Monstrelet. Édit, préc., T. I, pp
2. Jean de Brimeu, seigneur de Humbercourt, successeur de Philippe d’Auxy.
3. Robert d’Esne, seigneur de Béthencourt et Beauvoir. Lettres de provision du 10 juillet 1416.
4. Philippe de Morvilliers, seigneur de Clary. Cf p. 379, note 2.
Jean de Fosseux, chevalier, seigneur de Fosseux-en-Artois, Barlv,
Nivelle, conseiller et chambellan du duc de Bourgogne, gouverneur ge'néral de l’Artois, frère de Philippe de Fosseux, dit le Borgne. Sa fille, Jeanne de Fosseux, héritière de ses domaines, épousa Jean II de Montmorency.
5. Arch. mun. Délib. BB 2, p. 108. Assemblée du 13 juillet 1417.
Que faire ? Dans trois assemblées successives auxquelles assiste le capitaine de Craon, successeur de Brimeu1, les membres du clergé et les bourgeois échangent leurs vues, sans oser prendre de résolutions, parce que, à vingt-quatre heures d’intervalle, le mayeur Jacques du Caurrel ouvre en leur présence les lettres très formelles et très contradictoires émanant des deux princes ennemis, que l’intérêt de la cité commanderait de ménager également 2.
Jean sans Peur tranche la situation. Les ambassadeurs chargés de stipuler des conditions de l’alliance ou plutôt de la soumission des villes de la Somme, l’avaient précédé de quelques jours. Lui-même quitte Arras, le 10 août, se rend à Corbie ; de Gorbie à Amiens, où le peuple lui fait une réception enthousiaste : « et crioit-on Noël par les
carrefours où il passoit « 11 promet de supprimer dores-
navant tailles, aides, impositions, gabelles, subsides » 3. C’est le comble de l’habileté !
Le peuple acclame le champion delà démocratie souffrante contre l’aristocratie qui la ruine. Le duc loge chez maître Robert le Josne, dont les sourdes et adroites menées ont, à n’en pas douter, beaucoup contribué à lui ouvrir les portes de la ville.
Il révoque le bailli, le procureur du Roi, le capitaine de ville, sous prétexte de leur substituer des hommes moins compromis à la suite des Armagnacs et plus affectionnés au service du Roi, dont l’astucieux personnage ne se détache point encore ouvertement; il veut en réalité des hommes lui ayant personnellement donné des gages non équivoques de fidélité. Le sire de Humbercourt remplace le bailli d’Esne ;
1 . Jean de Craon, chevalier, seigneur de Domart et de Bernaville. — Nommé par lettres du 5 novembre 1415 ( Comptes 1415-16, p. 56 v°).
2. Arch. mun. Délib. BB 2, p. 108. 13, 14 et 15 juillet 1417.
3. Monstrelet. Édit. préc. T. III, p. 184 et suiv. — Le Fèvre de Saint- Remy. Édit, préc., T. I, p. 98 et suiv.
ARMAGNACS ET BOURGUIGNONS
le sire de Belloy 1 succède au capitaine de Craon ; maître Andrieu Clavel 2 3, au procureur Dupuis. Le rnayeur et l’échevinage qui n’avaient jamais pratiqué l’hostilité ouverte, sont maintenus en fonctions. On n’a rien à redouter de la part de l’évêque Philibert de Saulx frère du chancelier des ducs de Bourgogne qui l’avaient comblé de bienfaits.
Jean sans Peur règne dès lors en maître dans Amiens. Trois bourgeois d’Arras4 5 viennent de sa part inspecter la forteresse et s’assurent qu’elle est en bon état.
Monstrelet donne le texte du traité conclu avec Doullens, et qui, très probablement, est la copie de ceux intervenus entre le duc et les villes de la région. Il y est dit que les bourgeois « aideront et conforteront le duc de leur pouvoir à ce que le Roi et son royaume soient bien gouvernés, défendus et gardés. ... ; le duc, n’ayant pas l’intention d’y mettre garnison ou de prétendre une seigneurie quelconque, veut seulement que la ville continue à se gouverner,
ainsi comme elle a accoustumé, au bien du Roi »
A l’exemple d’Abbeville, de Doullens, de Montreuil, notre ville accepte la domination bourguignonne, dans le but apparent d’affranchir le Roi du joug de la faction d’Armagnac.
Le sire de Canyr>, envoyé extraordinaire de Charles VI vient alors trouver le duc à Amiens et lui dit :
« Très noble prince, redouté seigneur, il m’est commandé par les lettres que je vous remets de vous enjoindre strictement d’abandonner le voyage que vous avez commencé ;
1. Jean de Belloy, chevalier, seigneur du Candas,re'signa ses fonctions pour cause de maladie au mois de mars 1434. (BB 4, p. 68).
