‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 98 sur 294 · Pagès. Mns. Édit. préc. T. I, p · texte numérisé non relu

Pagès. Mns. Édit. préc. T. I, p

2. François d’Épinay, seigneur de Saint-Luc, grand maître de l’artillerie depuis le 5 septembre 1596. Il avait été lieutenant général en Picardie en l’absence du comte de Saint-Pol. Il fut tué dans la tranchée, le 8 septembre 1597.

[>E SIÈGE PAR HENRI IV

Ils les égorgeraient, feraient sauter l’iine des tours, livreraient passage à un corps de troupes venu f)ar eau de Camon, tandis que Biron tenterait d’enlever la porte rie Noyon. Le secret le plus absolu était la condition indispensable du succès. Les précautions })Our l’observer avaient été bien prises et on avait cru ne faire appel qu’à des hommes parfaitement sûrs ; mais il est impossible que rien ne transpire d’une entreprisede ce genre, fatalement connue de beaucou[) de monde. Des avis arrivèrent de différents côtés au gouverneur de la place. Les frères Leroux et un frère augustin, nommé Louis de la Bouille, le mirent dans la confidence. Apprenant que la garde de la porte de Noyon était renforcée, et très désappointé de voir les deux cents personnes convoquées aux Augustins, et qu’on lui avait dit être résolues à tout risquer, se réduire à quelques gens mal armés du menu peuple, Sireuilh renonça au plan combiné dans les conseils du Roi pour essayer un coup d’audace de sa façon.

La même nuit, à la même heure, un certain nombre de royalistes résolus égorgeraient les Espagnols logés chez eux, courraient au rempart et faciliteraient l’escalade. En même temps un ancien domestique d’Adrien de Mareuil, gagné par lui, livrerait une des portes aux troupes de Biron.

Portocarrero, de plus en plus inquiet, n’hésita pas à se débarrasser de ces hommes dangereux. Sireuilh et ses affidés passaient la journée blottis dans les combles de la chapelle des Augustins et se concertaient, la nuit, avec les religieux. La Bouille dénonça leur retraite. Arrêtés le mardi iO juin, jetés dans les cachots du beffroi, douze ^ de ces généreux

1. François Poulain, maître de l’hutel du géant, Pierre de Flesselles, pailloteur, Jean Lucas, F. Jacques Cordelois, religieux augustin, Jean Choquet, aulneur juré, Claude Legris, serviteur de la porte de Noyon, Georges Asselin, sergent à masse, Jean Vasseur et Pierre Duflos, peseurs, Wallet et « d’autres jusques au nombre de dix ou douze. » Pagès. Mus. Loc. cit., T. I, p. 280. — Arch. mun. Délib. BB 56, pp. 5 v°, 11, 15.

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martyrs de la foi royaliste furent pendus et étranglés à la suite d’un semblant d’instruction judiciaire et la plupart des moines augustins violemment expulsés. Portocarrero, dans sa fureur, aurait passé la population entière au fil de l’épée, sans les prudentes remontrances de Monténégro.

Le procès de Sireuilh commença le lundi suivant, devant les officiers de la justice espagnole siégeant dans une salle basse du beffroi. Portocarrero s’y trouvait. Pagès, qui nous fait assister à l’interrogatoire, place un langage d’une grande élévation dans la bouche du prisonnier. A défaut du mérite de l’authenticité historique, ce langage reflète les sentiments d’un capitaine d’élite à l’égard de son prince :

« Ne voilà-t-il pas de beaux habillements pour un capitaine comme Sireuilh, dit-il en le voyant vêtu misérablement et comme un paysan.

— Je ne suis pas venu dans la ville pour me marier, répondit Sireuilh.

— Et pourquoi donc êtes-vous venu?

— Pour vous faire sauter par dessus la muraille, vous et tous vos gens, afin de remettre la ville au Roi, mon maître, et les habitants en leur première liberté î

— Les habitants ne sont-ils pas libres?

— Non, ils ne sauraient l’être sous l’obéissance d’un prince étranger !

— Et vous les voulez bien mettre sous l’obéissance d’un prince hérétique !

— 11 est très chrétien, fils aîné de l’Église et, par conséquent, le roi d’Espagne, et tous les autres rois ne sont que ses cadets !

— Quoi, vous n’ôtez pas votre chapeau devant la justice!

— Je ne reconnais pas votre justice; je ne salue jamais les ennemis du Roi, mon maître!

— Je jure Dieu que je te ferai pendre !

LE SIÈGE I»AU HENRI IV

— Il est en vous de me faire mourir de telle mort que vous voudrez; mais (}uel(iue mort que j’endure, ce me sera un contentement friand chacun reconnaîtra que je ne souffrirai [>as comme un méchant homme, mais pour le service du Hoi, mon maître, et pour la France qui rn’a élevé et nourri jusqu’en l’àge où je suis, qui sont deux sujets que j’ai voulu choisir pour mourir honorablement! »

Sireuilh dut croire sa dernière heure arrivée. La nuit suivante, Henri IV, inquiet de son sort, envoya le capitaine tambour des gardes françaises le réclamer en des termes tels que Portocarrero n’osa refuser de lui rendre la liberté. Il se disposait à retourner au camp, lorsque le gouverneur espagnol apprit que le maréchal de Biron retenait plusieurs de ses compatriotes dans les souterrains du château de Picquigny. Sireuilh fut de nouveau appréhendé et jeté dans une « basse fosse où il ne voyait aucune clarté si ce n’est par un petit trou par lequel on lui donnait à manger; où il n’avait ni paille, ni autre chose et couchait sur la terre parmi les crapauds. » Cette captivité dura quinze jours. La mise en liberté des prisonniers de Picquigny put seule y mettre un terme L

Henri IV a récompensé Sireuilh et Louis XIII également

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