‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 26 sur 294 · Charles d’Halluin, seigneur de Piennes · texte numérisé non relu

Charles d’Halluin, seigneur de Piennes

Arck. mun. Reg. aux Chartes AA 5, p. 357 v°. Provision du 9 novembre

2. Journal d'un curé ligueur. Édit, préc., p. 111. Senarpont mourut au mois d’octobre 1569 et « fut enterré à la huguenote » à Senarpont.

LES PREMlf<:nES CUEUUES DE UELIGION.

ministres pour engager les réformés à prendre les armes. La révocation subite des édits faisant sentir aux moins clairvoyants qu’une guerre de religion devenait nécessaire, ils couraient s’enrôler à l’envi sous les drapeaux du f>rince de Gondé ou de ses lieutenants. La plupart des huguenots amiénois ^ rallièrent les troupes de Genlis^ et de Cocqueville. La terreur précédait ces bandes indisciplinées que Gocqueville mena un jour à l’assaut du château de Doullcns où leur audace les fit entrer, le 29 octobre. Le pillage, le massacre, l’incendie, désolaient les villages qu’elles traversaient.

Ghef d’un parti sans ressources et peu nombreux, Gondé avait ouvert la campagne par une entreprise téméraire sous les murs de Paris. Il se trouve maintenant à la tête d’une belle armée renforcée par le prince d’Orange. On lui prête l’intention de s’emparer d’une ville picarde et le Roi voudrait, pour plus de sûreté, introduire une garnison dans Amiens. L’échevinage proteste; le Roi n’insiste pas -L Le capitaine de Raizieu^ et la municipalité, qui ont à cœur de justifier la confiance de Sa Majesté, s’efforcent de paralyser toute tenta-

d. Arch. mun. Délit. BB 38, p. 123 v°. « Vendredy et samedy derniers (25 septembre 1567), les trois quartz des habitans estans de la nou-

velle religion sortirent d’icelle ville. » — Ibidem AA 16, p. 50 v°. 10 octobre 1567. « Injonction à ceulx de la religion prétendue réformée de sortir de la ville. »

2. François de Hangest, seigneur de Genlis, fils d’Adrien de Hangest et de Françoise du Mas.

3. Arch. mun. Délit. BB 38, pp. 129, 131. 0 octobre 1567. « Nous vous mandons et ordonnons recevoir le sieur de Pyenne avec sa compaignye d’hommes d’armes laquelle nous luy avons donné charge y mettre en garnison pour plus grande seureté. » Pienne, à qui le Roi voulait donner le commandement de la ville d’Amiens, est le même qui sera pourvu le mois suivant de la lieutenance générale de la province.

4. Antoine de Runes, seigneur de Baizieu. Provision du 13 décembre 1567. Reg. au.x Chartes AA 15, p. 57. Jean le Flameng, seigneur de Poulainville est son lieutenant.

HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.

tive d’intelligence entre les ennemis du dedans et ceux du dehors. Les « plus factieux », parmi les huguenots, sont chassés de la ville, les autres obligés de se retirer au moins à deux cents mètres des portes. Il ne leur est pas permis de tenir des auberges, d’habiter la banlieue, de circuler avant six heures du matin et après sept heures du soir, sous peine de mort. Tout étranger, non muni de passeport du Roi ou de ses lieutenants, est l’objet d’une très minutieuse inquisition : s’il est armé, on confisque ses armes; s’il est porteur de paquets ou de lettres, les paquets et les lettres sont soigneusement visités en la présence des échevinsL Ainsi en sera-t-il jusqu’à la paix de Lonjumeau et, lorsque celle-ci sera rompue, jusqu’à la paix de Saint-Germain. C’est une époque étrange, lamentable!

Le 28 septembre 1568, le Parlement enregistrait un édit aux termes duquel Charles IX, révoquant les concessions faites, interdisait l’exercice de toute religion autre que la religion catholique et romaine. La vente à l’encan du temple de la Tuilerie s’en suivit 2. Cependant Charles IX ménageait à ce point Condé, que jamais il n’osa lui enlever le gouvernement de la Picardie. Quand, au plus fort de la guerre engagée contre les réformés, il choisit le maréchal de Gossé ^ pour

1. Arch. mun. Délit. BB 39, pp. 18, 33, 63. — Reg. aux Chartes AA 16, p. 59. Ordonnance pour la garde de la ville et ce qui entre et sort. 26 mai 1568.

