Arch. mun. AA 49. Lettres du 28 septembre 1619. Le duc de
Luynes prit possession le 9 octobre 1619 et fit son entrée solennelle le 4 mars 1620. — BB 61, p. 29 v°. *
2. Honore d’Albert, seigneur de Cadenet, épousa en 1619, Charlotte d’Ailly, dame du vidamé d’Amiens, baronne de Picquigny, comtesse de Ghaulnes, fille de Philibert- Emmanuel d’Ailly et de Louise d’Ongnies, comtesse de Ghaulnes. Le Roi érigea en sa faveur le comté de Ghaulnes en duché, par lettres de janvier 1621 . Il mourut le 30 octobre 1649.
Arch. mun. AA 49. 7 juillet 1620. Lettre du Roi aux échevins, leur mandant de recevoir le sieur de Cadenet (Honoré d’Albert), maréchal de France, qui va prochainement prendre possession de la charge de lieutenant général du gouvernement de Picardie. Le maréchal de Cadenet fit son entrée à Amiens, le 14 juillet 1620. — BB 61, p. 36 v°.
Le DUC DE Luynes étant mort le 14 décembre 1621, le duc de Ghaulnes quitta la lieutenance générale de Picardie, attribuée alors au duc de Lesdiguières [Arch. mun. AA 60, lettres du 16 août 1623) et fut investi de la charge de gouverneur des ville et citadelle, par lettres du 31 janvier 1622 [Ibidem et Arch. dép. Reg. du Bailliage XYlll, p. 7b). Il l’exerça pendant trente ans.
LES DERNIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE LOUIS XIII. 27‘j
Monsieur le premier se chargerait de les rappeler à l’obéissance passive; son pouvoir en efï’eL émane du lioi, qui le choisit à dessein parmi les fonctionnaires royaux h I.es échevins, se rendant conqite de leur impuissance, semblent accomplir à regret les fonctions de leurs charges. Les séances tenues à l’hotel de ville sont dépourvues iLintérét, les procès-verbaux d’un laconisme très sigriilicatif.
Le « Corps de ville )) nourrit malgré tout l’espérance de revoir des jours meilleurs. Epiant les circonstances favorables à la manifestation de ses vœux, il s’efforce de capter les bonnes grâces de Louis XIII. Sa Majesté séjourne une semaine entière à Amiens, au mois de mars 1G20', les échevins ce se mettent en devoir de lui rendre l’honneur et le devoir qui lui sont dus ». La reine Henriette d’Angleterre, se rendant à Calais, traverse la ville le T juin 162b; on lui fait un accueil digne d’une fille de France, devenue l’épouse d’un grand Roi
La princesse était accompagnée de la Reine-mère, de la reine Anne d’Autriche, de Gaston d’Orléans, frère du Roi,
1. En IG15, Monsieur le premier est Antoine le Ouieu, conseiller du Roi en son conseil d’Etat; en IGIG, Jehan le Couvreur, lieutenant particulier, assesseur au bailliage; en dGlT et 1G2G, François llanicque, conseiller et avocat au bailliage ; en 1G20, Guy de Mareuil, conseiller et avocat du bailliage; en lG24et 1G2G, François de Louvencourt, seigneur de Vauchelles, conseiller du Roi, trésorier de France et général de ses finances en Picardie.
2. Arch. mun. Délib. BB Gl, p. 30. p]ntrée du Roi le 4 mars 1G20.
3. Henriette Marie de Frange, fille de Henri IV et de Marie de Médicis, née en 1G09, épouse de Charles R'’, roi d’Angleterre, morte en 1GG9.
Arch. mun. Délib. BB Gl, pp. 184 v°, 189.
Ventrée superbe et magnifique faite à la rogne de la grande Bretagne dans la ville d’Amiens., le samedij septiesrne de juin 1625, sur les fidèles relations et 7nissives d’un seigneur de qualité, envoyées à un sien serviteur et amy ; avec ce qui a esté imprimé dans la dite ville d'Amiens. .1 Paris, par Fleury Bourriquant, nie Dauphine, au.v fleurs royales, MDCXXV.
HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
et d’une cour brillante, dans laquelle on distinguait le duc de Buckingham et le comte de Carliste, le cardinal de la Valette, les ducs de Chevreuse, de Guise, d’üzès, de Luxembourg, le maréchal de Bassompierre, le colonel d’Ornano, colonel des Corses au service de la France, Mademoiselle de Montpensier, les princesses de Conti, de Boissons, etc. Le duc de Chaulnes, gouverneur d’Amiens, était allé au devant des augustes voyageuses, à deux lieues de la ville, escorté de trois cents gentilshommes picards. Monsieur le premier, François de Louvencourt, l’attendait à cheval, à une petite distance des remparts, entouré des échevins et de tout le personnel municipal. A l’arrivée de la princesse, Louvencourt met pied à terre, fléchit le genou et lui adresse une harangue C qu’elle daigne accueillir par
1. Le Trésor des harangues faietes aux entrées des rois, reines, princes, princesses et autres personnes de condition, par M. L. G Paris, 1680. — Michel Robin, T. II, p. 261. Harangue faite à la reyne de la Grande Bretagne par Vauchelles, premier échevin de la ville d’Amiens ; Madame, quand nous portons nos pensées sur le sujet qui vous amène et que nous considérons que c’est pour être l’épouse d’un des plus grands Roys du monde et que, par ce moyen, vous allez allier les deux plus illustres et plus puissantes couronnes de l’Univers, nous pouvons dire que jamais nous n’avons eu plus d’honneur, plus de bonheur et plus de joie que de vous voir arriver en cette ville pour une occasion si souhaitable.
Mais, Madame, nous ne sommes point seuls dans ces sentiments, car non seulement la France et ses alliés, mais encore le Ciel et la Terre et tous les élémens semblent y prendre part et, en efiêt, nous voyons déjà que les Zéphirs et les Alcions se préparent pour rendre votre passage agréable. Déjà les tempêtes se calment, la fureur des flots se modère, les vents contraires se renferment et les dieux les plus aimables de la mer vous attendent pour vous faire escorte avec toutes sortes de respects et de bienveillance.
Que votre embarquement soit donc heureux. Madame, que votre mariage soit accompli ! que le ciel le veuille combler des plus chères et plus précieuses faveurs qu’il ait ; ce sont les vœux de tous les habitants de cette ville ; ce sont aussi les nôtres en particulier, avec cette protestation
quelques mots d’affectueux dévouement aux intérêts des Amiénois. La compagnie de la jeunesse ^ (colonel Jean de Villers), « magnifiquement parée de couleurs différentes d et la milice bourgeoise « en bel équipage », (colonel Jacques Bultel), présentent les armes et accueillent les illustres hôtes par trois salves de mousipieterie.
A la porte de Beauvais s’élève un « théâtre » de trente pieds de hauteur sur lequel est peinte une princesse de taille gigantesque, couronnée d’une tour que surmonte un clocher. Elle tient à la main un cœur, sur lequel est tracé le plan d’Amiens, et le cœur repose lui-même sur une console de marbre portant le mot grec EnirrAAON, signifiant que l’affection vouée à la princesse repose sur une inébranlable constance. Gupidon indique le chemin de la ville. Sur
que nous sommes et serons toute notre vie, vos très-humbles, trèsobéissants et très-fidèles serviteurs !
4. C’était l’usage, pour l’entrée du gouverneur ou des grands personnages, de mettre sous les armes les jeunes gens de 17 ans et au-dessus, sous le commandement d’un Capitaine de la jeunesse, choisi par l’échevinage, parmi les plus notables. Les jeunes gens ne pouvaient se soustraire à cette obligation, dont le refus des parents ne les exemptait même pas. Philippe du Bos, fils du seigneur de Hurt, fut capitaine de la jeunesse, lors de l’entrée du duc de Longueville; Jehan du Crocquet, lors de l’entrée du duc de Luynes.
2. Arch. mun. Délib. BB 61, p. 4 84 v°. 27 mai 1625. Jean Boullet, échevin, est chargé de « donner ordre aux théiitres et aretz triomphaux quy se feront, et pour l’invention, il en prendra advis des pères jésuites
et de Blassel, sculpteur fort entendu et ingénieux en ces matières
et à l’instant ledict Blassel ayant esté mandé, après plusieurs propositions,
a esté résolu que l’on en feroit jusques au nombre de huict » Il existe
aux archives départementales du Nord une collection de seize dessins coloriés, d’assez grande dimension, représentant les théâtres et arcs de triomphe élevés à Arras, pour l’entrée des archiducs, le 11 janvier 1600. Ces dessins, qui ont été reproduits dans l'étude historique consacrée au gouvernement des Archiducs en Artois par le comte de Hauteclocque, donnent une idée très exacte de ce que dut être, 25 ans plus tard, la décoration des rues d’Amiens.
