‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 270 sur 294 · AUX ARMÉES · texte numérisé non relu

AUX ARMÉES

LA COMMUNE d’amIENS RECONNAISSANTE.

Armée d’Italie : bataille de Millesimo, passage du PO, bataille de Lodi.

Armée de l’Ouest : siège de Granville, bataille du Mans, prise de Quiberon.

Armée du Nord : prise de Courtray, bataille de Fleuras, prise de Maastricht.

'Armée du Rhin et Moselle : passage du Wihi, prise de Kell, bataille de Pienchem.

2. Arch. mun. an VI, Ib Fêtes publiques. Discours prononcé par le citoyen Bernaux fis, élève de l’école centrale et instituteur rue Saint- Germain, en présence de ses concitoyens, le 20 nivôse an VI, jour de la fête de la paix. Amiens, de l’imprimerie des Associés. In-8® de 8 pages.

Le chroniqueur officiel, qui nous a laissé le récit de la fête de la paix, ajoute que les illuminations de la soirée « ont été exécutées à la satisfaction universelle. On se croyait transporté à Athènes, dans les beaux jours de sa gloire, après les victoires remportées sur les armées innombrables des Perses » ! L’ivresse des fêtes populaires, dans lesquelles les officiers municipaux cherchent une diversion aux soucis qui les assiègent, est à peine dissipée, les lampions sont à peine éteints, que les beaux jours de la gloire d’Athènes disparaissent comme un songe et font place à la triste réalité : le commerce est aux abois et la manufacture menacée de la ruine prochaine L

Quel contraste avec la prospérité dont la ville d’Amiens jouissait au temps de Louis XV! Le peuple se retourne vers la monarchie. La police municipale voit partout des conspirateurs et cherche à pénétrer le mystère de conciliabules tenus dans un café de la place Périgord ' ou chez le fermier de la Madeleine 3, rendez-vous des chefs du parti royaliste.

1. Arch. mun. Délit. BB 120, pp. 26 v° et 54. 2 frimaire an VII et 25

nivôse an VII. « Il y a grande diminution dans les travaux de la manufacture. Un grand nombre d’ouvriers sont déjà réduits à la mendicité »

« Si les manufactures sont abandonnées aux malheurs des circonstances, l’État risque de les perdre »

U La manufacture de velours de coton, originairement établie par les citoyens Morgan du Port, Delahaie,^Godde, est menacée d’une chute prochaine »

Ibidem. Délit. BB 121, p. 71. 21 vendémiaire an VIII (12 octobre 1799). « Les ouvriers sont réduits à l’indigence par la cessation du commerce et des manufactures »

Ibidem. Délit. BB 121, p. 85. 15 brumaire an VIII (5 novembre 1799). « Les ateliers sont déserts, les ouvriers sans travail et sans subsistance. »

2. Ibidem. Délit. BB 117, p. 154 ei Ibidem an VII, P. 26 fructidor an VII (12 septembre 1799). Lettre du département à la municipalité:

3. Ibidem an VII, P. 23 floréal et 24 thermidor VII (14 mai et 12 août 1799). Lettres du département et de Radiguet aux officiers municipaux. (( Les hommes les plus suspects et les plus opposés aux principes républicains tiennent, le jour et la nuit, des conciliabules dangereux chez Louis Douchet, à la ferme de la Madeleine, foyer de contre-révolution. »

LE DIRECTOIRE

Les libraires, les marchands ambulants, sont l’objet d’une surveillance toute particulière; ce qui n’empêche pas de répandre à profusion la Lettre du prince de Coudé aux Français h On en sème des exemplaires dans les rues et sur les places publiques; on la glisse, pendant la nuit, sous la porte des maisons.

Le prince promet, avec la Restauration, « la paix, l’inviolabilité des propriétés, le commerce vivifié, l’agriculture en honneur, les impôts diminués, les enfants rendus à la

famille, la religion rétablie dans tout son éclat l’oubli

du passé, la justice parfaite dans la distribution des emplois auxquels les Français fidèles de l’intérieur n’ont jamais cessé d’avoir droit et que le repentir peut aussi mérifer »

A ce manifeste l’administration municipale oppose un « avertissement à se défier des ennemis de la liberté, de la paix et du bonheur : ils ne cherchent qu’à rappeler des chimères absurdes contraires à la vérité et à la raison ; qu’à ressusciter ces abus, ces préjugés, ces distinctions qui courbaient les citoyens sous un joug avilissant; qu’à exciter des troubles, des malheurs, des calamités - d

