‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 5 sur 246 · X II · texte numérisé non relu

X II

ISARA

ROVDIVM

SEEVIAE

SAMARABRIVA

4. M. Ernest Desjardins. La table de Peutinger d’après l’original conservé à Vienne. 1874, p. 14, donne les variantes : Samarabrivas. Samariabrivas. Samarabibras. Samabrivas. Samarobibras.

On en peut rapprocher l’expression allemande briicke' ce qui fait de Samarobriva — pont sur Somme — l’équivalent de Saarbruck, — pont sur Sarre — et d’autres noms analogues.

Samarobriga, qui se lit dans certains manuscrits de la géographie de Ptolémée, présenterait lé” sens tout différent de forteresse sur la Somme1 2 et n’a jamais prévalu sur la forme Samarobriva , véritable appellation primitive de la ville d’Amiens.

Toutefois, ferons-nous observer qu’il n’existe, pour attribuer au fleuve le nom de Samaros ou de Samara , aucune mention en dehors de celle comprise dans le nom même de la cité connue de César. Les plus anciens auteurs du moyen âge la désignent ainsi :

Sumna 3 — Sbmna 4 — Sumina 5 — SummanaQ — Sumena1 * Somena 8, autant de preuves que la voyelle précédant Vu se prononçait indistinctement en a , en e , en ï, et que parfois elle disparaissait.

1. A. Hôlder. Alt Celtischer Sprachshatz , p. 610, au mot briva donne beaucoup d’exemples : Briva lsaræ, Oisebriicke, Pontoise. — Briva Curretiæ, brückeüber die Correze. — Samarobriva, brücke über die Somme.

2. A. Hôlder. Alt Celtischer.... Édit, pre'c., au mot briga , p. 533.

3. Monumenta Germaniæ historica diplomatum imperii , I, p. 37, lignes 13 et 14 : diplôme de Clotaire III, du 6 septembre 662 : Super fluvium Sumna.

4. Le Mns de Grégoire de Tours, provenant de l’abbaye de Corbie, qui, de la bibliothèque du collège de Clermont, est passé dans celle de Thomas Philipps, donne la variante Sbmna. — Cet b offrant de l’analogie avec le 8 ouvert est Yo simple. C’était une manière d’écrire en usage au moyen âge. Cf. Dom de Vaines, Dict. diplomatique.

5. Vie apocryphe de Saint Médard attribuée à Fortunat. Edit. Krusch, p. 70.

6 et 7. Grégoire de Tours. Historia Francorum. II, § 9. Édit. Henri

Omont. T. I, p. 46, ligne 33 : Usque Sumenam Fluvium occupavit. L’édition Arndt, p. 77, ligne 15, porte: Summanam.

8. V. H. C. Fortunati Carmina -VII, § IV, vers 15. Édit. 1617.

LES ORIGINES DE LA VILLE D’AMIENS

De Samara à Sumena , la distance est grande ; moins grande peut-être qu’on pourrait le croire, étant données les altérations provenant, pour l’orthographe des noms anciens, de la prononciation négligée, de l’audition imparfaite, de l’écriture défectueuse, de la méprise des copistes. Samara aurait pu se transformer en Sambre, mais personne n’ignore qu’en fait cette transformation ne s’est pas produite, puisque Samara est devenue Somme et que Sabis a donné Sambre. Le texte des Acta sancti Firmini 1 indique, par la variante Somonobrica , que la corruption de Samaro en Somorni existait déjà à l’époque de la rédaction de la légende du martyre de saint Firmin.

Ptolémée1 2 place le nom de Phroudios sur un cours d’eau qui pourrait correspondre à celui de la Somme, etd’Anville3 a voulu démontrer que la pointe du Ilourdel, située à l’embouchure du fleuve, a pu s’appeler jadis Phrudis. C’est de la fantaisie. Il est maintenant admis que l’expression de Ptolémée, signifiant cours d’eau en général, convient aussi bien à la Somme qu’à tous les fleuves qui arrosent la Gaule.

Peu importe que le pont sur Somme ait été l’origine de la bourgade, berceau de la ville d’Amiens, ou que l’existence

1. Vita Sancti Firmini. Appendice n° l,page 408 de l’histoire de saint Firmin, par M. Salmon.

« Nocte vero sequente; cumplebs Somonobrica (variante: Somanobrica ) sese sopori dedisset »

La désinence française mbre donne fréquemment me, dans le patois de la haute Picardie. Ainsi ombre fait omme et chambre fait came. Dans les satires picardes de H. Crinon, lre édit. Péronne, 1863, satire 22 :

Gn’y-a je n’sais quo qu’in n’sérot expliqui Qui vous attire ou Tourne d’ vous clouqui.

Les philologues expliqueraient donc assez facilement le changement de Samaro, contracté Samro, en Somme. — (Note de M. R. de Guyencourt).

2. Edit. préc. p.219. Qpoviïioç norxuôv ixêo Xat. — Phrudis fluminü ostia.

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