Ibidem
3 . Pagès , Mns , Édit, préc .,T.V,p.415, rapporte qu’en mémoire d u miracle de changement de saison, aux premières vêpres qu’ils chantaient dans la cathédrale la veille de la fête de l'invention du corps de saint Firmin, les
ÉPOQUE MÉROVINGIENNE
L’évêque ne se confine pas dans le caractère sacré de ses fonctions. Il entend être de la société qui vit et qui agit. Les Acta représentent saint Salve appelé par le vote populaire à une magistrature municipale1. Comme chef spirituel du diocèse, l’évêque possède et exerce à peu près partout les mêmes pouvoirs. L’inégalité commence quand on l’envisage comme propriétaire temporel et en tant qu’administrateur des biens de l’Église. L’autorité temporelle attachée à l’épiscopat, résultant de l’étendue variable du domaine propre et de la suzeraineté affectés à l’évêché, diffère d’un diocèse à l’autre. Ici, elle est considérable.
Les premières donations à l’Église d’Amiens remontent aux temps mérovingiens. Elle reçoit alors de la libéralité de Childebert II, roi d’Austrasie, la terre du Mesge 2 ; du roi
chanoines et les bénéficiers sortaient à un moment donné du chœur et se rendaient en leurs chapelles, pour échanger les insignes du costume d’hiver contre les insignes du costume d’été. Ils assistaient en cet état à la fin des. vêpres et aux offices du lendemain. Au souvenir de ce prodige se rattachait encore Y homme vert : le jour de l’Epiphanie, qui justement précède de huit jours la fête de Yinvention des reliques, le bedeau de la confrérie, établie dans la paroisse de Saint-Firmin-en-Castillon en l’honneur de ce saint, assistait à la messe, en l’église cathédrale, revêtu d’un habit couvert de feuillages et tenant à la main un bouquet de fleurs artificielles faites de cires de différentes couleurs.
La veille de l 'invention, aux vêpres, le même bedeau, dans le même costume, offrait à chacun des chanoines une couronne symbolique de fleurs artificielles et, pendant le chant du Magnificat, on brûlait de l’encens et on projetait du haut des voûtes des oublies et des fleurs. L homme vert, rentré dans les limites de sa paroisse, distribuait les feuilles qui ornaient son vêtement aux fidèles, devant l’hôtel de ville; parfois on se jetait sur lui au carrefour de la rue des Verts-Aulnois pour les lui arracher. L’évêque Sabatier abolit, en 1727, cette pieuse coutume qui dégénérait en scènes scandaleuses.
4. Acta Sanctorum. Januarii, T. I, p. 706. Fuit vocatus a plebe tn ordine magistratus.
2. Ibidem. Maii , T. III, p. 613. De sancto llonorato. Le Mesge, canton de Picquigny.
Thierry, celle c VAugusta}\ d’un riche laïque, nommé Guadon, un domaine important situé à cinq milles d’Amiens1 2; du châtelain de Beaugency, miraculeusement guéri par l’intercession de saint Firmin, le château de Beaugency, avec des biens considérables3.
De la même époque date, selon toute probabilité, l’attribution à notre Église d’un ensemble d’immeubles et de droits dont la valeur serait aujourd’hui immense :
1° Le travers perçu à l’entrée et à la sortie des marchandises, que le roi et l’évêque se partageaient au xne siècle. 2° Le tonlieu dû sur la vente des marchandises et origine du répit de saint Firmin , taxe d’abonnement de quatre, puis de trois deniers parisis ( 1 f 7 6 et lf32 de notre monnaie), annuellement dû au xme siècle, par tous les habitants mariés. 3° La propriété des eaux en amont, en aval et dans la traversée de la ville, principe des droits de l’évêque et du chapitre sur les moulins et du privilège exclusif de la pêche et de la chasse. 4° Le vaste domaine suburbain dans les limites duquel se sont installés, au cours du moyen âge, le chapitre « cathédral4 » de Notre-Dame et Saint-Firmin, le chapitre « collégial » de Saint-Nicolas, le prieuré devenu l’abbaye de Sainl-Martin-aux-Jumeaux, le prieuré de Saint- Denis, les monastères des chanoines réguliers de saint Augustin, des Jacobins, des Cordeliers, des Béguines. Toutes ces communautés ont pris naissance « en terre d’église. » De même l’abbaye de Saint-Acheul que l’évêque Roricon affranchit, du consentement de son chapitre, de toutes les redevances auxquelles pouvaient être tenus l’église et les biens qui lui sont attribués 5.