278 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
la frise qui couronne le tableau se lit l’anagramme En Amis (Amiens), avec quatre vers :
Nous recevons votre grandeur Non pas au pair de ses mérites,
Nos forces étant trop petites,
Mais en amis, de très bon cœur.
Parvenue à l’entrée de la cité, la Reine prend place sous un dais de velours cramoisi, rehaussé de crépines et de galons d’argent, alternant avec des bandes de soie amaranlhe et bleue. Après un second discours du lieutenant général du bailliage, qui parle au nom des officiers de justice, le cortège poursuit sa marche et s’arrête à chacun des sept arcs de triomphe élevés en l’honneur de la Reine. Il faut deux heures pour arriver à la cathédrale.
Le premier, dressé à l’angle de la rue des Watelets (rue amiral Lejeune), figure une pyramide haute de cinquante pieds, surmontée d’un soleil, avec inscriptions grecques, latines et françaises. La Reine de la Grande Rretagne est le soleil, heureux présage de bonheur pour la ville et la province de Picardie.
Un portique d’ordre corinthien est disposé devant les Halles (rue Delambre). Des pilastres soutiennent un ciel semé d’astres lumineux, qui gravitent autour du soleil, avec ce vers à la louange des Bourbons et des Médicis ^ : Boi^honia implehunt Mediceaque sidéra cœlum.
Sur la frise ;
Serenissimæ Henricæ Mariæ Francise reginæ Angliæ et Scotiæ Hune arcum triumphalem cœlo æqualem erexit Civitas Amhianensis.
Anno 1625
1. Les astres des familles de Bourbon et de Médicis peupleront le firmament.
2. La ville d’Amiens a élevé cet arc de triomphe, comparable au ciel, à la sérénissime Henriette-Marie de France, reine d’Angleterre et d’Ecosse.
Devant la corniche, appuyées sur « une balustrade bronzée, » les sybilles, sous les traits de douze jeunes filles, dans toute la grâce de l’adolescence, récitent des poésies et exécutent « des danses fort agréables. »
Au Marché au I>lé (place Gambetta), le cortège s’arrête en face d’un jardin suspendu. Dans un massif d’arbres il en est un plus élevé que les autres, auquel est attachée la Toison d’or. Le personnage figurant Jason engage le combat contre le dragon qui la garde, le terrasse et s’en errqiare. Sur la frise :
Ce jardin est la France Où par cette alliance Marie est la Toison Et Charles le Jason.
A la maison du Châtelet (rue des Sergents, à l’angle de la rue des Grignons), des musiciens, groupés sur une passerelle jetée en travers de la rue, exécutent d’harmonieux concerts. Le dieu Hyménée offre « un chapeau de fleurs » et dit :
Chantez avec tant de douceur Que cette puissante princesse Qui, passant, ravit notre cœur,
Nous laisse le sien de liesse.
Neuf jeunes filles, représentant les neuf muses groupées autour d’Apollon, occupent le Parnasse près de l’église Saint-Martin-au-Bourg, et récitent des poésies de circonstance. Apollon prend la parole à son tour :
Filles du divin cerveau.
Docte, original troupeau,
Admirez cette princesse ,
Qui paraît en cette presse Comme paraît à nos yeux Le soleil dans les deux î Va vite, va, Renommée,
Appelle nos nourrissons Qui d’une corde animée Lui consacrent nos chansons I
280 HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.
Au Beau-Puits (rue Henri IV), Minerve, Vénus et Junon se disputent la pomme que la Discorde a envoyée à la plus belle. Paris l’adjuge à la Reine et, se retournant vers les rivales :
Déesses, apaisez votre longue querelle,
Il faut que vous cédiez à ce parfait modèle.
Il vous faut maintenant quitter la primauté.
J’offre la pomme d’or à la reine Beauté !
Sur le parvis de l’église cathédrale se dresse, en face du grand portail, un « arc trioniphal » en forme de portique qui mesure cinquante pieds de hauteur, vingt de largeur et seize de profondeur, dans lequel sont pratiquées cinq niches occupées par cinq filles de France, devenues reines d’Angleterre, placées au-dessous des vertus qui les distinguaient.
Berthe, fille de Caribert, roi de Paris, épouse d’Ethelbert (570), roi de Kent, vêtue à l’antique, tient à la main un soleil, image du flambeau de la Foi, parce qu’elle travailla à la conversion de son mari :
J’étais fille de France, épouse d’un grand roi,
A qui j’ai fait connaître un seul Dieu qu’on adore,
Je n’ai que commencé, faisant comme l’aurore Qui vous ai attiré, vrai soleil de la Foi !
