Arch. mun. Délib, BB 49, p. 45 v
80 HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.
tiennent des conséquences de l’événement avec une députation du chapitre accourue en toute hâte, le curé de la paroisse Saint-Benoit de Paris, Jean Boucher, le proclame par les rues. Enchérissant sur Nivelle, cet agitateur fameux annonce que Geoffroy de la Marthonie et Vincent le Roy sont parmi les victimes. Gela produit une émotion sinistre.
Dans l’effervescence de cette émotion, la ville se trouve partagée entre l’indignation et la crainte. Bientôt le sentiment de la vengeance domine tous les autres. L’échevinage prend l’initiative du mouvement et fait appréhender vingthuit royalistes, les plus compromis L Les portes de la ville sont fermées, les clefs déposées à l’hôtel de ville ; les prisons sont gardées, les postes doublés, les lettres et les paquets visités, des pièces d’artillerie mises en batterie sur le rempart et aux principaux carrefours.
La duchesse de Longueville, récemment arrivée avec sa famille pour passer les fêtes de Noël, ne peut sortir, ni communiquer avec son mari, sans que leurs lettres soient ouvertes en la présence de deux échevins. On redoute les révélations qu’elle pourrait livrer au commandant en chef de l’un des deux grands détachements de l’armée royale
1 . Arch. mun. Délib. BB 49, p. 46 v° : u M® Jacques Mas, advocat, comme
suspect au parti des catholiques, sera emprisonné Sont également
arrêtés : Francisque de le Campe, italien, piqueur de chevaux, le capitaine Floury, Jean de Boves, M® Antoine Bernard, M® Vincent Hannicque, le sieur de Milly, le sieur de Bertangles, le sieur de Hédicourt, M® Jacques le Normand, le greffier des portes, Robert Coureur, Jacques Sallé, Philippe d’Avroult, François Desgrez, Antoine Huart, Jean Dannez, Pierre Dezaleux, Jean le Pot le jeune, François de Collemont, Guy de Bailly, Jean Flameng, Walerand Wattaire, Noël de Court, M® Nicolas Piot, M® Jehan de Cuignières, sire Jaspart Fouache, Jacques de Hangest et un nommé Boutard, vinaigrier, et que la commission pour emprisonner les dessusdits sera délivrée aux cartiniers des gardes stationnaires, ce qui a esté promptement exécuté. »
2. Ibidem. Délib. BB 49, p. 50 v°. « Mesdames et damoiselles de
Longueville accourt en hâte de Saint-Quentin et requiert l’ouverture des portes. On la lui refuse. 11 voudrait s’entretenir avec le mayeur, qui peut-être ignore l’occupation récente du château de Pont-Remy par les troupes de la Ligue. Le prince s’attire une réponse insolente de nature à dissiper les dernières illusions :
« Messeigneurs font tout devoir à eux possible pour eux conserver; et quant au Pont-Remy, ceux qui y sont entrés sont gens de bien et d’honneur et zélés à l’honneur de Dieu et au bien de la patrie; partant que le duc ne s’en mette davantage en peine »
Le lendemain et les jours suivants, d’Abbeville, de Corbie, de Montdidier et d’ailleurs, arrivent des messagers avides de connaître les résolutions prises. De Cambrai, Ralagny fait savoir « qu’il est disposé à venger le sang innocent et à aider la ville d’Amiens de tous ses moyens, car il y va de la conservation de la religion.... » L Baveuse offre ses services.
Voici que s’ouvre la phase la plus stupéfiante de l’histoire d’Amiens, en même temps la plus dramatique. Sous l’empire du fanatisme, que le martyre de l’idole populaire et la nouvelle de la captivité de leurs députés excitent chez les Picards, un certain nombre de notables, réunis aux mayeur
Longueville et monsieur le conte de Saint-Pol demeureront en ceste ville jusques à ce que l’on ait plus amples nouvelles de ce qui s’est passé à Blois
et où ils vouldront sortir, ils seront retenus »
« Que le duc de Longueville vœulle entrer dans ceste ville, il sera très humblement suppliée de s’en depporter pour la suspicion que le pœuple a contre luy et sera prié madame sa femme de l’advertir de ceste résolution. » Marie de Bourbon, veuve de Léonor, duc de Longueville, avait cinq enfants : Henri d’Orléans, duc de Longueville, alors gouverneur de la province; François, comte de Saint-Pol; Catherine, qui entra au couvent des religieuses carmélites de Paris ; Antoinette, mariée plus tard au marquis de Belle-Isle; Eléonore, qui épousa Charles de Matignon.