‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 106 sur 246 · Pi. De Belleval. Gauvain Quiéret et sa famille, p · texte numérisé non relu

Pi. De Belleval. Gauvain Quiéret et sa famille, p

LES DÉBUTS DE LA GUERRE DE CENT ANS

comme le Navarrais a toutes les audaces, il sollicite la permission de se rendre à Paris. Le Dauphin, qui n’ose s’y refuser, lui fait parvenir un sauf-conduit dont les termes laissent apparaître le dessein de négocier la paix.

L’échevinage décerncau prince factieux letitredcbourgeois d’Amiens, le plus grand honneur qu’une cité puisse alors conférer. 11 part accompagné de quelques amis et fait son entrée dans la capitale du royaume le 29 novembre. L’évêque et Étienne Marcel lui avaient ménagé une réception enthousiaste. Il harangue le peuple, déroule à plaisir le tableau des persécutions dont il se dit la victime, dans le dessein de se concilier les sympathies de la foule et d’exciter la population à la haine du gouvernement des Valois. Les démocrates arborent en signe de ralliement le chaperon mi-parti rouge et bleu.

Mis en demeure par les circonstances d’opter pour ou contre le Dauphin, les bourgeois d’Amiens prennent la coiffure séditieuse, échangent avec Étienne Marcel les engagements les plus compromettants, écrivent aux villes de la région pour les presser d’imiter leur attitude et, dans leur fanatisme, vont jusqu’à proclamer le Navarrais capitaine de la ville et des faubourgs. On ne pouvait plus manifestement souligner l’intention de prendre au besoin les armes pour défendre sa cause ; on ne pouvait davantage outrager la classe moyenne et les « gens mécaniques » qui demeurent malgré tout attachés à la cause du Dauphin.

Sur les entrefaites, le régent se rend de Compiègne à Gorbie, et manifeste le désir de s’entretenir des événements avec le mayeur et les échevins d’Amiens 1. On se refuse à le laisser pénétrer dans la ville, sinon seul et sans escorte.

\. Aug. Thierry, loc. cit. , T. I, p. 586. Lettres de rémission accordées à la commune d’Amiens par le dauphin, régent du royaume, au mois de septembre 1358.

Quelques paroles imprudentes échappées à des gentilshommes de la suite du prince avaient été répétées. Les Amiénois redoutaient des représailles. Les meneurs répandaient le bruit que le dauphin « feroit coupper la teste aux plus gros ».

Chaque jour augmente l’irritation des partis. La dame de Picquigny et la vicomtesse de Poix, femme de Jean Tyrel, ayant été jetées sous les verrous par les officiers royaux, en punition de l’attitude rebelle de leurs maris, Picquigny n’a plus qu’une pensée : s’introduire dans Amiens, ouvrir les portes de la prison.

Du château de la Hérelle, d’où il fait peser un joug odieux sur le pays environnant, l’ami du Navarrais entretient, « par soubtil engin et biau langage », de coupables intelligences avec le mayeur, le capitaine de la ville, l’abbé du Gard et autres partisans. Dans la crainte d’un soulèvement populaire, il fallait user de stratagème. Un certain nombre de soldats sont introduits et cachés dans les caves et les greniers de l’hôtel du Gard et d’autres maisons voisines de la porte Saint-Firmin 1 .

Les travaux de la nouvelle forteresse sont en cours d’exécution. Du côté que Picquigny et ses complices ont choisi pour attaquer la ville, existent deux portes : la porte de la Hotoie, qui s’ouvre dans la nouvelle enceinte non achevée, et la porte Saint-Firmin, dans l’ancienne. Entre les deux, à droite et à gauche de la grande rue de la Hotoie, se sont développées des rues très habitées. Faute de s’être rendu compte de cette disposition des lieux, plusieurs historiens 2

1. La Morlière, édit, préc., p. 313. — Pagès, Mns T. III, p. 302, dit que « la maison du petit Gard » assise en la rue de Cocquerel (actuelle des Sœurs-Grises) a servi de refuge aux Navarrais). Erreur. Une charte de 1220 (A. M. Reg. AA 5, p. 10 v°) fixe sa situation au delà de la porte Saint-Firmin, « apud Hotoiam ».

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