CHAPITRE PREMIER
LES ÉTATS GÉNÉRAUX L’ASSEMBLÉE CONSTITUANTE 5 mai 1789 — 30 septembre 1791.
f. Les États du bailliage. — Convocation des l*]tats généraux du royaume. — Funestes conséquences de l’iiiver de 1788. — Assemblée des Etats du bailliage. — Le Tiers-Etat rédige le cahier de ses doléances. — Doléances du Clergé et de la Noblesse. — Election des trente-six députés du Tiers. — Le Clergé et la Noblesse renoncent à leurs privilèges. — Les députés aux Etats généraux. — La misère publique. — L’Association civique. — Emeute du 14 juillet. — La milice citoyenne réorganisée. — Scènes de pillage. — M. Jourdain de l’Eloge. — L’assemblée constituante. — La cocarde tricolore. — IL Le conseil permanent. — Émeute du b août. — L’union des trois ordres et des officiers municipaux rétablit le calme. — Les réformes. — Michel Saladin. — Le comité militaire. — Le drapeau de la loi martiale. — Émeutes des 14 et 15 décembre. — Agitation royaliste. — Le procès de Louis Suleau. — Municipalité du 20 janvier 1790. — Le département de la Somme. — Fédérations des 4 et 14 juillet. — III. La constitution civile du Clergé. — Les ordres religieux supprimés. — Les biens de l’Église confisqués. — Inventaires et scellés. — Serment exigé des prêtres. — Intrus et réfractaires. — Mgr de Machault en exil. — Election de Desbois de Rochefort. — Paroisses sujiprimées. — Nouvelles circonscriptions. — Élection des curés.
Les États du bailliage.
La Nation ne manquait pas une occasion de réclamer en des termes plus ou moins énergiques le rétablissement des
408 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
États généraux, dont l’interruption depuis 1614 n’avait pu effacer le souvenir. Parlant « du soulagement et du bonheur que la bonté de Sa Majesté destine à ses peuples et que sa sagesse leur prépare dans le secret de ses consôils », le duc d’Havré y avait fait une allusion discrète, le jour de la clôture de l’assemblée provinciale h En effet, au mois de décembre 1787, Louis XVI annonce son intention de recourir à cette suprême consultation du pays. Le 8 août 1788, le Roi fixe la réunion des États généraux au 1" mai de l’année suivante et, le 27 décembre, il octroie une double représentation au Tiers-État, parce que « sa cause est liée aux sentiments généreux et qu’elle aura toujours pour elle l’opinion publique. »
Tandis que Louis XVI s’occupe d’organiser la représentation du royaume, la situation politique se complique de la misère des temps. En 1788, la récolte avait été mauvaise et, à la veille de la moisson, une grêle meurtrière avait occasionné d’incalculables dégâts. L’hiver arrive et jamais, depuis l’année 1709 de sinistre mémoire, le froid ne fut plus long et plus rigoureux. La Somme et la Selle se prennent. La gelée dure quarante-deux jours consécutifs. Les moulins de la ville cessent de fonctionner, « tous les moyens de subsistance manquent à la fois; la désolation est excessive par la cessation absolue des travaux de la manufacture. » La municipalité ouvre des ateliers de charité dans lesquels quinze cents ouvriers reçoivent un salaire quotidien de douze sols. Elle provoque la création d’une association de bienfaisance qui distribue chaque semaine de quinze à vingt mille livres de pain
1. Procès-verbal des séances de V Assemblée provinciale de Picardie, tenue à Amiens en novembre et décembre i787. A Amiens, chez Caron, l’aîné, imprimeur du Roi et de V Assemblée provinciale, 1788. — Arch. de la Somme C 495.
2. Arch, de la Somme G 493'^. — Affiches de Picardie. 1789, 1 et saiv.