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La Maladrerie de la Madeleine. Cf. p

LE SIÈGE PAR HENRI IV

tcment qu’occupait Henri IV, on le supplia de s’éloigner; mais il n’y voulut consentir, lîiron, dont la hardiesse égalait la valeur, choisit pour lui le poste d’extrérne avant-garde de la chapelle Saint-Montain ou de VKcxc Homo.

Pour ne {loint exposer inutilement les soldats à la mort, Henri IV fit prévaloir, dans les conseils, l’attaque lente et patiente au moyen de tranchées savamment combinées, sur le système plus prompt mais plus périlleux des assauts répétés, dont Biron se montrait partisan.

Le siège pouvant se prolonger au delà des prévisions, le Roi voulut améliorer le sort des troupes par la construction de baraquements en planches, disposés d’après un plan uniforme le long de rues improvisées. 11 y eut la [ilace Maubert, la rue Saint-Denis et autres réminiscences de la capitale. Le prévôt de la santé, assisté d’un certain nombre de sergents, vêtus de robes noires décorées de croix blanches dans le dos et sur la poitrine, veillaient à la stricte observation des règlements de police pour l’assainissement du camp. Les métiers les plus variés s’y étaient donné rendezvous, (( y faisant profit autant et plus que s’ils eussent été en leurs maisons, à Paris, et l’on se croyait plutôt dans quelque grande vidasse que à l’armée f » Les paysans du voisinage vendaient leurs produits; ceux de Longpré débitaient l’eau de la fontaine de Bertricourt. Les vivres ne manquaient pas; le poisson de mer et le poisson de rivière étaient surtout abondants.

Chaque régiment avait un aumônier. Le Roi fit restaurer provisoirement les voûtes de la chapelle de la Madeleine que l’ennemi avait incendiées. Les chapelains y célébraient régulièrement les offices auxquels les princes et les gentils-

1. Jehan Vaultier, de Senlis. Loc. cit., pp. 378 et suiv. Les details qui concernent la vie « au camp devant Amiens » sont empruntés à cette très curieuse relation.

hommes assistaient dévotement « estans toujours prêts à recevoir la mort. »

Les dimanches et jours de fêtes, le Roi et les grands seigneurs rendent tour à tour, à la mode de Paris, le pain bénit (( enrichi de bouquets, couronnes, anges et histoires selon l’évangile du jour, avec plusieurs banderolles ou estoient peintes leurs armoyries et un beau cierge de cire blanche ou estoit attachée une pièce d’or. »

Les maisons du village de Longpré converties en ambulances regorgeaient de blessés. Sancy et Villeroy firent dresser dans la plaine quinze grandes tentes dans lesquelles les malades « bien couchés, bien nourris, biens pansés, » ne manquaient de rien. On tenait régulièrement acte des entrées et des sorties avec indication des noms, surnoms, grades et pays d’origine de chacun, comme aussi on inscrivait les secours en nature, matelas, couvertures, draps, chemises, nappes, serviettes, linge de toute sorte, provenant de la générosité des différentes villes du royaume. Le Roi avait sollicité ces secours et il n’était pas rare de recevoir même des douceurs, des confitures de Rouen, par exemple. L’inhumation des morts avait lieu dans le cimetière de Longpré, après les prières et cérémonies d’usage et selon la qualité du défunt.

Il était interdit de jurer ou de blasphémer, de maltraiter les paysans, d’entraver les pourvoyeurs de l’armée, etc. Trois poteaux, dressés au milieu des cantonnements, rappelaient à l’observation des ordonnances publiées à son dè trompe. A l’un de ces poteaux se voyait un carcan; à l’autre, une potence ; au troisième devaient être attachés les malfaiteurs condamnés à périr par l’arquebuse.

Enfin, et pour que la gaieté française ne perdît pas ses droits, on avait disposé dans la plaine « plusieurs lices et tournois à courir la bague, ronds, demi-ronds pour dresser, piquer, voltiger, courbetter et manier toutes sortes de

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chevaux, à quoi s’ébattait Sa Majesté. Il y avait aussi jeux de hasard pour ébattre capitaines et soldats. »

Pendant tout le temps que dure rinvestissernent, Henri IV veille avec le jilus grand soin à la subsistance de ses troupes et adresse les ordres réitérés et les f)lus formels au connétable et à Sully. 11 ne leur laisse ni trêve, ni repos qu’ils n’aient conclu des marchés pour fournir l’armée de 20,000 pains par jour; qu’ils ne lui aient envoyé des commissaires des vivres et des munitionnaires; qu’ils n’aient abondamment pourvu les magasins établis à Corbie, Abbeville, Montdidier et Péronne, de tout ce qui est nécessaire aux vivres des soldats et à la nourriture des chevaux b Henri IV ne songe à lui-même qu’à la dernière extrémité. Il écrit ' :

« Donnés ordre à ce qui est nécessaire pour mes habillemens d’autant que je suis tout nud et il me semble qu’il n’est pas raisonnable que m’employant comme je le fais pour le salut de la France, je sois ainsy traicté.

Ce sera l’éternel honneur de Sully d’avoir trouvé dans les ressources de son incomparable génie le moyen de faire face à la situation la plus critique qui se soit encore vue et d’improviser du jour au lendemain le budget d’une armée considérable. L’Espagnol ne lui marchande pas les éloges et le Roi sait que de sa précieuse existence dépend le succès de l’entreprise. Il s’avança un jour dans la tranchée en

1. Lettres missives, T. TV, p. 704. Au connétal:)le, 18 mars : « J'ay

besoing sur toutes choses des commissaires ou munitionnaires de vivres pour nourrir mes soldats. » — P. 708. Au même, 10 mars : « Vous m'avés mandé avoir faict ung marché pour faire fournir vingt mil pains par jour, sept mois durant. » — P. 70G : « Je vous prie de conférer avec le s'’ d’Incarville afin de trouver moyen d’y pourvoir (aux avoines), car si les gens de cheval n’ont de quoy nourrir leurs chevaulx, ils ne serviront pas. » — I^. 710 : « Vous souvenez de mander partout que l'on face apporter en ce pays des avoines par la rivière de Somme et par celle d’Oise »

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