‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 63 sur 294 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

JOYEUSE ENTRÉE DE HENRI IV

18 août 1594.

Acharnement des partis. — Les royalistes s’affirment. — Antoine de Berny, candidat du duc d’Aumale à la mairie. — Augustin de Louvencourt, l’un des chefs royalistes, est élu échevin. — Précautions contre les traîtres. — Bruits de complot et arrestation de Louvencourt. — Proscriptions et désarmements, — Réaction royaliste. — Difficultés de la situation et embarras du duc de Mayenne. — Il arrive à Amiens. — L’échevinage refuse l’entrée de la ville à son escorte. — Ses déclarations en l’assemblée des bourgeois. — Bannissement arbitraire de plusieurs notables. — Les événements se précipitent. — Mayenne ose violer les franchises municipales. — Le mécontentement de la population augmente et l’hostilité grandit contre lui. — Il quitte Amiens, 29 juillet. — Les sayeteurs prennent l’initiative du mouvement et crient : vive le Roi, 8 août. — Le peuple se porte en masse à l’hôtel de ville. — Conseil suprême de l’Union. — Défection de Saisseval. — Le lieutenant général du bailliage déclare que l’Union n’a plus de raison d’être. — Concessions du Roi. — Soumission de Berny. — Henri IV acclamé. — Le duc d’Aumale quitte la ville dont d’Humières prend possession. — Actions de grâces à l’église Notre-Dame. — Henri IV fait sa joyeuse entrée le 18 août. — Les députés de la ville de Beauvais à Amiens. — Mesures de haute police et amnistie. ■ — Gabrielle d’Estrée à Picquigny. — Second séjour du Roi et enthousiasme de la population.

La trêve, la lassitude des chefs de l’Union, le découragement qui s’empare des populations, apportent un temps d’arrêt dans les opérations militaires, mais une guerre

DERNIÈRES CONVULSIONS DE LA LIGUE. Il5

de jour en jour plus aeharnée s’engage entre les partis politiques. Il n’est pas d’invectives dont les ligueurs n’accablent Henri IV et les personnages coupables d’avoir conseillé l’abjuration. Dans cette mêlée confuse, l’action de Geoffroy de la Marthonie n’apparaît point clairement, en dehors de la lettre pastorale exigée de lui par l’échevinage afin d’enjoindre aux curés du diocèse de s’abstenir de reconnaître « le roi de Navarre qu’il ne soit absous de notre saint père le Pape » ’. Toutefois les Minimes, les Jacobins, les Cordeliers, bataillent courageusement et ne se lassent pas de proclamer en chaire, souvent avec une éloquence passionnée, l’indignité d’un monarque huguenot, relaps et excommunié. Les sermons étaient faits la plupart d’après un programme uniforme que le conseil des Seize envoyait aux curés et aux orateurs ; ils produisaient une exaltation extraordinaire chez le peuple, qui s’enflammait aux accents frénétiques de ses prédicateurs-. En apprenant la signature de la trêve, un Minime du couvent d’Amiens s’écria : « J’ai six cents hommes prêts à marcher à mon commandement pour en empêcher la conclusion » Dans cette fièvre d’esprit, tout est prétexte à manifestations politiques. De simples confréries du Rosaire ou du Saint-Royaume, instituées parles Jacobins,

1. Arch. mun. Dclib. BB 53, p. 127 v°. 29 mars 1594. Le mandement qui refusait le serment à Henri IV fut déféré au Parlement qui rendit, le 9 juillet 1594, un arrêt condamnant l’évêque à l’emprisonnement et à la confiscation de ses biens; stipulant de plus l’interdiction pour tous les curés du diocèse de conférer avec le prélat, sous peine d’être poursuivis comme criminels de lèse-majesté.

2. Ibidem. Délib. BB 55, p. 90. 10 janvier 1597. « Il y avait en ceste

ville un prédicateur cordelier qui preschoit séditieusement .... Sa Majesté désire que les prédicateurs se comptentent de prescher l’évangille, reprendre les vices et réfuter les hérésies, sans se mesler des affaires d’estat ny corrompre la bonne volonté du pœuple quy, par le passé, a assez paty pour avoir toléré les prédicateurs séditieux »

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