RÉACTION CONTRE LES TERRORISTES
« Elle al)liorre le despotisme sous ((iiekiue forme qu’il se i)réseijle, elle cherche à aüermir le règne de la lihertè, de la vérité et de la justice.
» Piohespierre aspirait à la royauté; elle déteste les rois. 11 faisait couler à grands Ilots le sang des pati’iotes; la Société poi)ulaire prend leur défense. Il voulait opprimer la souveraineté du i)euple; elle fait tous ses elforts pour la maintenir. Ses adhérents verseraient jusfiu’â la dernière goutte de leur sang plutôt que de soulfrir qu’il y soit porté la moindre atteinte. Ses membres sont des amis de la Révolution ; leur amour i)our elle date de leur naissance l’as un ne
consentirait à être le continuateur de l’ainhition tyranni([ue de Robespierre ^ »
La fête anniversaire de la journée du 10 août (23 thermidor), célébrée la semaine suivante, sert de prétexte à de nouvelles manifestations. Chacun des membres des comités révolutionnaires et des différentes administrations dépose, sur la cime de la montagne, une pique, et de toutes ces piques le président du directoire forme le faisceau qui symbolise l’indivisibilité de la République Parlant au nom de la commune, l’agent national renchérit encore sur les termes de l’adresse envoyée à la Convention :
« De prétendus patriotes qui semblaient ne travailler que pour la liberté du peuple, ne travaillaient que pour son esclavage. Ils n'avaient
coopéré à la chute du trône que pour en élever un nouveau Ils
n’avaient voté la mort du tyran que pour nous en donner un auli’e
Les Français ne veulent aucune espèce de maître. La dernière conspiration est une grande leçon pour les citoyens. Elle prouve qu'il ne faut jamais idolâtrer les hommes, ([uels que soient les services (|u'ils paraissent rendre à la patrie. La liberté, voilà notre seule idolâtrie î La loi, voilà notre maître! La Convention, voilà notre seul point de
1. Arch. mun. Registre de la Société populaire, pp. (>2, 04, 70. — Ibidem 1793, P. Société populaire. Lettre d’Asselin, du 20 thermidor ; « Des hommes vendus au triumvirat avaient juré de perdre la République et de n’en faire qu’un vaste cimetière, il fallait punir ces contre-révolutionnaires comme de véritables liberlicides. »
2. Ibidem. Délib. BB 109, p. 103. Fête du 10 août 1794. — Registre aux correspondances D‘^, n° 072.
534 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
ralliement! Des factieux ont voulu flétrir la liberté, mais elle ne périra jamais ^ »
Le 9 thermidor fut docilement accepté à Amiens, comme l’avaient été le 10 août et le 31 mai, comme le seront le 18 fructidor et le 18 brumaire. Les populations se laissent facilement aller à voir partout des complices « des vils scélérats » que la Convention vient de renverser. Elles réclament des mesures de rigueur contre les « terroristes, les buveurs de sang; contre ceux qui, abusant de l’autorité, ont dénoncé calomnieusement et fait injustement emprisonner leurs compatriotes ~. » Dans les villes où le mal avait été plus grand, à Arras par exemple, cette fureur de représailles se faisait plus violemment sentir. Les autorités se montraient fort perplexes. D’une part, en effet, elles ne pouvaient, sans manquer à l’équité, accueillir toutes les dénonciations; d’autre part, comment n’auraient-elles pas cherché des circonstances atténuantes, pour des excès dans lesquels elles avaient plus ou moins trempé. Les commissaires spéciaux, envoyés de la sûreté générale, arrivèrent à propos pour dégager la situation, rassurer les habitants, réprimer les excès des terroristes, hâter la délivrance des suspects.
Blaux et Sautereau se succédèrent à Amiens.
Nulle part, plus que dans Amiens, n’avait prévalu la politique de modération relative, aussi tous les partis tombentils d’accord pour favoriser la réaction thermidorienne. Les
1. Discours prononcé par le citoyen Damay fils, agent national près la commune d'Amiens, le 23 thermidor, an deuxième de la Dépublique. De l’impr. de Caron-Berquier.
2. Arch. mun. an III, I^. Police politique. Proclamation du repre'sentant du peuple Blaux, en mission dans le département de la Somme. Prairial an III. '
3. Blaux, député de la Moselle à la Convention. — Jean Sautereau DE Belleveau, député de la Nièvre à la Convention.