Le seul nom de Gondé fait trembler les officiers municipaux. C’était, de tout temps, l’enseigne d’une auberge de la rue de Noyon ; la police somme le propriétaire de la supprimer sur l’heure ^ L’agitation grandit. Le citoyen

1. Arch. mun. an VII, P. Lettre du commissaire du directoire du dé-

partement: « Citoyens, j’ay appris par la voix publique qu’il circule dans cette commune un écrit contre-révolutionnaire intitulé : Lettre du prince de Condé aux Français; qu’il a été distribué à profusion et que la municipalité a fait faire des perquisitions chez les libraires soupçonnés de le vendre »

2. Avertissement aux citoyens sur les dangers des écrits liberticides qui se distribuent clandestinement. 4 p. in-8°. A Amiens, de l’impr. de Patin.

3. Arch. mun. an VII, P. Police politique. 28 thermidor an VII (16 août 1799). Rapport des commissaires Glène et Pédot.

Radiguet, successeur de Barbier-Jenty, ne répond plus de la tranquillité publique. 11 réclame un escadron de cavalerie ou un bataillon de renfort afin de maintenir l’ordre et « d’assurer l’exécution des lois contre les prêtres, les émigrés, les déserteurs, les vagabonds, ces quatre dangereux ennemis de la République parce que le crime veille ‘ »

Janvier^, depuis trente-cinq ans secrétaire-greüier de la mairie, assistait un jour à un dîner intime. « On parla gouvernement, monarchie et république, comme Platon parlait monarchie, à Athènes, sous le régime démocratique; comme les sept sages parlèrent république à la table du tyran de Corinthe; comme Maxime parlait république devant Octave- Auguste ; comme les Anglais parlent de toute espèce de constitution, non seulement dans l’intérieur de leur maison, mais au milieu de leurs cafés, de leurs tavernes, de leurs clubs ^ »

Janvier était réputé royaliste. Le journal V Ami des Lois l’accusa d’avoir porté, dans cette circonstance, un toast à Sa Majesté Louis XVIIL On le crut et Janvier fut déféré aux tribunaux sous la double inculpation d’attentat contre la sûreté générale de la République et de provocation, par ses discours, au rétablissement de la royauté, i" brumaire VII (22 octobre 1799). Le jury le renvoya absous.

Sur ces entrefaites, le Directoire, qui redoute des complications extérieures et qui songe à opérer une descente en Angleterre, fait voter la nouvelle loi du recrutement de l’armée. Le gouvernement régularisait le principe du service obligatoire avec tirage au sort et décidait que, de vingt

1. Arch. miin. an VII, If 22 et 25 thermidor VII (10 et 13 août 1799). Lettres de Radiguet aux citoyens administrateurs du département et de la commune.

2. A. Janvier. Notice sur Louis François Janvier, 807 , p. 29.

— Délib. BB 118, p. 113.

3. Précis de M. Janvier pour le directeur du jury d’accusation.

LE DIRECTOIRE

à vingt-cinq ans, les citoyens seraient à la disposition de la patrie, en cinq classes appelées suivant les besoins, à commencer par les plus jeunes. (3 vendémiaire an Yll, 24 septembre 1799). Une instruction ministérielle fixait à quarante-cinq hommes, désignés au sort parmi les conscrits des deux premières classes, le contingent des ville et banlieue d’Amiens.

Les jeunes gens négligent de se faire inscrire. Quand sonne l’heure du rassemblement personne ne se présente L On reste sourd aux avertissements de l’administration « qui fait entendre la voix touchante de la Patrie et qui conjure les pères de famille de veiller à ce que leurs enfants se maintiennent dans les bornes de l’obéissance à la loi »

« Le bruit des tambours, le son de la trompette, la voix

du héraut public retentissent sur les places d Peines

perdues! La jeunesse prend une attitude menaçante; cette jeunesse, que la caricature et le théâtre représentent, sous le nom d’incroyables, avec ses cadenettes poudrées, ses chapeaux bizarres, ses culottes collantes, ses habits courts à longues basques, ses gilets à ramage, ses chaînes de montre rutilantes et ses grosses cannes, se rassemble par troupes le jour et la nuit. Elle proteste contre les ordres de départ de la classe, parcourt les rues, assiège le domicile des commissaires de police et des fonctionnaires en criant : « A bas les Jacobins! »

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