons encore quelques legs :

Je lègue à l'église Saint-Jean-de-Jérusalem d'Alest 20 francs, à l'église Saint-Antoine d'Alais 20 francs, à l'église Saint- Vincent 10 francs, à l'hôpital des pauvres 10 francs.

Je laisse à Marie de Turenne, ma sœur bâtarde, 1000 francs ; elle voudra probablement se faire enterrer dans l'église des Cordeliers de Loches, là où reposent mon frère et le sien Galias. . . .

(2) Archives municipales de Nimes, NN I, folio 172. Les Alaisiens

Le château comtal sera désormais rarement habité par ses maîtres ; celui des Pelet offre plus d'animation. -Respectable et puissant Bernard Pelet a vieilli, mais il a conservé son tempérament violent. La bête noire du vicomte deTurenne est Budos ; celle de Pelet est Pierre d'Alayrac. chevalier, sintitulant seigneur de Rousson. La cour du sénéchal a donné raison à d'Alayrac qui s'empresse d'envoyer son parent, Etienne Valette, dit de Clèdes, d'Anduze, faire hommage à Pelet dans les termes indiqués par la

avaient pour eux le droit ; la déposition d'Antoine Barron est formelle ; le témoin a 37 ans ; il est (ils de Pierre Barron, apothicaire : « Circa très anni sunt efîluxi, vidit aliquos ho mines loci de Alesto portantes litteras missorias, tam a domino marescallo Francie que a dicta villa Alesti, continentes in effcctu qualiter dictus dominus marcscallus rogabat consules et universitatem Nemausi que eisdem de Alesto facerent rationem dictis singularibus de debito de quo...; et tune dicti consules N. qui pro tune erant tenuerunt consilium inter se et consiliarios, in quoquidem consilio fuit dictum per aliquos que dicta civitas non tenebatur in aliquo dictis singularibus de Alesto, cùm jam dicta universitas solvisset dicto domino Duci et locumtenenti ultra hoc que sibi debebatur, et certi alii dicebant, quorum unus fuit Firminus Pugeti,que certe, juste et indubite dictum debitum debebatur per dictes consules dictis singularibus de Alesto, et ulterius idem testis audivit tune dici a dicto Firmino Pugeti que dicti consules se iuvaverant de quadam appodixa vitiosa quam habuerant dicti consules à Guillermo Texerii, locumtenente ut crédit dicti Johannis Chauchati, de et super debito predicte esmende per dictos consules Nemausi de resta débite, et dicebat ulterius dictus Pugeti que dictus Texerii, pro dicta appodixa facienda, habuerat certam summam pecunie à dictis consulibus Nemausi pro tune existentibus in dicto consulatu. Et certi alii dicti consilii Nemausi dicebant que non debebant solvere dictum debitum cum haberent quittanciam ; et in tinalibus fuit responsum per dictos consules dictis de Alesto que nihil solverent de dicto debito ; tamen. si voilent ponere in eompromisso. que libenter facerent, et fuit ibidem appunctatum per dictos consules cum dictis de Alesto, que unus de consulibus Nemausi cum ipso teste loquente accède* rent apud Boeoyranum, locum eoiumunem. ad certam diem, et que unus consul de Alesto. cum uno alio mercatore dicti loci de Alesto deberent ibidem dicta certa die venire; et ibidem in dicto loco fuerunt. et nihil ad învicem potuerunt tractare, sed sumpto prandio uuusquisque à dicto loco recesait. . .

justice. Pelet malmène le' mandataire ; il lui demande si son adversaire n'ose pas venir à Alais, sous prétexte que lui, ou son fils Guiot, l'ont menacé de quelque mauvais coup. Etienne Valette répond qu'il n'est chargé que d'une commission et d'une lettre que Pelet peut lire. Pelet dit qu'il n'a pas le temps et engage Valette à revenir le lendemain de l'Ascension. Valette proteste (25 février 1396); il retourne pourtant à Alais le 12 mai. Bernard Pelet envoie chercher trois notaires pour connaître ce qu'ils pensent des nouvelles propositions de son adversaire. Jourdan d'Euzière, Raimond de Gaujac, Jean Alexandre lui exposent le pour et le contre ; ils savent d'avance combien il est difficile de lui faire entendre raison. Pelet a déjà choisi son avocat à Paris ; il y enverra son fils Guiot, s'il le faut, pour que l'affaire marche rondement (1). Cela coûte

(1) Témoins de l'acte du 25 février : R. de Gaujac, Jean Bonimassip, damoiseau, Bertrand F abri, Guillaume Michaélis, notaire; Jean Chalvet.