2. Ibidem. Reg. aux Chartes AA 16, p. 67 v°. « Pour la destruction du temple de ceux de la religion réformée à Amiens, pour les matériaux

estre vendus » 2 avril 1569. « La grange mesurant « cii piedz de

long et Li piedz de large, soulz deulx combles » ne fut pas vendue. On la transporta, pour la réédifier à usage d’arsenal, « au logis de Fieffes, aux Rabuissons. » BB 39, p. 42 v°.

3. Artus de Cosse, comte de Secondigny etfrèredu maréchal de Brissac. Provision du 6 septembre 1568. AA 5, p. 358.

Il est bon de noter que Brissac, Senarpont, Piennes, Cossé, ont été successivement lieutenants généraux de la province en l’absence de Condé qui demeura toujours gouverneur en titre.

LES PUEMIÈKES GUEUHES UE LELIGIO.N. 47

le suppléer, ce fut sans oser [)rononcer un mot rie hlàrne à l’égard du i)rince rebelle, (jui demeura titulaire de la charge jusqu’au jour où il trouva la mort dans les plaines de Jarnac (19 mars ld09).

La paix, signée l’année suivante à Saint-Germain, proclama l’oubli du [)assé. La liberté de conscience fut implicitement accordée, l’exercice du nouveau culte autorisé dans l’habitation principale de toute })ersonne ayant haute justice, pour sa famille, ses vassaux et « ceux qui y voudraient aller. » Or, il y avait en Picardie nombre de fiefs de haubert. Le château d’IIavernas, la plus rapprochée des résidences de la dame de Saint-Delis, et le château de Coisy, demeure de Guillaume Le Grand, seigneur d’Argœuves, un prévôt d’Amiens jadis destitué par la Reine mère, s’ouvrirent aux huguenots arniénois privés du temple de Hemb Le traité accordait encore quatre places de sûreté aux confédérés.

De si grands avantages ont fait soupçonner que la paix de Saint-Germain était un piège et qu’en la signant la Cour concevait déjà le dessein de la rompre de la manière la plus tragique. Nous insisterons d’autant moins sur le meurtre de Goligny, suivi de la sanglante tragédie de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), que la Picardie a été du petit nombre des provinces où les scènes d’horreur qui ensanglantèrent les rues de la capitale n’eurent aucun fâcheux contre-coup Il faut en cela louer la prudence du duc de Longueville^, beau-frère et successeur de Gondé,

1. De Belleval. Lettres sur le Ponthieu, p. 117. — Havernas, canton de Domart, à cinq lieues d’Amiens. — Coisy, canton de Villers-Bocage, à environ deux lieues d’Amiens.

2. Il n’est fait aucune mention à cette date de troubles survenus à Amiens.

3. Léonor d’Orléans, duc de Longueville, époux de IMarguerite de Bourbon, duchesse d’Estouteville, veuve de François de Clèves, duc de Nevers, et sœur du prince de Condé ; mort en 1573. — Arch. mun. Reg. aux Chartes. AA 5, p. 360 v°. Provision du 24 mars 1569.

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qui s'empressa de mettre les Amiénois en garde contre le retour « d’émotions » du genre de celles advenues à Paris.

Amiens a soif de paix et de tranquillité. La misère grandit de jour en jour. La sayeterie est tombée dans le marasme à cause des guerres continuelles qui paralysent le commerce, et six cents habitants fortunés doivent pourvoir à la nourriture de quatre mille ouvriers sans travail ^ sans que l’échevinage puisse trouver dans les ressources du budget les moyens de payer les travaux les plus urgents, pour lesquels Crèvecœur^, récemment pourvu de la lieutenance générale, réquisitionne les paysans. Ces malheureux arrivent de trois lieues à la ronde pour s’occuper aux terrassements des fossés et aux réparations de la forteresse

Avec quel bonheur la population n’accueille-t-elle pas le comte de Ghaulnes ^ qui vient s’enquérir, au nom de Charles IX, des moyens de ramener la prospérité et de cicatriser les plaies de la guerre civile !

« Je vois la corruption des mœurs s’accroître, écrit le Roi ; j’y veux porter remède avant que le mal soit du tout incurable. La plus souveraine recette est de bien connaître, sonder et observer les comportements de mes sujets, afin d’être pleinement informé de ce que je devrai faire pour la conservation des bons et remettre les autres au chemin de leur devoir » ^

L’échevinage s’occupe de faire rédiger le cahier de ses doléances. Les chefs de portes et les « princes des compagnies privilégiées » se réunissent plusieurs fois; de même, les officiers du Bailliage. Nicolas Groquoison et Nicolas de Lessau, se rendent à Gompiègne et vont solliciter du Roi

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