Loriquet. La mosaïque des promenades à Reims
ANTIQUITÉS GALLO-ROMAINES
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depuis les plus simples jusqu’aux plus ornés, tesserres, lampes en terre cuite, pièces de céramique et de verrerie.
Les bijoux de valeur sont rares, la plupart des tombes ayant été violées et dépouillées à une époque fort reculée. A part quelques boucles d’oreilles en or, il n’a guère été trouvé, depuis un demi-siècle à Amiens, que des colliers faits de perles en verre ou en pâte céramique, des bracelets en bronze, en jais ou en corne, des bagues en bronze avec pierre gravée ou chaton en verre, des épingles à cheveux en os et en bronze, des boucles, des fibules très ordinaires et des miroirs en métal.
On désigne sous le nom de cachets d’oculistes les plaquettes en stéatite ou en schiste ardoisier, noir ou verdâtre, d’un grain très fin, sur les tranches desquelles sont gravées en creux différentes indications relatives à des collyres de l’antiquité. Les inscriptions comprenaient d’ordinaire le nom au génitif de l’oculiste qui fabriquait ou vendait le collyre, avec la marque du collyre et quelquefois le mode d’emploi. Ceux provenant d’Amiens donnent les noms de Marcellinus1 , de Threptus 2, d ’Apolaustus*, et d ’Achilleus'*. Les remèdes ont généralement une origine grecque, comme le collyre diasmyrnos préparé avec la myrrhe ; le collyre crocodes, au safran ; le collyre dialepidos, aux squames métalliques, dont il est difficile de définir la composition ; le collyre nardinum , au nard. Ce sont les seules formules
1. Trouvé sur l’emplacement de la gare, 1845. Fait connaître les collyres dialepidos, diasmynos et cycnarium. Antiquaires de Picardie. Mémoires, T. VIII.
2. Trouvé à l’extrémité de la rue Saint-Louis, 1880. Fait connaître les collyres dioxsus, nardinum et turinum. Antiquaires de Picardie Mémoires , T. XXVI, p. 46G.
3. Trouvé rue du Long-Rang, 1882. Fait connaître les collyres stactum et crocodes. Bulletin monumental , T. XLVIII, p. 663.
4. Trouvé rue Saint-Fuscien, 1884. Fait connaître les collyres dioxsus et dialepidos. Antiquaires de Picardie. Bulletin , T. XV, p. 242.
très connues d’ailleurs rencontrées ici. Les collyres étaient des préparations solides, vendues sous la forme de petits bâtonnets de 0m03 à 0n,06 de longueur et qui avaient une consistance pâteuse permettant de les estampiller, lorsqu’elles étaient fraîches, par la simple application du cachet. On les employait dans le traitement des maladies des yeux, très fréquenles dans l’antiquité. Le dioxsus était prescrit contre les granulations palpébrales, et le nardinum , contre l’ophtalmie.
La Gaule du nord-est fut de toutes les régions du monde antique la seule qui conserva sous l’empire romain une école de peinture céramique, à côté des nombreuses fabriques de poteries sigillées, imitations économiques des vases en métal. La céramique de la région amiénoise présente une variété infinie d’objets, sans aucun type particulier, parmi lesquels il faut distinguer la poterie de fabrication locale, de la poterie d’importation, improprement dite de Samos, puisqu’elle provenait en grande partie des ateliers du centre de la Gaule.
L’industrie, mettant à profit les couches d’argile des environs de notre ville, dût multiplier les fours à poterie. Dom Grenier en vît découvrir un entre Rainneville et Molliens-au-Bois (1757) 1 ; de nos jours, on croit en avoir rencontré un autre rue Bellevue, au quartier Henriville (1854). Il y en eut évidemment beaucoup.
Le potier amiénois fabriquait des amphores, des cruches, des brocs, dont la forme rappelait celle du lagena, du doliurn , du diota , de fabrication grecque ou romaine, des jattes, des coupes, des plats de capacités et de dimensions variables : en terre rouge brique, en terre grise, en terre blanchâtre, en terre artificiellement rendue noire. L’artisan les décorait au gré de son caprice, tantôt de simples bandes striées,
\. Introduction à l’histoire générale de Picardie . Edit, préc., p. 25.
