‹ Histoire de la ville d'Alais de 1341 à 1461Chapitre 9 sur 52 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La vie politique de 140O à 1436.

Le nombre des habitants. - Le serment. - Un club. - Bourguignons et Armagnacs. - Les routiers. - Les impôts directs et indirects.

Sommes-nous à même de dire quel était, au commencement du XVe siècle, le chiffre de la population d'Alais ? Les statistiques royales nous induiraient en erreur ; la ville, d'après la réparation faite en juin 1399, n'a que 46 feux, et d'après celle de 1414, 30 feux. (!) Evidemment le nombre des habitants est bien plus considérable ; nous en avons des preuves irrécusables, ne seraient-ce que les listes annuelles des conseillers. hy estime du 7 décembre 1393 contient 677 propriétaires et 930 immeubles bâtis servant presque tous à l'habitation. D'autre part nous avons un document concernant la ville de Nimes ; elle figure sur les registres royaux pour 200 feux alors qu'elle possède 1300 chefs de maison; pouvons-nous au moins,

sessions et causas quais que sian...

Voici les dix publications : 1€ place devant l'église, devant Bernard de Clinon, moine, prieur de l'église Saint-Jean ; 2* au coin derrière l'église Saint-Vincent ; 3* au plan du Pont- Vieux ; 4# au coin de la rue Tisserie ; 5# coin du Malbourguet ; 6% 7e, 8«, 9% 10*. . . (Acte de Grégoire Raymond, notaire, du 12 juillet 1389).

(I) Lettres royaux datées de Paris en mai 1414 (liasse VIII, n*30). En voici le résumé : Charles VI dit que ses deux prédécesseurs ont reconnu que la ville d'Alais était trop imposée. Jean des Trois Émines, bachelier es lois, juge royal d'Uzès, et Etienne Valette, substitut du procureur royal de la sénéchaussée, ont écrit que la ville d'Alais n'avait que 30 feux; la ville a payé le 21 mai 1414 l'indemnité d'un franc d'or par feu réparé, par conséquent. . .

Lettres royaux du 18 février 1417 n. s. (liasse XIII, n» 31). Rémission de la cinquième partie de l'aide de cent mille livres imposée pour le recouvrement d'Harfleur, parce que la misère est grande et qu'on émigré en Espagne. Attaches du 28 avril et du G mai 1417.

par analogie, considérer la question comme résolue et dire que la ville d'Alais renferme 300 chefs de maison ? A quoi serions-nous plus avancés ? ïl faudrait encore connaître de combien de personnes se compose en moyenne une famille ; multiplier un chiffre, déjà douteux, par un coefficient très contestable, par 5, comme l'ont fait certains historiens, ne nous paraît pas œuvre sérieuse.

Il y a un fait certain ; la population pendant la seconde moitié du XIVe siècle a diminué; un acte du 2 juin 1402 nous permet de l*aflirnier. Jadis, y est-il dit, on tuait, chaque samedi, à la boucherie trois bœufs; l'abbé de Cendras avait droit à prendre les langues de deux de ces animaux, et le recteur de la Maladrcrie une ; maintenant on n'abat parfois qu'une seule bête ; à l'avenir l'abbé prélèvera donc les deux tiers de la valeur de cette langue et le recteur l'autre tiers. Seulement gardons-nous de conclure à une réduction proportionnelle de la population ; la consommation de la viande de boucherie baisse, chacun le sait, lorsque des taxes indirectes amènent le renchérissement de son prix ; mais aussi nous appuyons-nous sur d'autres données ; l'insécurité des routes, fait indéniable, a eu pour résultat la diminution do la population flottante ; la mortalité dans la classe ouvrière a augmenté avec le chômage, avec la misère, comme toujours. Nous devons donc renoncer à satisfaire la curiosité du lecteur sur le chiffre véritable de la population d'Alais à cette époque; nous croyons cependant qu'il y avait encore 3000 habitants sédentaires.

Est-il permis de contrôler notre opinion par le procèsverbal de prestation de serment des habitants à Boucicaut et à sa femme? Non. On a vu qu'un procès s'était élevé entre les seigneurs et la ville sur la forme de ce serment ; le procès durait encore. Le 9 juillet 1401, le Roi ordonne de s'opposer à tout ce que pourrait entreprendre la justice locale au préjudice de l'appel porté par les consuls devant son Parlement. Un an se passe ; Boucicaut désireux d'en finir, écrit à Pierre Le Pingre, secrétaire du Roi, et à Jean Papinol,de traiter à l'amiable. La ville de son côté charge le consul Bernard dit Sauveur Pelct d'aller à Paris et de

voir quelles seraient les bases de cette entente. Les mandataires du Maréchal s'aperçoivent que la procuration dont est porteur Pelet n'est pas légalisée; on renvoie la pièce à Alais ; le viguier s'empresse de faire le nécessaire (29 novembre 1402) ; enfin le 6 juin 1403, on tombe d'accord sur le point principal, et le Parlement homologue la transaction. La ville avait gain de cause puisqu'elle était autorisée pour cette fois à prêter serment à ses seigneurs comme par le passé (1). Le serment fut prêté, mais les noms des jureurs ne figurent pas dans l'acte ! Ce succès grisa un peu les Alaisiens; deux ans après, ils se plaignent au Roi de ce que les viguiers n'ont pas voulu prêter serment conformément à la vieille formule insérée dans les statuts municipaux ; leur prétention était discutable ; mais nous avons déjà constaté combien la Royauté profitait habilement des occasions qui tendaient à amoindrir les agents seigneuriaux. Ces questions qui nous paraissent si minimes sont les seules dont les archives aient conservé quelques traces ; les autres documents sont relatifs aux impôts ; leur répartition offre des détails assez intéressants.

Le 24 septembre 1377, le comte de Beaufort avait obtenu de tous les Alaisiens leur adhésion à ce qu'une partie de chaque taille fut imposée proportionnellement, à sou et à livre, d'après Vestime, et l'autre partie par tête. Ainsi supposons qu'on eut besoin de 500 francs ; 400 devaient être recouvrés proportionnellement, et 100 francs répartis également entre tous les chefs de famille, de telle sorte que si les rôles comptaient 200 chefs de famille, chacun avait à payer un demi-franc par tête. Pourquoi une supposition, voyons les registres eux-mêmes.

Le 13 mars 1387. la ville a besoin d'une certaine somme ; on dit que 24 gros seront payés par centaine de livres d'estime, et 6 gros pro quolibet capite hospicii. En janvier 1388, après avoir indiqué qu'un franc d'or vaut 16 gros et un quart de gros, l'acte énonce que 13 gros seront payés par centaine de livres d'estime, et trois gros et quart par

(l) Doc. justif., n<> XXXVI.

tète. Or 24 : 6 : : 13 : 3.25. L'estime étant d'environ 20000 livres, le conseil dira si Ton a besoin de 200 francs, qu'il faut imposer 1 franc ; et Ton fera payer trois quarts d'un franc par 100 livres d'estime, les autres 50 francs étant à répartir par tête.

Evidemment l'ancien système, celui voté en 1294, d'après lequel chacun payait proportionnellement à son avoir, était plus logique ; et c'est le retour à ce système que voulait le parti des populaires. Sous prétexte de chercher à reconstituer sur de nouvelles bases la confrérie de la lampe qui brûlait continuellement dans l'église paroissiale, ils se réunissaient sans cesse et s'occupaient beaucoup moins du cours de l'huile que de politique. En juillet 1408, l'autorité supérieure, voyant le danger, menace de leur retirer le droit de s'assembler, si les confrères ne se soumettent pas à deux conditions : 1° se réunir à l'hôtel de ville, en présence d'un consul, et rien que là ; 2° rester dans les limites des statuts de la confrérie, ne pas s'occuper des affaires municipales, du budget. Que vont faire les clubistes ? Les uns approuvent ; les autres parlent de passer outre. Le conseil municipal essaie de donner satisfaction, dans les limites du possible, aux pauvres gens ; la taxe sur le pain devient progressive ;*ceux qui ont en estime 80 livres payeront 5 deniers par quintal de blé consommé chez eux; ceux qui en ont plus, 7 deniers Cette demi-mesure ne satisfait personne ; elle fournit môme aux agitateurs une occasion de remonter aux origines des taxes mises sur le pain, de relire les anciennes ordonnances sur la matière, conservées au greffe municipal.

Le 3 mai 1409, la majorité du conseil a voté une taille de 200 1. t.; les meneurs du pauvre peuple vont trouver le viguier pour avoir l'autorisation de saisir le sénéchal de leurs revendications : a En 1294, nous, pauvres gens, nous consentimes à ce que la taxe sur le pain fut doublée ; on perçut à partir de ce moment une obole par quintal au lieu dune pite ; on nous assura que le produit du poids du blé et de la farine suffirait à équilibrer le budget des dépenses ; la perspective de ne plus voir de tailles nous fit accepter l obole ! mais nous avons été des dupes ; les tail-

les ont continué et augmenté, et ce qui est plus triste encore, les riches se sont arrangés pour que nous en supportions plus que notre part ; au moins au bureau du poids tout le monde payait sa part, et rien que sa part ; le sénéchal verra si nous avons tort de réclamer. Viguier, donnez-nous acte de notre appel. »

Le viguier renvoya à huitaine sa réponse ; le comité de protestation se rendit en corps à la mairie ; les consuls firent comme le viguier ; les huit jours écoulés, le viguier dit qu'une délibération municipale autorisant une taille de 200 livres existait, que la majorité des conseillers avait voté dans ce sens, qu'il n'admettrait jamais que les minorités fissent la loi.

Quel dommage que le viguier n'ait pu tenir un pareil langage aux princes du royaume qui entouraient alors le jeune Roi, et ne cherchaient que la satisfaction de leurs ambitions personnelles ! De tout temps les petits ont pâti des sottises des grands.

Le Roi a adopté le 3 octobre 1411 le parti du duc ds Bourgogne, meurtrier en 1407 du duc d'Orléans ; il a enlevé au duc de Berry le gouvernement de Languedoc. Le duc de Berry soutient avoir été nommé à vie ; appuyé par le comte d'Armagnac, il va organiser la résistance contre les commissaires royaux chargés de replacer le Languedoc sous la main royale ; puis il rentre en grâce (1).

(1) Le Roi avait nommé le 5 novembre 1411, pour gouverner le Languedoc , des créatures du duc de Bourgogne , Guillaume de Vienne, seigneur de Saint-Georges, et Reynier Pot, seigneur de la Pruigne.

Le 21 juin 1412, Pierre Salvaire, clavaire d'Alais, va au Vigan, présenter à noble Jean de Vabres, de Sauve, viguier royal des vigueries de Meyrueis et de Beaucaire, receveur de la taille, une lettre des deux gouverneurs ci-dessus : Vu la relation à nous faite par Boucicaut, maréchal de France, vu les charges considérables qu'ont eu à supporter les bourgeois et les hommes des villes d'Alais et d'Anduze, qui sont voisins de Bernard d'Armagnac et autres désobéissants au Roi, dispensez-les de payer 100 francs qu'ils doivent sur la taille de Tan dernier, à savoir : Alais 80 et Anduze 20. Toulouse, 8 juin 1412 (A. 3/., liasse XI, n« 15).

Bernard d'Armagnac, comte d'Armagnac et de Rodez, avait été

Le Roi d'Angleterre eut été bien sot de ne pas profiter de ces révolutions de palais. La guerre recommence ; les Français sont vaincus à Azincourt (25 octobre 1415) ; le royaume est à la merci des Anglais. Un roi fou, une reine frivole, une invasion ! Charles VI, dans un moment de lucidité, remet Tépce du connétable, mort sur le champ de bataille, au comte Bernard VII d'Armagnac qui chasse de Paris l'indigne reine de France. Isabeau pour se venger implore le secours du duc de Bourgogne Jean-sans- Peur.

