‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 13 sur 246 · Revue archéologique. 3mc série, T. XVIII, p · texte numérisé non relu

Revue archéologique. 3mc série, T. XVIII, p

2. Manuscrits de Pagès , marchand d’Amiens, écrits à la fin du xvne siècle et au commencement du xvme, sur Amiens et la Picardie Edit. Douchet. Amiens. 1856. T. III, p. 473.

3. M. Roux, llist. de l’Abbaye de Saint-Acheul, p. 439 et pi. VII. — Mowat. Revue arch. 1881. Septembre.

Ducange la traduit ainsi : 1

Setubogius, fils d’Esuggus a élevé, de ses deniers, deux autels à Apollon, et à Yerjugodumnus, pour le salut et la victoire des armées gauloises.

Sur ces tribunalia devaient être posées les statues d’Apollon et de Yerjugodumnus.

Considérant cette inscription comme l’accomplissement du vœu d’un patriote pour le salut des armées gauloises qui luttaient contre César, l’annotateur de Pagès s’écrie : « Patrie, tu avais donc inspiré ce vœu à un Amiénois qui n’avait pu se rendre aux armées avec les 10,000 Ambiant, ses frères, envoyés par Samarobriva pour défendre la sainte cause de la liberté de la nation ! »

Il paraît cependant difficile d’admettre que la Gaule ait élevé un autel more romano pour le salut des armées, avant la conquête de César, alors qu’elle adorait les divinités dont les forêts passaient pour être le seul asile. Et quand la civilisation et la religion des vainqueurs eurent suffisamment modifié les mœurs pour que l’on pût attribuer aux habitants d’Amiens la pierre votive en question, il n’y avait plus, sur notre sol, de lutte contre les maîtres du monde.

11 est plus naturel d’y voir un vœu pour le salut des armées gallo-romaines envoyées contre les barbares, lorsque, par suite de l’assirhilation des Gaulois aux Romains, leur dieu Yerjugodumnus fut devenu le protecteur commun aux deux nationalités contre les barbares ; protecteur réputé très puissant, car l’élément gaulois Diimn ou Dubn qui entre dans la composition d’une foule de mots, comme Dumnucus

1. Ducange. De impercitorum Constantinopolitcinorum seu de inferioris œvi vel imper ii, uti vocant, numismatibus dissertatio. Supplément au tome III du Glosscirium. lre édit., 1678, p. 38.

Pro Salute Et Victoria E xercitus Galliccini , — vel E xercituum G alliæ, — Apollini Et Verjugodumno Tribunalia Dua Setubogius Esuggi F ilius De S uo Dédit.

LA PÉRIODE GALLO-ROMAINE. 29

ou Dumnorix, et qui signifie grand, profond, puissant, donne une valeur intensive au nom dans lequel il figure.

Que les grands dieux comme Jupiter, Mars, Mercure, Apollon, aient été adorés ici, ce rfest pas douteux. Le rédacteur des Actes de saint Firmin, écrivant plusieurs siècles après la destruction des idoles, doit être dans le vrai lorsqu’il représente les prêtres de Jupiter et de Mercure se plaignant au gouverneur de ce que le peuple déserte les temples, pour obéir à la voix de l’apôtre chrétien : « Il ne vient plus, dit-il, prier et offrir l’encens! » 1

Il y eut donc des temples à Amiens, comme il y eut des monuments affectés aux services publics et aux plaisirs du peuple; monuments qui furent l’œuvre de la cité ellemême, car les empereurs n’ont guère créé, hors de l’Italie, que des chemins, antérieurement du moins à Julien l’Apostat ; mais il est impossible d’en déterminer l’emplacement.

On a pu écrire que le temple de Jupiter s’élevait à l’endroit occupé par la Cathédrale, et que l’église Saint-Leu fut érigée là où se trouvait le temple de Mercure. Ce sont des conjectures. Les fouilles pratiquées en 1886 pour asseoir, place de l’Hôtel de Ville, les fondations de l’Hôtel des Postes et des Télégraphes, ont révélé l’existence, à une profondeur moyenne de dix mètres, de vestiges d’importantes constructions pouvant être attribuées à l’époque gallo-romaine. Nous avons vu solidement établis sur le sol primitif et symétriquement alignés, à deux mètres, cinquante centimètres de distance, six fûts de colonne mesurant environ T m30 de hauteur et 0m60 de diamètre ; ils provenaient de quelque

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