Témoin de l'acte du 12 mai : Jean Vincent, coseigneur de Mons. Le 1" juin, il remet à Marc du Bourg, chanoine de Maguelonne, des papiers pour son avocat, Jean Quemiac (?). Témoins : Jean Mialet, marchand, et Guillaume Colin, tailleur de pierres. Le procureur à Paris de Pelet est un nommé Richard.

Le 2 mars 1397, il envoie son fils à Paris, à Toulouse ; il lui remet une lettre de crédit de 60 francs d'or pour pouvoir se procurer de l'argent chez qui que ce soit, pendant son v*>jr:ge. Le procès avec Pierre d'Alayrac s'est terminé par une transaction le 3 octobre 1396. Pourquoi alors envoie-t-il son fils à Paris ? Guiot avait épousé à Toulouse Ermessinde Ysalguier; elle fut dotée par Jeanne de Terrlde, veuve de Jacques Ysalguier, chevalier, comme tutrice de Jacques Ysalguier son fils, institué héritier universel par le père, à charge de doter sa sœur. Une lettre du prévôt du Chàtelet fixa la somme due à Ermessinde et à son mari à 400 francs d'or. Ermessinde mourut vers 1398.

En 1375, Bernard Pelet transige pour la dot de sa femme avec ses beaux-frères, Guidon et Pons de Montlaur ; mais ce n'était pas encore payé en 1390.

Bernard Pelet mourut vers 1405 ou 1409. Par testament du 23 février 1398, il institue légataire universel son fils Guiot. Si Guiot meurt sans postérité, les enfants de feu Raimond Pelet, sieur de la Vémne, hériteront et reprendront le titre de seigneurs d'Alais. Enfin il lègue à chacune de ses filles, Pierrette, Marquise, Paule,

cher, un procès, et il en a avec tout le monde, avec les parents de sa femme, avec la belle-mère de son fils, avec ses fermiers, avec les Cordeliers, avec Tévêque de Maguelonne pour le fief de Fabrègues. Il se ruine à ce jeu là (1) ; la justice est insatiable !

Le procès commencé en 1388 entre la ville et les seigneurs sur la forme du serment n'est pas encore terminé à la fin du XIVe siècle ; d'autres difficultés ont surgi.

A qui incombe la nomination des vérificateurs des poids et mesures ? aux officiers de justice. Les statuts municipaux leur en font un devoir. La ville a cependant le droit de nommer les alliélateurs des poids et mesures si la cour seigneuriale n'en a pas désignés ; ces alliélateurs doivent avoir soin de se faire assermenter en justice. Où s'arrêtent leurs attributions ? Etienne Raoul, marchand, agréé comme alliélateur par les consuls, dûment assermenté, était à son bureau, dans l'hôtel de ville, lorsque Pierre Teissier, hôtelier, présenta pour ôlre poinçonné un boisseau ou un setier d'une capacité non réglementaire ; Raoul brisa la mesure, en jeta les débris au feu, sans dresser procès-verbal, sans dénoncer le fait aux viguiers, Jean Bonimassipet Louis Dalmas. Quelque temps après, Ricard d'Albarussac, qui avait remplacé Bonimassip, eut vent de l'affaire et fit citer Raoul. Les consuls s'interposèrent ; l'on convint de s'en rapporter à la décision de Bernard de Caussargues, celui qui était allé à Paris en 1384. L'arbitre trancha la question assez subtilement : Raoul avait pour unique mission d'alliélcr , sans avoir à s'occuper si les mesures fausses apportées à son bureau avaient servi antérieurement 1 1393).

Mais abordons une source inépuisable de tiraille-

an francs d'or. Quant à Bérengére et Isabelle Pelet déjà mariées, il no leur laisse rien, vu leurs dots.

(I) Le 1" octobre 1381, il ebarge son notaire, Pierre Folchier, de lui trouver ront francs d'or.

Le I \ janvier 1384 (1385). il déclare devoir à la succession de Bernard de Saint-Etienne, évèque d'Uzes, décédé en 1374 à la Bastided'Knjrras, 200 florins à litre de prêt.

ments(l). Le conseil municipal peut-il prendre Mes délibérations, sans l'assistance d'un des officiers de la cour seigneuriale ? Si ces officiers sont tous absents, et cela n'est pas rare, comment procéder en cas d'urgence ?

