‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 193 sur 294 · Arch. de la Somme C 3a4^. Supplique à V intendant · texte numérisé non relu

Arch. de la Somme C 3a4^. Supplique à V intendant

2. Arch. mun. Délib. BB 1)7, p. 151. 17 janvier 1788. « Le nombre des pauvres augmente par la rigueur de la saison et par la décadence de la manufacture. Le nombre des ouvriers employés à l'atelier de charité augmente. »

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

SOUS une forme parfois badine, ameuté contre lui la vindicte populaire et ébranlé le respect que Ton professait à Amiens pour les moines et les religieuses qui y menaient une existence très effacée dans des couvents d’aspect modeste. Vainement Mgr de Machault ^ s’efforce de préserver ses diocésains de la contagion des nouvelles doctrines ; vainement il interdit la souscription aux œuvres de Pascal et de Voltaire, le corps de ville crie à l’intolérance et proteste. Voltaire se trouve lui-même dépassé par J. -J. Rousseau. L’auteur du Contrat social, de la Nouvelle Héloïse, d'Émile, rentré en France après avoir subi quelque temps d’exil pour la hardiesse de ses opinions, séjourne à Amiens et il raconte, dans ses dialogues, qu’on voulait à toutes forces lui envoyer le vin d’honneur. » (1767)

Nicolas Cannet occupait alors une situation considérable dans le négoce amiénois. Ses filles, Henriette et Sophie, venues à Paris pour achever leur éducation, se lièrent d’une tendre amitié avec Phlipon, la future Roland •'’q de célèbre mémoire, avec qui elles entretenaient une correspondance pleine de cœur et d’esprit^. Dans les lettres que celle-ci leur adresse percent d’ardentes sympathies pour la cause américaine, une profonde admiration des républiques

1. Louis Charles de Machault, né le 29 décembre 1737, fils de Jean- Baptisie de Machault et de Louise Rouillé du Coudray, coadjuteur de Mgr de la Motte le 25 mars 1772, lui succéda le 12 juin 1773. Mandement de Mgr de Machault, du 9 avril 1781, au sujet d’une édition des OEuvres de Voltaire. Mgr de Machault avait également voulu faire supprimer les Affiehes par le conseil du Roi, pour avoir inséré une réclame au profit des œuvres de Pascal.

2. OEuvres de Jean-Jacques Rousseau. Paris, 1819. T. XVII, p. 234.

3. Manon Phlipon, née en 1754, morte en 1793, mariée en 1780 à Jean Marie Roland, inspecteur de la manufacture à Amiens, devenu le fameux ministre girondin.

4. A. Breuil. Lettres inédites de Phlipoii, 31”*^ Roland, adressées aux demoiselles Cannet, de J 77 2 à 1780. Paris, 1841. T. Il, p. 227. R'' janvier, 1778.

LA FIN DK l’aNCIKN RÉGIME.

anciennes, par dessus tout le culte de J. -J. Rousseau et de la secte philosophique. Son enthousiasme éclate lorsqu’elle reçoit pour cadeau de nouvel an les œuvres complètes de son auteur de prédilection : « Avoir tout Jean-Jacques en sa possession, pouvoir le consulter sans cesse, se consoler, s’éclairer, s’élever avec lui, à toutes les heures de la vie, c’est un délice, une félicité qu’on ne peut bien goûter qu’en l’adorant comme je le fais. » Elle dit ailleurs : « J’ai choisi Rousseau pour mon bréviaire. » Voilà sans doute les sentiments qui s’emparent des demoiselles Gannet. Elles les communiquent à leurs amies « du grand monde » b Le scepticisme gagne la noblesse, la bourgeoisie, et, filtrant insensiblement de couche en couche, s’insinue goutte à goutte, par mille fissures, dans la classe qui vit du travail de ses bras. Un ébranlement profond se communique aux intelligences, des intelligences à la société tout entière. Dès lors, on conçoit le succès des premières représentations des comédies de Beaumarchais, qui livraient les hautes classes de la société aux risées du public (décembre 1773)

L’ébranlement du principe de l’autorité royale devait être la conséquence fatale de la négation des croyances. On signale au mois d’août 1780, « le grand nombre d’esprits turbulents, ennemis de toute autorité », capables de mettre

1. A. Breuil. T. I, p. 10. 2S février 1772. Lettre 2^. « Ma chère Gannet,

tu es dans une situation plus brillante que la mienne ; tu es répandue dans un plus grand monde »

Ibidem. T. I, p. 128. 8 août 1774. « Je n'ai point lu les soirées de

Fontenelle, mais je connois son système et je pense comme toi je me

suis fort amusée de la philosophie de Newton, mise à la portée de tout le

numde par M. de Voltaire » — T. II, p. 270. lü mai 1788. a J'avais

choisi Rousseau pour mon bréviaire, Plutarque pour mon maître, Montaigne pour mon ami. »

2. Affiches de Picardie, 177G, numéro 1. Lettre de bonne année adressée par Robert Toupet, R** garçon de IM...., maître barbier, perruquier de la ville d’Amiens, à M. de Beaumarchais, auteur du Barbier de Séville, après la cinquième représentation de cette comédie.

la sécurité de la ville en péril, « disposés à secouer toute espèce de joug ^ ! »

L’attitude maladroite et provocatrice des gardes du corps entretient l’agitation.

On donnait un soir Zaïre au théâtre. Tout à coup, une bagarre éclate dans les couloirs, motivée par le plus futile prétexte. Quelques bourgeois, assez maltraités par des gardes, sous les yeux de leurs officiers, se croient en droit de réclamer une juste satisfaction. Le commandant la refuse et le Roi, mal informé, répond aux explications du maire Florimond Le Roux en le révoquant « Homme intègre et d’une grande droiture » Le Roux était aimé de ses collègues. Ceux-ci réclament sans succès contre la mesure impolitique qui l’atteint et l’opposition aura maintenant un chef autorisé. Son élection à la mairije, le 18 novembre 1791 , sera la réponse à la lettre de cachet du 12 août 1780.

La popularité qui s’attache malgré tout à la personne de l’intendant d’Agay, les services rendus par lui, ramènent l’apaisement. La maladie ayant mis en danger les jours de cet homme fin et enjoué, dont faffabilité captive la faveur publique, d’un bout à l’autre de la province c’est une douloureuse anxiété à laquelle succède une explosion de sympathiques réjouissances, aussitôt que le péril est conjuré. Les principales villes envoient des adresses de félicitations. Amiens organise dans la salle du théâtre un bal qui dépasse en élégance ce qu’on avait encore imaginé de plus brillant.

1. A. Janvier. MM. les gardes du corps de la compagnie de Luxembourg., p. 65. Lettre de M. Lecomte à Florimond Le Roux.

2. Arch. mun. Délit. BB 95, p. 39 v°. De par le Roy, Sa Majesté a interdit et interdit le sieur Florimond Leroux, maire de la ville d’Amiens, des fonctions de ladite place de maire, lui faisant défense de s’immiscer directement ou indirectement dans lesdittes fonctions jusqu’à nouvel ordre de Sa Majesté, et ce sous peine de désobéissance. Fait à Versailles, le 12 août 1780. Signé Louis et plus bas Amelot.

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