Arck. 7nun. Délib. BB 59, pp. 223, 228. 2 août
2. Ibidem. Délib. BB 59, p. 224. « Après laquelle délibération toute ceste compagnye se seroit retirée dans l’hostel de ville, assistée du dict
sieur de Longueval et, en y allant, faict commander les gardes et
quelque temps après MM. Pingré, esclievin, procureur du Roy et Gargant auroient esté deppuLés pour aller trouver mondict seigneur le duc de Longueville, avec les lettres du Roy, pour le supplier très humblement de se retirer de la ville, lesquelz aussytost seroient retournés à l'iiostel de ville et rapporté que mondict seigneur esloit jà sorty par la porte de Noion et qu’ils n’avoient peu parler à luy «
HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
sa vie et à faire paraître ce que vaut un homme de bien » \ mais au moment d’entamer avec les « citadeliistes » une
lutte inégale, le duc hésite Désireux d’épargner le sang
des bourgeois dévoués qui l’ont suivi, il franchit la porte de Noyon et gagne Gorbie d’où il adresse au Roi une lettre empreinte des sentiments du patriotisme le plus pur
1. Le P. Ignace, Histoire générale des comtes de Ponthieu et des mayeurs d'Abbeville rapporte, p. 782, que le maréchal avait résolu de faire tuer Longueville d’un coup d’arquebuse, quand il viendrait se baigner dans « l’eau des Célestins » et que Prouville ayant eu vent de ce perfide dessein, il le fit massacrer de peur qu’il n’avertît le prince. Il n’est nullement fait mention de tentative d’assassinat de la part du maréchal dans un violent pamphlet contre sa mémoire, qui parut, à Amiens, peu de jours après la mort de celui-ci, et intitulé ; « Discours sur l’arrivée (à Paris), réception et mariage (projeté) de M. le duc de Longueville. Mentionné ci-après.
2. Lettre de monseigneur le duc de Longueville au Roy. mdcxv. Plaquette in-S*^.
« Sire, estant très asseuré que vostre Majesté n’a point sceu comme le mareschal s’est servy de son nom et de son authorité, pour essayer de me faire assassiner, comme il a déjà fait Proville et plusieurs autres, j’ay creu estre de mon debvoir de l’en avertir et luy dire comme samedy dernier, son lieutenant nommé Longueval avec ceux de la citadelle pratiquèrent deux traistres pour me faire mander à Gorbie où j’estois, en moins de six heures pour le moins douze fois, pour aller à Amiens ; disant qu’il estoit très nécessaire pour le bien de vostre service, et la conservation de la ville, que j’y allasse en diligence, ce que je fis, tout à l’heure, bien qu’il feust nuict, avec trois chevaux seulement, ne voulant jamais perdre d’heure ny de temps à me porter à toutes choses où je me croiray propre de rendre à vostre Majesté des preuves de ma fidélité et de mon affection. Estant arrivé dans la ville, le peuple me vint offrir de faire garde à mon logis, ce que je refusay, estant sans crainte, comme j’étois sans coulpe et le lendemain, comme je disnois, ceux de la citadelle commencèrent à crier partout aux armes, et à dire au peuple qu’il y avoit mille chevaux aux portes qui venaient pour les prendre, essayant par ce moyen de faire esmeute, où ne doubtant point que, quelque peu accompagné que je fusse, je ne me trouvasse, ils avaient résolu là de me tuer, de quoy un de la partie plus home de bien que les autres, ne pouvant souffrir telle
LE DUC DE LONGUEVILLE, LE MAUÉCffAL d’aNCKE.
