Aug. Thierry. Loc. cit., T. I, p
Les ruines fumaient encore quand le maréchal de Neuville demande aux villes picardes de contribuer à une expédition d’outre-mer. On voulait opérer une descente en Angleterre, arracher le roi Jean à ses geôliers, rendre à nos armes le prestige compromis par les défaites de Crécy et de Poitiers. Autour du maréchal se groupent, sous les ordres de Moreau de Fiennes et du comte de Saint Pol, un très grand nombre de nobles et de bourgeois normands et picards qui mettent à la voile au port du Crotoy, le 14 mars. Le débarquement s’opère à Winchelsea, l’une des cinq grandes villes maritimes anglaises. Firmin Audeluye, bourgeois d’Amiens, que sa profession de « poissonnier de mer » mettait en rapport avec les pécheurs de la côte avait puissamment aidé le maréchal de Neuville, dans les préparatifs de cette expédition, dont le résultat fut à peu près nul sous le rapport militaire, mais qui exerça une incontestable influence sur Edouard III, lorsque ce prince consentit, par le traité de Brétigny1, à rendre la liberté au roi de France.
Jusqu’à l’entière exécution du traité, un certain nombre d’otages durent se constituer prisonniers des Anglais et, parmi ces otages, quarante bourgeois choisis dans l’élite des principales villes du royaume2. Pierre de Gocquerel, de la bannière des waidiers, et Jean Dippre, de la bannière des taverniers, qui appartenaient à la plus haute aristocratie urbaine, partirent pour Londres et prêtèrent, en l’église de Westminster, le serment de demeurer cl loïaulx hostages » en tel lieu qu’il plairait au Roi de leur assigner pour résidence, jusqu’à l’entier acquittement de l’énorme rançon de 2,400,000 écus d’or 3. Gorbie, Saint-Riquier, Montreuil et
1. Antiquaires de Picardie. Bulletins , T. XV, p. 120. Discours de réception de M. Roux.
• 2. Froissart. Édit, préc., T. VI, p. 321.
3. Aug. Thierry. Loc. cit., T. I, pp. 617, 826. Cocquerel mourut en Angleterre et fut remplacé par Wille le Mercier (ou le Messier).
LES DÉBUTS DE LA GUERRE DE CENT ANS. 285
Doullens contribuaient, avec Amiens, aux frais de leur captivité L
Le Roi, de sa pleine autorité, ordonne « l’aide de sa rançon » : taxes de 12 deniers par livre sur la vente des marchandises, d’un cinquième sur le sel, d’un treizième sur les boissons. La gravité des circonstances fit accepter, sans résistance, par la nation ces impôts indirects que Philippe le Bel avait tenté vainement de lever, que Philippe de Valois et Jean n’avait perçus que par endroits et auxquels les États généraux de 1356, renoncèrent à cause des soulèvements qu’ils provoquaient. Le recouvrement en fut difficile. A la fin de 1363, après trois années de perception, on n’avait acquitté que le douzième de la rançon. Le Roi n’ayant rien obtenu d’une première assemblée des États à Reims, résolut, — esclave de la parole jurée — de retourner en Angleterre, non sans avoir convoqué à Amiens les nobles, les prélats et les bonnes villes, dans l’espoir d’obtenir d’eux les moyens de remplir ses engagements1 2 3. Les États d’Amiens confirmèrent sans les augmenter les taxes établies, et votèrent la contribution directe et personnelle du fouage sur chaque feu, c’est-à-dire sur chaque ménage, afin de pourvoir à l’entretien de six mille hommes « prêts continuellement à la défense du royaume ».
1. Arch. nat. Section judiciaire. Parlement de Paris. Jugés. XVI, p. 20. — Arch. mun. Comptes 1383-84, p. 9. « Willame du Blancfossé qui.... en l’an 1361 avait presté xx moutons Rex pour faire paiement as hostages qui pour le ville estoient lors en Engletere. »
2. Aug. Thierry, loc. cit. , T. I, p. 622. Octobre 1363. Le maveur Jehan Dippre et l’échevin Jehan du Gard députés d’Amiens aux états de Reims.