‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 81 sur 294 · Arch. mun. Délib. BB 52, p · texte numérisé non relu

Arch. mun. Délib. BB 52, p

2. « OEuvres de Claude Lemattre, seigneur d’Hédicourt, citoyen et échevin d’Amiens, concernant la défense de cette ville pendant la Ligue, la manière de la fortifier contre les surprises et entreprises des ennemis et la conservation de ses privillèges et habitons. » Ce manuscrit, dont le P. Daire (T. I, p. 282) a donné des extraits, fait actuellement partie de la bibliothèque de la Société des Antiquaires de Picardie.

Rivoire a reproché à Famechon de n’avoir pas communiqué à ses collègues le mémoire dans lequel Claude Le Maître exposait les précautions jugées par lui indispensables à la défense. De ce qu’aucun texte ne prouve que ce mémoire ait été pris en considération, ne concluons pas que l’échevinage ne l’examina point. Nous inclinons au contraire à penser que le factum de Le Mattre fut discuté comme l’avait été sa proposition de supprimer le petit compteur (receveur des domaines). Aussi bien expliquerons-nous le silence des procès-verbaux à cet égard par la situation personnelle du seigneur d’Hédicourt.

LA placf: d’a miens.

d’IIédicourt. Ce personnage, en qui les échevins voyaient moins un patriote convaincu qu’un adversaire politii|ue, récemment emprisonné jiour ses opinions royalistes, voulait astreindre les habitants de la banlieue et des faubourgs à des rondes nocturnes; il voulait organiser le guet dans les clochers des villages environnants ; il voulait qu’à deux lieues à la ronde les aubergistes fussent tenus d’envoyer chaque jour au mayeur un rapport très circonstancié indiquant les noms et qualités des gens venus chez eux; que les carrières et fours à chaux existant hors la porte Montrécu fussent comblés; que les constructions fussent impitoyablement rasées, afin que l’ennemi n’eût aucun moyen de dissimuler sa présence. Il voulait, à chacune des portes, six « canonnières » avec un poste de soldats, pour désarmer et interroger tous venants et conduire les suspects à l’hôtel de ville. Il voulait enfin, à la garde des herses, des hommes valides et intelligents, et non ces misérables impotents auxquels on les confiait trop souvent, qui, fatigués du labeur de la journée, recevaient un second salaire pour dormir au lieu de veiller.

Les avis de Le Mattre, homme réputé bizarre et violent, n’ont pas été mieux accueillis des Amiénois que les avis de Gassandre n’avaient jadis été accueillis des Troyens. Depuis cent années et plus, pas un jour ne s’était écoulé qui n’eût apporté sa pierre à la fortification de l’enceinte! Pas une fois peut-être les magistrats ne s’étaient assemblés sans se préoccuper d’assurer par tous les moyens possibles l’œuvre de la défense municipale. C’est précisément à l’heure de « l’éminent péril » dont nos échevins se sont tant de fois préoccupés depuis des siècles, que leur vigilance se trouve en défaut !

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