Le^iuc de Berry meurt le 15 juin 1416. Les Languedociens sont persuadés que Dieu a refusé de le recevoir au Paradis (1).

condamné au bannissemeut (Janvier 1412).

Jean de Berry rentra en grâce en juillet 1412.

(1) Doc. justif., page 75. Antoine Puget oublie que Dieu se souvient aussi des bonnes actions. On nous permettra d'en citer une.

Le 18 février 1385 (1386) un ami ou un allié de Pierre Blezin, dit le Clerc, présenta à Firmin Alavache, viguier royal, une lettre du duc de Berry, scellée en cire verte avec le grand sceau, et lacs de soie, ainsi conçue :

« Jean, fils du Roy de France, duc de Berry et d'Auvergne, comte de Poitou, lieutenant de Mgr le Roy es dits pays et duché de Guienne et en tout le pays de Languedoc, savoir faisons à tous présents et à venir. Nous avons reçu humble supplication de Pierre Le Clergue, sous-viguier de Nimes, de sa femme et ses quatre pauvres petits enfants, contenant que dimanche 11 courant, après l'heure que Ton dit l'Arc A/arta, deux prisonniers des prisons royales de Nimes. l'un appelé Jean Clair et l'autre Frédéric, confiés à sa garde, se sont sauvés des dites prisons, à l'insu dudit sous-viguier et des siens ; et comme de juste, le viguier de Nimes a fait prendre et mettre en prison le gardien, lequel attendu son ignorance et sa situation de fortune, nous prie d'avoir miséricorde et compassion de lui. et de notre bénigne grâce mander au viguier de le mettre hors de la prison, de lui remettre et quitter toute peine et amende qu'il pourrait avoir encourues envers le Roy ou envers nous. C'est pourquoi, nous, considérant les choses dessus dites, audit Pierre, sa femme et ses enfants toute peine et amende criminelle, et corporelle et civile qu'ils pourraient avoir encourues, avons quitté et remis par la teneur des présentes, quittons et remettons de noue certaine science et gràoe spéciale et autorite royaulx dont nous usons en cette province, toutes informations... sur ce fait... cas-

Le 7 janvier 1417, le conseil vote cinq deniers par livre pour payer la taille royale de 400 livres 6 sous (1).

sons et annulons, et ledit Pierre, sa femme et ses enfants à leur bonne renommée retournons, et silence perpétuel au procureur du Roi imposons, et ordonnons en mandement au viguier de Niraes de faire sortir de la prison Pierre et de lui rendre tous ses biens saisis à la suite de son arrestation, et à tous justiciers et officiers que ledit Pierre, sa femme et ses enfants fassent jouir et user paisiblement de notre présente grâce. Donné à Villeneuve-lôs- Avignon, Tan de grâce 1385 et au mois de février.

Firmin Alavache, après avoir lu cette lettre, enjoignit aux sergents Jean de Bellomense et Henri de Broya, d'aller à la prison du Mûrier faire lever l'écrou par Jean Prud'homme, gardien de cette prison.

Tout cela fut fait sans retard ; le geôlier défit les chaînes du prisonnier, Petrum à compedibus in quibus in dicto carcere detinebatur liberavit et a dicto carcere relaxavit et abire permisit....

Pierre Blezin s'empresse d'embrasser, à genoux, les traits du duc de Berry qui apparaissaient sur le sceau de ces lettres de grâce, ymaginem dicti ducis in sigillo dictarum litterarum apparentem, genibus flexis, osculando.

Pendant ce temps frère Hugon Malispert, de l'ordre des Augustins, allait annoncer â la famille la bonne nouvelle. (Acte d'Eustache de Nimes, notaire, (• 27.)

Pierre Le Clergue était depuis longtemps employé de la mairie ; le 2 août 1373, il accompagne les consuls de Nimes à Saint-Césaire où ils allaient essayer de mettre d'accord le prieur de Saint-Césaire et ses paroissiens. (Archives de Nimes, série R, comptes de 1373).

Citons un autre acte du duc de Berry :

Le gouvernement de la seigneurie de Ganges avait été confié à Béranger d'Olivier (Olivario), damoiseau de ce pays ; une plainte lui parvint contre Jean Frédol qui avait volé à Alasaïs, veuve d'Hugon de Sassoyra •:, neuf cent pièces d'or. Béranger lit incarcérer le voleur, mais celui-ci lui ayant fait don de 200 florins, les poursuites cessèrent. Le bruit de cette corruption parvint au duc de Berry qui envoya Odoard d'Hauteville faire une enquête. Béranger s'arrangea avec l'enquêteur, et versa au trésorier royal une amende de 80 fr. d'or ; il promit en outre de rendre à la partie lésée les 200 florins qu'il avait reçus, Jean Frédol devant payer à la veuve le

(1) La délibération porte : casu quo non exhigeretur per Regem, que non levatur ; quant indictionem fecerunt in presentia judicis de Alesti.

Le 29 juillet, il vote encore six deniers par livre pour une taille qui s'élève à 469 1. 5 s. 8 d. (1).

Mais on sent à chaque vote qu'on s'attend à une grande nouvelle : l'abolition de l'impôt.

Dès qu'on parle d'une réunion des trois états, prelatis, baronibus nobilibus et aliis communitatibus senescallie, la ville d'Alais recommande au consul qui ira consentiendi unioni trium statuum dicte senescallie, d'être très prudent.

surplus ; mais l'enquêteur exigea que Béranger restât en prison tant que la veuve n'aurait pas été complètement désintéressée. Quelques mois s'écoulèrent. Alasaïs s'était remariée avec Pierre Thome d'Aimargues. Béranger languissait de recouvrer sa liberté. Le duc de Berry, se trouvant à Toulouse, le 7 janvier 1386, après avoir consulté son conseil, écrivit au sénéchal de Beaucaire : « Nous connaissons tous les détails de cette affaire, mais Béranger a une femme, des enfants, il a notamment une fille d'âge à être mariée ; nous autorisons sa mise en liberté sous caution de 200 florins ».

Bernard d'Olivier, damoiseau, habitant Anduze promit le 1«* février de payer ces 200 florins, 1/2 à la Quadragésime et 1/2 à l'Assomption de la Vierge. Noël de Saussan, seigneur de la Roqueaynière et de Vestric se porta caution, et le juge-mage rendit une ordonnance de levée d'écrou. Le geôlier de la prison royale de Niraes, dite de la Violette, obéit. Nous ne donnons pas les textes ; ce serait trop long. Ainsi la lettre du duc finit ainsi : Datum 77iolose die VII januarii anno domini Îc85 per dominum ducem et locumtenentem in suo consilio in quo vos do minus episcopus et cornes de Sacrocesare présentes eratis.

La levée de l'écrou a lieu en présence de Gilles Julien, fils du juge-mage, de noble Bernard de Casalils et du susdit Pierre Blesin dit Le Clerc, sous-viguier de Nimes.

(1) La délibération porte : et explicato que eral necessarium indicendi pro tallio regio noviter indicto in patria lingue occitane et pro cota tangenti dictam universitatem que ascendit 469 l. 5 «. 8 d., que soloi débet scilicet, média, prima die augusti et aha, die 20 septembris.

Omnes insimul indixerunt in presentia... vicarii, ad estimam ultimam factam (en février) sex denarios pro libray solvendos i/2 de presenti, et alia eveniente dicto ter mi no 20 septembris , etcum hac conditione que casu quo dictum tallium non exigetur in aliis villis et civitatibuSy que presens indictio pro non facta habettur. Item que nihil convertatur in aliis negociis ville nisi soluto primitus tallio regio.

L'évoque de Gap réunit les Etats au Pont-Saint-Esprit (octobre 1417). (1)

La reine et le duc de Bourgogne lancent sur ces entrefaites leur manifeste en tôte duquel on lit suppression des contributions. Les Alaisiens se laissent prendre à ces fallacieuses promesses confirmées par les lettres du 3 avril 1418.

Le 15 avril, le baron, le gouverneur de la comté, les consuls croyant au succès de l'aventure bourguignonne chargent quelqu'un d'aller prêter serment aux représentants officiels de la reine, à feouis de Chalon, comte de Genève et fils aîné du prince d'Orange, à Regnault vicomte de Murât, à Guillaume de Sanlieu et à Jean de Terraut ou Terrant. Mais toutes les villes n'avaient pas été aussi naïves. Dès le 25, les Alaisiens, s'apercevant que les châtelains de Nimes, de Beaucaire, de Roquemaure, de Villeneuve-lez- Avignon refusent de coiffer le chaperon bleu de Bourgogne, ferment les portes du mur d'enceinte, propter periculum evidens quod est de presenti in patria (2) . Les Bourguignons auront beau maintenant se rendre maîtres de Paris ; les horreurs qui ont accompagné leur entrée dans la capitale concourent au succès de la réaction. Hugon d'Aubépin demande aux Alaisiens de l'aider à s'emparer du château de Nimes, de celui de Roquemaure ; ils ne lui accordent que ce qu'ils ne peuvent pas refuser ; les délibérations dépeignent très bien leurs sentiments intimes (3); la capitulation du château de

(1) La ville nomma ses députés le 22 octobre 1417, en leur recommandant de voter les mesures dictées ad honorera Régis, senesvallie et totius regni prout aliis lotis et civitalibus seu rectoribus, consulibus et gubernaloribus eorum videbitur faciendum.

(2) Non seulement on ordonne la fermeture des portes, mais encore on vote la réparation du mur d'enceinte depuis la porte Saint- Vincent jusqu'à la porte Saint-Gilles.

(3) Ainsi la délibération du 6 juillet 1418 commence par indiquer c^uo le comte de Genève seigneur d'Argueil, et Reynaud vicomte «Je Murât ont envoyé des lettres par des porteurs qui ont ordre d'attendre la réponse :

Litteras apertas officiariis Alesti et clausas consulibus receptas

Nimcs pourra modifier un peu cette attitude résignée ; n'importe , il n'y aura rien de tel pour ouvrir les yeux de tous sur le danger que fait courir à la nation la faction bourguignonne comme la réunion des Etats à Garcassonne. Les Etats ont été ouverts avant le 15 juillet ; mais les Alaisiens n'ont pas encore choisi leurs députés le 24 août. Pourquoi ? parce que malgré les promesses faites par la reine, les commissaires bourguignons demandent un subside. Ainsi que le remarque M. A. Molinier, c cette violation immédiate des promesses solennelles faites au nom de la reine par les commissaires bourguignons contribua sans aucun doute plus tard au triomphe du parti delphinal. »

Les Etats sont encore convoqués en janvier 1419. La situation est devenue pire ; les deux partis se disputent, les armes à la main, les châteaux-forts de toute la région. Les députés quittent Garcassonne sans avoir rien décidé

per quas petebant et requirebant eis mandari g entes armorum et specialiter tractus sufficienter armatos.,. Consules petebant conclusionem fieri de numéro etquantitate gentium mandandorum.. Que universitas mandet seu mittat eisdem dominis quatuor hominés armorum, quemlibet ad duos equos, et duodecim tam balisterios quam archerios.

La délibération porte aussi que les consuls feront estimer les chevaux, les armes prêtés aux Bourguignons et se feront donner par eux un reçu en règle.

La délibération du conseil du 24 août 1418 mérite aussi une analyse :

Mandatum erat per dominum Hugonem de Albespino, commissarium députât um ad faciendum et tenendum obsedium couf?*a gentes tenentes... in Castro de Ruppemaura, de mittendo eisdem pro deffensione patrie et dicti obscdii certam quantitatem balisteriorum in numéro circa W vel 25 pro toto comitatu Alesti.

