‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 205 sur 294 · LES ÉTATS DU BAILLIAGE · texte numérisé non relu

LES ÉTATS DU BAILLIAGE

est parvenu à se faire nommer capitaine à force d’intrigues, d M. de la Combe, maître de camp de cavalerie, est cependant choisi pour exercer le commandement én chef de la milice citoyenne et M. Morgan de Helloy lui est adjoint en qualité de commandant en second.

Des émissaires envoyés de Paris abusent de la crédulité de l’ouvrier amiénois, d’ordinaire si calme, si honnête. Ces meneurs, que les documents de l’époque désignent comme seuls responsables des désordres de la rue C rééditent à dessein les calomnies répandues naguère k l’occasion du Pacte de famine Ils annoncent que ces mauvais jours reviennent. L’ouvrier égaré confond ses meilleurs amis avec ses pires ennemis. On lui répète que le riche ne cherche en réalité qu’à spéculer alors qu’il semble s’intéresser à sa misère. Il le croit! Malheur à qui, de loin ou de près, participe aux opérations de V Association civique! Le peuple a besoin de victimes auxquelles il puisse imputer ses maux, sur lesquelles il puisse décharger sa colère.

Jourdain de l’Éloge, propriétaire des moulins de l’Etoile établit à grands frais des procédés nouveaux de mouture économique; il s’engage, à la sollicitation du gouvernement, à moudre gratuitement tous les grains que distribue l’Association civique ; il achète des quantités considérables de blé à Dantzig et à Hambourg, les revend à dix et vingt livres au-dessous du cours ^ ; c’est un accapareur, un ennemi public ! Sa demeure est pillée, ses moulins sont envahis; lui-même

1. Lettres inédites précitées de M. Deu. *23 juillet 1780. « Nous cspe'rons

que les émeutes ne renaîtront plus à moins que les brigands que vous

expulsez de Paris ne viennent occasionner ici de nouveaux troubles.»

2. Le Pacte de famine, nom sous lequel l’opinion publique désigna des opérations entreprises, sous Louis XV, pour procurer des blés aux populations à la suite d’un rigoureux hiver. Ce fut une calomnie!

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