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pratiquées à la roulette sur l’argile encore malléable ; tantôt de filets de couleur plus ou moins larges appliqués au pinceau ; tantôt de listels rouges, verts, blancs, noirs ; quelquefois de rinceaux artistcment formés de branches de fruits et de feuillages b
Infiniment plus fragile que les poteries indigènes est la poterie sigillée, dite de Sarnos, que l’on devrait appeler ar rétine, parce qu’elle imitait la fabrication alors très renommée d’Arretium, cité d’Ëtrurie. 11 est impossible de pratiquer des fouilles importantes, dans le vieil Amiens, sans mettre au jour d’innombrables débris de cette vaisselle très en usage, pendant les premiers siècles de notre ère, mais il est extrêmement rare que l’objet soit intact. On connaît deux types bien distincts parmi les vases, les bols et les plats samiens : les uns, de fabrication vulgaire, faits de pâte grossière avec ornements dénotant un goût peu artistique; les autres remarquables au contraire par l’excessive finesse de la matière première, par l’éclat du vernis rouge de corail, par la délicatesse des ornements, par la recherche d’un galbe plus gracieux. Les poteries samiennes empruntent les motifs de leur décoration au règne animal et au règne végétal. On y voit encore des scènes mythologiques, des sujets de chasse ou de cirque, des personnages allégoriques, dont l’attitude ne manque pas d’élégance. Les figures humaines, de même que les animaux ou les oiseaux, sont entourés d’encadrements, au milieu desquels chaque espèce constitue un petit tableau et, dans ce cas, les bêtes féroces alternent souvent avec des représentations humaines.
La variété des sujets est immense. L’imagination et le talent des artistes se sont donné libre carrière. On sait que
1. A consulter les albums dans lesquels M. Pinsard a dessiné les objets recueillis, par M. Cosserat, dans les fouilles pratiquées aux anciens cimetières gallo-romains de Vers et de Saleux, près d’Amiens.
les potiers marquaient généralement leurs œuvres d’une estampille appliquée au fond du vase et quelquefois sur la paroi extérieure. A ce titre le moindre tesson présente de l’intérêt, s’il est signé. M. Dufour a relevé quatre-vingtdix-sept marques se rapportant à soixante-dix-sept noms différents, sur des vases ou des fragments de vase recueillis à Amiens, pendant une seule période de dix années (1840- 1850). Beaucoup de ces noms existent sur des empreintes trouvées en Angleterre et en Allemagne ; quelques-unes sont inédites. Leur nombre augmente tous les jours, et les fouilles pratiquées pour la construction de la nouvelle église Saint-Remi en ont fait découvrir plusieurs encore ignorées à Amiens, où les estampilles Vitalis , Bassus , Celsus et Mercator sont particulièrement usitées.
La verrerie antique est encore plus variée que la céramique. Bouteilles, fioles, ampoules, patères, coupes affectent les formes les plus diverses. Les unes sont soufflées à air libre et les autres soufflées au moule. Elles offrent des cannelures, des godrons et parfois de simples dépressions. L’anse unique, double ou quadruple est la partie du vase qui a le plus exercé le talent de l’ouvrier : sa forme, sa position, son ornementation, présentent mille bizarreries, aussi bien que la dimension du col et du goulot.
Le barillet, — bouteille imitant le baril entouré de cercles — vient en première ligne parmi les pièces moulées qui se reconnaissent à la bavure longitudinale, résultant de ce que les deux parties du moule ne joignaient pas hermétiquement. Les barillets de teinte généralement blanc-verdàtre mesurent depuis neuf centimètres jusqu’à vingt-huit centimètres de hauteur. Beaucoup portent, en relief et circulairement disposé sur le fond, le nom plus ou moins abrégé du fabricant Frontus. La Picardie et la Normandie fournissent un grand nombre de barillets à la marque Frontinienne, aussi des savants se sont-ils crus autorisés à placer aux
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confins de cesdeux provinces, les ateliers qui les produisaient. Frœhner 1 a publié, dans la Verrerie antique, de nombreuses variantes de cette estampille très commune à Amiens, où M. Dufour a relevé, en l’espace de six ans, sept types différents sur des barillets absolument semblables à ceux découverts, près de Dieppe, par l’abbé Cochet, le savant antiquaire normand, qui eut de sérieuses raisons de croire que la verrerie Frontinienne était installée dans la foret d’Eu.
1. Antiquaires de Picardie. Mémoires , IX, p. 427. C Dufour. Observations sur les noms de potiers et de verriers romains recueillis à Amiens. — M. R. de Guyencourt. Mémoire sur L’ancienne église des Cordeliers d’Amiens et les fouilles qui suivirent sa démolition. — M. Ris-Paquot. Dictionnaire des marques et monogrammes.