‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 137 sur 294 · P. Daire. Histoire littéraire, p · texte numérisé non relu

P. Daire. Histoire littéraire, p

3. Nicolas Cornet naquit à Amiens le 12 octobre 1592. Son père, Jacques Cornet, était seigneur d’Hunval-en-Artois, de Coupel-lès-Revelles et de L’Angle. Sa mère, Anne Rabache, appartenait à une honorable famille.

E. Soyez. Nicolas Cornet grand-maitre du collège de Navarre. Amiens.

Aux prises avec la contradiction, l’éloquence sacrée atteignit également alors son plus haut degré de perfection. Des prédicateurs de talent occupèrent successivement la chaire de la cathédrale : les chanoines Nicolas de Blayrie et Jean Hémart, le P. Nicolas Caussin, confesseur de Louis XIII, le P. Chariot et le P. Louis Delattre, jésuites, le P. Le Franc, cordelier, le P. Ange de Joyeuse, le P. Zacharie, le P. Georges, capucins, le P. Flache, le P. Aprest, minime, le P. Doudieux, augustin L

Bourdaloue, regardé par les plus difficiles comme le premier des orateurs de la chaire, se fit entendre en 1666 dans la chapelle du collège, et l’évêque François Faure, que son talent de parole avait fait élever à la dignité épiscopale, prêcha jusque dans les derniers temps de sa vie avec une onction difficile à surpasser.

Aucun nom ne saurait couronner plus dignement une rapide excursion dans le domaine des lettres que celui de Charles du Fresne du Cange. 11 esL de ceux qui honorent l’humanité toute entière. Né à Amiens le 18 décembre 1610 contemporain de Balzac, de Mabillon, de d’Achery, du Cange les a surpassés par son labeur incessant et méthodique, par la sûreté d’une érudition devenue proverbiale. Les caractères distinctifs de ses œuvres et de son génie sont la hardiesse et la fécondité. Nul n’a pressenti de plus loin et discerné d’un coup d’œil plus sûr les questions qui devaient passionner l’avenir. On demeure stupéfait en présence des in-folios imprimés ou manuscrits qui constituent l’ensemble

1. Claude de Mons. Les blazons anagrammaiiques, pp. 92, 109, 111, 120, 125, 126, 131, 136, 138.

2. Charles du Fresne, seigneur du Cange, fils de Louis du Fresne, seigneur du Cange, avocat et prévôt de Beauquesne, et de Catherine de Hely, naquit dans la maison de la rue de Mès qui porte le numéro 40. Il épousa, le 13 juillet 1638, Catherine du Bos, fille de Philippe, seigneur de Drancourt, et de Marie Catherine Thierry. Il mourut à Paris le 23 octobre 1688.

LES LETTRES ET LES ARTS AL XVIl'' SI^XLE. ol3

des immortels travaux de du Cange ^ à l’idée des montagnes de volumes, de chartes, de documents rie tous les temps et de tous les pays, rpi’il a du recueillir, étudier et commenter; véritable dédale d’écrits rpie Montcsrpiieu compare à une mer sans rivages.

La surprise fait place à l’arlmiration, rpiand on réfléchit qu’un pareil labeur est l’nf3uvre d’un homme qui étudiait, non pas dans le silence et le recueillement du cloître, mais parmi les mille soucis d’une famille de dix enfants, nés de son union avec Catherine du Bos.

Le moyen âge a principalement fixé l’attention de du Gange. Les croisades, l’empire latin de Constantinople, l’occupation française et normande de la Grèce et de la Sicile, ces épisodes lointains et compliqués de notre activité conquérante, ont trouvé dans notre laborieux et modeste compatriote un annaliste dont l’autorité ne sera point surpassée. Alors que tous ses efforts tendaient à rassembler les éléments épars d’une histoire nationale, il consacrait encore une partie de ses veilles à la Picardie et écrivait l’histoire des comtes de Ponthieu, des comtes d’Amiens, des évêques d’Amiens, de la translation du chef de saint Jean-Baptiste. Il rassemblait en même temps tous les mots grecs et latins de la langue vulgaire du moyen âge et les expliquait par leurs similaires tirés des vieux idiomes français. Le glossariiim ad scriptores media^, et infimæ latinitatis (1678)- et le glossariurn ad scriptores inediæ et infîmæ græcitatis (1688)

1. Antiquaires de Picardie. Mémoires. T. II, p. 121. H. Hardouin. Notice sur la vie et sur les principaux ouvrages publiés ou inédits de Dufresne du Gange.

