De Morinis. Édit, pre'c. T. II, p
dont l’autorité se serait également étendue sur Amiens et Cambrai.
Du Cange, qui a promené le flambeau de sa vaste érudition sur cette obscure période de notre histoire, ne s’arrête même pas aux « comtes imaginaires qui se rencontrent dans quelques écrivains fabuleux. » Citant pour mémoire le comte Bérenger l, mentionné plus haut comme l’un des missi de Louis le Débonnaire, et qui peut aussi bien avoir été titulaire d’un autre comté que de celui d’Amiens, Du Cange arrive à Angilvin, personnage dont la situation est loin d’être nettement définie. C’était un grand seigneur laïque, missus dominions ordinaire de Charles le Chauve 2, bienfaiteur insigne de l’Église d’Amiens à laquelle il donna, conjointement avec sa femme Rimuldis, la terre et la seigneurie de Fontaines-sur-Selle et d’autres biens situés in pago Ambianensi. 11 les tenait de la libéralité et de la munificence de l’empereur Louis et du roi Charles le Chauve, 850 3.
La charte, monument de cette donation, a été souscrite à Amiens, au cours des assises que les comtes présidaient d’ordinaire en qualité de chefs de la justice (in mallo publico), mais elle ne donne pas à Angilvin le titre de comte que lui attribue l’obituaire du Chapitre4. Il est vrai que les diplômes de l’époque n’ajoutent généralement pas au titre du comte la désignation du pagns soumis à son autorité, avant que cette dignité se soit transmise héréditairement dans les familles.
d. Un Bérenger figure parmi les missi en 856 et 857. Est-ce le même que celui mentionné en 823? S. Baluzius, loc. cit , T. II, col. 86, 87.
2. S. Baluzius, loc. cit., T. II. p. 69. Hludouvicus, abba, Yrmmfridus . episcopus, lngilwinus, Gotselmus, missi in Parisiaco, Melciano, Silvanec-
tensi, Vircasino, Belvacense et Vindoiliso Dom Grenier croit qu’Angilvin était comte du Vendeuillois, pagus correspondant au Clermontois (Oise).
3. Cartulaire du Chapitre de la cathédrale d’Amiens, T. I, p. 73.
4. Ibidem, T. VI, p. 135. Obitus Ingelvini c'omitis qui dédit nobis villas de Fontanis, de Vacaria, de Bonoil, de Dommelier, de Dommorens?
LES COMTES D’AMIENS
Malgré l’opinion de Du Gange à qui I)orn Grenier reproche de qualifier Angilvin de comte d’Amiens, « en tirant parti de vraisemblances merveilleuses, » 1 le doute est permis. Il l’est aussi pour un autre personnage nommé Hechiardus , cornes Ambianensis 2 3, sans indication de date, dans le manuscrit d’un lectionnaire vulgairement attribué à saint Jérome et qui fut revu et augmenté au ix° siècle.
Louis le Débonnaire traversa Amiens l’an 818, quand, après la mort de l’impératrice Ermengarde, ce prince quitta Angers pour se rendre à Aix-la-Chapelle 6. Jessé occupait alors le siège épiscopal. Ce prélat de noble race, élevé à la cour de Pépin, formé à l’école d’Alcuin, favori de Charlemagne qui lui avait confié d’importantes missions4, se jeta plus tard dans le parti hostile à l’empereur. Mêlé aux factions et aux violences des princes révoltés contre l’autorité de leur père, il se vit déposer par le jugement des évêques ses collègues. Le triomphe définitif de Louis le Débonnaire l’exila en Italie où il mourut de la peste 5.
Un premier partage entre Lothairc, Louis et Charles le Chauve attribua à ce dernier l’Aquitaine et le pays situé entre la Loire et la Seine, avec vingt-huit pagi au delà de la Seine, celui d’Amiens entre autres6.
Le traité de Verdun, épilogue de la rivalité sanglante qui avait armé les trois frères contre leur père, confirma la possession de la ville d’Amiens au profit de Charles le Chauve qui la visita peu de temps après 7.
1. Du Cange. Histoire de l’état de la Ville et des Comtes, p. 35.