Item que receperunt mandatum à consilio generali congregato in civitate Carcassone per gentes trium statuum de mittendo ad dictum consilium cum potestate sufficiente.

Le registre s'arrête ici brusquement ; il n'y a pas le vote du conseil ni sur l'une ni sur l'autre question.

Faut-il conclure que la ville va lâcher le parti Bourguignon ? ?

et s'engagent à se réunir, un peu plus tard, à Montpellier (1).

(1) Un nommé Jacques de Sauve s'était emparé du château de Roucaute, appartenant à l'évêque de Maguelonne, seigneur de Sauve (Gard). Jacques Faucon, capitaine de la commune de Sauve, vint le sommer de vider la place.

Jacobus Faucon, capitaneus hominum universitatum Salvii et Salviensis, nunc existens ante castrum de Rocauta occupatum per Jacobum de Salvio, mandamen ti Rocauta, requisivit dictum Jacob il m de Salvio existentem infra dictum castrum supra unum cadaffaut positum supra muros dicti cas tri à parte solis occasus juxta quoddam magnum portale, que ipso capitaneo, nomine domini Magalonensis episcopi, domini dicti castri, dictum castrum restituât ; et que cum sua comitiva exeat libère et impune. Jacobus de Salvio dixit que non faceret.

Jacques de Sauve refuse. Faucon lui réitère l'ordre de sortir; il le menace successivement d'une amende de 100, 200, 300 livres ; il l'avertit que cette résistance en se prolongeant entraîne la confiscation de tous ses biens, la mort même (Noël 1418).

Faucon emploie alors la force ou l'argent et occupe le château avec son ami Jean Olivier de Sommières.

Mais l'évêque de Maguelonne avait informé Hugon d'Aubépin, chambellan du Roi, châtelain-viguier de Sommières, maréchal et lieutenant de Louis de Chalon, prince d'Orange, de Genève, seigneur d'Arlay, capitaine général et commissaire en Languedoc, Auvergne et Duché d'Aquitaine, de ce qui se passait.

Jean de Pérouse ou Peirouse aîné, prêtre, homme de confiance de l'évêque, vint avec Hugon d'Aubépin et des soldats à Roucaute. Faucon et Olivier remettent les clefs à Jean de Pérouse qui prie le bailli, (bajulus) de faire garder le château par des hommes sûrs ; il s'en présente et on leur fait prêter serment, 6 février 1418 (1419). Le 8 février, un autre acte porte : Castrum fuerat captum per inimicos Régis et deinde manu militari cum certis pactis dicti inimici a dicto Castro fuer un t exarcti et deinde Hugo d'Albespini dictum castrum ad manum regiam posuit.

L'évêque reconnaît que cela mérite d'être payé, et il lui délègue partie des revenus de Sauve affermés par acte du 27 septembre 1418 pour deux ans moyennant 460 livres. A ce moment l'écu d'or vaut 4 livres et demi ; le marc d'argent vaut 7 livres et demi.

Le château de Monoblet qui appartenait à l'évêque de Maguelonne était commandé par Jean de La Combe, dit Soli.

Les Bourguignons, pour être complètement maîtres du pays, devaient occuper toutes les villes closes : Alais, Aulas, Anduze, Aimargues, Beaucaire, Bernis, Besouce, Clarensac. Lézan, Mar-

Les lettres de convocation émanant du prince d'Orange fixent l'ouverture de la session au 1er mars ; elle n'a lieu que le 26(1); beaucoup de villes n'ont pas môme pris la peine de s'y faire représenter, sachant que le prince a été révoqué et que le comte de Foix le remplace ; le prince a beau ne pas accepter sa destitution ; il voudrait lutter, mais comprenant bientôt l'isolement qui le menace, il s'en va ; son lieutenant, Hugues de l'Aubépin, est plus tenace (mai 1419) (2).

guérit tes, Manduel, Marsillargues, Meynes, Meyrueis, Nimes, Saint- Gilles, Sauve, Sommiêres, Sumène, Vauvert, Vézénobre, Le Vigan,Villevieille, etc., etc. Ajoutez toutes celles du diocèse d'Uzès, car la liste ci-dessus ne concerne que le diocèse de Nimes. De plus outre les villes closes, il y avait un grand nombre de châteauxforts appartenant à des seigneurs particuliers. Il y aurait un travail très intéressant à faire sur le nombre et la puissance de ces châteaux à ce moment. Mais cela demanderait un volume !

(l)Le clergé lui-même hésite. Ainsi, Jean Vilate, prieur du monastère de Tornac, près d'Anduze, a nommé, pour le représenter à ces états, Pierre de Gaujac, docteur es décrets ; cette nomination est du 12 avril ; le 26 avril, il révoque Gaujac et nomme Antoine Folchier, prieur de Montpézat, futur abbé de Saint-Gilles.

(2) Hugues de l'Aubépin, chambellan et conseiller du Roi et du duc de Bourgogne, lieutenant du prince d'Orange, châtelain-viguier de Sommiêres, tferit le 9 mai 1419 à Louis Guidol, dit de Fontharan, écuyer :

« Comme nous devons et sommes tenus de revisiter les villes et forteresses de notre châstellenie et viguerie de Sommiêres et ressort d'icellui, tant à cause de notre dit office de châtellenie et vicarie comme à cause des temps périlleux qui à présent court en ces pays, et ce tant pour le bien, honneur, profit et utilité du Roy, notre seigneur, comme pour conservation des bonnes gens de notre dite châstellenie et viguerie et leurs biens en laquelle revisitation nous ne pouvons vaquer, considéré que nous sommes occupés en plusieurs autres grands besoignes et affaires touchant le royaume, pour lesquelles est nécessaire que de présent nous nous transportions par devers mon dit Prince et autre part là où lui plaira ordonner, pour ce est-il que nous à plein confiants de votre bonne prud'homie, sens et diligence vous mandons et commandons et commettons qu'incontinent ces présentes vues, appelés avec vous ceux que bon vous semblera appeler, vous vous transportiez par toutes les villes et forteresses de notre châtellenie et vicairie, et

Les Etats se rassemblent à Toulouse en août. Lorsqu'on parle de voter un subside, les députés répondent qu'ils n'ont pas pouvoir suffisant de leurs commettants ; ils promettent de revenir à la mi-septembre. A ce moment parvient la nouvelle de l'assassinat sur le pont de Montereau du duc de Bourgogne, Jean-sans-Peur ; son héritier, Philippe-le-Bon embrasse ouvertement le parti Anglais ; le 21 mai 1420, Charles VI signe, sur sa demande, le traité de Troyes par lequel Henri V est reconnu régent de la France. Dès lors le dauphin, soutenu par les Armagnacs, représente visiblement la cause nationale. La ville de Nimes a honte d'avoir été si longtemps bourguignonne. Le Pont- Saint-Esprit est pris d'assaut par le dauphin le 17 mai 1420. Aiguesmortes sera soumis en janvier prochain par Charles de Bourbon, et le gouverneur de la place, Louis Malepue, décapité. Sommières résistera davantage ; il ne fut pris qu'en mars 1422.

Ainsi au moment où le dauphin devînt le roi CharlesVII, le pays tout entier avait déjà abandonné le parti bourguignon.

Pendant que Bourguignons et Armagnacs couvraient le

veuillez bien et diligemment les revisiter et si vous apparaît aucune réparation être nécessaire de y faire, ycelles réparations commandez et enjoignez, à tous ceux à qui il appartiendra de les faire, qu'ils les fassent ou fassent faire bien et dûment dans un certain temps raisonnable, et qu'en ycelles villes et forteresses fassent et faites faire bon guet et garde de jour et de nuit, en telle manière que aucun dommage ou inconvénient ne puisse venir au Roy ni audit pays, et ce sous grosses peines données et appliquées au Roy, et autrement de y faire ce que faire pourrions, si présent nous y étions, et mandons et commandons au bailli et capitaine de Sauve et à tous autres baillis, capitaines institués, officiers, syndics, consuls, conseillers et procureurs... Donné à Sommières sous notre propre scel, le 9 mai 1419. »

Noble Louis Guidol, dit de Fontharan va visiter le château de Sauve où commande Jean Biolet, capitaine ; il communique sa lettre à celui-ci et à noble Jean Vabre, bajulus de l'évêque de Maguelonne, seigneur de Sauve et de Durfort.

Pour la suite de la prise de ces châteaux par le dauphin ou ses armées voir les Archives de Sommières.

sol de la France de ruines, le prisonnier d'Azincourt, Boucicaut, mourut en Angleterre ; par codicille du 29 mai 1421 il choisit pour exécuteurs testamentaires son cousin Jean de Linières évêque de Viviers, et son frère Geoffroy Le Meingre dit Boucicaut, veuf de Constance de Luces.

La dot de sa femme dont il était usufruitier seulement serait revenue à Eléonore de Beaufort, mariée à Edouard de Beaujeu, qui en sa qualité de nue-propriétaire avait fait hommage au roi pour la comté d'Alais dès le 5 juillet 1417; mais Eléonore était morte à Belleville dans le Beaujolais le 18 août 1420, et par conséquent c'est à l'héritier testamentaire d'Eléonore qu'échut la comté.

Un procès s'éleva entre les Boucicaut et les Beaufort. A la mort de Geoffroy Le Meingre, époux en secondes noces d'Isabeau de Poitiers, le curateur de ses enfants, Louis et Jean, accepta en leur nom une transaction que le Parlement de Toulouse homologua le 7 juillet 1442.

Pendant la captivité de Boucicaut et tant que le procès dura, ce fut le gouverneur de la comté qui pourvut à tout ; il nommait les autres officiers. (1)

(1) Ainsi à la mort de Thibaud Noyron, le gouverneur, Jean de Pertuis, nomma le viguier, Louis de Caussargues :

« Jean de Pertuis, gouverneur de la comté pour magnifique et puissant seigneur Jean le Meingre, dit l'oucicaut, Maréchal de France, comte de Beaufort, ayant plu à Dieu de retirer au ciel Thibaud Noyrond (Mouvront?) étant nécessaire de pourvoir à sa place de viguier, informé de la probité, science et diligence de Louis de Caussargues, docteur es droit, l'avons nommé viguier aux gages de quinze livres, outre les autres profits et émoluments, lui donnant mandement de connaître de toutes causes tant civiles que criminelles. » (Arch. dép. du Gard, série C, n° 1849^.

Louis de Caussargues cumula bientôt officiellement les fonctions de viguier et de juge commun.

En janvier 1429, il y a pour gouverneur Jean Seaume ou Suaume; c'est peut être l'ancien bailli des Montagnes dont parle M. Boude t dans la Revue d'Auvergne, n* 5, octobre 1894, « écuyer, beau-frère du vicomte de Murât, singulier type du traitant-soldat de ces temps troublés, tenant la lance d'une main et de l'autre la balance du changeur. »

Voici l'acte qui nous a révélé le nom de ce gouverneur Al aisien :

Après Jean de Pertuis, le capitaine du château comtal, Giron du Puy, exerça en fait les fonctions de gouverneur (1). Dans les actes de 1429 et des années suivantes on ne voit que lui, le viguier et le receveur des émoluments de la comté.

Le baron n'a besoin ni de capitaine, ni de gouverneur, ni de receveur.

Gui Pelet n'ayant pas eu de descendance masculine de son second mariage avec Lucinde de Mandagout, épousa en troisièmes noces, Marquise de Châteauneuf de Randon, dit de Saint-Remezy, sœur de Guillaume de Châteauneuf de Randon.

