‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 123 sur 246 · Ibidem. Comptes 1402-1403, p. 30 v · texte numérisé non relu

Ibidem. Comptes 1402-1403, p. 30 v

échevins ses collègues qui délibèrent sous sa présidence, mais au même titre que lui. Les réunions de l’échevinage ont lieu le jeudi de chaque semaine et plus souvent quand les circonstances l’exigent. Le secret des délibérations est de rigueur.

Séance tenante, le clerc dresse le procès-verbal de la réunion : la netteté, l’esprit d’ordre et de méthode qui distinguent ces procès-verbaux, dès les premières années du xve siècle, dénotent une instruction très complète chez les greffiers. L’écriture est ordinairement correcte et fort lisible ; les fautes d’orthographe sont rares. Point de détails inutiles, ni de personnalités b

Si l’affaire exige un examen plus approfondi et des connaissances spéciales, on nomme une commission qui rédige un rapport soumis à l’échevinage. Les délibérations insérées dans les registres sont de deux sortes : les unes émanent du corps entier des citoyens et les autres de l’échevinage proprement dit. S’agit-il d’un jugement, d’un acte de simple administration, l’échevinage délibère seul et sans appel sous la présidence du mayeur. Faut-il traiter une affaire d’intérêt général, régler le tarif des aides, statuer sur une loi constitutive ou prendre une résolution concernant la levée de l’impôt, la paix ou la guerre, l’assemblée plénière des bourgeois réunie, tantôt à la Malemaison, tantôt à la halle, donne son avis après discussions

\ . Les formules ordinaires des procès-verbaux sont les suivantes :

— Messeigneurs ont vu une requête à eux baillée par Sur ladite

requête, eu conseil et avis

— Sur ce que cejourd’hui a été mis en termes audit échevinage comment

— Pour ce que messeigneurs ont été dûment avertis que

— Messeigneurs, sur ce eu avis et conseil ensemble, ont ordonné que

— Vu par messeigneurs au long certain procès Tout considéré et

sur ce eu conseil et avis à grande et mûre délibération.....

LE MAYEUR ET LES ÉCHEVINS. 315

et délibérations, dont le compte rendu figure à la suite des actes de l'échevinage E

Dans ce cas, la commune agit en vertu des privilèges de la charte. N’oublions pas que commune et échevinage sont bien distincts ; l’une contient l’autre. Tandis que l'échevinage est le gouvernement local de la ville, la commune est un petit état souverain déléguant ses pouvoirs à ce corps constitué par elle qui se nomme l’échevinage, sur l’administration financière duquel le bailli et les bourgeois se réservent un droit de contrôle1 2. Exposé qu’il est à entrer fréquemment en lutte avec le représentant du pouvoir, l’échevinage recherche les bonnes grâces du bailli. Toutes les fois que l’occasion se présente de lui faire « honneur et courtoisie » on n’a garde d’y manquer : C’est pour « la révérence du Roy » 3. De même on s'efforce de capter les faveurs des membres du Parlement, « afin qu’ils daignent avoir les besongnes de la ville pour recommandées », en leur adressant de temps à autre les produits renommés de la province : de la volaille, du gibier, de beaux poissons,

1. Arch. mun. Délib. BB 2 et 3 passim. Assembles à la Malemaison, •les 27 août 1414, 31 mai, 13 octobre, 21 novembre, 15 décembre 1415, 12 janvier, 17 mars 1416. A la Halle, les 15 août, 13 septembre, 28 septembre, 11 octobre, 16 octobre 1416. A la Malemaison, les 21 février, 16 avril 1417. A la halle, les 14 juillet, 10 15, 30 octobre 1417, etc.

