Jean de Monchy, chevalier, seigneur de Montcavrel
2. Claude du Chastelet, chevalier, seigneur de Moyencourt, beau-frère de Montcavrel.
3. Charles de Warluzel, chevalier, seigneur de Béhencourt, parent de Chocqueuse.
4. Laurent de la Chaussée, chevalier, lieutenant des gendarmes du duc de Longueville.
HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
beaucoup de blessés et quelques morts parmi lesquels de Court cite le seigneur de Viefvillers ^ qui se trouvait sur la barricade, non pas comme soldat, mais comme médiateur désireux d’empêcher l’efFusion du sang. Ceci se passait à onze heures de la nuit.
La défection de Saisseval^, le héros comblé des faveurs de Mayenne et le maître de camp de la cavalerie du royaume; celle du vidame Emmanuel d’Ailly, achèvent de déconcerter le duc d’Aumale. Lorsqu’il apprend que ces capitaines, dont il croyait être sûr, prennent la direction du mouvement insurrectionnel, qu’ils se transportent du grand-marché au pont de Saint-Leu et au carrefour de la Belle-Croix, qu’ils encouragent les factieux, d’Aumale comprend que la résistance devient impossible.
Il est deux heures du matin. Une foule houleuse inonde les abords de l’hôtel de ville et éclate en cris forcenés, en gestes menaçants contre les échevins. Ils ne sont que quatorze 3 dans la chambre du Conseil, les autres ont été retenus par l’émeute, ou par la peur. L’évêque de la Marthonie, le vidame et de Saisseval viennent les rejoindre ;
1. Jean de Carvoisin, chevalier, seigneur de Viefvillers, plus tard sergent-major d’Amiens.
2. Arch. dép. de la Somme. Reg. du Bailliage XII, p. 135, 22 juillet 1590. Les revenus des terres et seigneuries appartenant à Jehan d’Etampes, seigneur de Valençay ; des terres et seigneuries de Donqueur, à messire de Caulaincourt ; de Bovelles, à messire de Veaugenlieu, « tous tenant le party contraire à F Union », avaient été attribués à Saisseval en récompense de ses services.
3. Sont présents : sire Antoine de Berny, mayeur ; sire Antoine Gougier, ancien mayeur ; sire Nicolas Randon, prévôt ; Claude Pécoul, François Le Bon ; M® Jehan Postel ; Augustin de Louvencourt ; Jehan Delattre ; M® Jehan de Morlancourt; Lois de Villers ; Toussains Baudelocque; François Aguesseau ; Jehan du Crocquet ; Jehan Hémart, échevins. M® Nicolas le Scellier, procureur fiscal ; Charles de Lessau, greffier « et quant aux autres eschevins ils n’ont peu estre assemblez, à raison que les habitans estoient barricadés par les rues. »
avec eux, le lieutenant général, i\P Vincent le lîoy, le lieutenant crirn-inel, M®,)aciiucs le Picard, le procureur du roi, M® Antoine Scourion, le pénitencier du cha[)itre, Jehan le Roy, Nicolas du Ros, seigneur de llurt, le conseiller de Gollemont, le grelïier des généraux des linances, Michel de Suyn et Pierre de Flesselles.
La séance à jamais rnéniorahlc de la nuit du 8 au 9 août 1594 emprunte un caractère d’exceptionnelle solennité aux ténèbres qui environnent encore la ville, au silence de rnort qui règne dans le palais où, pendant un ijuart de siècle, l’Union dicta ses lois, silence qu’interrompent de temps à autre les clameurs de la multitude.
La profonde tristesse empreinte au visage de ligueurs convaincus, comme Berny et Pécoul, contraste singulièrement avec la joie mal dissimulée qui rayonne au front des royalistes fervents, Louvencourt et Aguesseau. Au milieu de l’émotion qui s’est emparée de tous les assistants, le lieutenant général prend la parole :
« Le sujet de la guerre ayant été pour l’assurance de la Religion et à présent le Roi s’étant fait catholique et promettant de conserver la religion catholique, apostolique et romaine, le sujet de la guerre cesse. C’est pourquoi le peuple s’est aujourd’hui ému et a pris les armes. Par précaution, quelques gentilshommes, gens d’église et bourgeois se sont assuré, à l’avance, des intentions du Roi qui accorde libéralement ^ ;
(( L’exercice de la religion catholique dans la ville, la
4. Arch. mun. Délib. BB 53, pp. 165 v° et siiiv. L’édict et déclaration du Roy sur la réduction de la ville d' Amiens sous son obéijssancc accepté parle Roi, par avance, si Fou en croit nos archives, iFa été signé à Paris qu’au mois de septembre et n’a été officiellement enregistré, au Parlement, que le 10 octobre 1594, --- Cf. Cet édit, en XVllI articles, dans le recueil intitulé ; Recueil des édicts et articles accordex, par le roij Henri IlII pour la révision de ses subjets. M DC XIII, p. 60 et suivantes.
