Ibidem. Délib. BB 55, p
Lorsque la saison d’hiver a banni le lléau, on se trouve dans la nécessité de conjurer le danger de l’invasion es[)agnole et de trouver les ressources nécessaires f)Our armer les places frontières. Henri IV connaît la profonde misère de son peuple et supplie les notables de choisir, parmi les mesures fiscales, celles qui, étendant les charges à tous, permettraient de lever les deniers le plus érpntablement possible. La situation d’Amiens le préoccupe visiblement. Il en parle à plusieurs reprises à Louvencourt, insistant sur la nécessité de suppléer par le secours d’nne garnison étrangère aux vides que la mortalité et l’émigration ont causés dans les rangs de la milice préposée à la garde d-es reni[)arts.
Le bruit court qu’il existe dans la ville un parti résolu à appeler l’Espagnol. D’Escure en avertit le Roi, et le mayeur, venu pour disculper ses compatriotes, déclare qu’ils sont disposés à endurer le châtiment réservé aux traîtres, si l’on peut les convaincre de félonie. « Je n’ai jamais cru l’avis de d’Escure, dit Henri IV à Famechon, pour l’assurance que j’ai toujours eue de l’affection du peuple de votre ville à mon endroit. Je l’aimerai toujours sur toutes les autres de mon royaume, comme je l’ai toujours fait paraître, et bientôt je la déchargerai de l’oppression où elle est à cause de la guerre » L
Le connétable et le chancelier croient indispensable d’établir à Corbie et à Picquigny des postes de cavalerie pour battre, toutes les nuits, la campagne autour d’Amiens. Le Roi voudrait introduire dans la ville, ne fût-ce que pour renforcer la garde de la porte Montrescu, trois cents des Suisses du colonel Gallaty^, soldats d’élite, dont les fils
J. Arch. mun. Délib. BB 5b, p. 97 v°. Los députés chargés d’accompagner Pierre de Famechon à Rouen sont : Micliel de Suyn, prévôt royal, M® Florent de Louvencourt, échevin, et M® Xieolas le Sellyer, procureur fiscal.
2. Gaspard Gallaty, colonel de l’iin des deux régiments levés en 1587
HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
devaient, pendant deux siècles, mêler leur sang au nôtre sur tous les champs de bataille, et finalement se faire égorger pour la royauté qu’ils servaient. L’échevinage accepterait à la rigueur l’occupation de l’abbaye de Saint-Acheul et de l’abbaye de Saint-Jean, mais la majorité des bourgeois s’y oppose L Cette obstination paraît étrange aux députés des provinces réunis à Rouen, qui se montrent fort irrités contre les Amiénois.
On s’explique difficilement que Henri IV n’ait point imposé sa volonté et brisé l’opposition qu’il rencontrait chez les bourgeois, lui si autoritaire parfois et qui répondait, l’année précédente, aux députés venus le supplier d’accorder une réduction d’impôts : « Dussè-je perdre Amiens, j’entends être obéi » 11 redoutait un soulèvement populaire.
dans les cantons catholiques de la Suisse et qui comportaient chacun un effectif de 4,000 hommes. L’autre était sous les ordresdu colonel Balthazar DE Grissach, généralement désigné, dans les documents français, sous le nom du colonel Balthazar.
1. Arch. mun. Délib. BB b5, pp. 50, 51, 87. 30 octobre 1596. « Parce que beaucoup d’habitants sont déceddéz et plusieurs absens de la ville,
de crainte du mai il a esté faict ouverture de prendre en ceste ville
jusques à deux cens hommes de guerre de la nation suisse pour estre posez en garde du costé de la porte de Montrescu »
4 novembre 1596. « S’il pœult obtenir que lesdits trois cens Suisses fussent bien paiés par le Roy, Messieurs seraient bien d’advis de les faire loger dans les abbayes de SMean et de S^-Achœul pour entrer en garde chacun en leur tour en ceste ville. »
6 janvier 1597. « Le Roy feroit mettre des Suisses et des chevaulx-
légers dans les faulbourgs de Hautoye, Beauvais et Noion Sera
escrit pour supplier ne mestre aucuns gens de guerre dans la
banlieue d’icelle ville »