M. C. Pinsard. Col. préc. XLVIII, pp. 209 et 2S
2. Dom Grenier. Introduction à l’histoire de Picardie , p. 97.
ANTIQUITÉS GALLO-ROMAINES. O I
son temps, et que l’on avait rarement l’occasion de découvrir les trésors enfouis.
En outre, pour reconnaître à des profondeurs variant de trois à onze mètres des débris d’ornementation perdus dans les décombres, il faut l’habileté et la patience de savants archéologues que toutes les générations n’ont pas connus. De nos jours, des fragments de peintures murales sur stuc, qui dénotent une décoration riche et variée, ont été exhumés sur plusieurs points de la ville1.
Ce sont des teintes plates dans lesquelles le rouge, le noir et le vert dominent. Le gris, le brun, le jaune sont assez rares. Des filets blancs séparent les teintes et forment les encadrements. Bien que les fresques n’offrent, le plus souvent, que des tons unis et des dessins géométriques, il en existe quelques-unes, sur lesquelles se voient des personnages 2.
En 1836, les fouilles pratiquées pour la construction de la chapelle du couvent des Dames Ursulines ont fait découvrir, à environ quatre mètres de profondeur, les débris d’une mosaïque qui dénote avec quelle perfection on cultivait
1. M. C. Pinsard. Coll. préc. XI, p. 125; XXIX, p. 45; XXXVI, p. 63; XXXVII, pp. 311-331. Fouilles pratiquées : rue Gloriette, rue Vivien, rue des Trois-Cailloux, place de l’Hôtel-de-Ville, etc.
2. Voici la composition des enduits servant à la décoration des murailles, à Amiens, à l’époque gallo-romaine: quatre couches superposées : la ire, de mortier de gros sable, mêlé de craie, avec mélange de paille, 0,06 ; la 2me, de mortier avec les mêmes éléments, mais plus fin, 0,04 ; la 3me, de mortier avec gravier, encore plus fin, mélange de paille, 0,02; la 4me, de mortier avec sable fin et chaux, 0,005.
La couche de peinture, ainsi protégée par 0,125 d’épaisseur d'enduit, se trouve à l’abri de l’humidité et établie dans des conditions de grande solidité. — Terninck. Hist. de l’Architecture et des Beaux-Arts à Arras, donne (planches VIII, nos 3 et 5), le dessin de fragments de peintures à fonds rouge et noir, divisés par filets blancs qui présentent une grande analogie avec les peintures d’Amiens.
les arts du dessin, aux premiers siècles de notre ère. Au centre d’un premier fragment, et sur fond blanc, se détache un génie couronné de pampres qui soutient une guirlande. It est enveloppé d’une draperie de couleur changeante, flottant avec élégance et dont les plis sont retenus par la jambe gauche. Il tient d’une main la patère et de l’autre des raisins. Les côtés du cadre sont formés d’ornements donnant à penser qu’il y eut plusieurs médaillons du même genre, répartis autour d’un point central. Un second fragment représente trois figures qui paraissent exécuter une danse. Les traits des visages se ressentent de la dimension des cubes qui imprime au tableau un cachet barbare, quoique les contours soient nettement arrêtés. Le mouvement est bien exprimé et le coloris suffisamment vigoureux L
La mosaïque découverte en 1857, dans la cour de l’hôtel de la gendarmerie, appartient au genre de celles que les romains désignaient sous le nom de pavimentum tessellatum ; pavage composé de marbres de différentes teintes, taillés en morceaux de formes et de dimensfons régulières, s’adaptant les uns aux autres pour composer un dessin géométrique1 2. Cette mosaïque et la précédente offrent une grande analogie avec celles du musée de Reims3: même procédé de fabrication, mêmes lignes de décoration.
Les trouvailles effectuées dans les tombeaux permettent de reconstituer quelques particularités de la vie civile d’alors, en raison de l’usage qui voulait que l’on y déposât des objets ayant appartenu aux morts. Le musée de Picardie et les collections particulières contiennent bon nombre de ces objets : armes plus ou moins altérées par la rouille, bijoux et parures de toilette, coffrets en bois avec garnitures et serrure en bronze, styles de toutes les dimensions,