‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 212 sur 294 · Ibidem. Délib. BB 100, pp. 29 et suivantes · texte numérisé non relu

Ibidem. Délib. BB 100, pp. 29 et suivantes

Piéfle.ùons sur Varrêté des officiers mimicipaii.c et conseil permanent de la ville d^ Amiens du / / décembre, pour servir de suite à Ve.vposé de la conduite des membres composant ci-devant le comité militaire de la dite ville. Abbeville. De l’imprimerie de L. A. Dévérité. 1789.

4. La loi martiale, décrétée le 21 octobre 1789, avait été publiée à Amiens, le 31 de ce mois, avec un appareil très solennel. BB 99, p. 143.

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force. Un détachement se présente aux Minimes pour dissiper

le comité militaire 11 n’y a plus personne depuis une

heure ! Devant l’appareil de la loi martiale, toute tentative d’opposition s’est évanouie. (14 et 15 décembre 1789).

Les serviteurs dévoués de la monarchie s’efforcent de créer une agitation royaliste. Enflammer le zèle des habitants des villes et des campagnes, les armer, les entraîner à fondre sur Paris, « pour mettre un terme à l’illégale captivité de la famille royale », tel est le but de V appel aux gens sensés ou très humbles et très respeetueuses représentations de la capitale de la Picardie à V Assemblée nationale. L’auteur adjure la municipalité « de supplier les membres de la haute assemblée d’obtenir de Sa Majesté qu’Elle ait la bonté de retourner à Versailles et d’y séjourner jusqu’à ce que tous ses sujets soient bien convaincus qu’aucune considération étrangère à ses desseins n’a influé sur sa

résolution soudaine d’habiter au milieu de sa capitale »

Alors aussi retentit ce cri d’alarme adressé fidelissimæ Picardorum genti : « Tu dors. Picard, et Louis XVI est dans les fers î Partons, braves camarades, volons à la défense de notre monarque ! ^

Louis Suleau -, dénoncé au conseil permanent comme l’auteur de ces factums réputés séditieux, fut soumis à un

1. Fidelissimæ Picardorum genti. A Amiens dans le palais épiscopal. Plaq. in-8° de 14 pages.

2. François Louis Suleau, né à Grandvilliers, en 1737, ancien avocat, ancien militaire, avait parcouru les îles de l’Océan et l’Amérique, à la recherche d’une position. Il était rentré en France depuis quelques semaines lorsque le Roi fut ramené de Versailles à Paris.

Arch. mun. Délib. BB 100, pp. 15 v°, 18, 35 v°, 43 v°. 25 novembre 1789, 13 janvier 1790. — Arch. mun. P^. 1789. Mémoire que présentent les brigades de la maréchaussée à la résidence d’Amiens au conseil permanent de la dite ville, du 30 décembre 1789. — Premier interrogatoire de il/. Suleau accusé de haute aristocratie. Plaq. in-8°. — Suite de l’interrogatoire de M. Suleau accusé de haute aristocratie. Plaq. in-8°.

LK CONSEIL PEIIMANENT.

interrogatoire f|ui dénota un esprit frondeur. Successivement interné à l’auberge de la Pomme de Pin, à la citadelle, à la conciergerie, transféré au Ctuitelet de Paris, il eut à se défendre d’être rérnissaire chargé [)ar le rnarfiuis de Favras de soulever la Picardie. Son procès eut un grand retentissement. On ne put le convaincre et il recouvra la liberté après quatre mois de captivité. La verve pamphlétaire de Suleau s’épancha alors dans les journaux aristocrates. Il collabora aux Actes des Apôtres et fut massacré le 10 août 1792.