2. Ibidem. Comptes 1401-02, p. 40 v°. « Pour les despens de pluiseurs

bourgois et habitans de le ville d’Amiens jusques au nombre de lxxvi ou environ qui par pluiseurs journées délaissèrent à faire leurs besognes pour estre présens au commandement des gens du Roy à le Malemaison à rendre les comptes d’icelle ville pour l’an finant à la saint Simon, saint Jude l’an mcccci vii 1. xmi s. »

3. Le corps de ville offre au bailli à chacune des solennités de la Toussaint, de Noël et de Pâques, un certain nombre de victuailles. Pour en citer un exemple: en 1443, à la Toussaint : 6 chapons gras, 6 perdrix, 6 connins (lapins); à Noël: des chapons gras, et à Pâques: des chapons, des oisons, des poulets et des pigeons.

des fromages de Marquenterre, et jusqu’à des harengs saurs h

Dans les cérémonies religieuses, le corps de ville déploie une pompe digne de la majesté du Très-Haut. Quand il importe de remercier la Providence à l’occasion d’un événement heureux, comme la prise d’une ville2, la conclusion d’une paix longtemps désirée, la naissance d’un Dauphin, les échevins se rendent à la cathédrale pour le chant du Te Deum. Ces jours-là ainsi qu’aux processions organisées pour obtenir la cessation d’un fléau, les échevins s’avancent gravement, précédés des massiers, entre deux haies formées par les compagnies privilégiées : majestueusement drapés dans des robes de damas aux couleurs éclatantes, les uns soutiennent sur leurs épaules la châsse de saint Firmin, les autres ont un cierge à la main. C’était le privilège des jeunes bourgeois de porter ce précieux fardeau à la procession du jour de l’Ascension, honnestementvestus de soie, chantant chansons plaisantes et gracieuses, et ayant de beaux chapeaux sur leur tête. » Mais les jeunes gens préféraient les divertissements à l’honneur d’escorter la pieuse relique, et tes échevins

4. Arch. mun. Comptes 1400-1, p. 27 v°. « Accat ou pays de Marqui-

neterre de xxxii grans frommages lesquels pour le bien et honneur

de ladite ville ont esté donnés et présentés à pluisieurs seigneurs, c’est asçavoir à mons. le canchellier de France, à mons. Jehan de Pouppaincourt, président, etc. »

Ibidem , 1401-2, p. 27. « Accat de vm cens de hérenc sor... présentés

à pluiseurs de nosseigneurs du conseil du Roi adfln qu’ils eussent les

besongnes et fais de ladicte ville pour reccommendés »

2. Ibidem. Comptes 1449-50, p. 29. « Aux sergens quatre kanes

de vin aprez qu’ils le (le mayeur) orrent eu acompaignié en l’église Nostre- Dame.....lau il et messeigneurs d’eschevinage estoient alez oyrle Te Deum pour le recouvrement de Rouen, — p. 30, « à Hennequin et ses compaignons qui avoient porté les torses à la pourcession qui se fict pour ladicte

réduction, — p. 30, « à Marin Sauwalle et autres compaignons en

qui avoient joué jeuz de personnages par la ville pour resjouir le peuple après lesdittes nouvelles »

LE MAYEUR ET LES ÉCHEVINS

les remplaçaient chaque fois que le produit des barboires , sorte de tribut imposé aux veuves ou aux veufs qui se remariaient, ne leur attribuait pas une somme suffisante pour « boire, manger, ensemble et faire danser les demoiselles après dîner pour l'honneur du benoît corps saint. ».

La ville ne présente pas un spectacle moins beau lorsque le souverain fait sa joyeuse entrée. Plusieurs semaines h l’avance, l’échevinage s’est occupé de fixer le programme de la réception et d’en régler le détail. On s’est procuré à grands frais les présents qui seront offerts au Roi, à la reine et aux princes de la suite. On a déterminé l’ordre et la nature des mystères et des représentations théâtrales qui seront donnés sur le parcours du cortège royal. Les boulangers, les bouchers, les hôteliers ont été avertis d’augmenter leurs approvisionnements, en vue de l’affluence de peuple qui ne manquera pas de se produire. Le service des gardes de police a été renforcé et le mayeur a donné toutes facilités aux fourriers qui viennent préparer les logements.

L’échevinage n’est pas une sinécure. Il embrasse un champ d’action considérable. Par l’étendue et la variété de ses fonctions, l’échevin est un homme ‘presque universel, devant connaître le droit civil, le droit criminel, la procédure, les lois militaires. Il administre librement les affaires de la cité et il les administre comme sa chose. Législateur dans sa petite république, il édicte les règlements que rendent nécessaires les circonstances fortuites de chaque jour, recueille et constate les usages locaux et veille à l’exacte observation de la loi.

