‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 121 sur 246 · Arch. mun. Délib. BB 16, p. 144. Octobre · texte numérisé non relu

Arch. mun. Délib. BB 16, p. 144. Octobre

éligible, quelle que soit sa profession, mais deux frères, deux cousins germains n’y peuvent figurer en même temps.

Si l’élu est absent, un messager lui notifie l’ordre de revenir au plus tôt. Jean Lorfèvre, qui se trouvait à Bruges, et Philippe de Morvilliers en pèlerinage à Notre-Dame de Liesse, durent interrompre leur voyage pour venir prendre possession de leur charge l.

Le principe de la gratuité des fonctions est absolu. On ne saurait effectivement regarder comme indemnité appréciable, le palefroi qu’il est d’usage d’offrir au mayeur, les torches octroyées aux échevins1 et les repas servis aux dépens de la caisse municipale, lorsque « nosseigneurs besognent pour le bien, honneur-et profit de la ville » au retour d’une fête publique, d’une exécution capitale, d’une inspection quelconque des services municipaux. Des sergents spéciaux portent les vins d’honneur et des provisions partout où le Corps de ville est officiellement invité à une cérémonie religieuse ou civile 2.

Dans maintes circonstances, les deniers publics sont

1. Arch. mun.Délib. BB 3, p. 82. Octobre 1427. — 8, p. 80. Octobre 1457.

2. Ibidem. Délib. BB 11, p. 90. — Comptes 1386-87, p. 77 v°. « Kanes

de vin, bastons as frommages, wauffres, le pain, pummes et nois qui furent portés as Cloquiers au retour de le cholle lau estoient les esleus »

Ibidem. Comptes 1415-16, p. 86. « vin canes de vin portées en l’œurieul des Cloquierz et despencés par Nosseigneurs qui dignèrent ensamble pour cause de ce qu’il y avoit très grant cantité de gens d’armes en la ville d’Amiens. »

Ibidem. Comptes 1418-19, p. 107 v°. « Pour un kanes de vin présentées à mess, maïeur et eschevins quant ils furent retournéz de le

justice où fu ars et exécuté un home de par le ville. »

Ibidem. Comptes 1424-25, p. 52 v°. « Pour paier vi connins, vi pertrix

et ii longes de veel lesquelz furent donnez par ladicte ville aux Frères

Mineurs du couvent d’Amiens, pour leur feste et disner qu’ils firent

en honneur de mon s. saint Franchois auquel disner furent et disnèrent plusieurs de noss. de l’eschevinage. »

LE MAYEUR ET LES ÉCHEVWS

épargnes, comme à l’issue des funérailles d’un notable auxquelles le mayeur assiste entouré de ses collègues, parce que les exécuteurs testamentaires du défunt ont la précaution de pourvoir à la dépense ; comme aussi après la procession de saint Honoré, patron des boulangers, parce que la corporation réclame l’honneur de s’en charger.

La misère des temps ne laisse pas les magistrats indifférents. Dès que le peuple souffre, ils diminuent les frais qui leur sont personnels L

Le mayeur reçoit fréquemment à sa table le bailli, le capitaine, le procureur, les conseillers du Roi1 2, tous les personnages de distinction qui traversent la ville. Prélats, princes du sang, ambassadeurs, se tiennent honorés d’accepter son hospitalité. La première place lui est réservée par les bourgeois notables aux festins des « plevenies » ou des fiançailles, au « manger des petits pâtés » espèce de lunch qui suit la signature du contrat ; aux banquets du jour et du lendemain des noces 3. Il préside, le 1er janvier, la fête du Prince des Sots ; le 2 février, la solennité du puy

1. Arch. mun. Délib. BB il, p. 111. Juillet 1472. « Ils ne feront faire

nuis bastons au frommage considéré le temps de la guerre mais ils

vœullent bien qu’ils facent apporter ung cent de pommes et du vin, boivent et mengent ensemble en récréation. »

Ibidem, BB 11, p. 90 v°. Septembre 1472. « Yeu les grandes affaires de la ville », les échevins décident qu’il ne leur sera pas offert de torches, ainsi que c’est la coutume.

2. Ibidem. Délib. BB 4, p. 123. « Pour ce que messeigneurs ont esté

conseilliés de donner à disner à mons. le bailli, mons. le cappitaine

ont délibéré faire pesquier le fossé entre le porte de Longuemaisière et le porte Saint-Fremin pour se aidier audit disner. »

3. Ibidem. Comptes 1415-16, passim. « Le maïeur disna en la maison Jehan le Chirier auquel jour furent mengiés les petits pastés des noches

dudit Jehan » — Ibidem 1449, 2 juin. « Au maïeur, au soupper

aux plevenies de Me Jehan du Bosquel qui avoit pleveny la fdle Pierre de

Machy » — Ibidem , 11 juin. « Au maïeur au disner des noches

Me Jehan du Bosquel »

Notre-Dame 1 ; le 18 mai, celle du puy de Lourseignol. Les confrères des Puys, ces académies rivales des plus célèbres rhétoriques d’Arras et d’Anvers, se réunissent alors pour célébrer, le verre à la main, la nomination du prince ou du maître qui préside à leurs travaux littéraires. Le mayeur dîne encore à l’Hôtel-Dieu, à la Saint-Jean, et dans les communautés d’hommes, le jour de la fête principale de l’ordre : chez les Jacobins, à la Saint-Dominique; chez les Gélestins, à la Saint-Bernard ; chez les Cordeliers, à la Saint-François; chez les Prémontrés, à la Saint-Norbert. Les arbalétriers le convient au banquet de la Saint-Sébastien ; les archers au banquet de la Mi-Carême; les couleuvriniers au banquet de la Sainte-Barbe.

Obéissant à un très vieil usage, les Amiénois s’assemblent, le jour de Pâques, dans les paroisses, pour manger l’agneau pascal, sous les voûtes de l’église. Là encore nous retrouvons le mayeur 2.

Le bourgeois investi de la première magistrature se voit environné d’une auréole de dignité qui commande le respect. Les honneurs qu’on lui rend s’adressent à la cité tout entière. Il ne peut même pas s’associer par des pratiques extérieures aux chagrins de famille. A la mort de son beau-père, en 1596, Pierre de Famechon consulte l’échevinage qui décide « par avis de toute la compagnie que le mayeur durant sa mairie ne portera le deuil » 3. Il y avait des précédents.

1 . Arch. mun. Comptes 1391-92, p. 71 v°. « Au maieur qui digna avec le

prince des sos en se maison » — 1409-10, p.73 v°, 2 février. « A noss. [sic)

le maïeur qui digna au Puy Nostre Dame en l’ostel Jaques de Hangart.... »

2. Ibidem. Comptes 1415-16, p. 94 v°. « A noss. le maïeur quisouppa

en l’église Saint-Martin aux Waides avec le curé et aucuns paroissiens d’icelle église. » — 13 avril 1449. Le mayeur assiste à un souper de « l’agniel de Pasques » en l’église Saint-Remi. — 6 avril 1450. Le mayeur assiste « au soupper de l’église Saint-Fremin à la Porte où estoient les paroissiens d’icelle église qui mengoient l’agniel de Pasques. »

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