La Morlière. Loc. cit., p
accourent en hâte et reconnaissent le duc qui se confond en excuses et disparaît. « On résolut d’assoupir la chose autant que l’on pourroith »
Henriette d’Angleterre partit le 10 juin. Biickingharn versa, dit-on, des torrents de larmes en s’éloignant. Quelques jours après, sous prétexte de remettre un message important à la Reine-mère, qu’une indisposition rie sa royale belle-fille retenait à Amiens, il y revint, obtint une audience et [lénétra dans les appartements d’Anne d’Autriche qui s’écria en le voyant : « Encore lui ! je pensais que nous en étions délivrés. » Buckingham, poliment éconduit par les dames de la suite de la jeune souveraine, reprit le chemin de l’Angleterre, emportant les traits d’un amour qui ne finit, dit-on, qu’avec la vie.
Dans son discours à la reine, François de Louvencourt avait glissé une adroite allusion à l’influence qu’elle exerçait dans les conseils de Louis XIII, et plusieurs fois admis à la table royale, il s’était efforcé d’intéresser la Reine-mère « au bien de la ville. » L’occasion semblait favorable pour essayer de toucher le cœur de Sa Majesté par l’entremise des princesses, qui se montraient reconnaissantes de l’accueil des Amiénois. Les échevins rédigèrent une adresse que Marie de Médicis promit d’appuyer de son mieux. Ils suppliaient le Roi de ne pas laisser les bourgeois sous l’éternelle flétrissure de l’édit de 1597, et de faire disparaître du préambule de cet édit le terme de lâcheté qui portait atteinte à l’honneur de toute une population dévouée à la Couronne. Ils se résigneraient à ne plus participer à la nomination du premier magistrat de la commune, si le Roi, dans sa clémence, daignait oublier le passé et rendre au premier échevin le titre de mayeur « attribué aux moindres bourgades du
1. Mémoires de M. de la Porte, premier valet de ehambre de Louis XIV. In-12, à Genève, 1755, p. 20 et suiv. — A. Bazin. Histoire de Louis Xlll. T. II, p. 254.
HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
royaume, nommément en Picardie, » avec la (c tasse semée de fleurs de lis » emblème de sa dignité b
L’heure du pardon n’avait point encore sonné. Richelieu, dans l’épanouissement de la toute-puissance que lui assurait l’influence de la Reine-mère, ne voulait plus de privilèges. Loin d’adoucir les rigueurs de l’édit, il méditait de soumettre les bourgeois des bonnes villes comme les grands au pouvoir discrétionnaire d’un nouveau maître : l’intendant de justice, 'police et finance pour l’exécution des ordres du Roi.
Les gouverneurs chargés de l’autorité militaire appartenaient à des familles illustres. Tls avaient une personnalité puissante qui gênait l’action du pouvoir royal. Richelieu entend imposer aux représentants directs de ce pouvoir une soumission absolue et passive que ne subissaient pas Longueville, Lesdiguière, d’Elbeuf Il importait de choisir, parmi les gens de moindre extraction, des hommes ayant désormais la haute main dans la province et qui surveilleraient les agissements du clergé, de la noblesse et de la magistrature. Tels furent les intendants créés par l’édit de 1635.
Nous avons signalé la nomination de François le Febvre de Gaumartin au poste d’intendant. Ses fonctions avaient été temporaires comme le furent celles du sire de Pomereu, délégué au mois de mai 1628, pour assurer la perception d’un impôt très impopulaire sur les produits de la sayeterie^.
1. Arch. mun. Délib. BB 61, p. 194. Tasse est ici synonyme de bourse.
2. Charles de Lorraine, duc d’Elbeuf, successeur du duc de Lesdiguières. Provision du 10 août 1627. Arch. mun. Reg. AA 50, n° 1.
3. Arch. mun. Délib. BB 62, p. 91. 8 novembre 1627. Pendant le siège de la Rochelle, Louis XIII réquisitionna à Amiens cinq cents habits de bure « completz » et autant de paires de chaussures dont il exigeait prompte livraison . La difficulté de payer ces fournitures, jointe à l’augmentation subite de quelques droits sur la sayeterie, causèrent une sédition grave. Les sayeteurs, persuadés que le conseiller d’État Pomereu, descendu à l’auberge du Berceau d'or, venait pour mettre brutalement à
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Champions intrépides de la centralisation et de l’autorité monarchique, pénétrés de rimportance de la mission essentiellement révocable (pi’ils tenaient de la toute-puissance royale, les intendants ne devaient avoir qu’un objectif : assurer l’exécution complète et rapide des volontés du souverain. Aussi apparaissent-ils au début avec une physionomie sombre et sévère, comme Isaac de Latfernas, avocat au Parlement, avocat général en la chambre des requêtes au Conseil d’État, membre du Parlement de bordeaux, investi de la charge d’intendant en Picardie par lettres patentes du 3 août 1635. On se représente l’audience solennelle du bailliage, où ce personnage aux traits accusés parut })Our la première fois, revêtu de la robe rouge, coiffé du chapeau à galons d’or, précédé des gardes de la prévôté et environné du prestige que lui donnait une autorité sans limite. La lecture des lettres patentes ^ révèle à l’assistance étonnée l’étendue des pouvoirs de l’envoyé du Roi. La réforme de la justice, la présidence dans toutes les juridictions, le contrôle des deniers publics, la surveillance des officiers royaux, l’exécution des édits, la police de sûreté, la poursuite des malversations dans les finances, les questions relatives à l’agriculture et à l’industrie, relèvent de sa compétence. Pour l’exécution des ordonnances, l’intendant peut requérir la force armée. Le bailli dont le rôle très effacé se confond
exécution l’édit portant impôt de cent sols par an sur chaque métier, se portent en masse devant sa demeure, pendant la nuit, enfoncent la porte, s’emparent du carrosse de l’envoyé royal, le jettent à la Somme et l'auraient infailliblement massacré s’il ne fût parvenu à s’échapper en escaladant les toits des maisons voisines. De retour à Paris, Pomereu se plaint de l’insulte grave faite à sa personne ; la communauté des sayeteurs dut aller implorer le pardon et payer à titre de réparation la somme de 10,000 livres.