‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 268 sur 294 · Mémoires de Barras. T. II, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Barras. T. II, p

2. Discours pro7ioncé par le citoyen Laurendeau, agent national de la

commune d'Amiens, le 21 ventôse an 3^ de la République (1 1 mars 1793), jour de l'installation des citoyens nommés par arreté du représentant du peuple Florent Guyot, du 16 dudit mois, pour composer le nouveau conseil général de la commune

Discours prononcé dans la séance publique de l'installation de l'administration municipale d'Amiens, du 9 germinal an T (29 mars 1797), par le citoyen Laurendeau, président de la dite administration, dont l'impression a été demandée par le peuple

Arch. mun. an V, I^ Événements politiques. Les administrateurs municipaux du canton d'Amiens à leurs concitoyens, le I i thermidor an V (i®‘“août 1797). Placard de Timpr. de J. -B. Caron. Signé: Laurendeau.

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

accentue le triomphe des modérés h C’est alors que, se voyant menacé lui-même par le courant de l’opinion, le Directoire trappe le grand coup du 18 fructidor. Cinquante-trois représentants sont condamnés à la déportation, parmi lesquels Le Marchand de Gomicourt, l’avocat Maillard-Jubainville, députés d’Amiens et Saladin, que les suffrages parisiens avaient récompensé de sa vaillante campagne contre les décrets de fructidor. Dans quarante-huit départements, — la Somme est du nombre, — tous les administrateurs élus du suffrage populaire sont brutalement révoqués et remplacés d’office

Malafosse chasse Derveloy de l’hôtel du département ; Rigollot chasse Laurendeau de l’hôtel de ville L’anxiété et, à certains moments, la terreur planent de nouveau sur Amiens à la suite des perquisitions dirigées contre les prêtres ou les éiTiigrés récemment rentrés dans leurs foyers et accusés de préparer dans l’ombre l’avènement de Louis XVIII. Avertis à temps des mesures qui les menaçaient, tous s’étaient prudemment éloignés

1. Arch. de la Somme an V, L. Liste imprimée des éleeteurs du département de la Somme nommés dans les assemblées primaires de Van F® de la République française.

2. Ibidem. Procès-verbal des opérations électorales accomplies dans la cathédrale d’Amiens, sous la présidence de Boistel de Belloy, et commencées le 20 germinal an V (9 avril 1797) ;

Élus aux Aneiens : Maillard-RoUin, de Montdidier.

Dargnies, propriétaire, à Saint-Maxent.

Élus aux Cinq-Cents : Maillard-Jubainville, homme de loi, à Amiens.

De Haussy de Robécourt, propriétaire, à Péronne. Élus au département : Dubellay, Derveloy.

3. Ibidem L». Reg. précité, p. 90 et Areh. mun. Kb an V et an VI.

4. Arch. mun. an V, P, an VI, an VII. Police politique. Émigrés. — Ibidem an V, P^. Prêtres réfractaires. Des réponses de l’administration municipale au questionnaire adressé, en vertu de la loi du 19 fructidor an V (5 septembre 1797), par les administrateurs du département, le

LE DIRECTOIRE

Les manifestations extérieures du culte n’étaient point encore autorisées. Si un sonneur complaisant ou distrait agite la cloche d’une église pour appeler les paroissiens aux ofïices constitutionnels, c’est un acte punissable des rigueurs de la loi, comme celui d’un ménétrier qui ferait danser le dimanche, ou celui d’un cabaretier qui tolérerait des réunions de plaisir au jour correspondant à la ci-devant Fête-Dieu, dans un établissement qui porte cependant l’enseigne significative du Bo7inet Rouge K

La Convention avait légué tout un ensemble de fêtes civiques destinées à perpétuer le souvenir des grandes journées de la Dévolution : le 14 juillet, le 10 août, le 22 septembre, le 21 janvier, le 27 juillet (9 thermidor). Le Directoire y ajoute le 18 fructidor (4 septembre) et une série de pompes nationales empreintes d’un matérialisme grossier, destinées à honorer les vertus domestiques ou le courage civique, à célébrer les victoires de la souveraineté du peuple ou de la liberté. Réminiscences d’Athènes et de Rome, ces fêtes, imitées de celles d’Hébé, de l’Hyménée et de Saturne, étaient considérées comme un instrument du règne nouveau.