2. Désigné dans Monstrelet sous le nom de Clamel. (BB 2, p. 135).
3. Philibert de Saulx, de l’illustre maison de Saulx-Tavannes, évêque d’Amiens de 1413 à 1418.
4. Jean de Béthisy, chevalier, Régnault d’Orival, écuyer et Colart de' Lobelot.
5. Aubert le Flamenc, chevalier, seigneur de Canv et de Saint- Aubert.
de congédier votre armée, de retourner en vos États et d’écrire à sa Majesté pour quoi vous avez fait cette assemblée sans son autorisation. »
«Sire de Canv, répond Jean sans Peur, je sais bien que vous êtes de nos parents par la maison de Flandre. Néanmoins, à cause de l’ambassade dont vous vous êtes chargé, peu s’en faut, à la vérité, que je vous fasse trancher la tête. Je n’obéirai pas. J’irai promptement à Paris avec toute ma puissance et je répondrai au Roi de bouche à bouche. »
Le duc marche effectivement sur la capitale du royaume, mais Paris ne se soulève pas comme il l’espérait. Il occupe Étampes, Chartres; Corbeil résiste. Sans perdre un temps précieux au siège de cette ville, il gagne Tours et parvient à rendre la liberté à Isabeau de Bavière que le comte d’Armagnac y avait reléguée. L’échevinage suit avec intérêt les phases de la lutte. Jean du Gard, l’ami, le confident du duc, est aussi le mandataire chargé par la ville d’Amiens de raccompagner au cours de cette expédition. (Septembreoctobre 1417) L
Isabeau de Bavière, désormais liée avec Jean sans Peur à qui elle doit d’être redevenue libre, se prévaut de l’ordonnance par laquelle Charles YI l’a autrefois nommée régente du royaume tant que durerait sa maladie. Elle écrit fièrement à toutes les villes qui se sont déclarées pour les Bourguignons et leur enjoint de reconnaître ses ordres comme les seuls légitimes 1 2.
1. Arch. mun. Délib. BB 2, p. 121 v°. 31 décembre 1417. « Maistre Jehan du Gard, fiJ Jaque du Gard, requéroit estre paie par la ville des despens par lui fais ou voiage que, à requeste de ladicte ville, il avoit fait en l’ost du Roy ès parties de devers Paris, de Chartres et de Tours. .... par l’espace de lxxviii jours. »
2. Ibidem. Jean du Gard a payé « pour lettrez de la ville octroiez
par la Royne, pour l’an commenchant au premier jour du mois d’octobre derrain passé xvm sols pour l’escripture et n s. pour le scel »
ARMAGNACS KT BOURGUIGNONS
Le comte d’Armagnac gouverne «au moyen du Dauphin, et le duc de Bourgogne, sous le nom et par l’entremise de la reine. Le Dauphin a son Parlement, elle aura le sien.
La création, à Amiens, d’une Cour souveraine de justice ajoute à la confusion. Les appellations des sentences rendues aux bailliages d’Amiens, du Vermandois, de Tournai, de môme qu’en la sénéchaussée de Ponthieu, y devaient ressortir. Le grand sceau de la Cour, si audacieusement improvisée, porte l’image de la Reine, l’écu de France, à gauche, et l’écu parti de France et de Bavière, à droite, avec cette légende :
C’est le scel des causes souverainetez et appellations pour le Boy.
Les lettres et les mandements débutent par la formule : Isabelle par la grâce de Dieu , reine de France , ayant le gouvernement et V administration du royaume
Tout cela paraît bien hardi et presque invraisemblable, mais on vit à une époque où le désordre est tel que rien ne surprend plus, et les délégués des villes de la province réunis à Amiens, d’accord avec les gens d’église, les nobles et les bourgeois ne font aucune difficulté d’établir un nouvel impôt de consommation pour « aider et entretenir la poursuite commencée par la reine et par mons. le duc de Bourgogne au bien du Roy notre sire et de son royaume » L
« Pour le bien du royaume », Amiens vote des fonds destinés à combattre le Dauphin de France !
Il n’existe toutefois aucune trace dans nos archives de la Cour souveraine. Si elle a jamais fonctionné, elle a duré peu de temps.
Les nécessités de la défense du royaume obligent les nouveaux alliés à requérir des subsides ; ils sollicitent de la ville d’Amiens le vole de ce fameux aide de 12 deniers