Varin. Arck. admin. de Reims. T. III, p
3. Le revenu de 10 livres est taxé à 10 pour cent, le revenu de 40 livres à 5 pour cent, le revenu de 100 livres à 4 pour cent (ordonnance du 12 mars 1356).
LES DÉBUTS DE LA GUERRE DE CENT ANS
L’arrêt suscite un très vif mécontentement parmi les gens des corps de métier, exposés à souffrir encore davantage dans leur modeste existence.
Aux charges résultant des aides s’ajoute l’odieux de la perception. Pour atteindre le consommateur, le marchand dans sa boutique, le brasseur dans sa brasserie, on a recours à des procédés révoltants.
L’irritation populaire dégénère en « rébellions, désobéissances, abus, assemblées, monopoles, conspirations, séditions contre la Majesté Loyale et le bien de la chose publique d1. C’est ainsi qu’à l’origine de toutes les crises qui ont troublé la population amiénoise, au xive siècle et durant une partie du xve, se rencontre la question des aides ou impôts indirects opposés à l'impôt sur le revenu avec ses difficultés et ses périls. Cette fois, les troubles coïncident avec l’insurrection des Maillotins , très sanglante à Paris et les rumeurs où les excitations du dehors sont accueillies avec une ardeur extrême.
À la nouvelle des désordres survenus à Gand et à Paris, le peuple crie : « Vive Gand ! Vive Paris, nos mères ! » Il escorte les députés qui se rendent aux États de Compiègne en vociférant ce mandat impératif : « Vous accorderez tailles et non autre chose » 2.
Sur ces entrefaites arrive le renouvellement annuel de l’échevinage 3. Les mayeurs de bannières persistent dans leur hostilité contre l’aristocratie au pouvoir en attribuant à Henri de Roye, un tanneur sans fortune, ne sachant ni lire, ni écrire, les fonctions de grand compteur que l’intérêt des
1. Arch. mun. AA 1, p. 200. Lettres de Charles VI, 20 juillet 1385.
2. Arch. nat. JJ. cxxvnr, n° 287. Lettres de rémission pour Jean Faussart, maïeur de la bannière des pareurs. 1386.
3. Arch. mun. AA 6. États des maïeurs, eschevins et officiers municipaux de la ville d’Amiens, de l’an 1345 à l’an 1482. — M. A. Janvier. Le Livre d'or de la Municipalité d'Amiens.
finances et une constante tradition faisaient confier à « gens notables, vaillans hommes et riches. »
La majorité du corps de ville proteste ; le Roi révoque l’élu des mayeurs de bannières, le remplace d’office par Jehan de Beauval et délègue le comte de Sancerre, l’ancien bailli Tristan du Bos et trois personnages enquêteurs pour donner à la crise une solution définitive.
Il fallait en finir avec les mayeurs de bannières « meus de mauvaise volonté » \ qui, pour la seconde fois en vingtsix ans, se mutinaient contre le gouvernement du Boi. Après une vigoureuse répression que signalent des exécutions capitales, des bannissements, des amendes arbitraires1 2 et tandis que deux des principaux agitateurs, Jean Faussart et Gorlier 3, attendent sous les verrous du Châtelet de Paris qu’il soit définitivement statué sur leur sort, les réformateurs brisent l’antique constitution municipale.
Ils abolissent, de par le Boi, les privilèges des mairies de bannière — le titre même disparaît pour toujours, — et décrètent le système électoral qui réglera pendant deux siècles, les destinées de la commune, savoir : la nomination aux offices municipaux par le suffrage direct des bourgeois chefs de famille, sous le contrôle du bailli ou de son lieutenant. Chaque année, la ville sollicitera l’autorisation de procéder au renouvellement de la loi en la présence du représentant du pouvoir royal, qui seul aura qualité pour recevoir le serment des élus et pour assister à la reddition des comptes annuels.
1. Arch. mun. AA 1, p. 200. Lettres de Charles VI précite'es.
2. Ibidem. « Condempnèrent les auquns desdis maïeurs ad coper
le teste et les autres bannirent de nostre royaume et autres condempnèrent en amendes arbitraires. »
3. Arch. mun. Comptes 1385-86, p. 18 v°. u Information à l’encontre de Jehan Faussart..... Chastelet de Paris, seur ce que ou le disoit estre banny du roiaume pour le fait des rebellionz,.... « Plus loin « Jehan Faussart, prisonnier au Chastellet à Paris. »
Hcliog .Dujardin