J. Froissart. T. VI, p
LES DÉBUTS DE LA GUERRE DE CENT ANS
Fuscien sont les premiers appréhendés, et avec eux sans doute les quatorze échevins dont les noms disparaissent, à partir de cette époque, des tablettes municipales ou de la liste des mayeurs de bannières et se trouvent ensevelis dès lors dans un oubli qui n’est que trop significatif : Simon de Mes, Firmin Grimault, Jacques du Gard, Jean de Saint- Fuscien, «des rouges caperons », Jacques le Monnier, l’ainé, Jean de Ilam, Jean Audeluye, Willaume des Rabuissons, Firmin de le Ville, Mahieu de Moustiers, Jean le Monnier, Jacques Molin, Pierre Fouquère, Pierre de Cocquerel.
Firmin de Cocquerel, le mayeur en charge, est un homme considérable par sa grande fortune et par la situation de sa famille. Tous sont des vétérans des assemblées municipales : de Mes et Grimault ont occupé les fonctions de mayeur et Jean Audeluye, celles de grand compteur. Le capitaine Jacques de Saint-Fuscien, petit-fils de Liénart le Secq, administrateur en cette qualité de l’hôpital Saint-Jacques, est l’ami et le compagnon d’armes de Charles le Mauvais.
Jacques du Gard et les Saint-Fuscien, comptent des parents proches parmi les plus zélés partisans du Dauphin. Tous appartiennent à cette aristocratie du grand commerce qui exerce, par la puissance de ses capitaux, par le prestige de ses relations avec le dehors, une influence politique, considérable et se trouve investie, depuis un siècle et plus, d’une sorte de monopole de gouvernement.
Le châtiment qui les attend est terrible ; si terrible qu’il paraisse, ce châtiment répond à la soif de vengeance d’une population affolée à la vue de l’immense brasier qui crépite entre les deux enceintes et qui, gagnant de proche en proche, et enveloppant le rempart d’une sinistre ceinture de flammes, menace d’entraîner la ruine de la cité tout entière. L’exaspération est au comble. De toutes parts retentissent des cris de mort ! Le peuple ameuté réclame du connétable de Fiennes la tête des traîtres dont la complicité criminelle a allumé
282 HISTOIRE DE LÀ VILLE d’àMIENS.
Tincendie. La journée du 17 septembre 1358 est la journée sanglante de nos annales. L’abbé du Gard, le rnayeur, le capitaine, des échevins, des bourgeois, en tout dix-sept coupables, sont décapités publiquement au milieu du Grand Marché 1 .
D’autres, moins compromis, sont bannis2; quelques-uns punis de la confiscation de leurs biens. Beaucoup s’enfuient. Enfin, et pour parer à toute éventualité, le comte de Saint Pol croit prudent de faire occuper, pendant un certain temps, la ville par les gens d’armes du maréchal de Normandie, Rigaut de Fontaines 3 4.
On procède à de nouvelles élections. Jean du Gard, qui s’est particulièrement distingué dans la lutte contre les Navarrais, accepte de remplir les fonctions de rnayeur, et avec lui , rentrent à l’hôtel des Gloquiers des serviteurs dévoués de la cause du Dauphin.
La succession de Gocquerel, grosse de périls, réclame une rare prudence alliée à une extrême énergie, quand la guerre civile désole le royaume, quand des centaines d’habitants se trouvent sans asile, quand enfin, pour comble d’infortune, sire Jean du Gard se voit dans la nécessité cruelle d’inau-