Dusevel. Édit. préc. p
LES DÉBUTS DE LA GUERRE DE CENT ANS
ont transporté dans l'intérieur de la ville le théâtre du combat qui eut lieu entre les deux enceintes, et recherché ailleurs que dans le faubourg l’hôtel du Gard, principal asile des conjurés.
Toutes les dispositions étant prises, le 16 septembre 1358, dans la nuit, Picquigny se présente à la porte de la Hotoie avec les sires de Gauville 1 2, de Fricamp de Béthisy3, et pénètre dans le faubourg suivi de sept à liuil cents soldats d’élite. Les conjurés se précipitent hors de leurs cachettes en criant : Navarre î Navarre ! Les partisans du Dauphin, réveillés par le tumulte, descendent dans la rue, comprennent qu’ils ont été indignement trahis, engagent la lutte corps à corps, donnent à leurs amis de l’intérieur de la ville le temps de sonner l’alarme et de s’élancer entre les deux enceintes, « là où li plus grans tumultes estoit. v Il y eut de part et d’autre « grant fuison d’occis. »
La résistance se prolonge assez pour que le connétable de Tiennes et le comte de Saint Pol, immédiatement prévenus, puissent accourir en toute hâte de Gorbie, et introduire, par la porte Saint-Michel, quatre cents lances venues fort à propos pour renforcer la résistance des bourgeois et sauver la ville. Picquigny se voit obligé de battre en retraite. Obéissant aux pires instincts de vengeance, le très indigne descendant de la race des vidâmes donne l’ordre barbare d’incendier les trois faubourgs, après en avoir autorisé le pillage. « Ce fut
1 . Guillaume Hérenc, sire de Gauville, s’était signalé à la prise d’Evreux par les navarrais. Il ne faut pas le confondre avec J. de Graville.
2. Jehan Frikes alias Friquet, sire de Fricamp, conseiller de Charles le Mauvais, avait été arrêté en même temps que lui.
3. J. Froissart, T. VI, p. 102 et 105, indique un quatrième compagnon de Picquigny: « Fourdrigais » qu’une autre rédaction désigne comme le frère de Béthisy.
Pagès, Mns T. II f, p. 301, dénature ces noms au point de les rendre méconnaissables.
grand dommage, il y avoit bien trois mille maisons et de bons hostels foyson et trois esglises parrochiales et plusieurs autres qui toutes furent arses ».
Le chiffre de trois mille maisons est exagéré, mais le désastre a certainement été considérable. Soixante ans après, un très grand nombre d’habitations étaient encore en ruines 1 « arses et essilies du fait des Navarrais », aussi bien au faubourg Saint-Michel, qu’au faubourg Saint-Remi et surtout au faubourg Saint-Jacques. L’abbaye de Saint-Jean a été complètement rasée : chapelle, dortoir, réfectoire, dépendances, disparurent dans les flammes, les moines durent momentanément s’expatrier 2. Les Augustins souffrirent beaucoup aussi; deux d’entre eux furent massacrés, d’autres emmenés prisonniers 3.
On avait combattu furieusement. Froissart le dit4 et cela ressort du texte de plusieurs lettres de rémission accordées aux coupables.
Par bonheur les Navarrais avaient manqué de décision. En s’attardant dans les faubourgs, ils avaient agi « assés couardement », sinon la ville tombait fatalement en leur pouvoir.
Aussitôt après la retraite des soldats navarrais, le connétable et le comte de Saint Pol distribuent des postes dans les différents quartiers, placent à toutes les issues des sentinelles avec consigne de ne laisser sortir personne « sous peine de hart ». Le lendemain, de grand matin, les maisons suspectes sont soigneusement fouillées et les perquisitions que le connétable dirige en personne, amènent l’arrestation de dix-sept des bourgeois les plus compromis. L’abbé du Gard, le mayeur Firmin de Cocquerel, le capitaine de Saint-