En février 1427, le conseil municipal offrit un cadeau à la nouvelle baronne , en ayant soin d'insérer dans la déli-

Séance du conseil municipal du 28 janvier 1429 n. s. Les consuls ont signalé ce matin à Jean Seaume l'arrivée en ville d'Armand du Puy [Armandus de Podio) accompagné d'un nommé Gaillard de Marsan ; comme le sénéchal Guillaume de Meuillon leur a écrit d'arrêter Armand du Puy, ils ont donc avisé le gouverneur, mais celui-ci a répondu qu'Armand du Puy était porteur de lettres du seigneur de Polignac au sénéchal disant de le laisser passer. Les consuls sont alors venus trouver Gui Pelet, baron, qui a répondu que puisqu'Armand du Puy était en ville, para (us est facere quod debebit de jure.

Jean de Pertuis était-il de la Provence ? Je ne le crois pas; il est l'oncle de Guillaume Tortolon, qui est de Mauriac (diocèse de 8aint-Flour) ; ce Guillaume de Tortolon, épousa noble Berengiere de Saltu, du mas de Banière (paroisse de Saint-Jean-du-Gard).

(1) La comté d'Alais n'avait plus la même importance. La baronnie de Vézénobres que Boucicaut avait revendiquée en 1406, probablement à la mort de Marguerite des Baux, veuve de Guillaume d'Uzès et femme en deuxièmes noces d'Hugues de Saluées, paraît dès lors perdue pour les Beaufort.

La baronnie de Portes est sûrement détachée à jamais. Thibaud de Budos, fils d'Almueis de Cardaillac, qui est cousin germain d'Hugon de Cardaillac, seigneur de Bioule, en 1411, a su profiter de l'absence du comte.

La baronnie d'Anduze, où le comte a pour viguier noble Jean de Blanchefort, a plus souffert que la ville d'Alais, pendant la guerre de cent ans. Elle ne rapporte presque rien.

bération que c'était à titre de donation, et que cela ne pourrait tirer à conséquence pour l'avenir.

Le dot de la baronne était modeste, et le constituant de cette dot assez mauvais payeur (1) ; ce n'était pas sa faute ; la situation économique était mauvaise ; les routiers tenaient la montagne. La peur était partout. Le 21 février 1428, Charles VII, le roi de Bourges comme on rappelle (car les Anglais occupent toute la partie de la France en deçà de la Loire, et la Guienne), a envoyé des lettres closes pour que la ville se fasse représenter au conseil général, magnum consilium. La ville se préoccupe de choisir pour député quelqu'un de capable, quis reperietur magis habilis ad dictum consilium accedendi ; on craint qu'il lui arrive malheur en route. Au lieu d'une seule personne, on en enverra quatre, sages, prudentes, honnêtes qui écouteront religieusement tout ce qu'on dira.

Les Anglais mettent le siège devant Orléans (12 octobre 1428); l'avenir ne fut jamais aussi sombre; le mouton d'or qui valait en janvier 22 sous et 1/2 vaut en septembre 24 sous 2 d.; en octobre 28 s. 4 d.; en novembre 30 sous.

Jeanne d'Arc apparaît ; le 6 mai 1429 Orléans est délivré, et le 17 juillet le roi est sacré dans la cathédrale de Reims. L'élan est donné ; la domination des Anglais sur une partie du territoire français disparaîtra complètement dans quelques années.

La ville d'Alais assistait à ce moment-là à un spectacle inouï dans ses annales. En avril 1429 les recteurs de l'hôpital de Sainte-Cathcrine-de-Fierboix au diocèse de Tours avaient menacé Gui Pelet de l'exproprier ; Gui versa vingt moutons en acompte sur ce qu'il devait, et obtint un sursis de quelques mois pour se libérer complètement. A la Noël, le délai de grâce expiré, les sergents eurent ordre

(1) Le 12 octobre 1429, Guiot Pelet réclame à son beau-frère, 120 moutons d'or et une houppelande île soie de Damas, doublée de vair, formant partie de la dot constituée à Marquise, par contrat de mariage revu Jacques Manchet, notaire, sous sa date. Le mouton vaut 21 $:ros ; avec trois moutons on a deux écus d'or 4 1a lune ; 70 ecus d'or pèsent un marc.

de saisir sans pitié les biens du baron. Pelet demanda à ses concitoyens de venir à son secours.

Le 11 mars 1430 le conseil municipal prend connaissance de son humble supplique : « Je n'ai que mon péage pour soutenir mon train de maison ; on est à la veille de me l'enlever. Tirez-moi de ce mauvais pas ; faites pour votre seigneur ce que lui et les siens feraient pour vous en un cas pareil (1). » Le M mars 1430, ayant pitié de sa détresse, on vote que chaque chef de maison donnera un mouton d'or, mais les consuls surveilleront l'emploi de la somme. Si la délibération est venue jusqu'à nous c'est que quelques personnes avaient demandé que la dette de Pelet fut soldée par la ville qui ensuite aurait imposé chaque habitant d'après son avoir. Toujours la même question ! la répartition de l'impôt ! Et rien sur cette héroïne que les Anglais traitèrent de ribaude, et que nous appelons une sainte.

Rien dans les délibérations de ces années 1429 et 1430 sur la Pucelle ! (2)

(1) Certa pensio fuit remissa per heredes domini marescalli dicti Bouciquaut oo quod est in periculo perdendi pedagium suum quod esset totalis destructio sui hospicii, et rogat consules que ipsi succurent taliter que ipse dominus et sui tetierentur ville, non pretendens propter hoc que villa ad hoc teneatur% nec sit asiricta, sed gratia et bono amore prout ipsa requesta continetur. Les consuls proposent que chacun verse un mouton.

Voici les noms de ceux qui sont contre la proposition : que quodlibet caput hospicii tradat unum mutonem auri, et si pedagium non recuperetur, que nihil tradatur: Pierre Pradel, Etienne Janvier, Antoine et Pierre de Martinasse , Gille Saitge , Pierre Jacquet, Bernard Suzon, André Gasseyrol, Pierre Poget, Pierre Got, Pons Atgier, Bernard Daude, Jean de Raco.

N'oublions pas que Pelet affermait ses leudes , péages , polvérages.

(1) Résumé des questions traitées. — - Séance du 8 octobre 1429.

i# On a voté à Carcassonne pour le comte de Foix 70000 fr. d'or; la part de la ville est de 2451. 15 s. 8 d., ainsi qu'il appert du procès-verbal de l'assiette; il faut donc mettre une taxe de 4 deniers par livre d'estime.

2* Une seconde assemblée a été convoquée à Carcassonne afin de

Au moment où elle tombe entre les mains des Anglais, les Alaisiens s'occupent des routiers, de Rodrigue de Villandrando, du capitaine Valette , d'une crue du Gardon qui a emporté une arche du Pont-Neuf.

nommer les députés ou ambassadeurs qui iront complimenter le Roi. La ville d'Alais veut-elle élire quelqu'un ad consilium in Carcassonne mandat um teneri per dictum Comitem Fuxi pro ambaxiata facienda Régi ? Oui à l'unanimité.

3° Armand du Puy (de Podio), veut vendre la maison qu'il a rue Soubeyranne, franc alleu, et en acheter une autre, mais il voudrait que sa nouvelle acquisition soit aussi franc alleu, en ce sens qu'elle ne soit pas assujettie aux tailles futures ? Oui, mais jusqu'à concurrence de la valeur de l'immeuble qu'il veut vendre, de façon que le capital imposable de la ville ne soit pas amoindri.

4» On a prié les seigneurs d'avoir à leurs moulins des bètes de somme. Puisqu'ils n'ont pas tenu compte de cet avis, qu'on poursuive l'affaire, que causa persequatur diligenter, sicut aliter fuerit ordinatum per consules et consiliarios,

Séance du 31 décembre 1429.

1* Les prêtres (conventuales) séculiers d'Alais, desservant la paroisse, demandent l'exemption de l'impôt, à raison des biens compris dans leurs titres cléricaux, taillis et aliis subsidiis pro titulo eis et cuicumque eorum assignato.— Le conseil rejette. Que bona titulorum ipsorum presbyterorum remaneant in extima inqua sunt, et s'il y a quelque erreur dans l'estimation, on y pourvoira comme de juste, et casu que sit aliquis conquerens de estima prediefa, que videatur si sint gravati et si reperiantur gravati que reparentur.

2° Le prieur de Vézénobres a intenté un procès contre l'église paroissiale d'Alais.... 11 faut le soutenir pourvu que le clergé paroissial s'engage à payer moitié des frais que la ville exposera.

3° Le médecin Jacques de Artesia veut transférer son domicile à Alais ; il demande les avantages que la ville lui fera. — On l'exonérera des tailles jusqu'à concurrence de 50 livres ; si donc son estime est de 100 livres, il ne payera que sur 50 ; et de plus il aura un traitement de 10 moutons par an, niais il faut qu'il habite réellement la ville.

4° Sur les censives des pattus et autres biens communaux

5# Louis de Caussargues a demandé, à raison des services rendus par lui à la ville connue jurisconsulte d'être exonéré des contributions qu'il doit à ce jour. — Compensation est accordée, mais pour le passé seulement.

6* Bernard Julian, adjudicataire de la barre, sollicite un rabais.-»

Dans les actes notariés, pas la moindre allusion à la délivrance d'Orléans, de Troyes, de Châlons, de Reims,

On lui rabattra 5 1. t.

7- Simon de Florimont demande à jouir des libertés de la ville.— Accordé ; il sera désormais traité comme Alaisien,

8° Nomination de trois personnes (operarios ville) pour faire rentrer les restes à recouvrer.

9° Nomination de deux operarii de l'hôpital.

Séance du 17 janvier 1429 (1430).

{• La ville doit encore 27 livres à cause du don fait par le Languedoc à l'évêque de Laon; elle doit aussi de l'argent aux consuls soit pour leurs gages {vadiis) soit pour avances qu'ils ont faites. — Il n'y a qu'à voter deux deniers par livre.

2# L'estime sera refaite.

3« Nomination des auditeurs des comptes des précédents consuls.

4° Nomination des alliélateurs des poids et mesures.

Procès-verbal d'adjudication du 16 février 1430.

Salvaire Pierre s'est rendu adjudicataire de l'imposition des deux deniers moyennant 165 livres ; l'estime n'est pas encore finie, mais on est à peu près certain qu'elle s'élèvera à 22000 livres; en tout cas c'est sur ce chiffre que Salvaire a établi ses calculs ; si elle s'élève à plus, il devra tenir compte à la ville de la différence ; et si elle n'atteint pas ce chiffre, on lui déduira proportionnellement, au moment où il versera ces 165 livres, c'est-à-dire à la Pentecôte.

Où en est l'estime ? On sait que les six électeurs des estimateurs ont été déjà tirés au sort, et qu'ils ont nommé les six estimateurs dont les opérations sont très avancées.

Séance du 11 mars 1430.

1# Allocation d'un secours à Pclet. — Accordé sous les réserves ci-dessus mentionnées.

2« Le comte d'Armagnac a obtenu un subside pour l'expulsion des gens d'armes qui pillaient le pays; la quote part d'Alais s'élève à 58 1. t. — Les consuls devront attendre que les comptes des précédents consuls soient vérifiés ; il peut aussi y avoir dans la caisse municipale quelques créances à raison des tailles précédentes ; si malgré ces recherches on n'a pas assez d'argent, le conseil sera convoqué ut de novo fiât indictio.

3« Prier de nouveau le seigneur Pelet que ses fermiers aient des bêtes pour porter le blé aux moulins, que tenent animal ia pro portando blada ad molendina, prout fuit consuetum.

4° Décharge accordée à noble Antoine Tourtolon des tailles antérieures au 22 mai 1429 à raison de sa maison, sise à la place du Marché, qui était précédemment la maison de feu Grégoire Raymond notaire.

au bûcher de Rouen ! Un consul, Grégoire Fossat, s'est disputé avec un avocat, Jean Fabre ; Fabre Ta traité de trompeur, de méchant, fais et malvat ; les collègues de Fossat et le capitaine du château comtal ont réconcilié les adversaires ; procès-verbal est dressé dans la chapelle Saint-Honoré. Voilà ce dont les notaires nous ont transmis les détails ; nous saurons aussi par eux que Bernard Borcier a ouvert un crédit de mille moutons à deux marchands, l'un Pierre Constant de Privas, l'autre Perrinet Arnolet de Dijon, qu'il s'est réservé 50 % dans les bénéfices.