En 1390, trois des consuls sont notaires, hommes de loi; ils soumettent la question aux honorables gens du conseil du Roi et réformateurs de Languedoc qui statuent de la manière suivante :

La présence d'un officier seigneurial aux séances du conseil ordinaire est inutile, à moins qu'on ne doive voter une imposition, royale ou communale, peu importe, telle est du reste la coutume. Lorsque les consuls croient devoir convoquer un conseil général ou extraordinaire, c'est-à-dire non seulement les membres du conseil ordinaire, mais encore la plupart des chefs de famille, il faut de toute nécessité appeler un officier de la cour (16 avril 1390).

La coutume était-elle conforme? Il est certain qu'en 1397, les habitants d'Anduze, s'étant rassemblés pour mettre une taille, sans permission de la cour seigneuriale, encoururent et payèrent une amende de quatre livres.

Remarquons enfin que l'ordonnance de 1390 se garde bien d'accorder à l'officier seigneurial un droit de veto sur les délibérations et les motions adoptées. Quoique désireuse d'affaiblir l'autorité municipale, la Royauté tient

(1) Nous laissons de côté tous ces conflits de minime importance ou d'intérêt passager dont on vient d'avoir un spécimen :

Les seigneurs disent que l'inquantateur de la cour a seul qualité pour faire les criées des débits de vin. (Contestation non terminée en 1401).

Les seigneurs ont fait publier que Ton ne pouvait acheter du blé qu'au marché, et en présence du leudier (4 août 1398).

Le conseil ne peut nommer des assesseurs, des procureurs sans qu'un officier seigneurial soit présent à la séance (14 janvier 1389).

Il est évident que la question se trouvait résolue en faveur de la ville, par l'ordonnance duJ6 avril 1390, qui figure aux archives municipales, liasse I, n* 19.

Voir aussi liasse 6, n* 13, sur le serment des prud'hommes jurés, visiteurs des terres, et chargés de la plantation des bornes.

encore moins h accroître les attributions administratives seigneuriales (1).

Avant de clore ce chapitre il convient aussi de noter

(1) Personnel administratif. — Comté (viguiers de la) : 1359 Bernard de Rochegude, damoiseau. 1375 Bertrand Fabri ; lieutenant de viguerie, Jean Fabri, jurisconsulte, clerc royal.

1379 Pierre Gardel ou Gardiol ; lieutenant de viguerie en 1377,

Philippe Bonimassip.

1380 Georges Lapessina, damoiseau, qui prêta serment le 8

juin 1380 ; lieutenant de viguerie, Jean Fabri, nommé le 15 décembre 1380.

1385 Guillaume Gasc ou Gasques, damoiseau ; lieutenant de viguerie, Jean Bonimassip, nommé le l*r août 1386. 1386-1389 Bertrand de Vassinhac, damoiseau ; lieutenant, Guiraud de Marlac.

1389 Jean Rey, notaire apostolique, viguier royal (la comté

étant saisie).

1393 Ricard d'Albarussac ou d'Albussac, damoiseau. 1405-1416 Thibaud Noyron, originaire de Neufchâteau (diocèse de

Laon), époux Marguerite Reynaud.

1417-1437 Louis de Caussargucs.

Baronnie (ciguiers de la) :

1377-1381 Véran Pelhier, clerc royal.

1385-1387 Jourdan d'Euziere, notaire royal. 1393 Louis Dalmas ou Delmas.

1402 Bertrand Fabri, bourgeois.

1403 Jean Bonimassip, époux Antonie de Sauve. 1405-1429 Jean de Bruges.

1429-1430 Bertrand Rays.

1437-1450 Pierre Salvaïre ; lieutenant, Urbain son fils. 1455 Bilbot Pierre, époux Capdur Jacquette. Jwjps ordinaires :

1302 Barthélémy de Serre, docteur.

1303-1380 Pierre de Caussargucs, clerc royal ; suppléant depuis 1er 1.*) mai 13X1, smi lils Bernard de Caussargues.

1389 Jean Pouget, licencié es lois, époux Aygline Pclet, fill^

de Pierre Pelet et de Claire' Raymond (Jean Pouget es* tils de Bernard Pouget, marchand).

1390 Jacques Martin.

1431-1454 Jean Fabri, bachelier en l'un et l'autre droit, épouj^ Jeanne Massayre, veuve de M* Jean Alexandre. Juges d ;ipije;uix :

1388 Pons Raynaud, notaire royal ; son fils, Bernard RaynancE

qu'une ordonnance de 1394 a expulsé de France tous les fils d'Israël ; ils n'avaient jamais été nombreux à Alais; dans les registres des notaires de 1388 à 1391. nous voyons :

Salomon Bonseigneur et sa femme Clairette ; Garson Bonafous ; Borriac ou Berriac Josse de Tournon ; Mayronne, veuve Crestas de Luncl, ayant habité précédemment Forcalquier, et Astruguct Crestas; Mayronne, veuve Jufïet de Carcassonne, qui demeurait jadis a Avignon ; Abraham Bonissac, Nasci ou Nassi.