Dans un temps où les violences et les voies de fait troublent souvent la société, c’est pour lui un devoir impérieux de maintenir la paix publique, en réprimant les actes de violence, en réfrénant la licence et les passions désordonnées. Lorsqu’il n’a pu prévenir le crime, la punition des malfaiteurs vient absorber ses moments et s’imposer à sa

conscience ; la surveillance des prisons est l’accessoire de sa juridiction. Homme de robe à l’Hôtel des Cloquiers, le magistrat doit savoir au besoin devenir homme de guerre, se revêtir de la cuirasse et du casque, s’armer de l’épée, repousser l’ennemi. L’armement, l’équipement de la milice urbaine, son instruction militaire, la nécessité de pourvoir à la défense de la place par des travaux d’art et de fortifications, ne sont pas les moindres de ses soucis.

Organisation militaire.

Philippe le Long avait attribué le commandement en chef des milices bourgeoises de toutes les cités à des hommes de guerre expérimentés qui devaient être choisis par le Roi. Cette ordonnance de mai 1316, qui dépouillait en partie les magistrats municipaux de l’autorité militaire, avait été rendue à la requête des villes elles-mêmes. L’intérêt de la sûreté publique et de la défense du royaume l’exigeait. Les capitaines ne devaient s’occuper « d’aucunes choses fors de guerre. »

La commune pourvoit, d’après leurs conseils, à la construction, à l’entretien, à la réparation de la muraille et des remparts. L’échevinage organise la milice, le capitaine la commande. Le capitaine suggère les mesures qu’il est utile de prendre en cas « d’effroy », l’échevinage leur donne force de loi.

Les sanglantes journées de Crécy et de Poitiers avaient démontré l’utilité de l’arc et de l’arbalète. Recrutés dans les rangs du peuple, les archers anglais venaient d’arrêter, par la sûreté et la précision de leur tir, la plus brillante noblesse de l’Europe et l’on demeurait convaincu que le destin des combats ne dépendait plus uniquement de masses tumul-

tueuses d’hommes et de chevaux bardés de fer. Charles V avait encouragé de tout son pouvoir la création et l’organisation des compagnies d’archers et d’arbalétriers, connues sous le nom de Serments. La faveur du Loi, le patriotisme des bourgeois, l’intérêt de la défense, le charme de la camaraderie, tout concourait à les rendre prospères.

Unis par les liens intimes de l’association, les confrères formaient un être collectif, une famille ayant ses armes, sa bannière, son hôtel, son jardin, sa confrérie religieuse, son saint patron. La haute bourgeoisie tenait à honneur de figurer dans les rangs des Serments du « noble jeu » de l’arc et du « noble jeu » de l’arbalète, élite de la milice urbaine dont la réputation de vertu et de bravoure ne faillit à aucune époque de l’histoire L

Lorsque la découverte de la poudre donna naissance aux couleuvriniers et plus tard aux arquebusiers, leurs cadres se formèrent sur le modèle des anciens Serments et ils s’employèrent à la défense de la ville au même titre que leurs aînés. L’échevinage désigna pour les exercices des couleuvriniers les fossés de la ville qui avoisinaient la porte Longue-Maisière, malgré les réclamations des habitants du quartier, peu habitués au « tombissemènt des couleuvrines », dont les détonations incessantes effrayaient beaucoup les femmes et les enfants1 2.

Les membres des compagnies privilégiées, exempts à ce titre des aides sur les boissons, de la gabelle et du service du guet 3, se recrutaient sous l’autorité du Corps de ville 4

1 . A. Janvier. Notice sur les anciennes corporations d’archers, d’arbalétriers, de couleuvriniers et d’arquebusiers des villes de Picardie.

2. Arch. mun. Délib. BB 12, p. 64. — 1476. Nombre des compagnons de chacun des serments: arbalétriers, 60; archers du grand serment, 90 ; archers du petit serment, 60 ; couleuvriniers, 80 ; arquebusiers, 80.

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