2. La première édition du Glossaire latin [Paris, Billaine. i67S) était en trois volumes in-folio. La seconde, complétée par dom Carpentier et les Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur [Paris, Osmont, 1733), en comprenait six. Le Glossaire grec [Lijon, Ancillon, f6SS) eut deux volumes in-folio.

n’ont rien perdu de leur valeur depuis deux siècles. Ce sont les monuments les plus remarquables de l’érudition dans le passé.

Les éloges n’ont pas manqué à du Gange. Bayle et Voltaire lui payèrent le tribut de leur admiration, et, de notre temps, sa mémoire a été glorifiée. En prenant l’initiative de la souscription nationale destinée à ériger sur la place Saint- Denis la statue monumentale de l’un des hommes qui portèrent au plus haut le renom intellectuel de la France, la Société des Antiquaires de Picardie a bien mérité de la ville d’Amiens L

Les arts.

Un siècle à peine nous sépare des dernières manifestations de l’art gothique et la réaction est complète. Qu’ils procèdent de l’architecture religieuse ou de l’architecture civile, tous les monuments sont lourds et uniformes. Contrairement à la Renaissance, qui multipliait les détails de l’ornementation dans la maison du Sagittaire de la rue des Vergeaux, le style Louis XIII, en honneur ici pendant tout le xvif siècle, affecte une ordonnance sévère, une grande rectitude de lignes dans la façade de l’Hôtel des trésoriers de France (1634) dans le cloître du couvent des Sœurs-

1. Inauguration de la statue de Dufresne du Gange érigée à Amiens le 19 août I8A9 par les soins de la Société des Antiquaires de Picardie. Amiens, Duval-Hermant, 18A9.

Notice sur Dufresne du Gange et sa statue, précédée du programme des fêtes qui seront célébrées à Amiens le 19 et le 20 août 18i9 pour V inauguration de son monument. Amiens, Alfred Garon, 1849.

2. Cf. p. 241. — La Picardie historique et monumentale. T. I, p. 75. Héliogravure de Dujardin.

LES LEÎTTKES ET LES AUTS AU XYIl" SIÈCLE. 3lo

Grises (1618-1676) ^ dans la façade de quelques maisons particulières encore existantes, notamment sur la place du marché de Lanselles

L’agencement judicieux de la brique, pour les fonds, et de la pierre formant bossage autour des fenêtres, des portes et au-dessus des jambes étrières ", avec corniches et modillons saillants, donne aux constructions un caractère de vigueur qui n’exclut nullement l’élégance. Le fronton aux armes de France et de Navarre, qui s’étalait au centre du corps de logis de l’IIôtel des trésoriers, présentait un aspect monumental, que l’habile restauration, entreprise en 1860 par le marquis de Landreville, lui a conservé.

Les plus belles façades en bois, que l’on admirait à Amiens, datent de ce temps et dénotaient beaucoup de talent et de goût chez les artistes. Ils prodiguaient une extrême richesse d’ornementation sur toutes les parties apparentes de la charpente ; ils y multipliaient les arabesques, les blasons, même les statuettes Cela est facile à constater en parcourant les riches albums de M. G. Pinsard.

1. Les religieuses de l’ordre de Saint-François, dites Sœurs de la Pénitence ou Sœurs-Grises, s’étaient installées, en 1486, dans l’hôpital de Cocquerel, situé rue de Cocquerel. Elles visitaient les pauvres malades et logeaient les voyageurs indigents. En 1618 une partie des batiments et le cloître furent reconstruits. On voit encore du côté de la rue de Condé les restes du cloître consistant en deux ordres superposés, dorique et ionique, tout en bossages. La Picardie historique et monumentale. T. I,

2. A l’angle de la rue des Chaudronniers et de la place (1660), à Tangle de la rue des Orfèvres et de la place (1683), à l’angle de la rue Saint- Germain et de la place (1672), à l'angle du Moulin-du-Roi et de la place (1656). La plus remarquable de ces maisons, portant le n° 33 (1685'', est ornée de bustes très décoratifs. Il existe d’autres maisons Louis XIII rue de la Hotoie (1658), rue des Vergeaux, rue du Chapeau-de-Violettes, etc.

3. Les jambes étrières forment la tête des murs mitoyens, au rez-dechaussée. Elles sont toujours en grès à Amiens.

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