Arch. mun. Délib. BB 44, pp. 147 et suiv
« A Messieurs les maire et eschevins de la ville d’Amyens,
» Messieurs, ne m’ayant plus esté possible de diférer le voiage que j’ay faict de deçà, pour l’extrême ennuy et desplaisir que j’avois de me veoir sy longtemps absent de ma patrye, laquelle m’est sy chère et recommandée, et privé de mon gouvernement, qui m’estoit oster le moien de vous faire et prester les bons et gracieulx ofOces que j’ay désiré et désire .encores vous rendre toute ma vie, à l’exemple et imitation de mes prédécesseurs, lesquelz vous ont tant favorablement traictéz et chairiz, je me suis enfin résolu d’y venir, sur la confiance que j’avois que le Boy, mon
HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
jadis profondément touché. Ses intentions sont d’ailleurs toutes pacifiques. Il entend faire vivre les sujets de Sa Majesté en l’obéissance des édits et maintenir les villes en
seigneur, le trouveroit bon, ainsy qu’il m’a mandé par plusieurs fois qu’il m’y remetteroit, tant par ses lettres que par ceulx qu’il a envoiez vers moy, vous asseurant. Messieurs, que la considération des dangers du chemin, qui n’estoit petite, n’a peu vaincre ceste ardente affection que j’avois de vous venir voir; estant doncques, par la grâce et bonté divine, heureusement arrivé en ceste ville, sans que aucun des habitans y ait receu trouble ne desplaisir quelconque, j’ay bien voulu aussytost vous en advertir par M. de Contre, que j'ay prié vous aller visiter de ma part, comme la principalle ville de mon gouvernement, que j’ay en plus particulière recommandation, tant en ceste considération, que pour les faveurs et courtoisies que je y ay receu, vous priant. Messieurs, croire que mondict voiage est seullement fondé sur une droicte et sincère intencion de faire entretenir en ceste province la paix et repos et y faire vivre tous les subjectz de Sa Majesté soubz l’obéissance et estroicte observation de ses édictz et cômmandemens, puisqu’elle m’a faict cest honneur de m’en commettre la charge;, notament pour vous maintenir en vos privillèges et les aultres villes de mon gouvernement aussy, pour vous délivrer et garantir de toute foulle et oppression ; et affin que vous entendiez plus particullièrement de moy ce que j’ay à vous proposer, tant pour le service de Sa Majesté que pour le bien de vostre ville, de laquelle je désire sçavoir l’estât, vous depputerez aucuns des principaulx d’entre vous pour me venir incontinent trouver, avec asseurance qu’ilz seront les très bien receuz et s’en retourneront très contens et satisfaictz de moy, qui en cest endroict prie le créateur qu’il vous ayt. Messieurs, en sa sainte et digne garde.
» Escrit à La Fère, le premier jour de décembre 1579, vostre bien
affectionné et meilleur amy, tt r»
» Henry de Bourbon. »
Réponse du Roi à la lettre des mayeur et échevins lui notifiant la lettre de Condé ;
« A nos très chers et bien amez les maieur et eschevins de nostre ville d’Amiens.
» De par le Roy.
» Très chiers et bien amez, nous avons receu vostre lettre avec celle que vous a escripte notre très cher et amé cousin le prince de Condé, gouverneur et nostre lieuB général en Picardie, puis naguères arrivé audict païs, comme nous en avons esté advertys. Ne vous pouvons que grandement louer de ce que vous avez diféré de faire responce à ladicte lettre et d’envoier quelqu’un des vostres devers luy, ainsy qu’il vous en
LA LIGUE
leurs privilèges. Il exprime le désir de s’entretenii* des affaires du pays avec quelrpies notables qui viendraient le trouver incontinent à La Fère. (L" décembre IbTO).
requiert, sans premièrement avoir sceu en cest endroict nostre voulonté et intention, ce <pii monstre assez cornhien vous voulez demeurer fermes et constans au debvoir de la fidélité, révérence et obéissance duquel vous nous estes naturellement obligez et y voulez à toutes occasions cheminer respectueusement, de quoy nous vous sçavons ung très bon gré, désirans que vous continuiez tousjours en ceste mesme louable affection. Kt pour vous esclaircir de ce que vous aurez à faire sur ladicte lettre, nous trouvons bon que vous envolez quelcun vers nostredit cousin, pour entendre ce qu’il aura à vous dire, vous comportant au surplus en toutes choses comme nos bons et loyaulx subjectz qui avez devant les yeulx pour vostre premier et principal but de nous demœurer très lidelles et obéissans, ainsy que vous en avez tousjours rendu bon et certain tesmoingnage aux occasions qui se sont présentées, à quoy vous ne ferez faulte.
