Procès-verbaux annuels du renouvellement de la loi
2. Arch. mun. Comptes 1403-1404, p. 20 v°. « A Nicaise Sauwale,
ouvrier de broudure, pour une bourse armoyée des armes de le ville
xl s. p. »
LE MAYEUR ET LES ÉCHEVINS
d’usage et prend devant le peuple, qui l’acclame et qui jure de lui obéir, l’engagement solennel de se consacrer loyalement au service de ses intérêts.
Le 29 octobre, les douze échevins nommés la veille, choisissent douze autres échevins qu’on appelle les échevins « du lendemain » ; cela permet de faire entrer dans le conseil des hommes spéciaux qui, pour n’avoir point trouvé grâce devant le suffrage populaire, n’en sont pas moins dignes de figurer parmi les administrateurs de la commune. Le corps de ville, définitivement complété et organisé, pourvoit au remplacement du garde de la prévôté et distribue des gratifications aux agents de la mairie qui en ont mérité pendant l’année précédente.
Les sergents à masse chargés de la police déposent ce jour-là a sur le buffet » de la grande salle de l’hôtel des Cloquiers les masses, attributs de leurs fonctions, qui leur sont rendues, en signe de nouvelle investiture, quand ils ont justifié la confiance de l’échevinage par « leur bonne Yie et preudhommie » L
Un repas auquel sont conviés le bailli, les conseillers du Roi, les avocats et les conseillers de la ville, termine la journée et inaugure gaiement l’année administrative.
1. Arch. mun. Délib. BB 4, p. 96. « Les sergens auxquels leurs
maces ont esté rendues concidérés leurs estats, vie et preudommie «
Les huit sergents à masse revêtent dans les cérémonies la grande livrée de la ville qui consiste en une robe de drap mi-partie noir et bleu, ou bleu et rouge, ou bleu et vert. La couleur change chaque année et l'échevinage indique, le jour de la distribution des draps de livrée, la nuance à employer au côté senestre et celle à employer au côté dextre du vêtement. La ville accorde également la « grande livrée » au procureur et aux clercs. Les quatre sergents « des kanes » chargés d'offrir les présents de vin, le maître de l’horloge du beffroi, le paveur, le guetteur du beffroi, le sergent de la compagnie du mayeur, les vingt-quatre sergents de nuit n’ont droit qu’à la petite livrée que l’on désigne sous le nom de « cotes hardies ». La distribution des draps de livrée se fait avant la fête de l’Ascension.
Le monument dans lequel s’accomplirent pendant près de trois siècles les mille péripéties de la vie communale, occupait la partie sud de la place actuelle Saint- Martin, à l’angle de la rue des Sergents1. Une rue étroite le séparait de l’église Saint-Martin-au-Bourg ou aux-Waides. C’était un bâtiment de modeste apparence, flanqué de tourelles surmontées de clochetons, qui lui avaient valu la très ancienne appellation de l'hôtel des Cloquiers. Au-dessus de la porte pratiquée dans la façade principale, se dégageait un élégant « huvrelas » ou auvent décoré d’un ange supportant l’écu armorié de la ville et dont le toit pointu se terminait par une pittoresque « wirewite » (girouette) d’airain2.
Au rez-de-chaussée se trouvait « la salle du plaidoir » ; au premier, la grande salle du conseil, que l’on désignait sous le nom de Tœuriœul des Cloquiers, voisine de la trésorerie et de la chambre aux clercs de l' escriptoire 3.
1. Voir page 216 note 2. La maison acquise en 1316 a été notablement augmentée en 1404, par l’adjonction d’une aile « la nœfve loge ». L’édifice communal, ainsi agrandi, occupait l’emplacement de la maison appartenant à M. Payen (n° 3). Le propriétaire de cet immeuble l’est également, en vertu d’un titre du mois d’août 1741, d’une zone de terrain, large de 20 pieds, parallèle à la façade, ce qui ferait supposer que l’ensemble des terrains occupés par la maison et par cette zone formait le périmètre de l’ancien hôtel des Cloquiers aliéné par la ville. Arch. mun. Comptes 1403- 1404, p. 106.
2. Arch. mun. Comptes 1425-26, p. 187 v°. « A Simon le Borgne ....
pour ung demy bort d’illande dont fu fait ung escu que on bailla à ung
tailleur d’ymages pour y faire et taillier les armes de le ville avec ung angle qui tenra ledit escu a 1 pignon d’un cappitel et huvrelas fait au dessus de le porte et entrée sur entrée (rue?) des Cloquiers, n s. vm d. »
Ibidem , p. 208 v°. « A maistre Andrieu Dippre paintre pour avoir
doré et paint les armes de le ville en une banière d’arain qui fait wirevite à ung cappitel nouvellement fait au desseure de le porte et entrée sur rue des Cloquiers et avoir doré et paint 1 angle de bos, tenant un escu des armes de le ville atachié en le face du pignon dudit cappitel »
3. Ibidem. Comptes 1425-26, p. 88 v°, 96. — 1401-1402, p. 38. — Délib. BB 14, p. 236. Le nom d’œuriœul attribué à la principale pièce de l’hôtel des Cloquiers semble venir d'auditoriolum, diminutif à' auditorium,
LE MÀYEUR ET LES ÉCHEVINS
Le Christ en croix et l’image de Notre-Dame1 occupent le panneau principal de « l’œurieul ». Au milieu de cette salle éclairée de trois fenêtres garnies de vitraux armoriés 1
Ch . Pi nsard
auditoire, salle de réunion, dont il serait synonyme. Cf la note 2 de la page 329.