Le théâtre des solennités ~, ainsi échelonnées de mois en

3 vendémiaire an VI (24 septembre 1798), il résulte qu'à Amiens on ne connaissait plus, à cette date, de prêtres et d’émigrés tombant sous l’application de la loi. Ceux des émigrés qui sont rentrés ont pris leur passeport et se sont conformés, en quittant la ville, aux prescriptions des décrets. Ce sont les citoyens de Francqueville Jean Louis Joseph ; Artus Victor ; Deville-Lépinois ; Laforest Gabriel et sa femme, née Lamotte Marie Julienne; Morel-Boncourt Jacques Louis Joseph, tous rentiers. Arch. mun. Délit. BB 117, p. J 61; BB 121, p. 41.

1. Arch. mun. Délit. BB 117, p. 161. Avertissement de Vadministration municipale d’Amiens aux citoyens sur V otservation exacte des lois des 17 thermidor, 13 et 23 fructidor an VI. Amiens, de l’impr. Patin.

2. Itidem an VII, IL Fêtes putliques. Avertissement de Vadmnisitration municipale d’Amiens aux citoyens, sur l’observation exacte des

568 HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.

mois, est ordinairement la place du Grand Marché. Dans la fête de la jeunesse, le président de l’administration municipale distribue des récompenses aux élèves les plus distingués de l’école centrale ^ et des écoles primaires. Dans la fête des époux les ménages les plus méritants reçoivent publiquement des couronnes civiques. Les héros de la fête de la vieillesse sont les hommes et les femmes les plus âgés et les plus respectables de la cité.

Aux symphonies, aux chants patriotiques, aux discours emphatiques s’ajoute, pour chacune, un programme de circonstance. Dans la fête de l’agriculture, des faucilles, des fléaux, des râteaux, « le dard au tranchant large et brillant », les productions variées de la nature, composent les trophées.

lois déterminant les jours consacrés au repos des décadis et des fêtes nationales.

Cf. pour le détail, le coût, les procès-verbaux de chacune des fêtes aux Archives municipales ans IV, V, VI, VII ; P, Fêtes publiques, ainsi que les Reg. aux Délib. 114 à 120, à la date de chacune de ces fêtes célébrées, au cours de l’année républicaine, dans l’ordre suivant :

l^’^ vendémiaire (22 septembre), proclamation de la République.

20 nivôse (9 janvier), paix de Campo-Formio.

2 pluviôse (21 janvier), mort du roi Louis XVI.

30 ventôse (20 mars), la souveraineté du peuple.

10 germinal (30 mars), la jeunesse.

10 floréal (29 avril), les époux.

10 prairial (29 mai), les victoires et la reconnaissance.

10 messidor (28 juin), l’agriculture.

26 » (14 juillet), la prise de la Bastille.

10 fructidor (27 août), la vieillesse.

9 thermidor (27 juillet), la chute de Robespierre.

10 » (28 » ), la liberté.

22 » (10 août), le triomphe de la Montagne.

1. L’École centrale. Un décret du 7 ventôse an III (25 février 1795) supprima les anciens collèges et institua, sous le nom d’écoles centrales, un nouveau mode d’instruction secondaire. L’école centrale du département de là Somme fut installée dans l’ancien couvent de Saint-Jean. C’est le lycée actuel.

2. Arch. mun. Les administrateurs du département aux administrateurs municipaux, touchant la célébration de la fête des époux.

LK DIRECTOIRE

tm

Les principaux « laboureurs » des faubourgs et de la banlieue figurent dans le cortège otïiciel qui se rend à la Ilotoie pour assister à la remise d’une niédaillc d’honneur au citoyen Joiron, du faubourg de Beauvais, le cultivateur qui s’est le plus distingué dans les dernières années. Prenant en main le manche d’une charrue enrubannée aux couleurs nationales, le président de l’administration municipale trace un sillon dans le grand carré du « champ de Mars », afin de bien marquer la faveur que les pouvoirs publics accordent à l’agriculture.

La grande attraction de la fête des victoires est le simulacre de guerre, qui se termine par le triomphe des armées de la République. Sur l’autel de la Patrie Bottent, parmi des armes brisées, les étendards des nations vaincues que domine le drapeau tricolore. Après un brillant discours dans lequel il retrace le rôle des armées nationales, Rigollot proclame solennellement les noms des défenseurs de la Patrie, enfants d’Amiens, qui se sont signalés sur les champs de bataille et remet deux palmes d’honneur. Le général Laubadère, amputé du bras droit, reçoit la première ; la seconde est pour le soldat Lavigne, mutilé des deux bras.