» Donné à Paris, le 10“'= jour de décembre 1570.
» Henry. »
Lettre des mayeur et échevins d’x\miens au prince de Condé, gouverneur de Picardie :
« Monseigneur, ayant receu la lettre gracieuse qu’il vous a pieu nous escripre du premier de ce mois et sur icelle par le prudent avis de M. de Crèvecœur, lieutenant général pour le Roy en ce pais, en votre absence, entendu bien au long le bon voulloir et intention de Sa Alajesté, avons advisé envoier vers vous noz depputez pour vous offrir service et obéissance de notre part; entendre particullièrement ce qu’il vous plaira proposer tant pour le service de Sa Majesté que pour le bien de ceste ville ; vous faire sçavoir l’estât de la ville et recevoir vos bons commandemens pour les accomplir avec toute promptitude et dilligence en notre pouvoir. Vous remercions très humblement. Monseigneur, de votre bonne affection en notre endroict et des gracieulx offices qu’il vous plaise nous faire par vostre missive.
» Sy vous prions croire que nous aurons perpétuellement devant les yeulx les biens et faveurs que nous avons receuz de Messeigneurs, voz prédécesseurs, gouverneurs de ce pays, qui ont esté l’entier appuy et soustiens de nos privillèges et de la conservation de ce pays et qu'ayant cet heur de joye (par la grâce de Dieu) de votre présence, nous ne iiouvons espérer que toute paix, unyon et concorde, suivant l’intention de Sa Majesté. Remettans le surplus à ce que nos depputés vous poulront plus amplement faire entendre, supplians le Créateur vous donner, Monseigneur, en parfaicte santé, très longue et très heureuse vie.
)) D’Amyens, le décembre 1579. »
HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
Condé parlait en gouverneur, faisait allusion aux vues pacifiques de Henri IIÏ, mais ne disait mot de l’Union. L’échevinage se trouve dans un grand embarras et consulte Grèvecœur qui est d’avis d’attendre, pour répondre, de connaître la pensée du Roi.
Henri HI, qui recherchait toutes les occasions de rapprochement et qui voyait, sans trop de déplaisir, Condé s’emparer d’une place du gouvernement, dont il était titulaire, ne pouvait s’offenser de la démarche que le prince réclamait des Amiénois. Il l’autorise. C’était une mission délicate. Chacun allègue de bonnes raisons de s’en dispenser. Quatre anciens mayeurs, des échevins, des conseillers, se récusent et finalement des Essars et le procureur fiscal, Antoine Bar, vont à La Fère.
Que se passa-t-il entre le prince rebelle et les députés amiénois ? Dans quels termes Condé répondit-il à la lettre de l’échevinage? Nul ne le sait car les registres municipaux gardent, relativement au voyage de La Fère, un silence mystérieux L Fidèles à la politique jadis observée dans les luttes qui mirent aux prises les rois de France et les ducs de Bourgogne, les bourgeois écrivirent à Fondé qu’ils n’avaient jamais douté de sa bonne affection , et la même plume traçait, à peu de jours d’intervalle, de très humbles protestations de demeurer perpétuellement aux service, révérence et obéissance naturelles qu’ils devaient à Henri HL (Décembre 1579 et janvier 1580)
Sans armée, sans argent, sans autorité, parce qu’on le savait en hostilité avec la Cour, Fondé ne pouvait se maintenir dans son gouvernement. Nous n’attacherions même aucune importance au coup de main dirigé contre Doullens par une bande de cinq cents hommes de la garnison de