IIENTIIÉE TRIOMPHALE DE HENRI IV
Ce cruel ennemi, remplissant tout d’efïroy,
La vola de nos mains en corsaire homicide,
Mais ce prince invaincu l’a rccompiise en Roy,
Contre un nouveau Cacus estant un autre Alcide.
Aussi d’un tel elTect cueille-t-il un honneur,
De qui la renommée est si loing estendue,
C^u’il vault mieux pour sa gloire et pour nostre bonheur. L’avoir reprise ainsi, que non jamais perdue.
Maintenant elle est sienne, et les siècles futurs Y verront désormais fleurir son diadème,
Ceste heureuse victoire ayant repris ses murs Dessus ses ennemis et dessus elle mesrne L
Rappelé dans l’inscription de l’ancien piédestal de la statue de Henri IV qui décorait le Pont-Neuf, le souvenir du mémorable événement passa encore à la postérité sous la forme d’une médaille où se voient un laurier ombragé par des branches d’olivier et la devise pax in armis.
Le lendemain de la rentrée des Français dans Amiens, un violent incendie, attribué à la malveillance, prit naissance au quartier général de la Madeleine et détruisit en partie les baraquements du camp. Bien que le dommage eût été considérable, il fut sans inconvénient pour l’armée, qui venait de s’ébranler dans la direction d’Arras, dont le Roi avait résolu la conquête. Pour un siège en règle, les ressources manquaient, et c’était un coup de main qu’il tentait. L’entreprise échoua, comme il fallut également renoncer à
1. D’Esplnette (le sieur). Les muses franeoises raliées de divers parts ou recueil de diverses poésies de dijférens auteurs de ce temps. Paris. Math. Guillemot, 1599 et IGOO, pp. 23 à 20 : Sta?ices sur la prinse dWmiensei., pp.74 à 70 : Dialogue sur le tombeau du capitaine Krnauteillo qui surprit la ville d’Amiens et y fut tué durant le siège de la reprise. L’auteur de ce dialogue a mis en scène la terre et l’esprit d'Ernanteillo. — Cf. Doliorceton sive Ambiani expugnatio ad Ilenricum quartum Franç. et Navarr. regem, Paris, N. Pxichelet, comprenant 158 vers latins à la louange du Roi.
232 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
rinvestissement de Doiillens, à cause des pluies diluviennes qui survinrent ^ à cause surtout de la désorganisation de l’armée royale. Enrôlés pour le siège d’Amiens, les gentilshommes se dispersent dès que le siège est terminé. Aussi Henri IV, impuissant à les retenir, se plaint-il amèrement des défections qui se produisent parmi les meilleurs de ses soldats et il écrit à la princesse de Navarre :
(( Il faut que les desplaisirs talonnent tousjours les contentemens. Vous pouvés penser quel joie je debvois avoir du succès d’Amiens et quel regret j’ay dans l’âme de voir le cours de ma bonne fortune arresté par un desbandement général de mon armée qui, l’argent à la main, n’a sceu estre empesché, tant la légèreté des Français est grande ! L’exemple des grands a esté suivy. Je ne me plains de personne, mais je me loue de peu. S’ils disent que je leur ay donné congé, me le debvoient-ils demander ? J’avois jeudy, au soir, cincq mille gentilzhommes ; samedy, à midy, je n’en ay pas cincq cens. De l’infanterie le desbandement est moindre, bien que très grand. Le conseil avoit esté tenu, les résolutions bien prinses, les subjects de bien faire très beaux, les soldats ennemys estonnéz, leurs villes effroyées, mais qui, ainsy que Dieu, peut faire quelque chose de rien? Ceulx qui n’ont point esté à Amiens doibvent estre bien honteux. Jugés que doibvent estre ceulx qui m’y ont laissé. Je vous baise cent mille fois les mains, ce xxviii”® septembre
(( Henry. »
4. Lettres missives. T. IV, p. 8f0. 28 octobre 1597, à M. de Brèves.