Â7Th. mun. Délit. BB 41, pp. 86 et suiv
2. François Gouffier, seigneur de Bonnivet, Grèvecœur, Thoix, Thienne, pourvu de la lieutenance générale en Picardie par lettres du 6 juillet 1573 (AA 5, p. 67 v°), fit son entrée à Amiens le 4 novembre de cette année. Il exerça cette charge jusqu’en mars 1586.
3. Ibidem. Délit. BB 41, p. 89! 15 avril 1574. « Mons. le maïeur a proposé que madame la princesse de Gondé lui a dict que Mgr le prince
de Gondé le a laissé en ceste ville sans aucuns deniers, chargée
néantmoins de plusieurs menues debtes, pour la despense qu’ils ont icy laicte depuis leur arrivée, et que, pour y satisfaire, elle désireroit grandement que messieurs lui feissent prest sur gaiges de quelque somme de
deniers )) L’échevinage prétexte l’embarras des finances communales
et refuse.
LA LIGUE
A peine libre, il revint publiquement et avec joie à la religion (pi’il n’avait jamais cessé de professer au foml ilii cœur, réorganisa les forces calvinistes, s’entendit proclamer « chef et gouverneur général des églises de France, » opéra sa jonction avec les troupes du duc d’Alençon et obtint, sans coup férir, le cincpiième édit de pacification. (Mai IbTO).
Quatre ans après la Saint-l>arthélemy, les calvinistes se voyaient octroyer les conditions les i)lus avantageuses qui leur eussent encore été accordées. Le libre exercice de la religion réformée ^ n’était pas la seule concession arrachée au Roi; le traité garantissait à Coudé la restitution de son gouvernement de Picardie, avec Péronnc comme place de sûreté - et une gratification de cinq cent mille livres.
Il ne toucha pas l’argent, son autorité ne fut pas reconnue en Picardie, les portes de Péronne restèrent fermées à ses gens. Faiblesse et déloyauté tour à tour; c’est l’histoire du règne de Henri III. Jamais on ne vit l’autorité royale tomber plus bas en France.
Jacques d’Humières^, catholique zélé, commandait dans la ville attribuée à Condé. Naissance illustre, fortune considérable, souvenir d’un père guerrier célèbre, tout concourait à lui donner une grande autorité. Il convoqua au château d’Applaincourt^ quelques gentilshommes résolus à défendre la foi catholique. Les mécontents, ceux quç la paix a révoltés, vinrent à lui, se concertèrent pour aviser aux moyens
1. Arch. mun. Délit. BB 42, p. 124 v°. 27 juin 1574. L’ëchevinafre
exige que les réformes lui remettent par écrit « les noms, surnoms, qualitez, nativitez et les rues des demourances » des adeptes auxquels il reproche de se laisser « poulser et stimuler par les estrangers des Pays-bas »
2. Le duc d’Aumale. Histoire des princes de Coudé., T. Il, p. 1 15.
3. Jacques d’Humières, seigneur d’Humières, Bray, Encre, (Ils de Jean d’Humières et de Françoise de Contay.
4. Applaincourt, hameau de Villers-Carhonnol, canton et arrondisse- • ment de Péronne, appartenait à Nicolas d’Amerval, parent de d'Humières.
HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
d’empêcher Péronne de devenir l’asile des calvinistes en Picardie et arrêtèrent les bases de la confédération connue sous le nom de la Ligue ou de la Sainte- U7iio7i. L’association, dont Condé s’était ainsi trouvé le prétexte, ne tarda point à recevoir l’organisation puissante qui devait la rendre si redoutable. Sous le rapport patriotique, la Ligue peut être considérée comme une tentative moitié féodale, moitié républicaine, contre la monarchie. Les catholiques, ne trouvant plus dans le pouvoir de garanties suffisantes, se réunissaient afin d’organiser la résistance, suivant en cela l’exemple des calvinistes qui, dès le temps de Charles IX, avaient imaginé de semblables associations. Le principe de la Ligue semblait devoir être accueilli avec faveur à Amiens. L’idée d’une confédération, destinée à protéger la foi directement menacée, était bien faite pour séduire un mayeur tel que Antoine Dippre et une population réputée la plus catholique de la province. Ce fut le contraire qui arriva. La fidélité jurée, la crainte de déplaire à Sa Majesté, dont on ignorait les intentions, parurent être des obstacles suffisants pour différer l’adhésion. L’échevinage consulta le Roi C
1. Arch. mun. Délit. BB 42, p. 131. 20 juillet 1576. « Sire, ayant receu advertissement certain de divers lieux que plusieurs gentilz hommes de ce païs se liguent et tachent par tous moïens de pratiquer ceux des
villes pour tenir leur party, favorizer ceulx de Péronne et de Doullens et
faire levée d’hommes et de deniers au païs, sans que congnoissions que ce soit du commandement de Vostre Majesté ; après en avoir, pour nostre debvoir, communicqué à M. de Crévecœur, lieutenant général pour icelle en ce païs, suyvant son bon advis, n’avons voulu faillir en advertir en dilligence vostre Majesté, pour y pourveoir ainsy qu’elle trouvera estre à faire pour le mieux, la suppliant très humblement croire que de nostre part, luy sera perpétuellement rendu l’obéissance qui luy est deue et que noz ancestres et nous luy avons jusques icy fidellement portée, et que n’espargnerons jamais noz propres vies pour conserver et maintenir soulz vostre obéissance ceste ville qu’il a pieu à Vostre Majesté nous commettre en garde.
LA LIGUE
bien décidé par avance à décliner la direction exclusive de la noblesse, qui pourrait corr)[)rornettrc un jour les francliises municipales. Alors s’ouvrit la session des Ktats généraux de Blois (G décembre 1570). Michel Bandon et Nicolas (Je Lessau y représentèrent la ville, Maître Jacques Picard et Maître Jean le Dieu, le bailliage d’Amiens P
Henri 111 se trouvait en mesure d’af)[)récicr les intentions et la puissance de la Ligue, qui conq)tait plusieurs mois d’existence et étendait au loin ses ramifications. 11 importait de prendre une décision. Feindre d’ignorer plus longtenq)S l’existence de cette Union, constituée en dehors du trijne, c’était lui permettre de se développer et de remplacer peu à peu le gouvernement royal; la déclarer illicite, c’était se heurter à une opposition formidable; lui laisser la liberté d’élire un chef, autant valait abdiquer.
Travaillé par ces incertitudes, Henri III imagina un expédient qui dénote le politique habile : il se déclara chef de la Sainte-Union. Il fit dresser un formulaire d’où l’on écarta scrupuleusement tout ce qui présenterait un caractère dangereux pour son autorité, l’adopta par serment, le proposa à l’aèceptation des États, ordonna enfin aux catholiques du royaume de s’y conformer, dans le double intérêt de la foi et de la monarchie.
La Ligue cessait ainsi d’avoir le caractère qui avait intimidé la Cour et mis en garde certaines villes; elle devenait une vaste association nationale, à la tête de laquelle le Boi se plaçait en rival des Guise, qui déjà tendaient à la diriger à leur profit.
Quel parti prendra la ville d’Amiens ?
Le refus, opposé aux sollicitations de d’Humières, sous le vague prétexte de la réserve du bon plaisir du Roi, dissimulait une fin de non-recevoir, basée sur de toutes autres