Les protestations de dévouen^ient à la cause royale cadraient mal avec l’attitude du prince qui entretenait d’autre part des relations avec Condé, et Condé lançait, le 9 août, un riianifeste dans lequel il s’élevait en f)laintos amères contre la rapacité, la scandaleuse fortune du maréchal d’Ancre. Il déclarait qu’il se verrait obligé d’en venir aux extrémités, dans le cas où la Cour ne tiendrait pas les promesses faites aux trois ordres à l’issue de la session des États généraux qui venaient de se réunir à Ibaris, sans que la ville d’Amiens ait eu la pleine liberté d’y porter ses doléances. Le maréchal avait opprimé le Tiers-Ltat au profit des officiers du bailliage et Longueville n’avait point eu l’énergie de faire valoir ses droits sacrifiés b Les extrémités dont Condé parle, c’est la guerre. On s’y
méchanceté, me donna ad vis, qui me fist résoudre de me saisir d’une porte et les y attendre comme je le fis plus d’une heure, délibéré de leur bien cher vendre ma vie et leur faire paroistre ce que vaut un homme de bien, mais eux voyant qu’ils ne pouvoient plus exécuter leur pernicieux desseing m’envoyèrent une lettre qu’ils disoient, sire, estre de vous, par laquelle vous me déclariez criminel de lèze-Majesté et défendiez à toutes les villes
de mon gouvernement de me recevoir et ce qui me fit soudain partir
Je m’en retournay à Corbie où mes amis me sont venus trouver pour empescher que l’on ne face encores quelque pareil desseing sur moy et pour aussi ne poinct permettre que ces gens là prennent si grande force et authorité dans ceste province que quelque jour vostre Majesté n’y soit plus recognüe ny obéïe »
1. Arch. rnun. Délit. BB 59, pp. 180 et suiv., 193 v°. 14 octobre 1614. « Sur ce qu’il a esté proposé que les États généraux de ce royalme s'assemblent en la ville de Paris et que le cahier du tiers estât du Bailliage d’Amiens a esté faict par messieurs les officiers du Roy qui se sont depputés eulx mesmes pour dresser lesdits cahiers au préjudice du tiers estât et particulièrement de ceste ville, et qu’il est à croire que par le cahier qu’ils ont faict, ils n’ont représenté toutes les plaintes et doléances
^ qu’il est besoin que la ville fasse auxdits Estais a esté advisé qu’il se
fera ung cahier particulier des plaintes dolléances et remonstrances que la ville a à faire au Roy pour estre porté en l'assemblée des Estais. >'
266 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
prépare. Le maréchal d’Ancre revient sur ces entrefaites à Amiens (12 septembre) L
Au fond, les princes ne sont guère à craindre. C’est à grand’peine qu’ils ont pu rassembler, à Noyon, quelques milliers d’hommes mal équipés et encore plus mal disciplinés, hors d'état, par conséquent, de tenir la campagne contre les troupes royales.
Tout se borne à quelques tentatives aisément déjouées et assez mal conduites. Sur ces entrefaites (novembre 1615) le mariage du Roi est célébré à la frontière espagnole et la Reine-mère ramène à Paris Louis XIII et sa jeune épouse, la princesse Anne d’Autriche. Cet événement rapproche la Cour et les princes, mais la suspension d’armes (janvier 1616) prorogée de semaine en semaine, faute de pouvoir s’entendre, n’empêche pas la misère de se développer et les conséquences des divisions se font cruellement sentir à Amiens. Qu’un bourgeois laisse échapper une parole hostile ou simplement imprudente à l’égard du maréchal, les « citadellistes » menacent de le tuer et de mitrailler la ville. Ils parlent de faire occuper toutes les maisons par des postes de quatre, de six ou de huit soldats, selon l’importance de chacune. Plusieurs des partisans du Roi ne voient de salut que dans la fuite et le nombre des maisons à vendre augmente de jour en jour
Au mois de février 1616 s’ouvrirent, à Loudun, des conférences entre les ministres du Roi et les principaux chefs du parti de Condé. Le duc de Nevers remplit le rôle de
1. Arch. mun. Délit. BB 59, p. 234. 12 septembre 1615. « M. Pingre
eschevin a rapporté que ce jour d’huy estant à la citadelle et parlant à M. le Mareschal, mondict seigneur luy a commandé de mander ung nommé Lavallée, concierge de la maison de Mgr le comte de Saint-Pol, et luy enjoindre de sortir de la ville dans le tier jour, d’autant que ledict Lavallée est homme factieux, et qu’il a esté ainsy recongnu par les mémoires qu’il envoyoit à Corbeye »