Dans les archives ecclésiastiques, rien non plus sur la mission et le procès de Jeanne d'Arc. Le siège de Nimes est vacant depuis juin 1429. Le chapitre a été convoqué pour élire l'évoque ; mais que de compétiteurs ! Jean Freton prieur de Saint-Germain-de-Montaigu , a promis sa voix à l'abbé de Sauve Garin de Tornello ; Rostaing de Monteils, prieur de Cassagnolcs, a prié aussi Jean Freton de voter en son nom pour cet abbé ; le prieur de Saint- Christol, Gaspard du Pont, souhaite bonne chance à Garin; celui d'Alais hésite. Trois mois, six mois s'écoulent; aucun candidat ne peut arriver à avoir la majorité requise. En décembre, le Pape nomme évoque de Nimes l'archidiacre de Posquières, Léonard Delphini, le Génois comme l'appellent ses ex-concurrents. L'abbé de Cendras, Pierre de Gaujac, console son vieil ami Garin de son insuccès.

La confrérie des prêtres habitués de la paroisse d'Alais, ainsi que le prieur, Pierre de Sorbières, sont en procès avec les Dominicains ; Guillaume Mazel a fait enterrer son père Pierre Mazel, tisserand, chez ces religieux, le jour de la fête de Saint-Thomas d'Aquin ; telle était la volonté du de cujus d'après un codicille notarié ; peu importe ; on plaidera pendant dix semaines ! Le prieur finit par consentir à une transaction ; mais alors il se met à attaquer la ville pour savoir qui doit réparer le clocher.

Nous verrons plus tard l'intérieur au môme moment, soit du couvent des Cordeliers, soit des monastères de femmes.

Î3 Les délibérations de 1431 ne sont guère plus intéressantes (1). Pour le moment nous n'avons à noter que celles qui concernent les routiers.

(1) Séance du 3 février 1430 (1431).

1° Nomination comme alliélateurs des mesures, de Raymond Espagnac, marchand, et de Bernard Nayral.

2* Nomination comme auditeurs des comptes, de Bernard Julian, Pierre Boni, Grégoire Fossat.

3' Décharge à Jean d'Etampes, trésorier royal, des indemnités accordées à ceux qui ont été ambassadeurs au nom de l'Occitanie.

4° Quitus à Grégoire Fossat des deux tailles indictes en 1429, une de 10 deniers, et une de 4 deniers. Il appert de son compte qui a été vérifié par Bernard Borcier et Pierre Racanel, qu'il est en avance de 7 moutons d'or, 4 sous 1/2 ; mais Fossat est en outre créancier de la ville, d'après le compte municipal de 1424, de 95 moutons d'or.

5* Décharge à Pierre Bilhot de tout ce qu'il peut devoir pour les tailles des années précédentes, mais sous réserve de ce qu'il doit, pour la taille de 1430, au receveur Jean Gibert.

6* Vérification faite des comptes de 1427, Bertrand Raya est en avance de 74 1. et 5 s. t.; le mouton d'or valant 16 gros d'argent.

7* Décharge à Raimond Nason, notaire à Alais, de 100 livres qu'il a remboursées au nom de la ville, à Jean Nicolay, marchand à Montpellier.

8* Fixation à 12 moutons d'or du traitement accordé à Thomas Solan qui s'est engagé à faire rentrer la taille de cette année.

Séance du 3 mars 1431 .

I9 Enumération des dettes de la ville, notamment réparation de l'horloge (80 moutons de d'or), payement des robes des consuls, etc.; en tout la ville doit 400 moutons d'or, sans compter la dépense qu'on fera pour la Caritat, et l'entretien des bâtiments communaux. Vote de 5 deniers tournois par livre d'estime, dont un applicable exclusivement à la réparation des murs d'enceinte ; le mouton d'or est censé valoir 12 gros de bonne monnaie.

2# Maintien de Solan comme receveur municipal ; il remettra chaque semaine un état de la caisse.

3* Traitement du médecin, Jacques d'Artesia, fixé à 10 moutons d'or par an.

4° Plusieurs réclamations ayant été faites contre l'estime, il sera procédé à une révision des estimations par Guillaume Puechaut et Etienne Janvier.

5» Noble Armand de Podio, ayant vendu à Jacques Blanchet une maison, rue Soubeyranne, laquelle était franche de toutes contributions, demande que celle qu'il vient d'acquérir, rue des Fabre-

On essaie de traiter avec eux. Les Etats de Béziers, en juillet 1431, ont agréé le contrat fait entre les routiers et le sire de Clermont-Lodève ; ces bandits ont promis de se retirer moyennant 4000 écus d'or. Le conseil, dans sa séance du 24 août 1431, reconnaît que la ville doit s'imposer : l°de 36 moutons d'or et 8 sous tournois pour l'indemnité accordée à Rodrigue ; 2° de 538 moutons d'or et 4 sous tournois pour l'aide accordée au Roi s'élevant à 150000 moutons, total 574 moutons et 12 sous. Le conseil est encore convoqué le 10 octobre : Clermont-Lodève se fâche du retard qu'on a mis à payer Rodrigue. Les routiers se considèrent depuis le mois d'août comme déliés de leurs engagements. Des dissensions se sont élevées entre divers seigneurs du Vivarais ; les bandes reviennent ; le château de Portes tombe en leur pouvoir. Valette tente un coup plus hardi ; il se risque à tendre une embuscade entre Nimes et Mende au comte de Foix Jean de Grailly ; il est pris, et le surlendemain pendu. Gela donna à réfléchir aux aventuriers et les dégoûta de la Regordane.

Les premiers mois de 1432 furent tranquilles ; la ville d'Alais rouvrit ses portes. Gui Pelet vînt pourtant au conseil le 6 mai et engagea ses concitoyens à ne pas s'en-

ries-Moyennes, appartenant à Isabelle, abbesse du monastère des Fons, soit exemptée des tailles. — Accordé, à titre de faveur, parce que hoc non est nova exemptio, sed est commutatio libertatum dictorum hospiciorum in dicto hospicio noviter empio.

Avril 1431, — - Réception des lettres du Roi portant permission aux consuls d'emprunter 500 livres pour réparer le Pont-Neuf, endommagé par l'inondation du Gardon.

Séance du 14 mai 1431.

1° Un des consuls ira aux Etats convoqués à Vienne pour le 20 mai (la réunion n'eut pas lieu) ; le receveur municipal lui avancera les frais de voyage, sauf s'il reçoit une indemnité des Etats, à verser moitié de cette indemnité à la caisse municipale. — Le Roi a convoqué les Etats pour pouvoir lutter adversvs et confia êuos antiquos inimicos, sui regni invasores.

2* Astorge Pierre Pons ne veut pas payer la taille, ni pour ses biens, ni pour ceux de sa femme, Catherine Pouget.

3a Secours de deux moutons d'oraux Frères Mineurs qui ont tenu ici leur chapitre.

dormir. Les murs, leur dit-il, ont besoin de grandes réparations ; des gens d'armes parcourent les environs, caoeant consules. Les consuls répondirent qu'ils s'étaient déjà préoccupés des dangers que la ville courait, et ils avaient fait mille démarches pour se procurer les fonds nécessaires aux travaux de défense. Pelet insista tellement que le conseil vota à l'unanimité un virement : les deniers levés en mars pour la taille royale furent immédiatement employés à des travaux de fortification. On vota aussi qu'on ne ferait pas la Caritat ; on accorda cependant aux consuls quatre moutons d'or pour la fête et le banquet de l'Eucharistie. La séance se termina par la lecture de la lettre du Roi convoquant les Etats de Languedoc pour le 21 mai

L'ouverture de la session est retardée ; enfin réunis à Béziers, au mois de juin, les Etats s'imposent de 130000 moutons.

Une première répartition par sénéchaussée a lieu

Toulouse (sénéchaussée de) 33100

Carcassonne (sénéchaussée de). . . 56500 Beaucaire (sénéchaussée de) 40300.

La sénéchaussée de Beaucaire comprend six diocèses ; on répartit les 40300 comme il suit :

Maguelonne 8146

Nimes 8753

Uzès 7500, ,

,f. . n/ao / 40282 moutons.

Viviers 7453

Le Puy 5543

Mende 2887

Enfin l'assiette diocésaine à son tour fixe la part de chaque endroit. Alais doit payer 472 moutons, 1/2 en octobre et 1/2 plus tard. Une moitié de 472 = 236 moutons. Mais comme la ville est en train de construire un clocher , et que la dépense, pour cette année, sera de i 00 moutons , on met aux enchères la levée de 336 moutons d'or, ou plutôt un impôt de 3 deniers par livre d'estime, et cette taille est adjugée 267 1. t. (26 septembre 1432) à Folchier qui a pour caution Antoine Delaclause, fabre, d'Alais.

Le mouton d'or qui valait 1 1 gros d'argent en juillet 1430, vaut depuis mars 1431 12 gros d'argent. (1)

Les derniers mois de 1432 rappellent les plus mauvais jours de 1347. Les routiers qui après la capture de Valette avaient disparu des Basses- Ce vennes redescendent des montagnes. Les Gordeliers demandent aux consuls l'autorisation de se transférer dans l'intérieur de la ville ; (2) ils invitent Oaucelin de Saint-Bonnet, seigneur de Thoiras et de la Salendrenque auquel ils avaient avancé onze écus en 1423 contre la remise de quatre bagues, à dégager son gage. Bertrand Vital, juge commun, lieutenant du sénéchal, vient à Alais avec quelques amis ; Etienne Servière, au bruit des chevaux, croit à l'arrivée de quelques malandrins et crie à la garde ; on ferme les portes ; le juge et son escorte ne peuvent entrer ; le lendemain, au jour, tout s'éclaircit ; mais le magistrat exigea des dommages-intérêts ; on lui accorda quatre moutons d'or. On pourrait ajouter mille détails de ce genre qui dépeignent la situation 'des esprits, l'affolement général. Le 31 décembre, jour des élections pommelaires, les 16 pommeaux furent distribués et ouverts hâtivement; les bouchers n'ayant pas levé pommeau à leur rang demandèrent l'annulation des opérations ; les autres échelles, impatientes de se retirer étaient contre ; on alla chercher un ecclésiastique,

(1) Dans son testament du 9 juillet 1429 Marie d'Alayrac veuve Bernard Pelet dit que le marc d'argent de Montpellier en tasses vaut dix moutons d'or. — Dans VHistoire de Languedoc, on dit qu'il fut décidé aux Etats de 1431 que les receveurs prendraient vingt parpailloles vieilles, et dix-huit des nouvelles, pour un mouton d'or, et trente- six parpailloles vieilles et trente-trois des nouvelles pour un écu d'or. On voit la différence entre le mouton et l'écu.

L'estime comprend les valeurs mobilières. Le 14 mars 1402 le viguier autorise les consuls et les estimateurs à pénétrer dans les maisons pour apprécier les canaux et les marchandises de chaque contribuable. — A. M., liasse XI, n» 14.