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banlieue et le bailliage d’Amiens, à l’exclusion de toute autre religion.
(( L’amnistie pleine et entière pour tous ceux qui ont porté les armes dans les rangs des ennemis du Roi ; amnistie s’étendant à ceux qui ont été mêlés à la captivité des duchesses de Longueville et du comte de Saint-Pol, aux officiers de justice, aux trésoriers des finances et aux membres des États provinciaux compromis dans les troubles.
« La reconnaissance de tous les droits, de toutes les franchises, de toutes les libertés de la ville.
« La prorogation, pour dix années, des aides de l’octroi.
«L L’abolition des taxes établies pendant les troubles, soit par les ordonnances royales, soit par une décision du conseil de ville.
(c Le rappel de tous les nobles, bourgeois, gens d’église, manans expulsés par les ligueurs en raison de leur fidélité au Roi, avec réintégration dans la pleine jouissance de leurs biens et privilèges.
« La remise aux habitants des élections d’Amiens et de Doullens des arrérages des tailles et impositions encore dues ; la réduction de moitié des impositions pendant trois années.
(( Le respect des sentences rendues par les cours souveraines et des contrats passés sous le gouvernement de la Ligue.
« Seuls sont exceptés et ne participent pas au bénéfice de l’amnistie générale les individus coupables de violences, de pillages, de meurtres ou de complicité dans l’assassinat de Henri lïl, et le Roi s’engage à n’élever aucune citadelle et à n’imposer aucune garnison. »
Ces articles, qui répondent à toutes les objections, sont accueillis avec une faveur marquée. On raconte que Rerny reprocha au lieutenant général de ne les lui avoir pas communiqués plus tôt.
— (( On VOUS a donné assez d’avertissements, repartit celui-ci, vous n’y vouliez entendre ! »
Sur ces entrefaites, Baudelociiue et du Crocquet, que le mayeur a envoyés reconnaître les diderents i|uartiers de la ville avec le grelïier deLessau, rentrent dans la salle et disent que la population, soulevée, réclame « la paix avec le Uoi », bien résolue à ne déposer les armes qu’après la proclamation par les membres de l’échevinage de Henri IV en qualité de roi de France.
11 faut se soumettre. Berny se présente à la porte de l’hotel de ville; sacrifiant ses convictions à l’intérêt général, il articule enfin le serment, salué par une immense et sympathique explosion de vivats et d’applaudissements, dont les échos se répandent, comme une traînée de poudre, jusque dans les quartiers les plus reculés.
Dès cinq heures du matin, le héraut proclame solennellement à tous les carrefours l’avènement au trône de France de Henri de Navarre, et tandis que le duc d’Aumale, qui a obtenu de sortir à midi avec quelques fidèles « vie et bagues sauves », fait en hâte ses préparatifs de départ, d’Humières, averti des événements de la nuit, est accouru de Gorbie et attend, dans le faubourg de Saint-Pierre, que le gouverneur général de la province de Picardie pour la Ligue ait franchi le seuil de la porte Montrescu, afin de prendre possession, en qualité de lieutenant de Monsieur le duc de Longueville, pour le Roi.
Il en est alors comme dans toutes les révolutions : ce qu’un petit nombre a tenté, tous veulent l’avoir accompli. Les événements ont changé, les hommes aussi. Ouvriers, marchands, bourgeois, nobles, ecclésiastiques, se déclarent nettement royalistes. Tous, dans l’ivresse de la paix obtenue, parcourent les rues aux cris de vive Henri IV, et les ligueurs, qui tremblent de se signaler par leur absence, suivent le cortège et assistent, avec les signes d’une joie décommandé.
au triomphe remporté sur eux-mêmes. La population entre à flots pressés dans l’église Notre-Dame pour le chant de l’hymne de la prière et de la reconnaissance nationale.
La pompeuse cérémonie terminée, d’Humières fait publiquement donner lecture des lettres par lesquelles Sa Majesté accorde pleine et entière amnistie aux habitants qu’elle prend en son amitié et protection, s’engageant solennellement à respecter tous leurs droits et tous leurs privilèges.
L’enthousiasme déborde. La journée s’achève en festins, en réjouissances, au son des fifres, au bruit des tambourins. Le lendemain, procession générale d’actions de grâces, nouveau Te Deum ^ et festin à l’hôtel de ville. D’Humières et Berny, nobles et bourgeois, échevins, ligueurs de la veille et gens du Roi, fraternisent joyeusement.