Ceux-là sont domiciliés à Alais, et quelques-uns figurent aux cadastres comme propriétaires d'immeubles.

Les juifs de Montpellier font aussi quelques affaires sur la place : Joseph Massip, Salomon Borriac de Bédarride.

Ils prêtent tous au taux légal [solvere lucrum ad taxant regiam) à 80 °/o ; ils achètent les créances douteuses ; nous ne citerons que quelques actes. Bertrand Darboussea marié son fils avec Marie Desplans de Saint-Jean-du-Pin ; le père Desplans a promis à sa fille une dot de huit francs qu'il ne se presse pas de payer; le père Darbousse cède la créance à Salomon Bonseigneur. Christophe Cabot de Malmoyrac a besoin d'argent ; un juif lui en prête en se faisant céder la récolte future en nantissement. C'est encore à des juifs que s'adressent les pauvres gentilshommes : Louis de Serinhac, coscigneur de Malmoyrac, Antoine de Connillère, de Vermeils, et son homonyme, de Lézan.

Trouvent-ils main-forte auprès du pouvoir civil pour

épousa Marguerite d'Alzon \ son petit-fils s'appela Guiot Raynaud.

— Jean Darbousse.

1398 Pierre de Caussargues, bachelier es décrets. 1429 Louis de Caussargues.

Gouverneurs de la comté :

1397-1416 Jean de Pertuis.

1426-1437 Jean Jordan sr de Formiac ?

U39-1463 Giron du Puy (de Podio), originaire de Saint-Blaise-d'Auzella (diocùse de Clermont).

recouvrer leurs créances ? Une de nos pièces justificatives ne nous permet pas de l'affirmerai).

Nous voyons disparaître à la même époque ce qu'on appelait la bourgeoisie royale. Le dernier cas que nous ayons trouvé est de 1389. Garsende, veuve d'un charpentier d'Alais, avait demandé le titre de bourgeoise royale d'Aiguesmortes : communication lui fut donnée de l'ordonnance du roi du 29 juillet 1373; elle devait acquérir dans la ville d'Aiguesmortes une maison valant soixante sous, y séjourner pendant au moins trois jours à Noël et à Pâques, ou payer un marc d'argent. Garsende acheta une maison. Bércngcr Goyon , licencié ès-lois , juge royal d'Aiguesmortes, de Sommières et de larectorerie de Montpellier, lieutenant de noble Louis Malepue ou Malepve, chàtelain-viguicr d'Aiguesmortes, commissaire juge conservateur des privilèges, libertés et franchises delà bourgeoisie royale d'Aiguesmortes, ordonna de faire publier à Alais la lettre nommant Garsende bourgeoise royale.

Celle-ci vint trouver Jean Bonimassip, lieutenant de Bertrand de Vassinhac, viguier comtal, qui autorisa le sergent royal, François Dumas, à publier les pièces, en présence du crieur Faysses et d'un notaire. (1)

(U Doc.just.. n° XX1I1. Les juifs de Languedoc s'étaient engagés à payer au Roi mille francs d'or. Pour se procurer de quoi verser sa part, Bonseigneur poursuivit un de ses débiteurs ; le trésorier royal de Montpellier, commissaire royal, approuva la saisie faite par Bonseigneur contre Pierre de Martinaco ; Pierre de Martinaco lit opposition devant le senoclial de Beaucaire ; nous ignorons quelle fut la décision de celui-ci (août 13W2).

Salomon Monseigneur a sa maison rue Peyrolerie. et une vigne quartier de Montaud.

Abraham Nassi a une vigne quartier de Russan; il habite rue Soubeyranne, à coté de Jean de Cuhellis.

{{) Manda la cor de... et par mandamen réal, vos fan ha saber que Garscnda. desemparada de Peyre Rovîllas. fustier d'Alès. ... es fâcha de novel et receupuda borge/a réal d'Aygasmortas et per los privilèges dé la diche borgesia es messa et receupuda en la protection et spécial salvagarda de Notre Seijrnor Lo Rey de Fransa. unacum (tic) sos etïans. sa familla et lots sos bens, pos-

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