(2) PUiceat présent i con&itio et totv universitati Alesti eis dare et concéder? licentiam se transfcrendi cum toto eorum conventu infra muws vilUe Alesti. Le conseil municipal consent pourvu que le couvent ne s'établisse pas in loco periculoso ac prejudicUbilù

Jean de Tribes, bachelier es décrets, pour trancher la question ; celui-ci conclut en faveur d'un second vote. (1)

La récolte de 1431 avait été médiocre; celle de 1432, céréales et châtaignes, fut pire. Le prix des grains augmentait à chaque marché ; chaque ville close, en prévision d'un siège, s'opposait à toute exportation et remplissait ses greniers de réserve (2). L'estime de 1433 accuse sur la précédente une perte d'un dixième : 22000 jadis, 20000 aujourd'hui. En mars 1433 la panique est à son comble. Les routiers sont tout près, d'après la rumeur publique. Les portes sont fermées ; les ouvertures des maisons adossées aux remparts sont murées ; on assigne à chaque citoyen le poste qu'il doit mettre en état et occuper au premier tintement de la cloche d'alarme.

Jean de Suejols, cuiratier, se charge du premier créneau du mur d'enceinte en partant de la tour du Pont- Vieux et allant à celle de Saint-Gilles ; Etienne Capdur, du premier créneau en sens contraire, c'est-à-dire en allant de la même tour vers le portail Dieude ; François Vivarais, du créneau; etc., etc. Chaque habitant répond d'un créneau au minimum. On construit des boulevards, c'està-dire des remparts de terre en avant des murs, aux endroits les plus dangereux, in locis magis necessariis et periculosis ; on démolit l'escalier qui est à la rue des Calquières et on en fait un près la porte Dieude ; du portail du Moulisson jusqu'au portail de Bertolle, il n'y avait pas d'escalier pour monter sur le rempart, le parcours

(1) Scala macellariorum est pars consilii et ad eos in parte spectat electio; quia in levando pomellos fuerunt obmissi, dicti pornelli debent refeci. Tribes Jean est l'oncle de Guillaume Tribes, de Jeanne Tribes femme de François Vivarais, d'Hélips Tribes femme de Guiraud Constant, d'Isabelle Tribes, femme Sabatier Jacques, enfants de Tribes Grégoire et de Calvin Gillette. Dans son testament du 10 octobre 1429, Jean Tribes légua à des œuvres pies 201. t. valant, dit-il, en ce moment 20 moutons d'or. On voit qu'il vécut encore quelques années.

(2) Délibération du 3 mars 1432 (1433) autorisant l'achat de grains et de vivres» ad finem ut melius possimus resistere gentibus armorum et roteriis qui, ut fertur, sunt venturi ad présentera patriam.

était pourtant assez long ; on achète un terrain à égale distance des deux portails et on construit un escalier.

La ville a treize couleuvrines et de la poudre en quantité.

L'argent ne manque pas ; quelques patriotes ont offert à leurs concitoyens 20 marcs d'argent. Les conseillers acceptent et se portent tous cautions de la restitution de cette somme ; les consuls promettent de ne se servir de ces fonds que pour la défense de la patrie commune ; ils commencent par acheter 50 salmées de blé.

Cependant on rencontre dans le pays des gens timorés, disposés à faire un pâtis avec Rodrigue et ses complices. Le gouverneur de la comté d'Àlais, Louis Jourdan, sieur de Formiac, hésite ; le comte de Foix ne veut pas qu'on offre de l'argent à ces bandits. Nous voyons pourtant, en avril 1433, la ville faire un emprunt considérable, et dont la destination nous est cachée (1).

Les Nimois ne sont guère plus rassurés ; le 5 mars ils ont envoyé un messager à Alais et d'Àlais à l'Apostole pour avoir des nouvelles des gens d'armes de Rodrigue ;

(1) Pierre Racanal donne deux tasses, au titre montpellierain, pesant 15 onces et 22 deniers ; Etienne Capdur, quatre tasses même titre, pesant 3 marcs ; Jean Suéjol, cuira tier, deux tasses, pesant 7 onces 3/4, d'argent fin ; Bernard Guiraud, deux tasses, pesant 7 onces 21 deniers ; Antoine Reboul, deux tasses, pesant 11 onces et 5 deniers, d'argent fin ; Grégoire Fossat, 3 marcs 1/2, d'argent fin en quatre tasses et une cuillère ; Pierre Salvaire, 7 onces et 2 deniers en deux tasses, titre d'Avignon ; Imbert Namy, 9 marcs et 3 deniers, en onze tasses et cinq cuillères, poinçons de Montpellier et de Paris ; Pierre Bilhot, 4 marcs 1 once et 6 deniers, en six tasses et deux cuillères ; une de ces cuillères et trois tasses, pesant ensemble 1 marc et 7 onces, sont en argent de cour, le surplus est en argent de Montpellier ; Etienne Servière, deux tasses* poinçon de Montpellier, pesant 1 marc 1 denier obole ; Guiraud Nazon, époux Jacquette Bilhot, trois tasses, pesant 2 marcs 1 once et 19 deniers ; Bernard Borcier, drapier, en cinq tasses, 3 marcs et 1 once 1/2 ; Jacques Blanchct, notaire royal, 2 marcs 10 deniers et 1 obole; Antoine Beraud, dit Bonaure, marchand, dix moutons d'or.

La ville promet de leur rembourser leurs avances, en objets au même titre, à la Toussaint.

le 21, un autre chevaucheur vient de Nimes à Alais dans le môme but(l).

Tout le Languedoc vit dans les transes ; les Etats devaient s'ouvrir à Béziers le 8 mars ; ils ont été retardés ;

(1) Nous détachons des comptes de Nimes ce qui suit :

14 mars 1433 envoyé à Anduzc savoir des nouvelles.

15 — accordé à l'individu qui est allé à Beaucaire remettre

des lettres à l'évoque de Laon...;

— accordé à Guillaume de Bagars de retour de Montpel-

lier où il est allé pour savoir si les Etats se réuniraient à Béziers et si Ton était d'avis de traiter avec Rodigo moyennant une certaine somme d'argent.

17 — Un individu est allé à Meyruels pour savoir des

nouvelles des gens d'armes.

— On a reparlé à l'évêque de Laon ; et comme il est

encore à Beaucaire, on lui a apporté la réponse faite par le seigneur de Ganges à l'occasion d'un traité avec Rodigo.

20 — Autre voyage à Beaucaire pour ce fameux traité.

21 — Envoi à Alais pour savoir des nouvelles de Rodigo.

24 — Les consuls d'Alais envoient Pierre Lagrave et Bernard Janvier donner des nouvelles aux Nimois des gens d'armes. Il semblerait résulter de ces lettres que les routiers sont plus haut ; car les Nimois envoient porter à Portes, au château de Budos, une lettre du sénéchal désireux d'avoir des nouvelles des gens d'armes.

!•» avril 1433 Envoi à Beaucaire et à Fourques pour savoir enfin

si l'évêque consent à ce que le pays s'accommode avec Rodigo, écrit en même temps à Alais pour avoir des nouvelles des routiers de Rodigo ; écrit enfin si les Etats doivent, quand même, se tenir à Béziers.

2 — Ecrit à Uzès pour savoir des nouvelles de Rodigo.

6 — Oui ou non, faut-il aller à Béziers ? écrit à Montpel-

lier, à Anduze et à Frédol de Dieu, pour avoir des nouvelles de Rodigo.

7 — Ecrit à Bernis, Vcrgèze, Calvisson ; écrit à Margue-

rittes, Manduel, de se tenir sur leurs gardes. 14 — Ecrit à Saint- Ambroix ; la bande de Rodigo se dirige

vers le Comtat Venaissin ; d'autres disent qu'elle est à Génolhac et Vlllefort.

en mai, on prie les députés de venir à Villeneuve-lès- Avignon; enfin en juin, ils peuvent se concerter et votent 70000 moutons. Rodrigue était devenu une puissance ; mari de Marguerite de Bourbon, fille naturelle de Jean Iw de Bourbon ; généralissime des troupes du concile de Bâle(mai 1433).

Villandrando va donc, pour le moment, laisser tranquilles les Alaisiens. Ce serait temps.

Les Etats généraux sont convoqués à Lyon pour le 20 novembre. Au vu des lettres de convocation, la ville charge ses députés d'obtenir deux foires, en faisant valoir les dépenses énormes qu'elle a supportées pour se défendre contre Rodrigue et les routiers ses complices ; les Etats sont ajournés ; de nouvelles démarches seront tentées Tannée suivante et avec succès, malgré les intrigues des gens de Saint-Ambroix.

Le budget rectificatif de la ville est établi le 3 février 1434:

Il est dû pour le dernier quartier de la taille accordée, à Villeneuve-lès-Avignon, au comte de Foix, 65 moutons d'or ; il est dû à divers créanciers 36 moutons, soit en tout 101 moutons ; pour se les procurer il faut voter un denier tournois. Mais comme il faut encore cent moutons pour l'entrepreneur du clocher, et cent moutons pour les gages ou robes des consuls, une imposition de trois deniers est nécessaire dont un payable de suite, l'autre à Pâques, et l'autre à la Madeleine. Dès demain on adjugera la levée d'une taille de deux deniers ; prix 93 moutons et 1/2 chacun, soit 187 moutons les deux (6 février). Ainsi le denier vaut plus qu'en 1432 et 1433 ; l'horizon s'éclaircirait-il ?

Les Etats de Languedoc réunis à Vienne en avril 1434 accordent au roi une aide de 160U00 moutons et au comte de Foix 6000 moutons. Le conseil municipal se réunit le 7 juin; d'après l'assiette diocésaine, la ville doit contribuer au payement de cette aide pour 581 moutons 4 s. 6 d.; nous venons de voir que le denier produit près de 100 moutons ; la ville est donc obligée de s'imposer de six deniers, et comme il y a en outre à imposer le 3e denier communal voté en février, mais non encore mis en recouvrement, on

procède à l'adjudication de ces sept deniers. Jean Maymac poussa les enchères jusqu'à 781 moutons 4 sous 6 deniers, l'estime étant de 20000 1. 1. Plus de doute ; la situation s'améliorait. (1)

- Mais non content de cette aide, le Roi avait nommé des commissaires réformateurs! on savait ce que cela voulait dire. Dans leurs cahiers de doléances les Etats de Languedoc en 1428 avaient demandé l'émission de bonnes monnaies; ils s'étaient plaints du manque de monnaie divisionnaire, et notamment des pièces blanches de 5 et 10 deniers, des deniers tournois noirs de 1 et 2 deniers ; des inconvénients de la coexistence de deux monnaies, tournois et parisis. Jean Baubignon, un des Réformateurs, informé par le Roi de la mise en circulation des espèces nouvelles, défendit l'usage des anciennes et menaça de peines terribles ceux qui transgresseraient l'édit monétaire royal. La publication de sa circulaire émut la population. Les diocésains Ni mois demandèrent à ceux de Montpellier ce qu'ils comptaient faire, ne doutant pas qu'à Montpellier on eut fait les mômes criées qu'à Nimes ; Tévôque de Laon, dont ils attendaient au moins un bon conseil, n'osait pas contrecarrer le Réformateur ; le procureur royal de la sénéchaussée, Antoine Macache, plus franc, engagea tout bonnement les diocésains à s'acheminer vers Montpellier et à s'entendre avec le terrible Baubignon. Son avis fut suivi ; le diocèse envoya un consul de

(1) Les comptes de Nimes de 1434 contiennent quelques lignes dont nous n'avons pu découvrir l'explication :

10 novembre 1434, envoi par la ville de Nimes A Alais d'un messager porteur de lettres closes adressées par l'évéque de Laon, le sénéchal et les gens du conseil du roi, au gouverneur d'Alais, le priant de venir à Nimes avec le viguier d'Anduze, Astorge Pierre Pons, pour les affaires du roi qu'on a à leur ;ommuniquer.

Le 13 novembre 1434, le viguier et le gouverneur sont à Nimes ; on fait prévenir l'évéque de Laon qui est parti pour Montpellier.