La mise en scène change pour la fête de la liberté et de la souveraineté du peuple. A l’extrémité de la place du Grand Marché s’élève un trône* sur lequel s’étalent les insignes de la monarchie, la couronne, le sceptre, l’écu fleurdelisé avec cette inscription: Constitution de 1791. Une troupe de soldats s’élancent à l’assaut de ce trône, entraînés par les accents d’une musique guerrière, le renversent, le brisent, le piétinent et l’écrasent, aux cris de : « Vive la Liberté 1 Haine à la Royauté ! » Rigollot plante alors le drapeau national sur les ruines. La déesse de la Liberté paraît, apportant au peuple la Constitution de l’an III.

1. Arch. de la Somme. Projet de trône exécute par Rousseau pour la fête de la liberté.

570 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

La fête eut un lendemain. Un autre trône s’élève, formé, celui-là, des débris du premier, recouvert du manteau tricolore, surmonté des emblèmes de la tyrannie triumvirale, que le 9 thermidor a renversée, le masque, le bandeau, des poignards, des torches et, brochant sur le tout: le cahier de la Constitution de 1793. Après une harangue de Barbier- Jenty, Rigollot, prend en main le flambeau allumé sur l’autel de la Patrie, arrache la draperie qui l’enveloppe et met le feu à l’édifice symbolique de la puissance dictatoriale de Robespierre. On crie : « Vive la Liberté! à bas la tyrannie! » Sur les cendres fumantes, la déesse de la Liberté apparaît comme la veille.

De toutes les fêtes de la période directoriale, les plus imposantes, celles qui causèrent le plus d’impression, furent la pompe funèbre organisée en l’honneur de Hoche et la fête de la paix. (30 vendémiaire an VI, 21 octobre 1797 et 20 nivôse, 9 janvier 1798).

Le cortège des autorités invitées à rendre un hommage officiel à la mémoire de Hoche, s’était formé à l’hôtel du département. Il se dirigea de là, par les rues des Rabuissons, des Sergents et du Beau-Puits, vers le grand Temple, au milieu des rangs pressés de la foule qui se découvrait respectueusement sur le passage d’une urne funéraire voilée de crêpe et enveloppée de l’écharpe tricolore du jeune héros. Toute la garnison était sous les armes. De quart d’heure en quart d’heure, le canon tonnait, le glas tintait au beffroi et dans les tours du Temple. Au centre de la nef avait été dressé un sarcophage à l’antique, surmonté d’une pyramide triangulaire décorée de trophées et d’emblèmes avec cette inscription :

Tu meurs au champ de la victoire !

Tu meurs pour la patrie en défendant ses droits!

Et nos derniers neveux trouveront dans l’histoire Ton nom, ta gloire et tes exploits!

LE DIRECTOIRE

Vous, guerriers indomptés, compagnons de ses armes.

Vous perdez votre clief, et la France un appui.

Elle espère aujourd’hui, pour essuyer ses larmes.

Retrouver parmi vous des enfants tels rpie lui.

Le Rhin s’épouvantait du bruit de ta vaillance;

Tu fus, dans la Vendée, un pacificateur.

Les phalanges des rois redoutaient ta présence,

Les tyrans, à ton nom, pâlissaient de frayeur.

Mourir pour la patrie et pour la liberté.

C’est le sort des héros ; il est digne d’envie.

Tu meurs, mais tu renais pour l’immortalité.

Ta mort est préférable à la plus longue vie !

Dès que rurne funéraire est placée sur le sarcophage, des jeunes filles la couvrent de fleurs. Le général Laubadère, Barbier-Jenty et Crépin-Bertin \ professeur à l’école centrale, prennent successivement la parole au nom de l’armée, du gouvernement, de la commune. Les assistants défilent alors devant le monument, qui demeure exposé pendant dix jours (( à la vénération » des patriotes et qui disparaît bientôt sous une profusion de fleurs et de feuillages.

Cependant Bonaparte avait signé, à Gampo-Formio, un traité de paix entre la France et l’Autriche. Après tant de sang versé, le mot de paix, qui vole de bouche en bouche, produit un effet magique. La joie déborde î On exalte le vainqueur de Lodi et de Rivoli ; son retour en France a tout l’éclat d’un triomphe. Amiens s’associe à l’enthousiasme universel. « Les ressources communales n’offrent pas les moyens de donner l’essor au zèle des habitants », leur patriotisme y supplée en concourant, à l’aide de souscriptions recueillies par les dames, à la dépense d’une fête que la municipalité représente « comme étant à la fois celle des Français et du genre humain »

Page 1