LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ
enseignant, treize seulerrn^nt consentent à jurer obéissance et fidélité à la constitution entre autres l’abbé Hrandicourt, curé de Saint-Firniin-le-Conresseur. Tous les autres se déclarent disposés à l’accepter, si l’on en retranche « ce qui est contraire à la loi de la religion catholique, apostolii^ue et romaine, dans laquelle ils sont résolus à vivre et à mourir. » MM. Ilareux, curé de Saint-Uemy, et Duminy, curé de Saint-Michel, avaient rédigé une formule de serment dans ce sens conformément aux instructions de l’évêque de Clermont; ils furent traités de réfractaires et dénoncés par le directoire à l’accusateur public. Le refus du serment entraînait la destitution immédiate. Ceux qui continuaient à exercer le ministère, devaient être poursuivis conformément aux lois, et comme il importait d’assurer le service du culte en attendant qu’il soit procédé à l’élection des nouveaux titulaires, le directoire autorisa la municipalité à nommer des curés provisoires.
Un mariage devait avoir lieu le lendemain à Saint-Michel ; le conseil général de la commune requiert l’abbé Brandicourt de le célébrer et, pour occuper les différents postes des réfractaires, il désigne les assermentés et quelques moines apostats : à la cathédrale, l’ex-prémontré Faleinpin, à Saint-Jacques, l’ex-carme Germain. Bellegueule, ex-capucin du couvent de la rue Saint-Honoré de -Paris, est nommé directeur du collège, l’ex-cordelier Mezurolle, titulaire
1. Arch. mun. Délib. BB 102, p. GO. Les prêtres qui ont prêté le serment : le curé de Saint-Germain, le curé de Saint-Firmin-le-Confesseur et ses deux vicaires, l’un des vicaires de Saint-Firmin-à-la-Porte, trois professeurs du collège, cinq prêtres habitués, auxquels se joignirent, quelques jours après, les desservants de Saint-Pierre, de Montières, de Renancourt et du Petit-Saint-Jean.
2. Formule du serment prononcé par le curé de Saint-Remij et divers ecclésiastiques d’Amiens et autres. Factum imprimé répandu dans le diocèse. — Rose. L’Église d’Amiens, p. 85.
de la chaire de théologie h Bellegueule recevait la récompense du langage patriotique tenu par lui le 21 octobre à la cérémonie organisée en l’honneur des soldats morts victimes de ce qu’on appelle déjà la tyrannie royale, dans l’échauffourée de Nancy. On lui avait alors décerné le titre de citoyen d’Amiens avec brevet Il y a maintenant dans chaque paroisse deux cultes, deux camps bien tranchés et perpétuel conflit entre le nouveau curé (l’intrus) et l’ancien curé (le réfractaire) 3. La confusion est partout, même chez les écoliers, qui assaillent les professeurs assermentés à coups de pierre, en criant : « à la lanterne » Mgr de Machault, qui avait quitté sa ville épiscopale dans les premiers jours de décembre, y reparut à la fin de janvier et prit le chemin de l’exil, d’où il protesta contre le schisme et l’élection de l’évêque constitutionnel, dans des lettres pastorales empreintes d’une noble fermeté et d’une dignité toute apostolique ^ Cette élection eut lieu le 13 mars. Deux prêtres sollicitaient les suffrages du collège électoral assemblé à la cathédrale : le curé Brandicourt,
1. Arcfi. mun. Délit. BB 102, pp. 76 et suiv. 18 janvier 1791.
2. Ibidem. Délit. BB 100, p. 366. Oraison funèbre des martyrs de la constitution, morts à Nancy le Si août 4790, prononcée le 24 octobre dans V église cathédrale d'Amieris, par M. l’abbé Joseph Bellegueule. Amiens, 1790, Fr. Caron-Berquier.
3. Arch. mun. 1791, P®. Information à la requête du procureur de la commune : 1° contre les curés de Saint-Remy et de Saint-Michel qui refusent de laisser sonner les cloches de leurs églises; 2° contre un individu coupable d’avoir traité de gueux le curé assermenté de Saint- Firmin-le-Confesseur ; 3° contre des gens qui avaient organisé un charivari sous les fenêtres d’une femme de la paroisse Saint-Jacques qui refusa l’eau bénite parce que c’était « de l’eau brûlante » ; 4® contre une femme qui ne voulut pas accompagner ses voisines au salut des intrus, etc.
4. Arch. mun. 1791, P^. Information au sujet d’une émeute au collège, b. La déclaration est datée de Tournay, le 4 mars 1791. La lettre
pastorale du 6 mai. — E. Soyez. Notices sur les évêques, pp. 322 et suiv. — Actes de l’Eglise d’Amiens. T. II, pp. 644, 555.
