CHAPITRE II
PROGRÈS DE LA PiELIGlOX RÉFORMÉE
Le gouverneur Coligny favorise le développement de la Piéforme protestante. — Le maréchal de l>rissac, qui lui succède, essaie vainement de réagir. — On compte cinq cents calvinistes au début de l’année 1 5a8. — La haute bourgeoisie donne l’élan. — Les chefs du parti , élus membres de l’échevinage, dominent la majorité catholique. — Hévocation du gardien de la porte de Noyon. — Agitation permanente. — Les prédicateurs de la station de l’Avent 1561 se montrent agressifs. — L’évêque recommande la modération. — On redoute des manifestations contre les processions.
— Emeutes des 7 et 8 décembre. — L’irritation des partis accrue par ces événements. — Hostilité de l’échevinage à l’égard des catholiques. — Refus de la gratification accordée aux prédicateurs du Carême et de l’Avent. — Refus de porter la chasse de saint Firmin. — Un maître d’école apostat est maintenu dans ses fonctions. — Le prince de Condé à Orléans. — La guerre civile. — Destitution d.u mayeur Firmin Le Cat et révocation de l’édit de Saint-Germain. — Les Réformés refusent de décorer leurs demeures sur le passage des processions, mai 1562. — La reine-mère rétablit la prépondérance des catholiques dans l’échevinage.
— Réaction catholique. — « Ceux de la religion nouvelle » sont exilés ou obligés de jurer une profession de foi catholique.
Un vague besoin de changement agitait les esprits, un souffle de liberté se répandait d’un bout à l’autre du royaume ; la Réforme faisait de rapides progrès et couvrait la France d’un réseau d’églises dont l’organisation puissante allait bientôt se révéler. L’avènement d’un roi presque enfant, l’humiliation de la patrie, les dettes énormes laissées par le gouvernement de Henri II, tout concourait à la propagation des idées nouvelles. Coligny, l’un des chefs les plus autorisés
HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
des calvinistes et qui les favorisait ouvertement, désirait qu’on lui donnât pour successeur en Picardie, le prince de Gondé, également aimé des novateurs, car sa femme, Éléonore de Roye, avait chaudement adopté leurs doctrines. Le Roi lui préféra le maréchal de Brissac ^ et Senarpont ^ continua, sous le nouveau gouverneur, à encourager la propagande hérétique. Moins de quinze ans après les premières tentatives de Rerquin et de Morand, un homme, qui occupait au bailliage une situation considérable, dénonçait en Cour le péril résultant de la présence à Amiens d’un grand nombre (( de luthériens, libertins, anabaptistes, parmi les plus apparans de la cité » 3. L’official affirmait qu’ils étaient cinq cents et plus^.
1. Charles de Cosse, comte de Brissac, maréchal de France, mort le 31 décembre 1563, l’un des plus grands capitaines de son temps. Reg. aux Chartes AA 14, p. 181. 23 novembre 1560.
2. Jean de Monchy,- seigneur de Senarpont, baron de Vismes, époux de Claude de Longueval, puis de Madeleine de Suze, avait contribué à la conquête de Calais, sur les Anglais. Il exerça les fonctions de lieutenant du gouverneur sous Coligny, Brissac et Condé et succéda en cette qualité au sire de Villebon, en 1559. Arch. mun. AA 14, p. 100 et BB 35, pp. 34 et suiv.
3. Arch. mun. Délib. BB 27, p. 127. 21 janvier 1552, — BB 28, p. 154.
Jean de Thérouanne, lieutenant général au bailliage, né à Queux, au
bailliage d’Hesdin, sous la domination de l’empereur, était connu pour son hostilité à l’égard de la ville d’Amiens. « En tous lieux et endroictz où il a oy parler de lad. ville et habitans d’icelle, il les a tellement scandalisez.» Les propos tenus par lui en cour de Parlement sont « mensonges et impostures » mais il en peut résulter u ung grand préjudice et danger à la chose publicque » et Messeigneurs adressent aux membres du Parlement une requête « afin qu’il luy plaise entendre la vérité. » L’échevinage se vengea. Poursuivi dans la suite et. emprisonné, Jehan de Thérouanne obtint, à la prière de MM. de Saveuse et d’Estourmel, de « commuer la prison du beffroy et luy sera bailliée sa maison pour prison à la garde de deux sergens et à ses despens. Ses serviteurs et servantes luy aporteront à boire et à mengier et luy bailleront en la chambre où sera présent le geôlier, l’un desquels serviteurs pourra le servir en sa prison, se bon luy semble, sans en sortir »