Le comité militaire n’avait été au fond qu’un club hostile dans lequel, sous prétexte d’élaborer les règlements de la milice, Saladin poursuivait sans relâche, contre le conseil permanent’, la campagne préparatoire aux élections municipales, que la loi du 14 décembre i789 fixait au 2G janvier

En raison de la population de la ville, des faubourgs et de la banlieue qui comprenait 39,bb8 habitants -, Amiens devait avoir un maire, quatorze officiers municipaux et trente notables, un procureur de la commune et un substitut. Le maire et les officiers municipaux formaient le eonseil municipal; réunis aux notables ils composaient le conseil général auquel étaient réservées les affaires importantes. Sont électeurs les eitoyens aelifs qui acquittent trois livres de contribution, dont la valeur fictive est fixée à trois journées de travail, éligibles ceux qui paient dix livres. Onze cent quarante-sept citoyens actifs, répartis en dix

1. Cf. le factum signé Saladin, imprimé à Abbeville, chez Devérilé, avec l’épigraphe tirée d'Horace : « Falsus honov jnviit et mendax infamia terret, quem nisi mendosum et medicandum. »

2. Areh. mun. Délit). BB t03, p. 88. Recensement du mois de septembre 1791 ; La Ville ; 31,837 habitants. Les Faubourgs ; de Beauvais, 1,873; du Cours, 798; de Noyon, 1,023; de Saint-Pierre, 744; de Hem, 279. La Banlieue; Saint-Maurice, 792; Longpré, 308; Saint-Jean, 297; Boutillerie, 138; La Neuville, 239; La Voirie, 131; Montières-Ktouvy, 466; Renancourt, 433. Total: 39,5 38 habitants.

assemblées primaires dans les dix églises ou chapelles des couvents d’hommes, prennent part aux scrutins des 26 janvier et 21 février.

A l’exception de cinq, tous les membres du conseil permanent sont remplacés par des hommes nouveaux, résolus « à déraciner d’une main ferme et sûre la foule des abus qui paraissaient détruits, mais qui, cachés encore sous les ruines, pourraient, en se reproduisant, renverser les espérances que fait naître une constitution sur laquelle, comme sur une base inébranlable, repose la félicité des générations futures b »

Au nombre des élus figurent le curé de Saint-Firminle*Confcsseur Brandicourt, le médecin Rigollot, le négociant Poullain-Cotte, le maçon Jenty, qui marqueront dans l’histoire de la Révolution et, avec eux. Le Quieu de Moyenneville et Morgan de Relloy, que le souvenir des services rendus fait encore admettre dans une assemblée dont la majorité leur est hostile.

Jacques Antoine Degand est nommé maire. Saladin, qui triomphe, devient ce personnage important, organe des revendications de la ville et défenseur de ses droits, qui s’appelle le procureur de la commune. Saluant, au jour de l’installation de la municipalité nouvelle, « le contrat social qui venge l’humanité flétrie, la liberté violée, la dignité de l’homme outragée, » il rend hommage « au monarque patriote aux vertus de qui la France est redevable de son

affranchissement qui sans autre cortège que ses vertus,

sans autre garde que l’amour de son peuple, est venu dans le sein de ses enfants jurer de maintenir lui-même la constitution régénératrice qui est leur ouvrage »

Exécuteurs des décrets de l’Assemblée nationale, les offi-

Arch. mun. Délit. BB lOJ, p. 2 v°. 24 février 1790. Discours de Baladin, à l’occasion de la prestation de serment.

KK CONSKIL PEPiMANENT.

ciers niunici[)aux rrgriorit en maîtres absolus, chargés de détruire et de reconstituer, dans les limites fie la commune, un ordre social tout entier. Ils auront à discuter, à tracer, à faire adopter de nouvelles circonscrij)tions territoriales et paroissiales *. Ils présideront à l’élection, puis à l’installation des magistrats du tribunal civil (l"*' décembre 1790), du tribunal criminel (19 septembre 1791), du tribunal de commerce (25 août 1791), des cinq juges de paix (février 1791) Ils dresseront le rôle des impositions et devront inventorier, évaluer, gérer, vendre les biens du chapitre, des églises et des congrégations religieuses trouver des ressources pour habiller, équiper, armer la milice citoyenne devenue la garde nationale et qui prend dès lors une importance considérable, sous le commandement du chevalier Le Quieu de Moyenneville. Ils devront, par-dessus tout, pourvoir à la subsistance de la ville, provoquer, par suite, des souscriptions pour la caisse patriotique, négocier des achats, approvisionner le marché de chaque semaine malgré la disette, malgré l’insécurité des routes et malgré la mauvaise volonté des cultivateurs.

1. Arch. mun. Délib. BB 102, p. IH. 43 décembre 1790. « MM. les officiers municipaux ont été nommés commissaires pour préparer le projet de démarcation des paroisses de la ville, faubourg et banlieue... . »

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