LA CONVENTION NATIONALE
Réaction thermidorienne
27 juillet 1794 - 26 octobre 1795.
I. Réaction contre les Terroristes. — Adresses à la Convention. — La Société populaire se détache du parti vaincu. — Fête du 10 août.
— Blaux et Sautereau. — Elargissement des suspects. — Inquiétudes d’André Dumont, sa lettre au conseil général de la commune. — Les administrations épurées. — Devisme maire d’Amiens. — IL La famine de l’an III. — Insuffisance des marchés. — Inutiles réquisitions du comité des subsistances. — Les pouvoirs publics aux abois. — Souscription fraternelle. — Debray-Valfresne à Hambourg et Massey à Dunkerque. — Florent Guyot et Blaux luttent inutilement contre la misère.
— Abolition du maximum. — La confiance ne se rétablit pas. — Insurrections populaires. — La garde nationale rétablie. — Physionomie de la population dans la détresse. — Rationnement des citoyens. — Exigences des maisons de commerce. — Consignation de deux millions de francs.
— Cinquante-et-un citoyens les garantissent. — Avilissementdes assignats.
— Difficultés croissantes de la situation. — La famine détourne les esprits des préoccupations politiques. — Les églises sont rouvertes. — Sermentés et insermentés. — Nouvelles persécutions contre les prêtres. — Constitution de l’an III. — Lebon expie ses forfaits.
Réaction contre les Terroristes.
André Dumont se hâte d’annoncer la révolution de thermidor à la ville d’Amiens. En même temps que sa lettre,
parviennent le Mo7iiteur et le Messager du Soir. On lit avec avidité les accusations portées contre Robespierre, la décision de la Convention qui le déclare traître à la patrie, la condamnation. Ceux qui l’exaltaient il y a quelques jours, n’ont point assez d’imprécations ce contre ce Catilina moderne, ce Cromwell, ce monstre que la nature a vomi dans sa rage ; qui préconisait la pureté des mœurs pour mieux assassiner la vertu ; qui reconnaissait l’existence de l’Être suprême et qui l’outrageait par les crimes les plus horribles; dont le langage paraissait pur quand son cœur était gangréné ; qui usurpait la confiance du peuple, pour forger en secret des chaînes que cinq années de courage et
de constance avaient rompues ^ »
Le conseil général de la commune célèbre la victoire :
« De nouveaux Icares avaient tenté de s’élever d’un vol audacieux au-dessus du vaste océan de l’égalité française ; de l’agiter au gré de leur cupidité et de leur folle ambition. Us sont tombés ! Ils tomberont tous ceux qui voudraient les imiter et leur chute n’arrêtera pas la course majestueuse du vaisseau de la Liberté qui les laisse bien loin derrière lui s’engloutir dans les ondes fallacieuses.
» La nouvelle de la catastrophe de ces insensés nous a trouvés tels que nous nous sommes montrés lors des journées des 31 mai et 2 juin : toujours inébranlablement attachés à l’unité et à l’indivisibilité de la République, à la représentation nationale qui eu est le seul nœud ; jamais admirateurs, ni flatteurs des individus ; sans ostentation ; aimant
mieux pratiquer le bien que d’en faire parade simples, francs et
vrais ; tels qu’étaient nos pères, ces antiques habitants des bords de la Somme qui aimaient aussi la liberté ; mais qui n’eurent pas le bonheur d’en jouir comme nous »
De toutes les adhésions à la révolution thermidorienne, la plus surprenante est celle de la Société populaire. On aurait pu la croire sincèrement attachée au parti vaincu et elle s’en sépare aussitôt :
1. Arch. mun. Délib. BB 109, p. 149 v°. 11 thermidor an IL — Arch. de ta Somme. Registre du conseil du district. VI, p. 61. — Arch. mun. Registre aux correspondances, n® 557. 14 messidor an IL