LA CONSTITUTION CIVILK DU CLERCK.
qui se recommandait jiar son arrleur révolutionnaire, et Eléonore Marie Desbois de Uochefort, curé de Saint-Andrédes-Arts de l^aris, ami, candidat préféré de Laurendeau, que sa qualité d’étranger i*endait inéligible et (\\n ne fut pas moins nommé au troisième tour de scrutin par 300 voix sur 450 votants L 11 avait un passé honorable; Louis XVI l’estimait à cause de sa grande charité et le destinait à l’épiscopat, avant que l’entraînement des idées nouvelles l’eût jeté dans l’église dissidente. L’évêque « intrus » prit possession le '10 août environné de toutes les pompes officielles, accueilli par les vivats des Amis de la constitution, organes des rancunes impies déchaînées contre la religion catholique.
Poursuivant l’œuvre de réorganisation tracée par la constitution .civile, le conseil général de la commune avait prononcé la désaffectation des églises de Saint-Firmin-le- Gonfesseur, Saint-Michel, Saint-Remy, Saint-Martin-au- Bourg, Saint-Firmin-en-Castillon, Saint-Firmin-à-la-Porte, Saint-Sulpice, et refondu les circonscriptions paroissiales au profit des cinq qu’il avait jugé utile de conserver : la cathédrale, l’église des ci-devant Cordeliers, placée sous le vocable de Saint-Firmin, qu’elle échangera quelque temps après contre le vocable de Saint-Remy, l’église Saint- Jacques, l’église Saint-Germain et l’église Saint-Leu 3. Le
1. Arch. mun. 1791, P^. Nomination de TevOque constitutionnel. Lettres de Laurendeau aux officiers municipaux, 15 et 18 mars 1791 ; des députés du département de la Somme, 22 mars et 9 avril 1791. Ceuxci avaient eu de la peine « à vaincre sa répugnance », à accepter « une situation aussi délicate ».
2. Ibidem, Procès-verbal original de la prestation de serment.
Lettre pastorale de il/. V Évêque du département de la Somme au clergé et aux fidèles de son diocèse. A Amiens, chez J. -B. Caron, imprimeur du Roi, place Périgord, et chez Caron-Berquier. 8 mai 1791.
3. Arch. mun. Délib. BB 102, p. 55. — 1791, P^. La délimitation des paroisses est du 20 décembre 1790. Elle a été approuvée par l’Assemblée
il avril 1791, furent apposés les scellés sur les portes de chacune de celles qui étaient vouées à la destruction h Laurendeau recevait le mois suivant un état estimatif de la valeur des matériaux et du terrain de ces édifices, avec prière instante de les faire comprendre dans le décret d’aliénation des biens nationaux au profit de la ville. Le décret fut rendu, mais les événements en retardèrent l’exécution. En attendant l’heure de la démolition, l’église de Saint-Michel fut convertie en magasin à fourrages pour l’armée; Saint-Firmin-le-Gonfesseur devint boucherie militaire, Saint-Firmin-en-Castillon, atelier de fabrication de salpêtre, Saint-Martin-au-Bourg, salle de réunion pour la société populaire.
La nomination, par l’assemblée électorale du district, des prêtres appelés à composer, avec les vicaires généraux, le conseil permanent du diocèse et celle des curés de paroisses ayant eu lieu le 5 juin, rien ne s’oppose plus au fonctionnement régulier de la constitution La majorité des administrateurs, qui se prêtent à l’exécution des décrets, persistent à croire et à proclamer que « la religion n’est nullement menacée », qu’il s’agit simplement « de rappeler le clergé à
nationale le 26 janvier 1791. La paroisse de la cathédrale devait avoir pour succursale l’église de Saint-Acheul érigée en paroisse le 21 janvier 1791, à la requête des habitants de la Neuville et de Boutillerie. Les autres succursales étaient : 1° de Saint-Firmin (Saint-Remy), Saint-Honoré pour les deux faubourgs de Beauvais et l’église du Petit-Saint- Jean. 2° De Saint-Jacques, l’église de Montières pour Montières, les faubourgs de Hem et de la Hotoie. 3° De Saint-Germain, l’église de Saint-Maurice et l’église de Longpré. 4° De Saint-Leu, l’église de Saint-Pierre.
1. Arch. mun. 1791, P^. Inventaires du mobilier des églises et procèsverbaux de l’apposition des scellés. Après avoir mis les scellés sur les portes de l’église Saint-Remy, les commissaires procèdent à la réouverture de l’église des Cordeliers, qui tiendra désormais lieu d’église paroissiale.