L'aide votée à Vienne en avril 1434 est payable en trois ternies, à savoir : 70000 le 15 juillet 1434, 00000 le 15 octobre 1434, 3UUU0 le 15 janvier 1435 ; la part du diocèse est de 10773 m. 11 s. 8 d., d'après un état signé par Jean d'Etampes trésorier.

Nimes et Bernard Borcier d'Alais (septembre 1434); le premier argument que nos deux députés firent valoir était sans réplique; comment, dirent-ils, faire un crime aux marchands de se servir des anciennes monnaies, tant que les nouvelles émissions ne seront pas suffisantes pour les transactions quotidiennes. Baubignon, feignant de mettre en doute cette assertion, accepta de venir à Nimes, avec les députés, contrôler de visu leur dire ; une fois à Nimes, il accepta une belle aiguière en vermeil qui coûta 12 moutons 4 sous ; le 3 octobre, on lui apporta quatre chapons, une demi-douzaine de perdreaux. A table, il trouvait que les députés avaient raison ; mais il ne perdait pas de vue la mission dont il était chargé ; bref, il consentit à fermer les yeux pourvu que le diocèse de Nimes remit cent sous d'argent fin à l'hôtel des monnaies de Montpellier. Cent sous d'argent, où les prendre ? Louis d'Andréa, marchand montpelliérain, leur vint en aide. Que les diocésains s'engageassent à lui payer mille moutons d'or et il se chargeait du reste. Le diocèse promit encore, de verser mille autres moutons, sauf à recevoir en échange de la monnaie blanche, 12 gros devant ôtre reçus comme l'équivalent d'un mouton. Cela faisait en tout 2000 moutons. Le 30 décembre Baubignon et les autres Réformateurs, descendus à à l'hôtel de la Couronne, signèrent avec les diocésains le traité définitif à 2250 moutons payables 1/3 le 15 janvier, 1/3 le 31 janvier, 1/3 le 28 février 1435. Le texte de cet accord a été déjà publié ; il était conforme aux pourparlers du 20 décembre et se résume en ceci : a Les gens du diocèse de Nimes, parce que de présent il n'y a pas de monnaie du roi, pourront continuer à se servir de toute autre monnaie. » (1)

(1) Ménard, tome III, Preuves, p. 247. Ménard n'a pas connu tous les détails de cette affaire. Lorsque le 20 décembre on fut à peu près d'accord, on convoqua les diocésains. Soixante-quatre lettres partirent dans tous les sens d'après les textes Alaisiens. Le 24 les députés arrivent, écrivent à leurs commettants ; enfin le 30, publication officielle du traité en présence des députés diocésains, de Grégoire Fossat, missus pro villa et vicaria Alesti. Bernard Bor-

Quand on compare les dérangements, les soucis qu'a occasionnés cette affaire avec les résultats atteints, on s'étonne que la Majesté royale n'ait pas senti combien lui étaient nuisibles de pareils agissements. Débattre au sein des Etats le montant d'un subside était plus honnête de sa part et plus pratique pour tout le monde.

La session qui devait avoir lieu à Montferrand le 4 décembre 1434 fut cependant contremandée ; le comte de Foix écrivit que c'était à cause des bonnes nouvelles que le Roi avait de la recouvrance prochaine de tout son royaume, toquans la recobrensa de sa senhoria. La disparition complète du joug Anglais ne devait pourtant s'obtenir que par de nouveaux et de grands sacrifices.

ABéziers, le 27 mai 1435, les Etats votent une aide de 160000 moutons, et môme 185000 pourvu qu'on débarrasse la province de tous ces prétendus Réformateurs. Les deux députés d'Alais, Pierre Bilhot et Imbert Namy présentèrent avec les Nimois quelques observations lorsqu'on parla de ces 25000 moutons en plus : a La sénéchaussée de Beaucaire a déjà été réformée ; elle a supporté sans importuner ses voisins les frais de la réformation. Que les contrées, assez heureuses pour ne pas avoir encore été réformées, acquittent donc seules la somme au moyen de laquelle iront se promener ailleurs MM. les Réformateurs.» L'amendement fut pris en considération, et puis, après mûre réflexion, rejeté (28 mai).

cier était trop vieux pour se déplacer au gros de l'hiver.

L'évêque de Laon, logé à Tévêché, fut un de ceux qui, le 24, engagèrent les députés à accepter. On donna à son secrétaire un écu de Toulouse valant un mouton et douze sous.

Les réformateurs ont soin de faire insérer dans l'accord une clause tendant à faire considérer ces 2250 moutons comme une amende : a Pour ce que les consuls ou autres qui au temps passé « se sont entremis du gouvernement, administration et distribution î des tailles et subsides tant royaulx que particulières, mises sus » audit diocèse, craignant être travaillés et vexés par lesdits » commissaires ou autres, sur le fait de la distribution desdites 9 tailles et subsides, et souquets, et que on né leur en veuille impu- » ter aucune faute, combien qu'ils n'en y aient aucune commise... •

Sur ces 185000 moutons, lors de l'assiette diocésaine, la part des Alaisiens fut fixée à 828 moutons 10 s. 8 d.; d'après la nouvelle estime, plus élevée que la précédente, le denier procurait 107 moutons environ; huit deniers pour l'impôt i\)\ il, un denier pour les dépenses communales proprement dites, cela faisait neuf deniers à imposer; l'adjudication de la taille s'éleva à 942 moutons ; l'estime était de 20500 livres (1).

(l)Ménard a publié la répartition du subside voté à Béziers en mai 1435 entre les huit vigueries du diocèse de Nimes. Voici le détail pour la viguerie d'Alais :

Alais 828 m. 10 s. 3. d.

Saint-Christol 46 6 8

Cendras 41 13 10

Saint-Paul-Lacoste 32 6 2

Soustelle 19 6 9 ) 1339 m. 77 s. 3 d.

8aint-Jean-du-Pin 25 10 5

Saint-Ililaire-de-Brethmas.. 67 9 7

Vézénobres 271 6 4

Arènes 2 » »

LesMontézes 8 7 3

La ville d'Anduze est cotisée pour 449 moutons.

La ville de Nimes est cotisée pout 1460 moutons.

Le 29 novembre 1434, le conseil avait désigné pour aller à Montferrand Pierre Bilhot ; ce fut lui aussi qui alla à Béziers, aveclrabert Namy; la lettre portait que les Etats s'ouvriraient à Béziers le 15 mars. Leur nomination contient un détail à enregistrer.

Les députés iront à leurs frais, mais ils garderont pour eux ce qui leur sera alloué à l'assiette diocésaine : si l'assiette refusait de leur voter des fonds, les députés d'Alais recevront de la ville une indemnité égale à celle que la ville de Nimes accordera à ses députés.

L'assiette alloua une maigre indemnité aux députés. Pierre Bilhot mourut peu après ; c'est son tils qui recuit de la ville 22 livres et 3 sous formant le solde des dépenses faites par son père (Pécu d'or ne valant que 25 sous\

Le 9 juillet 1435. Pierre Bilhot. de retour de l'assiette, informa le conseil de ce qu'il avait fait aux Ktats. et notamment de l'obtention des foires. Le 2o juillet 1435. adjudication de la taille au profit de Vivarais François, savetier: les y 12 moutons sont exigibles, à savoir, en août 52.î, et le surplus vers la Toussaint Vîvarais s'associa aw .* Pierre l'olohier La grosse vie !*a-l;udie.;tii.n e«.ùta 12 sous,

Cette estime de 20500 souleva des protestations ; le drapier

Pour acquitter sa part dans les tailles royales, solder ses dépenses particulières , la ville a recours non seulement à l'impôt direct, mais encore aux taxes indirectes sur le vin, la viande, le pain, votées au début de 1433 pour cinq ans , après autorisation royale. Elle prélève par muid de vin vendu au détail le huitième denier, c'est ce qu'on appelle le souquet, par muid vendu en gros, 5 sous ; les vins étrangers supportent à l'entrée un droit de 10 sous par muid.

L'adjudication des taxes sur le vin atteignit le 10 février 1433, pour un an, 377 moutons, au coin de Montpellier (1).

Voici maintenant le tarif grevant la viande : 2 deniers par agneau, 4 deniers par mouton, 10 deniers par porc, 15 deniers par veau de lait, 3 sous ou 36 deniers par bœuf ou vache. Les bouchers, en hommes pratiques, se syndiquèrent et devinrent fermiers de la taxe moyennant le versement dans la caisse communale de 90 moutons ; une fois l'adjudication prononcée, ils augmentèrent le prix de la viande d'une obole par livre (2).

Bien qu'on en eut la permission, on n'osa pas imposer le

Pierre Bonaure traita les consuls et les estimateurs de cornards ; il disait partout qu'il ne payerait pas ; on le fit appeler au tribunal, in consistorio con munis curiœ dominorum Alesli ; il continua à injurier les estimateurs : el non pagara so que sera estimât. On sut le faire taire.

(1) Liasse XIV, n° 26. Adjudicataire, Arnolet Pierre, marchand ; cautions, Jean Soulier et Jean Galliard ; certificateurs de cautions, Jean Grisel, fils de Guillaume, et Huguet Aoust, tisserands. Les receveurs municipaux chargés d'encaisser sans rémunération chaque mois le 1/12 de ces 377 moutons sont Bernard Borcier, drapier et Imbert Namy, marchand (acte d'Etienne Marcilhet) ; on les appelle oporarii. Inutile de dire que l'on ne considère pas comme vin étranger celui récolté par un habitant dans sa propriété sise en dehors du périmètre communal.

(2) Avec permission du conseil, bien entendu. Voici les noms dos bouchers syndiqués : Bernard de Gajan, Pierre Felguières, Antoine Peyradier, Etienne Mazel, Bernard Espagnac. Guillaume Cobe, Guillaume Verger, Etienne Foncelles, Jean Payan, Jean Salle». L'adjudication eut lieu quelques jours avant Pâques; l'acte officiel est du lundi de Pâques, 13 avril 1433.

pain tout de suite ; on attendit le moment où se produisait d'ordinaire une baisse dans le cours des céréales, c'està-dire la moisson. L'adjudication n'eut lieu que le 1*raoût; la taxe était comme celle du vin, un huitième du prix; les enchères n'atteignirent que 75 moutons (i)."

L'établissement de ces taxes rencontra dès le début une opposition sérieuse ; les dix-huit aubergistes de la ville, se démenèrent et à force de crier, obtinrent un tarif de faveur ; ils s'engagèrent à payer à forfait 20 moutons par an, et de peur qu'on revint sur cet abonnement, ils versèrent pour cinq ans 100 moutons. L'impôt leur revenait donc à environ 1 mouton par an !

L'adjudication du 1er août donna lieu à des incidents d'une autre nature. Les deux adjudicataires, Antoine Reboul et Raymond de Lascours, parurent au bout de quelques jours tellement enchantés de leur traité que les autres boulangers leur demandèrent de les associer. Reboul et son collègue sourirent. De dépit, leurs concurrents entamèrent alors une campagne.

Le marché, criaient-ils, est nul, comme contenant une lésion de plus de moitié. Le conseil municipal, sous la pression de l'opinion publique, décida puisqu'il en était ainsi, de mettre l'impôt en régie; les deux adjudicataires acceptèrent d'encaisser à l'avenir pour le compte de la ville la taxe sur le pain. On leur vota vingt-cinq moutons d'or de traitement, et on nomma un contrôleur des encaisseurs auquel on alloua une indemnité de cinq moutons. (18 août). La ville y gagna-t-clle? C'est peu probable.