Judith, fille de Charles le Chauve, épouse d’Ethelwolf, second roi d’Angleterre, de la dynastie Saxonne (855), tient un cœur et représente la Clémence, parce qu’elle a gagné le cœur de ses sujets par son incomparable douceur :
J’ai, autrefois, par ma douceur,
Gagné mes sujets d’Angleterre,
Mais vous pouvez ravir le cœur De tous les hommes de la terre.
Marguerite, fille de Louis VI, fiancée, à peine âgée de trois ans, à Henri H, le premier des Plantagenets (1160), symbolise l’Humilité :
A l’agc (le trois ans, j’ai porté la coiironno,
Kpousc (J’iiri aiigusto Uoi,
Prenez-la do ma main ; c’est Dieu qui vous la donne,
Vous la méritez mieux (pie moi.
Isabeau, fille île Ifiiilippe le bel, mariée à Ivlouard 1! (1299), représente la Prudence avec un miroir allégorique, en souvenir de son habileté merveilleuso dans les négociations entamées entre l’Angleterre et la France :
.T’ai mis la paix par ma prudence Entre les François et Anglois Et vous nous donnez assurance De l’amitié de deux grands rois.
Catherine, fille de Charles VI, épouse de Henri V (1420), représente la Constance :
J’ai supporté constamment la douleur Que me causaient les coups de la tourmente,
Vous chasserez tout désastre et malheur Comme le portrait d’une reine constante.
L’évêque, François le Febvre de Caumartin b reçoit la Reine au seuil de la cathédrale et la conduit, après les cérémonies d’usage, au palais épiscopal, où les princesses reçurent l’hospitalité. Leur séjour fut une succession de fêtes brillantes. D’abord, l’imposante cérémonie du baptême des trois enfants du duc de Chaulnes ‘b dont, les trois reines
1. François le Febvre de Caumartin, fils de Louis le Febvre de Caumartin, intendant sous Henri IV, et de Marie Nliron, né à Amiens vers 1592, prit possession de l’évêché le 1®’^ juillet 1618 et mourut le 27 novembre 1652.
2. Le fils aîné, le vidame d’Amiens, nommé Louis, âgé de 4 ans, eut pour parrain : le Roi, représenté par le duc de Chevreuse; pour marraine : la Reine-mère.
La fille. Mademoiselle de Chaulnes, nommée Anne, âgée de 2 ans, eut pour parrain ; Monsieur, frère du Roi ; pour marraine : la Reine régnante.
Le troisième, marquis de Wignacourt, nommé Charles, âgé de 6 se-
avaient accepté d’être les marraines, suivie d’une c( collation de confitures » offerte par le gouverneur dans la grande salle de l’hôtel de ville h Ensuite, la remise à la Reine d’Angleterre, par le cardinal de la Valette, envoyé du Saint- Siège, de la rose d’oi\ que le Souverain Pontife avait coutume d’adresser aux têtes couronnées, à l’occasion de leur mariage. C’était un vase de grand prix, dans lequel s’épanouissait une tige à sept branches terminées par autant de roses. Trois abeilles, posées sur la fleur du milieu, soutenaient un saphir servant de base à une croix. Le tout d’or fin et artistement travaillé
Parmi les ambassadeurs de Charles P", venus en France avec mission d’accompagner en Angleterre la reine Henriette, se trouvait le duc de Buckingham, gentilhomme de figure agréable, jouissant à Londres d’une faveur marquée et qui s’était acquis une réputation de galanterie devenue proverbiale. Il poussait la libéralité jusqu’à l’extravagance. Quand il parut à la cour de Louis XIII, ce fut avec un manteau brodé de perles précieuses à peine faufilées et qui tombaient au moindre mouvement, sans qu’il se mît en peine de les ramasser. En peu de jours, il conçut une passion violente pour Anne d’Autriche. Celle-ci recevait avec complaisance les hommages empressés du grand seigneur anglais. Le commerce de transports téméraires et de douces rigueurs se continua à Amiens. La Reine se promenait un soir dans les jardins du palais épiscopal. Au détour d’une allée, elle rencontre Buckingham qui se jette à ses pieds. Elle pousse un cri de surprise. A ce cri, la duchesse de Chevreuse, le premier écuyer de la Reine et une femme de chambre
maines, eut pour parrain : le Roi d’Angleterre, représenté par Buckingham ; pour marraine : la Reine d’Angleterre.
La cérémonie eut lieu dans la chapelle du logis des Trois-Cailloux.