‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 124 sur 294 · Arch. mun. Délib. BB 60, p. 60 v°. 12 novembre · texte numérisé non relu

Arch. mun. Délib. BB 60, p. 60 v°. 12 novembre

2. Pollyrrhoé, nymphe, superintendante de Some et déesse de son archipel. La Morlière explique ce nom donné à la muse personnifiant Amiens parce qu’il est synonyme « d’eau coulante en maint endroit, » nom qui lui semble convenir u sur toutes les villes de France pour les divers canaux d’eau vive qui l’arrosent joliment de toutes parts. »

La Morlière composa vingt-quatre sonnets en l’honneur du duc de Longueville à l’occasion de la prise de possession de son gouvernement. Il en composa douze à l’occasion de son retour, après la paix de Loudun Nous ne citerons que quelques vers :

A son retour en la ville d’Amiens

Cessons nos pleurs. Que plus n’aille la presse

De nos souspirs nostre cœur oppressant.

Que nostre dos affaissé, du pesant

D’un redoutable OEtna deschargé, se redresse!

Le revoicy, ce prince généreux Le revoicy, dont mon cœur amoureux De si longtemps éperduement souspire !

Le revoicy, mais en sa prime fleur Comme un miroir de prudence et valeur Entre ses preux que la France admire.

Quel port il a ! quel regard qui attire Le plus revêche à sa dévotion !

Puis son parler qui feroit un lion Du cerf au champ où le courage empire. Actif après en toute haute entreprise Judicieux plus que la barbe grise En poil follet à répondre subtil.

LE DUC DE LOINGUEVILLE, LE MARÉCHAL d’a.NCRE. 271

prodigue en un style hyperbolirjue les éloges et les vœux au plus illustre de ses entants

Un demi-dieu en son port, en sa face !

L’étoile de Goncini pâlissait. Non seulement il n’avait obtenu aucune compensation sérieuse en rpiittant Amiens G mais Louis Xlll, fatigué de subir l’influence néfaste de l’étranger que le royaume chargeait maintenant de malédictions, ordonna au capitaine de ses gardes de le débarrasser de sa personne. Tout fut disposé en conséquence. On choisit le 24 avril 1617 pour l’accomplissement de la justice royale, s’il est permis de qualifier de ce nom un acte de sûreté ou de vengeance accompli par Vitry, le capitaine des gardes, en dehors de toutes les formes judiciaires protectrices des accusés. Le jour fatal, au moment où le maréchal d’Ancre se présentait à la porte du Louvre, il tombe atteint de trois balles, et quelques soldats surviennent qui l’achèvent à coups d’épée.

Trop longtemps Goncini avait fait peser sur la ville d’Amiens un joug écrasant. Les bourgeois connurent la nouvelle de sa mort, le soir même, par un courrier dépêché

Prompt, laconique, à la chasse, à la danse,

A l’entretien, tout y roule à cadence Le mesme amour n’y seroit si gentil î

Les deux amis ô merveille.

Ont mis en luy les qualités

D’un demy-dieu, en son port, en sa face 1

1. Le pasquil picard coijonesqiie, m.dcvxvi, sans nom d'imprimeur, plaq. in-8“ de 16 pages, paraît après le départ de Goncini et débute ainsi : Le ciel voulant Amiens délivrer de naufrage A chassé loin de nous ce coyon infecté Qui montrait arrogant sa grande fierté Et ne pouvoit sur nous assouvir son courage.

C’est un pamphlet virulent contre la plupart des officiers du Roi et échevins en charge.

HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.

au duc de Longueville. La satisfaction générale se traduisit par des réjouissances publiques. On portait à travers les rues des branches de laurier en signe de victoire. Jean Patte donne en quelques lignes la mesure de l’allégresse de ses compatriotes :

(( Quand je ne serais qu’à écrire toute ma vie touchant la mort du marquis d’Ancre pour la grande joie qui s’en est suivie, je n’aurais point de temps assez, d’autant que tout le peuple était comme en extase et en admiration d’entendre

et de voir ce que l’on n’espérait point A la mort du

marquis qui se faisait nommer maréchal^ la France, qui tirait à la mort, a été tout à l’instant ressuscitée et de servitude mise en liberté L »

Le duc de Longueville partit le lendemain pour Paris. Le {Roi l’avait fait mander. En voyant s’éloigner « celui qui les a tirés de l’esclavage du maréchal, qui a maintenu Amiens en une bonne fortune, » les habitants témoignent une profonde tristesse. Leurs larmes lui touchent le cœur.

« Je me rends au commandement.de Sa Majesté, dit-il, n’ayez d’autre but que son service comme vous avez eu jusques à présent. »

Ces paroles tombant « de la bouche de toutes les grâces » consolent le peuple affligé, le rassurent, et, <l le service du Roi lui étant plus cher que sa propre vie, » il accompagne le prince de bénédictions, de louanges, de prières, et souhaite « de le revoir aussitôt que le service du Roi le lui permettra »

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