1. Arch. mun. Comptes 1477-78. — « A Jehan Beugier, paintre, pour avoir reffait et paint ung tablet ou est le cruchifîement de N. S. Christ estant en l’œurieul de le ville. » 1480-81, p. 79.
2. Ibidem. Comptes 1383-86, p. 40. « A Pierre Polique, verrier
pour en l’œuriœul aus Cloquiers faire un penel de verriere armoyé
des armez de le ville »
et décorée de tapisseries de haute lisse aussi armoriées 1 se trouve le bureau recouvert du traditionnel tapis vert2 autour duquel « nosseigneurs » siègent sur des banquettes avec « palios » encore armoriés 3. Le blason d’Amiens est alors l’ornement indispensable des tentures, des fresques, des ouvrages de ferronnerie; on le prodigue. Sur les monuments publics, sur le mobilier municipal, sur les murailles de la forteresse, partout se voit l’écu de gueules au chef d’azur fleurdelisé d’or.
Le renouvellement de la loi n’est le plus souvent qu’une simple formalité ; les élus reprennent le 29 octobre le siège qu’ils ont quitté la veille, parce que les suffrages se portent avec persistance sur les mêmes citoyens. On n’improvise pas les administrateurs et il faut avoir donné des gages de talent pour prétendre aux honneurs municipaux.
Les échevins sont indéfiniment rééligibles. Le mayeur ne l’est qu’après une année. Les fonctions municipales se trouvent dévolues à un petit nombre de familles. Les Aux Gousteaux, les de Labbeye, les de Hangart, les de Morvilliers, les Dippre, les de Béry, les du Gard, les de Saint-Fuscien, les le Normant, les Lorfèvre, les du Crocquet, les de Gontv, les Gaignet, les de May, les du Gaurrel, les Clabault, reparaissent sans cesse; les Clabault surtout dont un contemporain, Jacques Martin, disait, faisant allusion à la fidélité de la race picarde des « chiens clabauts » :
Aucuns des rois de France Les nommoient par plezance
1. Arch. mun. Comptes 1421-22, p. 189. « On print le mesure de toute
l’esquarrie dededens dudit œuriœul pour faire illec paremens de hauteliehe des armes du Roy nostre sire et des armes de la ville »
2. Ibidem. Comptes 1428-29, p. 55. « A Bertran Payen, drappier, pour
viii aunes et trois quartiers de blanquet pour ledit drap taindre eux
verd et en faire le burel de l’œuriceul des Cloquiers »
3. Ibidem. Comptes 1428-29, p. 55 v°. « A Anne de Fiers vesve de feu
Nicaise Sauwale pour douze escuchons de broudure des armes de le
ville assis sur certains palios et le burel des Cloquiers.... »
LE MAYEUR ET LES ÉC1IEV1XS
Leurs chyens bons et loyaus.
Dizant que pour la garde D’Amyens, vile picarde,
Il faloit des Clabauds.
Leur influence a été si grande, si prépondérante pendant deux siècles, qu’en faisant revivre quatre générations de cette famille *, le plus érudit des historiens amiénois a écrit l’une des meilleures pages de nos annales municipales.
Antoine Clabault mérita l’honneur insigne et très rare, puisqu’il était contraire à la Constitution, d’être maintenu dans la charge de mayeur durant quatre années consécutives « à cause du bon et loyal service qu’il avait fait au Roi et à la ville, ainsi qu’au gouvernement et bonne police de la chose publique ». Aux qualités d’un administrateur hors ligne, Clabault joignait une modestie parfaite. Lorsqu’on vint lui offrir la première magistrature que les bourgeois lui décernaient pour la cinquième fois en 1482, il répondit que l’échevinage comptait assez de gens distingués pour le remplacer, et ne céda qu’aux instances de ses collègues et aux flatteuses acclamations des électeurs qui lui renouvelèrent le même témoignage d’estime sur la fin de sa carrière.
Le mayeur, prorogé par la volonté populaire, reçoit comme une nouvelle consécration de son mandat, et les privilèges de la ville demeurent intacts; mais si Charles VIII témoigne, en 1491, le désir que sire Nicolas le Rendu et les échevins soient maintenus sans élection, les bourgeois protestent et le Roi s’incline 2.
Il est des localités où les artisans, les marchands, les hommes de loi doivent être représentés dans des proportions déterminées dans le Corps de ville. Ici, tout bourgeois est
LA. Janvier. Les Clabault, famille municipale amiénoisc. 1349-1539. Amiens, 1889.