Notice de V ancienne Gaule, p
de la bourgade ait précédé la création du pont. Du jour où le nord de la Gaule fut habité, c’est-à-dire à une époque reculée et qui se perd dans la nuit des temps, entre les peuplades, fixées en deçà et au delà du fleuve, s’établirent tout naturellement des relations de voisinage et d’échange. Elles nécessitèrent la construction, à l’endroit reconnu le plus propice pour la traversée de la vallée1, d’une chaussée et des ponts auxquels Samarobriva emprunta son nom, en prenant naissance en un point où le rétrécissement de cette vallée rendait le passage moins difficile; entre le dernier bras du fleuve, au nord, et la rivière d’Avre, au midi; sur les îlots qui, plus nombreux ici qu’ailleurs, avaient tout naturellement engagé les primitifs habitants à s’y fixer de préférence.
Aussi bien n’est-il pas nécessaire de remonter aux temps préhistoriques ou de faire appel à des légendes douteuses, pour trouver des exemples de l’habitation dans des huttes construites sur pilotis et environnées d'eau, telles que furent très probablement les plus anciennes demeures établies à Samarobriva. De nos jours, des tribus sauvages, et même à demi civilisées, ne vivent pas autrement aux Célèbes, aux Carolines, à la Nouvelle-Guinée et ailleurs. Nous devons en outre nous persuader que les villes de la Gaule étaient bâties, encore au temps de César, de façon à laisser peu de traces de leur existence, puisque les savants ont disserté longtemps sur l’emplacement d’oppidums de premier ordre, Alesia et Bratuspantium , par exemple.
A l’époque de l’invasion romaine, qui marque un très
1. M. C. Pinsard. Rues , 'places et monuments d'Amiens. Vol. LIV. Caves et sous-sols , pp. 275, 277, 307. — D’une lettre de M. Badoureau, ingénieur des mines, du 12 décembre 1888, il appert que des sondages pratiqués en amont, en aval et dans le centre de la ville basse d’Amiens, établissent la coupe du sol, en moyenne, ainsi qu’il suit : déblais, 2 mètres ; tourbe mousseuse et grise, 1 mètre; tourbe noire, 2 mètres,
LES ORIGINES DE LA VILLE D’AMIENS
notable changement dans les mœurs et les habitudes de la Gaule, l’oppidum de Samarobriva emprunte une importance considérable à sa situation stratégique, voisine de la mer, et parce que la traversée de la vallée de la Somme y avait été rendue praticable. Oppidum, disons-nous, au sens de rhistorien militaire Végèce1 qui classe dans cette catégorie toutes les bourgades que « des escarpements rocheux, des cours d’eau, des marais ou d’autres obstacles naturels rendent aussi sûres que celles établies en plaine et devenues inaccessibles par la fortification de main d’hommes. » Effectivement, le cours des eaux de la Somme, de l’Avre et de la Selle ainsi que les marais inondés, pendant la plus grande partie de l’année, formaient autour de Samarobriva une enceinte difficilement abordable.
La Conquête par les Romains.
Les habitants du Belgium passaient pour les plus belliqueux des Gaulois; étrangers à la civilisation des provinces romaines, ils n’étaient pas amollis par le luxe. Revendiquant fièrement l’origine qui les rattachait aux Germains, ils se glorifiaient d’avoir défendu leur territoire contre les fréquentes incursions des Gimbres et des Teutons, et le souvenir des hauts faits de leurs ancêtres entretenait ainsi chez eux une humeur belliqueuse. Les succès de César sur les Helvetii inquiétant les nations de la Gaule, une ligue menaçante se forme entre les peuples du Belgium. Dans une assemblée, à laquelle assistent des représentants de toutes les cités, chacun s’engage à fournir des contingents proportionnels. Les Bellovaci, les plus guerriers, promettent 40,000 hommes
1. Flavii Vegetii, Epitoma rei militaris. Edit. Teubnër. Leipzig. 1869. IV. 1,129.
d’élite; les Suessiones , maîtres d’une contrée vaste et fertile, en offrent 50,000 et les Nervii également; les Atrebates,
15.000 ; les Caletes , 10,000 ; les Morini , 25,000 ; les Ambiant ,