Au mois de février 1434, lorsqu'il fallut renouveler les

(1) Les laboureurs et alii inferiores protestèrent tant qu'ils purent ; ils (lisaient qu'au lieu d'imposer les farines, mieux valait doubler le droit d'entrée des vins étrangers. L'impôt sur le vin eut rapporté beaucoup plus, même sans augmenter le droit sur les vins étrangers, si les privilégiés n'eussent pas réclamé l'exemption. Le baron ne voulut pas payer ni pour lui, ni pour les personnes habitant le château; le personnel du château comtal, également ; les frères mineurs, les dominicains, le commandeur de Saint-Antoine, les religieuses des Fons.

baux, on comprit qu'il valait mieux laisser les risques du rendement à des fermiers. L'adjudication en bloc des taxes sur le pain, le vin et la viande donna 640 moutons d'or. L'année précédente on n'avait eu que 377 +90 + 75 = 542; cela faisait, pour 1434, un boni de 100 moutons. Mais en février 1435, quelle déconvenue! 468 moutons! Pas môme autant qu'en 1433 ! A quoi attribuer la baisse ? A la fraude. Quand on avait abonné les aubergistes, on s'était fié à eux ; les 20 moutons avaient paru l'équivalent des taxes mises sur le pain, le vin et la viande consommés bon an mal an dans leurs établissements ; on n'avait pas supposé que les hôteliers faciliteraient les mauvais citoyens, en achetant des denrées en apparence pour leurs clients, mais en réalité pour les revendre en ville. Les fermiers voulurent verbaliser ; seulement pour constater l'existence de ces débits clandestins, il fallait suspendre une des garanties auxquelles les bourgeois tenaient essentiellement , l'inviolabilité du domicile ; supprimer cette précieuse liberté dans l'intérêt d'un publicain n'était pas dans les idées du temps. Les consuls essayèrent pourtant d'amoindrir le mal; ils firent décider que les auberges étant des lieux pour ainsi dire publics, les fermiers pourraient y pénétrer de jour comme de nuit ; que le refus d'exercice entraînerait contre l'aubergiste une amende de 20 1. t., applicables 1/2 à la ferme et 1/2 au fisc seigneurial. La fraude continua encouragée tacitement par les privilégiés, clercs ou laïques (1).

(1) Adjudication du 18 février 1433 (1434), au profit de Barthélémy Dumas, savetier, ayant pour cautions Bernard Borcier, Pierre Folchier et François Vivarais.

Adjudication du 23 février 1434 (1435), au profit de Pierre Folchier, ayant pour cautions Borcier, Vivarais et Guillaume Manent.

Adjudication du 17 février 1435 (1436), au profit du même Folchier. Viande, 130 moutons d'or ; vin, 182 moutons.

A la mort de Pierre Folchier, le procès en réduction du prix de sa ferme, vu les prétentions des ecclésiastiques et autres n'était pas terminé. Enfin une transaction entre ses fils, André et Gilles Folchier et la ville fut signée le 15 octobre 1444 ; une indemnité

Quelqu'un eut l'idée de chercher le remède dans le mal : abonner les boulangers et les bouchers comme les aubergistes ? Les boulangers ne refusèrent pas : chacun d'eux s'engagea à verser une somme fixe par an. Les bouchers ne remuèrent pas.

Il n'y eut pas que la fraude pour refroidir les enchérisseurs. La récolte des céréales et des raisins en 1435 fut mauvaise ; le sénéchal défendit l'exportation des grains hors de la sénéchaussée (septembre 1435) (1).

de 30 florins leur fut allouée. Les arbitres furent Jean Fabre, jurisconsulte ; Pierre Boni, bourgeois ; Etienne Marcilhet, notaire ; Guillaume Delatour, Pierre d'Aigrefeuille et Julien Trugin.

Pour 1437, il n'y a que l'adjudication du vin, à 110 livres tournois.

Le cahier des charges de 1435 et celui de 1436 portent :

Le vin récolté par un habitant dans ses propres terres, hors du terroir communal ne doit rien. — Le vin destiné à la provision du personnel du château comtal ne doit rien. — Les Frères mineurs, les Dominicains, le précepteur de Saint-Antoine ne doivent rien sur le vin qui leur est donné ; les donas Mourgues ne doivent rien pour le vin qui provient de leurs vignes sises à Saint-Martin-de- Valgalgues ou ailleurs. — Lorsque les seigneurs d'Alals vendront du vin en gros ou en détail et ne voudront pas payer, le fermier ne pourra appeler en cause la ville. Les albergiers continuent à jouir de l'immunité vu leur abonnement.

(1) Nous glissons sur les événements ordinaires.

Ainsi on afferme le produit des deux bassins de la quête qui se fait chaque dimanche à l'église pour les pauvres de l'hôpital : 7 moutons d'or pour un an, du 1" janvier au 31 décembre 1435. Les consuls suivant l'usage se réservent les legs supérieurs à six deniers.

On afferme le couratage : 11 moutons d'or.

Le drapage ne trouve pas preneur ; les consuls nomment un commis pour l'encaisser directement.

On vote un denier pour réparer le clocher de l'église 8aint-Jean.

Les consuls sont invités par le conseil à se conformer aux statuts qui oblige la personne honorée pour la première fois des fonctions de consul à déposer à l'arsenal municipal une arbalète en acier, estimée environ deux écus d'or, sous peine, s'il n'a pas satisfait à cette obligation, de perdre son traitement.

Grégoire Fossat demande l'autorisation d'édifier une chapelle en l'honneur de la Vierge, de Saint-Grégoire, Saint-Claude, Saint- Sébastien, partie sur le sol de l'église, partie dans la maison claus-

Les moulins à farine se ressentirent de la crise ; celui de Gaspard du Pont, prieur de Saint-Christol, fut le seul qui marcha assez bien ; son meunier avait eu la bonne idée d'organiser, pour sa propre commodité autant que pour celle de ses clients, un service régulier de transport par charrette des blés et des farines ; le moulin seigneurial, moins bien outillé, supporta le contre-coup de cette innovation. Que firent les gens du château comtal pour supprimer la concurrence? ils ne trouvèrent rien de mieux que d'assommer et le meunier de Du Pont, et le charretier, et la mule.

Un jour, ces mômes individus, allèrent chez un pauvre laboureur, le rossèrent, lui cassèrent un bras, et violèrent sa femme sous ses yeux. Une autre fois ils arrêtèrent un nommé Guillaume Rouvière et l'enfermèrent dans la prison comtale. Les consuls intervinrent et revendiquèrent le droit de conduire eux-mômes le détenu à celle dés deux prisons seigneuriales qu'il choisirait. Le gouverneur s'emporta , dit aux consuls qu'il considérait leur conduite dans cette circonstance comme un acte de mépris, comme une atteinte à sa juridiction ; il menaça de leur faire expier ces forfaits lorsqu'ils auraient achevé leur année de consulat, et ne seraient plus protégés par la sauvegarde royale. Le conseil fut convoqué ; les consuls narrèrent simplement les faits ; les conseillers promirent aux consuls, si ces menaces se réalisaient, de les soutenir de toutes leurs forces; il est temps, porte la délibération, de voir si nos libertés communales sont révocables aux caprices d'un agent seigneurial ; du reste n'attendons pas le mois de janvier, prenons les devants ; ces officiers seigneuriaux se parent de certains droits; ils refusent de payer la taille; qu'on les porte sur le rôle; qu'on leur réclame de suite les cotes des années antérieures, et en cas de retard mis par eux à se libérer, qu'on aille en justice, rigide ; s'ils ont,

traie, à côté «le la chapelle Saint-Michel et de Saint-Biaise et de celle de Saint-Lazare. II dépose a l'appui le consentement du prieur Jean de Sorbières et de Gaspard du Pont, juge spirituel de l'évêque de Nimes.

comme quelques-uns l'ont prétendu, des compensations à faire valoir, ils présenteront un mémoire qu'on vérifiera, et qu'ensuite on payera s'il y a lieu.

Depuis un an cette rupture était dans l'air; fin juin 1434. le capitaine du château comtal avait ouvert une petite porte dans le mur d'enceinte. Les habitants avaient envoyé Pierre Bilhot vers Mgr de-Canillac. Le comte répondit qu'il fallait pour le moment laisser ouverte la poterne ; la ville écrivit alors au Roi de nommer un juge royal d'une ville voisine pour s'assurer combien cette ouverture était dangereuse et en ordonner la fermeture (1).

Une autre délibération du conseil municipal de 1435 mérite une mention spéciale.

Jacques d'Artésia, de Valence en Aragon, sur les instances de son ami Gaucelm Vilatelle, du couvent des Dominicains d'Alais, vint se fixer comme médecin à Alais ; il n'eut pas de chance dans sa traversée ; les Provençaux, ennemis du roi d'Aragon, pillèrent le navire au Grau-de- Sijean ; ses livres, son linge, ses habits, son argenterie, ses bijoux, tout y passa. Vilatelle le réconforta, lui fit épouser une femme riche, lui procura des clients, l'aida plus tard à marier très convenablement sa fille. Jacques fut agréé comme médecin communal; si le traitement était maigre, il y avait des compensations : un siège inamovible au conseil municipal, une exemption des tailles personnelles, et môme des tailles réelles à raison des immeubles de sa femme.

En 1434, un chirurgien-médecin, Jean Michel, époux Jeanne Caylar, demanda à ses compatriotes, vu les services journaliers qu'il rendait au pays, de le traiter comme son collègue, au moins au point de vue des impositions. Sa

(1) A. M., reg. des délibérations, f-94.— Elips, femme Armand... ante maritum, ad eorum libitum et volnntalem. ... gravissima scanda/a.... prosequi, in nomine unirersitatis rjriliter et rigide ut talia aut similia de codera non rontingant et que qui perpetraverunt talia crimina puniantur de façon à ce que cela serve d'exemple à ceux qui seraient tentés de les imiter (28 octobre 1435).

A. M., reg. des délib. f«77.

pétition fut rejetée et on supprima le traitement de Jacques ; que dis-je, le conseil alla plus loin ; il lui retira le droit d'assister aux délibérations de l'hôtel de ville ; Jacques fit remarquer que puisque la ville osait revenir sur ses promesses, elle devait au moins lui régler sa note des quatre années antérieures, soit 40 moutons, à 10 moutons par an. Le conseil ne voulut pas ; il y avait eu des plaintes contre lui ; il avait peut-être refusé de soigner gratuitement certains électeurs influents; mais Jacques insista et finalement il fut convenu qu'il conserverait sa place d'honneur au conseil, mais qu'il renoncerait à réclamer le traitement des quatre années écoulées (1).

Pendant que les Alaisiens secouaient le joug seigneurial, des faits plus importants se produisaient. L'alliance anglo-bourguignonne était détruite par la paix d'Arras, et la ville de Paris, lasse de la domination étrangère, se préparait à ouvrir ses portes au connétable du roi de France.

(1) Jacques d'Arthesia? Anthesia ? Arceyra? raconte l'odyssée de de sa traversée dans le contrat de mariage de sa fille Françoise , issue de son mariage avec Raymbaude Reine, avec Jean du Soulier (Solerio), marchand, fils de feu Antoine du Soulier, en son vivant, notaire à Alais. Françoise a plus de 12 ans, dit-il, le moment de la marier est donc venu, car elle pourrait péricliter. Il fait connaître à son futur gendre qu'il a encore en Espagne des immeubles, des rentes ; mais d'ores et déjà il constitue en dot à sa fille un trousseau estimé 100 moutons, outre 400 moutons en argent comptant. De plus la future reçoit de Gaucelm Vilatelle in sacra pagina egregius professor, 100 moutons réversibles en cas de prédécès de la donataire et de sa postérité, au couvent des dominicains. Les témoins du contrat sont noble et puissant Guiot Pelet et noble Astorge Pierre Pons, seigneur de Cassagnole et du Fesc, lieutenant du gouverneur comtal.

En 1438, le conseil municipal revient de nouveau sur les concessions faites à Jacques qui décidément n'était plus le médecin à la mode.

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